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Full text of "Voyages en Éthiopie (janvier 1882-octobre 1884) notes, lettres & documents divers"

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• NO. 



VOYAGES EN ETHIOPIE 



(JANVIER XK82 - OCTOBRE 1SS4 ) 



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NOTES, LETTRES & DOCUMENTS DIVERS 



Extrait du Bulletin de la Société normande de Géographie 



ERRATA 



Pages 


Lignes 


20 


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38 


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38 


35 


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206 


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20 


22Ô 


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243 


14 


3jo 


10 


32 1 


1 1 



au lieu de : Oromo lise:^ : Omo. 

— 1880 — 1882. 

après : y cnxrcpvcnds aj( tu te:{ : le présent voyage. 

supprimer les mois : le présent voyage. 

au lieu de : Taltitude lise^ : l'altitude négative. 

— Monk — Mouk. 

— Ikrroumcida — Bourroumeîda. 



salle 


— sole 


maugued 


— mangued 


Picairi 


— Secchi. 


flache 


— floche. 


Kallas 


— KoUah. 


icr 


— peau. 


peur 


— assez. 


333 gr. 


27 gr. 99 


hautes 


— larges. 


Gucrra 


— Djema. 


Léon 


— Noël. 


190 


1 .000. 


Attime 


— Attmé. 


manteau 


— marteau. 



PAUL SOLEILLET 



VOYAGES EN ETHIOPIE 



(JANVIER i8Si — OCTOBRE 1884) 



NOTES, LETTRES & DOCUMENTS DIVERS 




ROUEN 

IMPRIMERIE DE ESPÉRANCE CAGNIARD 
Rues Jeanne-Darc, 88, et des Basnage, 5 

1886 






^ . / 



NOTES ET DOCUMENTS DIVERS 



Envoyé par la Société française d'Obock et du golfe Persique,M. Paul 
Soleillet, parti du Havre, le 28 novembre 1881, sur le steamer VObock, 
mouillait, le 10 janvier, aux îles Sebah, à l'entrée du détroit de Bab-el- 
Mandeb, 9 milles sud-ouest de Périm, et arrivait le 12 janvier à Obock, 
d^oti il adressait la lettre qui suit : 

« Nous sommes arrivés heureusement à Obock le 12 janvier, dit 
M. Soleillet. J'y ai fait commencer de suite la construction d'une factorerie 
pour le compte de la Société, à côté des établissements fondés par la 
Société franco-éthiopienne. 

» Le 21, j'ai laissé mes collaborateurs à Obock et je Suis venu à Aden 
échanger un courrier avec l'Europe. 

» J'ai rapatrié ici tous les membres de l'expédition de la Société franco- 
éthiopienne qui devait aller au Choa, voyage qu'ils n'ont pu exécuter. 

» Je vous écrirai bientôt longuement. » 

De plus, M. Gabriel Gravier, secrétaire général de la Société, recevait 
du même explorateur les lignes qui suivent : 

a Mon cher ami, 

» Je suis installé à Obock depuis le 12 du courant. Tout va très bien 
et je crois qu'un prochain avenir fera de ce point un centre important de 
commerce français. Obock, aussi bien qu'Aden, peut devenir un point de 
relâche pour la route des Indes et, si Aden a derrière elle l'Arabie, Obock 
a l'Ethiopie, le pays Gallas, etc. 

» La rade d'Obock est très sûre et les passes sont faciles. Nous avons 
pu y mouiller sans pilote, et sortir de ce port le 2 1, pendant la nuit, car les 
indications de la carte sont excellentes. 

» Bien à vous de cœur. 

» Paul Soleillet. » 



NOTES VT DOCUMENTS DIVERS 



A Monsieur Gabriel Gravier. 



Mon cher amî, 



ttSll2. 



>■ Nous avons eu ici des misères de lOLite sorte, mais enfin Obock est 
fondé. 

» Je viens de recevoir une importante caravane qui m'a été envoyée 
direciemeni, par la route de Hoaussa, par le roi Menelik, et c'est la première 
qui vient du Choa ft Obock. J'espère qu'elle sera suivie de beaucoup d'autres. 

D Mes relations personnelles avec les indigènes sont toujours des meil- 
leures, bien que l'un de nos domestiques ait tué, par accident, un enfant 
donkali. 

» Je suis en très bons termes avec tous les chefs du pays t les sultans 
de ReiUa, de Tad)Ourah,du Loheita ei du Haoussa. 

» Je suis même assuré d'un bon accueil chez le terrible Mohammed 
Hanfalé, dont on tait une sorte de croquemitaine, pour n'avoir voulu, jus- 
qu'à présent, recevoir aucun blanc. Je me propose d'aller le voir dans 
quelques jours, et de faire amitié avec lui. 

n Adieu, etc. 

X Paul SOLEILLET. n 

A Monsieur Gabriel Gravier. 



Mon c 



t Ami, 



Ne me grondez pas, ne criez pas : voici des renseignements pour la 
Société normande de Géographie . 

Les Arabes ont donné le nom diT>anakit (au singulier Donkali] à 
des populations de la côte orientale d'Afrique qui se donnent â elles-mêmes 
le nom d'Afar. Elles sont appelées Adalloche (au singulier Adatj par les 
Abyssins et les Gallas qui, eux, repoussent ce nom de Gallas, sous lequel 
ils sont universellemeni connus, pourprendre celui d'Oromont. 

Les Afar, Adalloche ou Danakil sont pasteurs et nomades. Ils ont 
sur le littoral deux centres fixes de population, Reiiia i et Tadjourah'. 

■ Oq Raheila, sur le détroit de Bab el-Mandeb, formé de eeni qiiiiire-vingta ï deux 
cents cabanes en paille. It y a quatre à cinq cents habitants qui s'adonneni au commerce. 

1 Petit port à vingt-neuf milles au sud-oucsi d'Obock, sur la bande septentrionale 
de la baie de Tadjoura. 11 est d'aspect misérable, el compte irois mille habitants qui sont 
adonnés ai 



NOTBS ET DOCUMENTS DIVERS 3 

Dans l'intérieur, ils ont deux on trois villes dont U plus importante est 
Haoussa <■ 

Les Danalvil vivent par tribus qu'ils nomment Kabil. Cliaque irïbu est 
administrée par un chef appelé Ras (léte). Les Ras sont toujours choisis 
dans une même famille et sont vassaux de sultans qui résident dans les villes. 
Sols ce rapport, teur gouvernement est aristocratique et féodal ; mais les 
Ras ne font qu"exécuier les décisions prises dans les lialam, à la majorité 
des voix, et comme les Kalam ont la décision de toutes les affaires publi- 
ques, même le jugement et la punition des Ras, le gouvernement Danakil 
est également démocratique. 

Le territoire compris entre le Ras Doumeirah ', au nord, ei le Ras 
Ali '. au sud, nous a été cédé par le traité de t862. Il comprend neuf 
tribus dont les Ras reconnaissent la suzeraineté du sultan de Reitta. Ces 
tribus sont celles des Adal, des Bodoitamella, des Tokailli, des Scheka 
(appelé Mechaïrs par les Arabes), des Assoba, des Assemela, des Maddina, 
des Bossona et des Mandita. 

Le sultan de Reitta, avec qui j'ai personnellement de bonnes relations, 
(quand il m'écrit il m'appelle son ami intime), est allié des sultans de 
Tadjoura et de Loita et ces trois sultans sont feudaiaires de Mohammed 
Hanfalé, sultan de Haoussa *. 

Le sultan de Tadjourah vit en nomade, dans les environs, depuis 
l'occupation de sa ville par les Turcs. 

Lesullande Loita commande aux tribus les plus guerrières du pays; 
celles des Debcnek etde Vehima. 

Mohammed Hanfalé, ami ei allié de Ménéliit II, roi du Choa, com- 



I Sur la riviùre Aouach, à la pointe nord-ouest du lac Gamaticbad. D'après les 
rensfignemcnts rccueiUis par le comte Anlonelli et publics dans te Bulletin de la Société 
Italietme de Giogriiphie (mai-juin i;j8i, p. 46g), Houssa serait la nom d'uni; province et 
non (l'une ville. Cela est contraire à l'avis de tous les géographes. Ce n'csi pas un motif 
pour que M. Antonelll ail tort. Je crois cependant que celte ville sans nom qu'il place 
dans le site de Haoussa est celle que nous connaissons sous ce nom. Abd-er-Rahaman 
lusef, son informateur, a pu lui donner un nom diâ'éreni, et nous n'avons pas besoin 
d'tller en Afrique pour trouver des villes ayant ptuaieurs noms. Nous savons aussi que 
souvent des villes changent de nom par suite d'ËvÈnements politiques e( militaires. 

* Sut la mer Rouge, à vingt kilomètres au sud de la baie d'Assab, — G. Gr, 

t Sur la bande miiridionale de la baie de Tadjourah. 

4 Pendant l.i saison des pluies, le sultan du Haoussa réside à Gargori, entre 
Dihoita et Dubê \[e comls Antonellî, op. cit.). 



4 NOTES ET DOCUMEtJTS DIVERS 

mande aux nombreuses tribus qui se groupent sous le nom de Hassa- 
Yamara, 

Le sultan de Reîtta est la seule autorité reconnue par les Ras des tribus 
du littoral. C'est donc avec lui que les Français doivent surtout traiter pour 
leurs relations avec ces tribus. 

L'intérieur du pays nous sera ouvenpar Mohammed Hanblé, le sultan 
du Haoussa. Plusieurs fois déjà, pour conserver son indépendance vis-à-vis 
de l'Egypte, ce chef a sollicité l'alliance de la France, 
De cceur, bien à vous,. 

Paul Sor.EiLLET. 



A Monsieur Gabriel Gravier. 

Obock, iti août 1882. 
Mon cher Ami, 

Demain, 19 août, je pars pour le Cfaoa, par la rouie directe d'Obock 
à rÉthiopie méridionale, qui traverse le Haoussa, 

Le 26 juillet, j'ai reçu par cette route une importante caravane qui m'a 
été envoyée par le roi Ménelik II, avec qui une première affaire a été 
conclue. 

Le Sultan Homed Loita nous a cédé le port et la rade de Sagallo, dans 
le golfe de Tadjourah. Je viens d'y installer un agent. Ainsi non seulement 
nous avons utilisé le territoire français d'Obock, mais nous l'avons 
agrandi. 

Je vous écrirai du Choa. 

Je compte être en France en janvier i883. 

De cœur à vous. 

Paul Soleillet, 



A Monsieur Gabriel Gravier. 

Segallo, le icj août 18S1. 
Mon cher Ami, 

Je quitte demain Sagallo ', où je suis resté quelques jours pour ins- 
taller M. Louis Grand (ancien élève de l'école de Commerce du Havre), 
comme directeur du comptoir que je viens de créer sur le lerritoire que 
' Prèe de Tadjourah, da.^s le golfe du mime nom. — G, Or. 



NOTES ET DOCUMENTS DIVERS 



m'a concédé le sultan Homed Loïta. J'ai pris possession effective de ma 
possession, en la faisant mesurer ei en la délimitant par quatre bornes en 
ma(;onneriede forme conique, de deux mètres de diamètre sur deux métros 
de hauteur, et blanchies à la chaux. Celle de l'Est est près d'un palmier 
très élevé qui Indique le mouillage. 

L'installation du comptoir est toute primitive. Elle se compose d'une 
zariba [enceinte d'épines] et d'une cabane en paille, mais sur cette cabane 
floue le pavillon français. 

Les indigènes nous ont accueillis avec enthousiasme. Les Egyptiens 
établis à Tadjourah sont pour eux une menace : ils craignent le sort des 
paysans du Harar qui en sont réduits à couper les caféiers parce que leur 
produit total ne suffit pas à payer l'impôt, qui est de 80 0/0 du produit brui 
des bonnes récoltes. Outre celte ineptie Ascale, qui rappelle Thommc de la 
poule aux œufs d'or, l'Egypte a le tort de gouverner par des soldats, c'est- 
à-dire très mal. 

Maintenant, mon ami, prenez une bonne carte de l'Abyssinie et vous 
verrez tous les avantages de la nouvelle position que nous occupons, et cela 
sans abandonner Obock. Sagallo est auprès de la montagne de Goba ' 
qui est, à cause de son altitude, abondamment pourvue d'eaux vives et de 
pâturages. Elle est habitée toute l'année par de nombreux Bédouins. Nous 
ne sommes séparés des Isa Çomalis que par un petit bras de mer. II y a là 
aussi les éléments d'un trafic important. 

Pour le moment, nos relations de voisinage se bornent à tirer tous les 
soirs un coup de fusil à poudre, dans la direction de la montagne, pour 
montrer que nous faisons bonne garde. Les Isa Çomalis sont d'audacieux 
voleurs, mais ils ont une peur elfroyable des armes à feu, et nous exploi- 
tons ce sentiment. 

La route la plus fréquentée de l'Ethiopie méridionale à la mer est celle 
dite des Lacs salés. Suivant la saison, cette route passe par la vallée de 
l'Aouach ou par Erer et Faré ' ; c'est cette dernière que je vais suivre. 

A vous de cœur. 

Paul SOLEILLET. 

> Goodah des cartes anglais». — G. Gr. . 

1 Jtf ne connais ni Erer ni Face. Je suppnse que SoleJilet veut àitisnei la route, 
ou plutôt la pisic longue J'cnviron 410 kitomitres que luivent les caravanes d'Ankobir 
k Tadjourah. Cette route coupe l'Aouairh par environ go 3g de latitude nurd, monte un 
peu au Dorti par Sîîkoiban, puis au nord-est par Baddikoma, au nord pr GabboUa, au 
nord-est par Tutleli el Saboila, nu nord pur Knrabia, au sud du lac AsshI ou Sait'; elle 



p. s. Au moment où SolciUei recevait du Choa une caravane riche- 
ment chargée, oh il agrandissait son cercle d*action ei se mettait en route 
pour la cour du roi Ménélik II, la Société Godin et C' faisait prononcer 
sa dissolution par le tribunal de commerce de la Seine. Elle annonce 
que le capital engagé est insuffisant et que celui souscrit est complètement 
perdu. Celle décision est d'autant moins comprehensîble iju'elle se produit 
jiMie quand le succès paraît assuré, quand la récolte commence. 

Obock sera-t-îl encore une fois abandonné alors que nous avons 
devant les yeux l'éui florissant de la colonie fondée, par les Italiens, sur la 
beiied'Assab> 

Gabriel Groieb. 



Lettre de M. Paul Soleitlet à M. Gabriel Gravier, Secrétaire général, 
reçue le a^juin i883. 



Aurcillo (Choa), le i8 octobre 



Mon cher Ami 



Mon voyage d'Obock au Choa s'est accompli très heureusement, 
quoitiue très lentement. Je ne dois cependant pas trop me plaindre de cette 
lenteur, ta cause en étant les relations amicales créées à Obock entre moi 
ei les chefs Danakil. Dans tous les camps j'ai été reiju en ami ei partout, 
de gré ou de force, il a fallu s'arrêter à boire du lait ou à manger de la 
viande. Aussi, je ne suis arrivé à Ankobèrque le 2 du présent mois. 

Grâce à ma situation de chef d'Obock jc'est le titre que l'on me donne), 
j'ai été on ne peut mieux re^u. L'azage Oualda Tsadec, premier ministre 
du roi, est venu à ma rencontre à plus d'une heure d'Ankobèr avec 5o 
soldats qui m'ont salué par une salve de mousqueteric. Lorsque je suis 
arrivé à Ankobèr, le roi était déjà parti pour Aureillo, oU va se célébrer, 
samedi prochain, le mariage de sa fille avec le fils de l'empereur Jean. Dès 
que S. M. a connu ma présence dans ses états, elle m'a fait envoyer une 
invitation pour assister à ce mariage. Elle a fait la même politesse à l'agent 
de notre compagnie, M. Chefneux, qui est depuis sept mois au Choa, oti 
il est très bien vu. M. Chefneux parle et écrit l'Amarigna. 



pawE enfin entre la bande icptcnirîonalc du golfe Je Tadjuurnh ci le 
Coodih jusqu'à Ib ville de Tadjourah, d'où elle &r. dirige soit sur Obock, s 
de In mer Rouge. ^ G. Gf . 



ud du Djebel 



MOT ES ET DOCUMENT! DIVERS 



J'ai éié fort bien reçu par le roi Ménélik II (Ménélik I" éiait fils de 
Salomon ei de Makada, reine de Saba). Je l'ai déjà vu plusieurs fois et 
chaque fois très longuement. M. le comte Louis de Jouffroy d'Abbans, 
consul de France à Aden, auprèsduquel je suis accrédité par un passe-pori 
diplomatique et par une lettre du ministre des Affaires étrangères, m'avait 
donné une leiire pour le roi du Choa. Celte lettre a fait le plus grand plaisir 
au roi. L'envoi d'une ambassade en France est actuellement décidé en 
principe, ei je dois être chargé de l'accompagner. L'ambassadeur sera pro- 
bablement le premier ministre du roi. 

Depuis Rochei d'Héricouri, la France est très aimée au Choa. Lorsque 
le roi actuel apprit nos revers et sut que les Allemands nous avaient 
imposé une rançon, il voulut envoyer en France quelques milliers de 
thalari, comme cadeau, pour aider à notre rachat. Un européen, alors 
auprès de lui, l'en dissuada en lui expliquant ce que c'est que cinq milliards. 
Le roi craignit que l'on ne se moquât du don qu'il voulait faire et n'osa 
l'envoyer, mais l'inicniion y était. 

Le royaume du Choa est peu de chose par lui-même, mais aciuelle- 
meni Ménélik a conquis tous les pays Gallas jusqu'à Kaffa. Depuis la chute 
de Théodoros, Ménélik est le plus puissant des souverains de FAbyssinie, 
le seul qui, avec l'empereur Jean, puisse porter le titre denegits (roi). Aussi 
l'empereur, jaloux de lui, a poussé dernièrement le ras Adal, chef du 
Godjam, à combattre Ménélik. Pour les mettre de pair, l'empereur avait 
donné au ras Adal la couronne du Kaffa avec le titre de Negus Téclahi- 
manoi. Téclahimanoi a dernièrement passé l'Abai, mais il a été défait 
complètement par le roi ei fait prisonnier. A la suite de celte victoire, 
l'empereur a reconnu les conquêtes de Ménélik, lui a laissé la couronne du 
Kaffa et de tous les pays Gallas qu'il a conquis ei pourra conquérir, et le 
roi Téclahimanot redevient simple ras. 

Deux nouveaux royaumes sont formés, l'un avec le Ouollo que Ménélik 
donne à sa fille avec le titre de reine; l'autre avec le Tigré que l'empereur 
donne à son fils unique, Arahya Sellasié, avec le titre de roi. 

Les deux nouveaux souverains vont être unis samedi prochain par 
le mariage indissoluble dit de la communion. De plus, l'empereur a 
reconnu Ménélik pour son successeur à l'empire, ce dernier promettant sa 
succession à son gendre. 

Vous voyez par là, mon cher ami, l'importance que peuvent avoir pour 
la France des rapports directs et amicaux avec le Choa, 



Je vous mènerai des Ethiopiens à Rouen. Vous verrez par vous même 
q ue ce sont des gens inieUîgenis, de bonne compagn ie et de gais compagnons, 
ce qui ne gâte rien, grands mangeurs, grands buveurs, braves à la guerre 
et tidèles dans leurs amitiés. 

Je vous enverrai, par une occasion plus sùrc que la présente, copie de 
mon journal de voyage. 

A vous de cœur, 

Paul Soleili^t. 



P. S. — Vous savez que Mdnélik est a nti -esclavagiste. La ttaite est 
interdite dans ses états. Elle se fait clandestinement, mais si l'un de ses 
sujets chrétiens était convaincu d'avoir vendu un esclave, il serait puni de 
mon. 



Lettre de M. Paul Soleil let à M. Gabriel Gravier. 



Anliobèr, le lo novembre i8Si. 



Mon cher Ami, 



Je vous ai envoyé d'AureiUo, ou je suis allé assister aux fêtes du 
mariage de la fille du roi avec le fils de l'empereur Jean, une longue lettre 
que vous avez dû recevoir par la voie d'Assab. Aujourd'hui je profite 
du départ de M. Léon Chïfneux, notre agent ici, qui va à Aden, nous 
échanger un courrier avec la France. 

Vous trouverez ci-joini, pour votre Bulletin, les notes de voyage de 
Zeïla à Ankobèr que M. Léon Chefneux avait rédigées pour moi. 

M. Chefneux a pris les angles de la route comme je le fais. Son chiffre 
est suivi de 0, Les autres cotes sont barométriques et thermométriques, 
Faites un croquis delà route; celui publié par les Italiens, dans le Bulletin 
de la Société de Géographie de Rome, est inexact. 

Je vous envoie de mes noies de voyage ce que j'ai eu le temps d'en 
recopier, car je suis toujours ici par monis et par vaux. Pour le Choa, ce 
n'est point une métaphore, ei si l'on n'avait les mulets, je ne sais ce que 
Ton deviendrait. Pour beaucoup de nous, et pour moi toui le premier, il 
serait impossible de faire à pied les grimpages funambulesques qu'exé- 
cutent ces bonnes hêies. Heureusement, j'en ai trois ei des meilleurs. 



NOTES ET DOCUMENTS DIVERS 



Figaro, mulet Isabelle, que m'a donné le sulian de Reiia ; Rosine. 
belle mule noire, fine comme un pur sang anglais, que M. Léon Chefneuï 
a eu !a gracieuseté de m'envoyer à Obock; César, mulet noir, exception- 
nellement grand, beau, fort et rapide, marchani l'amble comme pas un. 
C'est le roi Ménélik qui me l'a donné, et comme il y a joini une selle de 
dedjas match (pone des gens en campagne), grade équivalent à celui de 
général de division, et comme en ce pays moyen-âge tout est hiérarchisé, 
je suis dedjas match au Choa chaque Cois que je monte mon mulei revêtu 
de la selle officielle ; alors on me salue eu baisant la terre, etc., etc. 
D'un étranger, c'est la selle qu'on salue. 

A Aureillo, j'ai faii autre chose que d'assister aux fêtes, qui, du reste, 
ont été fort belles (je vous enverrai plus tard le récit de lout cela); j'ai 
obtenu du roi, avec qui je suis fort bien, trois importantes concessions : 

T" Un très grand territoire au Choa ; 

2" La moitié de la récolte, pendant 25 ans, des oliviers sauvages que 
je pourrai greffer, et il y a d'immenses fordts d'oliviers sauvages susceptibles 
de produits non inférieurs à ceux de la Kabylie ; 

3° La concession d'un chemin de fer à voie étroite d'Obock au Choa, 
et celle des lignes à établir dans le Choa. 

Comme voyageur, je suis très satisfait : C'est quelque chose d'avoir 
ouvert la route d'Obock au Choa [ce qui n'avait pas encore été fait). J'ai 
cependant en espérance beaucoup mieux que cela. 

Dernièrement, je suis allé voir à Gimbici, entre Debrab-Berhan et 
Antoto, le ras Gobanna, ce qui m'a permis d'apercevoir les ruines portu- 
gaises d'Angolala, que je visiterai au premier jour. 

Ras (mot arabe et éthiopien qui signifie tête) est le tiire qui vient immé- 
diatement après celui de negus, roi. 

Le ras Gobanna est ce quL l'on appelait autrefois en France un soldat 
de fortune. Simple guerrier galla, il s'est élevé par son courage à la dignité 
de ras. Il est le plus important des feudataires du roi. Son armée parti- 
culière se compose de 3o,ooo cavaliers. Il est assez riche pour avoir pu 
offrir en cadeau au roi Ménélik 11, à l'occasion du mariage de sa fille, 
i,3oo chevaux, dont 5oo harnachés. Trois cents des harnais étaient en 
argent. Outre les chevaux, ce présent comprenait des mules, de l'ivoire, du 
café, etc. Jai vu tout cela à Aureillo. 

Gobanna a soumis au roi Ménélik tous les pays Gallas, jusqu'à 
Kaffa. Le roi de Kaffa lui-même, grâce à Gobana, est tributaire de 



XOTES ET DOCTMEirrS DIVEKS 



Ménélik, ei l'empereur Jean reconnaît Ménélîk comme roi de KaSa. 

Le royaume de Katfa esi l'un dés plus anciens et des plus célèbres de 
l'empire des Atlié (empereurs d'Abyssinie). Les negus y residéreni â 
plusieurs reprises. Il est fermé aux Européens depuis longtemps. Il n'a 
Clé vîsîié, je crois, que par M, Arnaud d'Abbadîe. Les Italiens ont ùhoué 
dernîéremeni dans cette entreprise. KatTa est encore le but du voyage du 
docteur Sieker. Soit dît entre parenthèses, j'ai rencontré ce voyageur en 
très bonne santé, le mercredi i" novembre, à 9 heures 30* du matin» dans 
le pays de Jij^uem. 

Nous avons déjeuné devant lui. Comme les Amaras, il jeûne le 
mercredi et le vendredi. Il porte au col, d'une façon très apparente, une 
croix en or, pendue k un cordon de soie bleu, le cordon chrétien. II se fait 
tout à tous. Je ne puis que l'approuver, puisque, moi-même, je porte le 
cordon bleu. Il nous a dit qu'il se rendait à Borou-Meida, auprès de l'em- 
pereur Jean, et qu'il se rendrait ensuite dans le Kaffa. 

Le docteur voyage avec une suite très nombreuse et une quarantaine de 
mulets de charge, dont plusieurs portent des animaux vivants dans des 
cages, CI d'auircs collectruns. 

Le ras Goubanna m'a très bien reçu. Comme tous les auromons 
Igallas), il aime beaucoup les Fronçais. Nous sommes, disent-ils, les 
Français d'ici, et ils ont raison. Les voyageurs leuroni reconnu la plupart 
de nos brillantes qualités. Ils sont braves et impétueux à la guerre, francs et 
loyaux, volages, sans souci, coints (dans le sens de Montaigne), voltaî- 
riens en diable, mais aussi lupersttlicux et un peu trop passionnés pour 
l'hydromel. 

Le ras Goubanna cii très bien avec tous les Français qui sontvenus au 
Choa. Nous avons trouvé en villégiature, chez lui, M. Eloi Pinot, 
eapiiaine au long cours, envoyé ici pur la maison Tramier. Lafarge et G', 
de Marseille. M. Léon Chcfneux est aussi en excellents termes avec 
le ras. Quand M. Chefncux l'a informé de son départ pour Aden, il lui a 
donné un cheval pour lui et un pour le consul de France; il m'en a 
donné un aussi, et eus trois chevaux sont harnachés d'argent. 

J'ai dit au ras que ptndani l'absence de M. Chcfneux, qui doit durer 
deux mois, je désirais voyager en pays Galla. Il m'a répondu : Va partout 
oU je commande. Après Kaffa, le pays ne m'appartient pas. Partout tu 
seras le bienvenu. Au.isi, lundi prochain, i3 courant [t? novembre der- 
nier) je pars pour Katfa. J'en suis bien heureux, vous le comprenez, mon 



NOTBS ET DOCUHKNTS DIVCKS I I 

cher ami. Je pars dans les meilleures conditions possibles : seul d'Euro- 
péen, peu de domestiques, sans bagages. 

Gourmand comme vous l'dtes, vous savez certainement tjue le café 
est originaire de Katfa, dont il lire son nom. Le climat sec de l'Arabie 
ne convient nullement à cette pUnte, qui veut de la chaleur, il est vrai, 
mais aussi de l'abri et de l'humidité. Les Arabes de Mokka, qui. de tout 
temps, ont eu des relations avec TEthiopie, ont importé à Mokka du café 
de Katfa ; on l'achetait à Mokka, et l'excellent café de KaSa a fait la répu- 
tation du mokka. 

Plus tard, lors de l'invasion de l'Ethiopie méridionale par le conqué- 
rant musulman Gragne, les relations de Mokka et de Kaffa devinrent très 
difficiles. L'usage du café se répandit en Europe, !es Arabes plantèrent 
des caféiers dans les vallées chaudes, humides et abritées de l'Yémen. Mais 
le vrai Mokka, le meilleur des cafés, est toujours celui de Katfa. Vous en 
jugerez, je l'espère, ainsi que nos amis de Rouen, à qui j'envoie mes meil- 
leurs compliments. 

De cœur à vous, 

Paul SOLEILLET. 

Lettre de M. Paul Soleillet à M. Gabriel Gravier, Secrétaire général, 
reçue le 2$ juin i883. 

Ankobêr, le S février iSSi. 
Mon cher Amt, 

Je rentre de Katfa, J'ai fait le plus heureux de tous les voyages. Je suis 
parti d'Ankobèr le i 3 novembre dernier. Je me trouvai aussitôt au milieu 
du peuple Oromon (Galla) et sur de grands plateaux couverts de pâturages 
et de cultures, un pays des plus riches et des plus prospères, et cela jusqu'à 
U rivière Guébé (ou Gibéj, affluent du fleuve Oromo ou Omo, qui va se 
jeter dans l'océan Indien. 

Le 29 novembre, nous entrons dans le royaume de Djema, qu'aucun 
européen n'avait encore visité. C'est un état musulman de race Oromon, 
vassal du Choa. Nous y fûmes très bien reçus par le roi et sa mère. Je 
voyais avec admiration le sous-bois des forêis que nous avions à traverser 
presque exclusivemeni composé de caféiers dont les baies sèches sont en 
partie sur les arbres sans qu'on songe à les recueillir ; chacun en prend ce 
qui lui est nécessaire pour sa consommation personnelle. 



NOTES EH DOCUMBNTS DIVSSS 



De Djema, nous nous rendons, avec des indigènes, à Kaffa, pays qui 
n'a encore été vu que par deux européens, le français Arnaud d'Abbadie 
ei l'italien Massaglia, ancien précepteur de Victor Emmanuel, qui se fil 
capucin et vint, sur l'invitation des trères Abbadie, évangéliser les Ethio- 
piens. Il erra quinze ans en Arable et en Ethiopie avant de pénétrer chez 
les Oromons. En i852, il arriva au Goudrou et y fonda une mission. En 
1862, il a été expulsé de l'Ethiopie avec trois autres évéques capucins, ses 
collègues. 

Tout est mystérieux à Kalfa. La race est Sidama et a des usages tout 
particuliers. Dans ce pays, on ne dit ni bonjour ni bonsoir, mais chevau- 
ckava (je me cache sous terre). Les chemins sont bordés de haies impéné- 
trables derrière lesquelles se cachent habitants et habitations. A tout instant 
les chemins sont barrés par des fossés, des haies, etc. 

Le roi ou tatino de ce curieux pays, qui prétend descendre de Salomon- 
et de Makada, la reine de Saba, vit entouré d'un luxe bizarre. On le tient en 
fermé dans de grandes cabanes gardées par des eunuques. Lorsque les 
ministres ou les grands du royaume ont à lui parler, ils se couvrent de 
vêtements en peau (vêtements d'esclaves) et entrent à reculons dans la salle 
où le roi se tient derrière un rideau. Ils s'approchent de ce rideau, toujours 
de dos Cl lui parlent ainsi, 

Son nom est un mys tère, mais avec un lac de perles dorées fabriquées 
à Paris j'ai corrompu un grand et je sais que son nom est GalHlo. 

Quand S. M. le tarino Gallito veut sortir, on le couvre d'un vieux sac 
bien sale, on la place sur le plus mauvais cheval que l'on peut trouver, les 
quatre plus grands rachos tiennent par la bride ce bucéphale et deseunuques 
chassent à coups de fouet les rares curieux que le hasard met sur la route 
du cortège. Il paraît que c'est un crime capital de voir le roi, même couvert 
de son sac . 

Si les mœurs de Sidama sont curieuses à observer, le pays ne l'est pas 
moins. Ccst, comme végétation, le plus riche que j'aie vu. Il y pleut un 
peu chaque jour. La terre y est riche en humus. Le sol est formé d'un 
terreau noir. 

Le pays présente un réseau de petites vallées bien abritées, entourées 
de hautes montagnes. 

Le Ka^a, comme vous le savez, est le pays du café. On en cultive une 
très grande quantité. Il est très beau, très bon et à vil prix. 

En revenant à Ankobèr j'ai parcouru le royaume de Ghera oCi j'ai 



NOTES ET DOCUMENTS DIVBItS 



fait un pieus pèlerinage à la tombe de l'explorateur Cherini. J'ai vu 
Limoux et Goma qui n'avaient pas encore été visitées par un européen. 

j'ai constaté par moi-même que d'Obock à Kaffa nos négociants 
peuvent circuler librement en touie sécurité, sinon sans fatigues, et trafi- 
quer sous la protection puissantedu roi Mi^nélik. 

Je n'en dirais pas autant de la France. Je sais bien que le pacha de 
Zeïla, Aboubaker. est protégé français et qu'il a pu impunément faire 
assassiner Lucereau et Pierre Arnoux. Pour ces deux crimes il s'est caché, 
mais pour moi il ne se gène pas. Il envoie fi ma poursuite une troupe de 
quarante Çomalis et leur donne un collier à lui appartenant, ainsi que le 
veut l'usage, pour bien montrer qu'ils agissent par son ordre. Si je n'avais 
pas été l'ami d'un homme que les gens, — qui reçoivent dans leurs salons de 
Paris, de Marseille, d'Alexandrie et d'Aden, les négriers Aboubaker, — 
traitent de sauvage, j'aurais été attaqué par les sicaires de ce pacha. J'aurais 
plaint ces pauvres Çomalis, car nous étions quatorze bien armés. Depuis 
que j'ai vu laissé impuni le meurtre d'Arnoux comme celui de Lucereau, 
je compte sur mon revolver et sur celui de mes hommes. Cela m'a suffi 
jusqu'à présent, mais cela me sufRra-i-il jusqu'à mon retour en France ? 

Quoi qu'il en soit, j'ai fait d'Obock à Katfa un très beau et très 
iméressani voyage. J'ai passé successivement du bassin de l'Aouach, qui se 
jette dans le golfe de Tadjourah, dans celui de l'Abai, qui va dans la 
Méditerranée, et dans celui de l'Omo qui se jette dans la mer des Indes, 
près de Zanzibar. 

Pendant le cours de ces voyages, j'ai pu faire de curieuses observations 
géographiques et ethnographiques. Je rapporte des collections et deux 
crânes d'Oromons auihentiques, ramassés sur un champ de bataille, malgré 
mes gens. 

Je me trouve heureux d'avoir pu consacrer à ces explorations le temps 
que me laissaient mes explorations Sahariennes, que j'espère bien reprendre 
pour continuer l'œuvre à laquelle je me dévoue depuis 17 ans (iSâS), et 
qui est d'ouvrir des routes, de créer des relations entre nos possessicns 
d'Afrique et l'intérieur du continent. C'est ce qui m'a successivement 
amené à In Çalah, à Ségou. dans l'Adrar, etc., et fait que je reviens de 
Katfa. Je me console en pensant que si ma dernière œuvre ne profite pas à 
la France, qui possède Obokh, elle profitera aux Italiens, qui ont Assab, 
car eux aussi sont Latins et doublement mes frères, puisque je suis fram^ais 
et provençal. 



MOTS» ST DOCtMSm DIVEBB 

Ccqui medicte cetie mélaocolique réfleiion, c'esi la nouvelle qui me 
parvîeni de la mise en liquidation de la Société qui m'a envoyé en Ethiopie. 
Ses affaires en Afrique ont eu cependant un succès qu'il eût été téméraire 
d'espérer. i'ignoTe d'ailleurs compîèiemeni les motifs qui ont pu dicter 
cette décision : rien ne me met sur la trace. 

Enfin, la route est ouverte, en protîie qui pourra. Je crains bien que 
cette fois encore je ne sois que !e caillou qui empierre la route au lieu d'être 
le rouleau qui Paplanit. 

Je vous ai inTormé dans le temps (voir p. 4), que le Sultan de Loîta 
m'avait donné !e territoire de Sagallo, dans la baie de Tadjourah. Les 
Egyptiens, qui le laissaient tranquille depuis qu'il leur a massacré l'armée 
conduite par Musinguer pacha, sachant qu'il y avait des Européens (deux!!) 
à Sagallo, sont venus avec des soldats pour les expulser. Encore cette fois 
Lolia les a chassés et leur a pris leur drapeau. Ils sont revenus avec un 
navire anglais. Le commandant de ce navire a été assez penaud quand le 
seul Européen de Sagallo lui a démontré que la famille Aboubaker tenait 
à Sagallo, parce que Sagallo était le point d'arrivée de ses caravanes 
d'esclaves. Le commandant est reparti sans rien dire mais avec la preuve de 
ce qu'on lui avançait. 



Bien a vous. 



Paul Sole (ll et. 



Lettre de M. Paul Soleillet à M. Gabriel Gravier. 

Ankobèr, le ig avril iS83. 
MoK CHER Ami, 



Ce matin à trois beures, il y a eu 41 ans révolus que l'on a dit dans la 
maison de mon père: un fils nous est né ! Ceiîls, c'était moi. Le ciel devait 
être rempli d'astres errants, et celui chargé de présider à ma naissance avait 
certainement pour maison une tente. 

Depuis ma dernière lettre, je n'ai pas mal battu l'estrade. Je suis allé 
jusqu'à l'Abai ' (le Nil Bleu] . Etant sur les rives de ce fleuve, voici ce que 
j'ai appris sur son nom : Abai, en amarigna (je commence à parler, à lire et 



' L'Abai, • 



l'Elhiopic, pri.-n<J li 



:i de Bahr-el-Azrek i 



NOTES ET DOCt-tnan-S DIVERS 



iS 



à écrire un toui peiii peu cette langue), veut dire : mon père, de abba père et 
de ye, de moi. Un peuple appelé Ouaîtta, et regardé en Ethiopie comme 
infâme, habitait ses rives. Il était idolâtre, avaiifaiidu fleuve son principal 
dieu et l'appelait mon père. 

Le vendredi 3o mars, je quitte, avec le roî, Debra Beram et nous allons 
coucher ù Sokoro, pays apparienani au ras Goubanna. Sokoro signifie, en 
amarigna, chardon, et, en effet, il a ici des chardons arborescents gigan- 
tesques. 

La veille, il nous était arrivé, venant de la Haute-Ethiopie, par 
Aureillo, M. Auguste Franzoj, rédacteur de la Gabelle de Turin. Il esl 
pani ce tnatin pour Li-Maralîa et Ankobér. 

J'ai pour compagnon de route le docteur RaphaCl Alfieri, médecin 
ordinaire de S. M., dont j'ai déjù eu l'occasion de vous parler. Le docteur 
parle, en descendant qu'il est du grand Alfieri, la belle et harmonieuse 
langue toscane. C'est une féie pour mes oreilles proven<;ales. Si par un 
patriotisme, peut-être exagéré, le Dante n'avait pas renoncé à son premier 
projet, qui était d'écrire en roman provençal la Divine Comédie, où se 
trouvent encore pas mal de mots provençaux, l'Europe méridionale par- 
lerait aujourd'hui la même langue et formerait probablement une seule 
nationalité. 

L'Union économique des races latines est le rêve que je caresse. En 
proposant le transsaharien dès 18/3 (il y a donc dix ans et mes ennemis 
auront beau faire, je suis le promoteur du transsaharienj, le but principal 
pour moi était de créer une voie transcontinentale qui aurait mis en relation 
directe les Latins de l'Amérique avec ceux de l'Europe. Tous ces rêves 
d'aujourd'hui seront des réalités demain. Que nous sommes loin de 
Sokoro ou je me réveillais le 3 1 mars, au son des hautbois qui annonçaient 
le départ du roi ! 

On se hâie de partir et nous nous mêlons à la foule des pages, des cour- 
tisans, des fusiliers, etc., etc., qui suivent le roi et forment un tout 
des plus pittoresques. 

La région que nous avons traversée, plus ou moins lentement, avec un 
arrêt de vingt-quatre heures le i" avril, a été constamment une région de 
plateaux et de pâturages, et c'est justement le 2 avril, que par des gorges 
chaotiques, nous avons descendu dans la rivière MJama ou Abadaï qui 
prend sa source à Gouassa.oCi j'étais le lo octobre dernier, à 3h. 5o du soir. 
Elle se jette dans l'Abaï ou Nil Bleu au bas du Darra. Ses principaux 



affluems sont la Beressa et la Tchacha. Par le litd'un torrent, nous moQ- 
tons à un petit village appartenaoi à Ras Dargué et nommé Arradit, dimi- 
nuiiCd'Arratîà, qui en amarîgna signifie col. A droite, nous avons le 
mont-fort de Daubà ei à gauche celui de Kollache. Le roi me fait appeler 
ici pour manger des pèches qui sont excellentes. Ce sont les moines qui les 
culiiveni dans les jardins de leurs couvents. 

Le 3 avril, je prends congé du roi et, avec son oncle, le Ras Dargué, je 
continue ma route pour TAbai. 

S. M. Ménélik II m'a gracieusement accordé (ce qui est pour le pays 
une marque étonnante de confiance) Tautorisaiion de visiter ses monts-forts. 
Le 4 avril, après avoir visité le mont-fort de Kollache, je pénétrais dans 
celui de Koro (l'Orgueil], où se trouvent les tombeaux des ancêtres de 
Sahalla-Salassié, le grand-père du roi actuel, Atto Oldon ei Atto Djen, 

Le 1 1 avril, j'arrive avec le Ras dans sa ville de Fitché, province de 
Salalé, et le 12 j'en pars pour le grand marché de Djarso, lieu de réunion 
des négociants du Choa et de ceux du Godjam, Le 1 5 avril je visite l'Abaï, 
à un ou deux kilomètres en aval du point oCi ce Heuve reçoit la Soukâ et la 
Monga, rivières du Godjam, Le fleuve est ici encaissé entre des montagnes 
grises où poussent quelques accacias et autres arbres verts. Quand j'ai vu 
les eaux du Nil Bleu, elles étaient jaunes ! 

Le 1 8 avril j'ai visité le fameux monastère de Debra Libanos (couvent 
des gens du Liban) oti se trouvent enterré, dans un endroit inconnu des 
profanes, le célèbre évéque Abboun Tecla Haimmanot. D'après la tradition, 
ce prélat reposerait dans un cercueil d'argent, renfermé dans un cercueil d'or. 

Le 2t, je rentrai à Ankobèr, où le roi arrivait le lendemain. 

Vous le voyez, mon cher ami, j'aurai beaucoup à vous dire, mais en 
ce moment, j'ai sur les bras tant et tant d'affaires et si diverses, que le temps 
me fait absolument défaut pour colliger mes notes. Ce qui est différé n'est 
pas perdu. 

Mes compliments à tous nos amis communs. 



Tout à vous, 



Paul Solkillët. 



NOTES ET DOCUMENTS DIVERS I7 

Ankobèr, le 10 mai i883. 

Bien des jours se sont passés depuis que je vous ai écrit sur cette feuille, 
mais je n^ai pas eu un instant à moi. 

Le comte Antonelli est arrivé ici le dimanche 29 avril, jour de la Pâque 
éthiopienne, dans Taprès-midi du jour où, le malin, je vous écrivais. 

Il vient d'Assab. Il a heureusement traversé le Aoussa. Il est chargé, 
je crois, d'une mission diplomatique. Je sais qu'il a remis au roi Ménélik 
une lettre et des cadeaux du roi Humbert. 

Tout ce qui se fait à Assab doit profiter à Obock, et tout ce qui se fait à 
Obock doit profiter à Assab. Ici comme ailleurs, les intérêts des deux nations 
sœurs sont identiques. Vous devez tous applaudir au succès du voyageur 
italien qui vient d'ouvrir la route d'Assab au Choa. 

Le pacha Aboubaker, tout aussi furieux contre M. Antonelli, qui a 
ouvert la route d'Assab, qu'il Ta été contre moi, pour avoir ouvert celle 
d'Obock, a envoyé ses sbires à la poursuite du voyageur italien. Ils n'ont 
pas eu plus de chance avec lui qu'avec moi, et c'est encore mon ami le 
sultan Homed Loïta qui les a arrêtés. Cependant, le 6 mai, on a assassiné 
à Farré l'un des afars de la caravane de M, Antonelli. Tout fait présumer 
que cet assassinat a été commis par un homme du pacha Aboubaker^ qui a 
une partie de sa famille établie sur la lisière du Choa. 

On ne saurait trop le répéter, le pacha Aboubaker hait mortellement 
les Européens parce qu'il craint pour son ignoble trafic de chair humaine, 
qui Tenrichit, qu'il fait sûrement en sa qualité de fonctionnaire égyptien, 
de protégé français et d'ami des Anglais. L'impunité de ce négrier est une 
honte pour l'Europe. 

Il a fait assassiner Lucereau et Pierre Arnoux ; il n'est pas étranger au 
massacre de la mission Julietti ', et a tenté de me faire assassiner; il vient 
de faire la même tentative sur le comte Antonelli. On en verra bien 
d'autres. 

A vous, 

Paul Soleill'et. 



> Julietti a été assassiné sur la route que suivent les caravanes d^esdaves d*Abou- 
baker pour aller en Arabie, où elles abordent tantôt par Djedda, tantôt par Hodelda. 
Les Anglais, si philanthropes, théoriquement, ne voient rien et ne veulent rien voir à 
cela. S'il s'agissait d'engager des ouvriers noirs pour nos colonies, ce serait bien différent ; 
la loyale Angleterre protesterait en se voilant pudiquement la face. — G. Gr. 

3 



iS NOTES ET DOCUMENTS DIVERS 

A Monsieur Gabriel Gravier . 

Gallane, 2 septembre i883. 
Mon cher Ami, 

Je suis ici dans une position absurde; comme sœur Anne, j'attends et 
ne vois rien venir. J^anends des nouvelles de feu ma Compagnie, et ne sais 
encore rien de plus précis que ce que m*en a appris votre Bulletin, et suis 
réduit à faire suppositions sur suppositions. 

Pour le moment, grâce à la bonté de S. M. Ménélik II, ma vie s'écoule 
assez doucement, ce roi ayant bien voulu me nommer titulaire d'un mal- 
cagnat (fief); je suis indépendant sur une terre qui ne relève que du roi 
et mène à peu près l'existence des barons du moyen âge dans leur manoir. 

Le matin je passe une heure ou deux à manéger mes chevaux dans mes 
prairies ; je chasse ou pèche ; je préside ensuite le dîner de mes gens et je 
rends aussi la justice, car à tout malcagnat sont attachés des gabares, 
paysans, qui sont administrés au nom du roi par le malcagnat 

Les gabares ne doivent point être assimilés aux serfs du moyen âge, 
i'ur iU Nont propriétaires du sol qu'ils cultivent; ils peuvent le vendre, le 
léguer ; mais ù ce sol, au lieu d'impôt, est attachée, en Saveur du malca- 
gnat, une corvée de deux jours de travail sur cinq jours ouvrables. 

J'ai ainsi une centaine d'administrés, et un territoire d'une bonne 
journée de longueur sur une demie de largeur, qui est traversée par la rivière 
Accaki, atllucnt du tieuve TAouach. La moitié du terrain à peu près 
nrapimiticnt ; il y en aurait assez pour nourrir mille personnes, car le sol 
v%\ il(n pi un Icrtilcs, surtout en grains, blé et teffe. 

(IcMu terre avait jadis eu comme malcagnat un évéque catholique, 
Mhi Inmin». \a\ plu^Mirt des paysans sont catholiques, et le roi, en mêla 
tloiiiiMni, a Vdulu remettre ces gens, qui avaient appanenu à un Français, 
i^iiiit' \v% \\\{\\\\% iPun Français» et donner ainsi une nouvelle preuve de sa 
loKiinHi w rollglcii^c ; de plus, une terre d'évêque est bonne en tout pays. Il 
m II diiiinti aiiiKl un tcMnoignagiie d'amitié auquel je suis très sensible, et je 
III cituM il'iltus pom* le tnoincnt> aussi bon malcagnat que faire se peut. 

Bien à vous« 

Paul Soleillet. 



NOTES ET DOCCIMENTS DIVERS 



Lettre de M. Paul Soleillet à M. le Ministre de l'Instruction publique 
Communication de M. Paul Soleillet. reçue le 23 juin. 

AnkobËr, le to fiJvrier iU83. 

Je charge mon excellent camarade ei compairîote Gaillard, d<iputé de 
Vaucluse, de vous remettre en main propre cette lettre et ce que j'ai pu 
terminer d'un rapport sommaire sur le le voyage d'Ankobér à Kaffa, que 
je désire vous adresser avant de rentrer en Europe. M. Gaillard aura l'hon- 
neur de vous faire savoir les motifs qui m'obligent à agir ainsi. 

Je dois à la bienveillante proiection de S. M. Ménélik II, qui veut bien 
m'honorer de son amitié, d'avoir pu me rendre dans le Kaffa, mais je suis 
heureux et fier de constater que je dois l'amitié du roi Ménélik à la haute 
estime que des Français comme MM, Dufey, Rochet d'Héricouri, les 
frères Abadie ont su, à juste titre, se faire accorder en Ethiopie. 

Il est à remarquer que juste au moment oCi l'on me faisait parvenir k 
KaSa on forçait un autre Européen à rebrousser chemin. 

Je ne suis qu'un simple voyageur ei je n'ai nullement la prétention 
d'être un savant, mais, comme l'hirondelle du fabuliste, j'ai beaucoup vu 
et. partant, un peu retenu. Je rapporte de mon voyage d'Obock au KaSa 
de précieuses collections (notamment deux crânes authentiques d'Oromons] 
que je destine au musée d'ethnographie de Paris. 

J'ai fait d'intéressantes remarques géographiques, ethnographiques, 
mêmes botaniques, zoologiques et géologiques. 

D'Obock à Kaffa, je suis successivement passé dans les bassins de 
l'Aouach, qui se perd dans les lacs en communication souterraine avec 
Tadjourah, dans celui de l'Abai, affluent du Nil, et enfin dans celui de 
l'Oromo {ou Omo) qui se jette dans la mer des Indes, près del'équateur, si 
mes souvenirs sont exacts, car je n'ai pas avec moi de carte générale de 
l'Afrique. 

De la mer â l'Aouach, sauf le massif montagneux, anciens volcans oCi 
se trouvent les lacs Salés qui, d'après mes observations barométriques 
auraient une altitude de — looà — 120 mètres, on est sur de vastes plateaux 
qui rappellent, par l'aspect de leurs grandes ondulations, aussi bien que 

par leur flore [ gommiers], que par leur faune (autruches, outardes), 

ceux du Sahara. 

L'Aouach, au point où je l'ai traversé, un peu à l'ouest des mines de 
soufre de Choa, c'est-à-dire approximativement par 38" longitude est (mér. 



NOTES ET DOCUMENTS DIVERS 



de Paris) et le t o" de latitude nord, coule au milieu d'un massif volcanique 
remart|uable par le nombre des sources thermales qui Turrosent. 

L'olivier et le cyprès sont les arbres caractéristiques de cette région où 
l'on trouve, comme animaux sauvages, outre ceux de la région précédente 
(moins l'autruche), l'éléphant, Thippopotame, le crocodile ei la panthère 
moucheiée. Le sol est irés accidenté, tourmenté, semé de hautes montagnes 
volcaniques percées de gorges oti couleni des torrents, où l'on cultive, outre 
les céréales, le colon, la canne à sucre, ejc. 

L'Allemand Ritrer, par une des conceptions que le génie seul inspire, 
a divisé l'Afrique en terres montagneuses et en terres planes. Les Ethio- 
piens font de même. Ils nomment kottlla |ou kollas) toutes les régions des 
vallées, et deuga (ou degas] toutes les terres planes qui s'étendent d'Anko- 
hèr à la rivière Guebé, affluent de l'Oromo dont les sources sont dans les 
monts Enarea, entre le 8' et le gf degré de latitude nord et entre le 35' et le 
36" degré de longitude est (mér. de Paris). 

Entre Ankobèr et le Guébé, les deuga ont une altitude qui varie de 
2,3oo à 3,ooo méires. Ce sont de grands plateaux légèrement concaves, 
formant des espèces de bassins séparés par des coteaux. On y remarque des 
buttes en forme de ballon. Tout ce qui est protubérance est couvert de bois, 
surtout d'innombrables oliviers sauvages, de cyprès et autres conifères, de 
bambous, de quelques acacias et de diverses espèces de plantes grasses 
ayant la dimension d'arbres. Les indigènes, qui donnent à une portion de 
ces deugit le nom de ouina-deuga Iplateau à vigne), ont ainsi conservé le 
souvenir de ce qui faisait l'une des grandes richesses de leur pays avant 
l'invasion d'Hamed Gragne |i55o-i58o). Cette région est caraaérisée 
par de nombreuses espèces d'oiseaux, entre autres par le merle métallique, 
par des mammifères du genre oryctérope, une panthère noire, l'éléphant 
et les autres animaux plus haut cités. Les deuga sont peuplées, cultivées, 
arrosées par de nombreuses rivières ; elles ont de gras pâturages qui nour- 
rissent d'innombrables troupeaux de chevaux, de bœufs, etc. 

Au Guébé, on se retrouve dans les koulla. Les oliviers cessent et l'on 
rencontre, comme arbustes de sous-bois, dans toutes les forêts jusqu'au 
Kaffa et au-delà, des caféiers. La civette est l'un des animaux qui caracté- 
risent cette région. Le sol en est généralement volcanique. On y rencontre 
cependant des terrains qui ne sauraient être rangés dans cette catégorie, 
ainsi que le démontreront les échantillons et un mollusque que j'eB| 
rapporte . 



D'Obock à KafFa, j'ai constaté partout la présence du fer, mais les 
nombreuses pierres noires qui brûlent, d'après les indigènes, et qui ont fait 
croire à ta présence de la houille, ne soni, du moins celles que fat vues, 
que des pierres schisteuses ou des lîgniies sulfureux. 

J'ai reconnu que toutes les populations traversées dans ce voyage,, 
d'Obock à Katfa, devaient avoir une origine commune. Les usages son: 
partout les mêmes, bien que parfois dénaturés; tel est celui des Afarsqutse 
décorent d'un bracelet au poignet droit quand ils ont tué un homme, même 
en l'assassinant, ou un esclave acheté exprès, Dans toute l'Ethiopie, la 
mort d'un homme lué à la guerre donne droit au port du bracelet au poi- 
gnet droit. Les idiomes sont les mêmes, L'affar, l'amarigna, l'oromon, le 
sidama, le qomali sont tous des patois du ghèj ou ghèe:{ qui jusqu'à présent 
est resté la langue iitiéraîre de toutes les populations chrétiennes. Depuis 
tin siècle ou deux on écrit bien des lettres en langue amarigna, mais les 
livres ne s'écrivent qu'en ghèz. 

De la diversité des types, un type unique se dégage : le type éthiopien. 
Partout mêmes costumes, même manière de se vêtir en se drapant dans 
une toge de forme rectangulaire, mêmes armes : la javeline, le bouclier 
rond, etc. 

Pour peu que l'on vive dans ces pays, on sent que s'il n'y a pas de 
race éthiopienne il y a encore une grande nation éthiopienne; et qu'il 
suffit d'un homme ou d'un événement pour restaurer cet empire des Attié 
fondé il y a vingt-neuf siècles. Ce rôle est peut-être réservé au roi actuel 
du Choa. Son nom Mênélik II, et sa devise : // est né le lion de Juda. 
sont d'heureux augure. 

Quoi qu'il en soii, le rot Ménélik II possède actuellement l'état le plus 
Uld, le plus riche, le plus civilisé, non seulement de toute l'Ethiopie, 
■ de toute l'Afrique orientale. 

Son autorité est reconnue, à divers titres il est vrai, par tous les indi- 
gènes d'Assab il Berberah jusqu'au Ni! et au Kaffa, y compris ce royaume. 
Partout j'ai trouvé la protection de ce roi toute puissante. Je ne saurais 
oublier que c'est un vassal de ce roi, le sultan Homed Loïta, qui a chassé 
les meurtriers qu'avait lancé à ma poursuite le pacha de Zeilah, le négrier 
Aboubaker, l'assassin impuni des frani;ais Lucereau et Pierre Arnoux. 

L'attachement k la France est traditionnel dans la famille de Ménélik, 
Nul doute qu'il repoussera les offres de certain Européen, comme son 
grand-père, le roi Sahala Salassié, repoussa celles de l'Anglais Haris, Si 



22 NOTES ET DOCUMENTS DIVERS 

toutes les avances que ce souverain fait à la France demeurent sans effet, 
comme il ne peut rester isolé de TEurope, espérons qu'ayant à choisir 
entre les Anglais, les Allemands, les Italiens, qui le sollicitent également, 
il choisira ces derniers : eux, au moins, sont aussi des Latins. 

Veuillez, etc. 

Paul Soleillet. 



Par une lettre d'Obock, le 23 septembre 1884, adressée à M. Gabriel 
Gravier, M . Paul Soleillet annonce son prochain retour en France et 
fait connaître qu'il est resté neuf mois entiers sans pouvoir échanger de 
correspondance. 

Le roi du Choa, Ménélik II, comme signe de bienveillance et de haute 
considération, Tavait déjà fait. Tannée dernière, Malcagnat de Gallane, 
c'est-à-dire qu'il lui avait donné un fief correspondant à peu près à une 
de nos anciennes baronnies. 

Il vient récemment de l'honorçr d'une nouvelle distinction en le déco- 
rant du troisième ordre de son royaume. 

Cette décoration correspondant au grade de commandeur de notre 
Légion d'honneur, elle se pone également au cou. 

Par une autre lettre, datée d'Aden, 6 octobre 1884, M. Soleillet annon- 
çait son embarquement, du 8 au 12, sur le paquebot le Yarra, venant 
d'Australie. Il rapporte comme échantillons pour les industriels de notre 
région, quelques articles de tissus anglais, dont la consommation est tou- 
jours assurée au Choa et sur tout le littoral de la mer Rouge. 

Notre compatriote est accompagné d'un négociant éthiopien, intelli- 
gent et connaissant à fond le commerce de son pays, avec lequel il est en 
rapport depuis deux ans et demi. Cet homme vient en France pour se ren- 
seigner de visu sur nos productions industrielles. 



RAPPORT 

adressé à M. le Ministre des Affaires étrangères à Paris 

Sur la possession française d'Obock et le royaume de Choa 

PAR 

Paul SOLEILLET 



Obock et TEthiopie méridionale présentent-ils, pour la France, un 
intérêt suffisant pour légitimer. Monsieur le Ministre, les mesures que je 
viens vous engager à prendre ? 

Les considérations suivantes sont, ou du moins me paraissent de 
nature à démontrer l'intérêt considérable qu'il y a pour la France, au 
triple point de vue du maintien de son in/Iuence, de Vextension de son 
commerce, delà sécurité de ses possessions de V extrême Orient, de songer 
sérieusement à Obock et à l'Ethiopie méridionale. 

Les considérations que je vais avoir Thonneur, Monsieur le Ministre, 
de vous présenter, auront au moins le mérite de Têtre par Pun des Français 
qui ont, jusqu'à présent, fait le plus long séjour à Obock; par celui qui a 
ouvert la route d'Obock au Kaflfa ! 

Dans le but d'assurer, pour le jour où le détroit de Lesseps serait ter- 
miné, nos libres communications avec nos possessions de l'extrême Orient, 
le gouvernement faisait, dès i856, acheter par M. Lambert, son agent 
consulaire à Aden, le territoire d'Obock, territoire situé sur la grande 
route maritime de Suez aux Indes, faisant partie de la côte orientale 
d'Afrique et placé en face d'Aden, acquisition qui fut ratifiée par le traité 
du // mars 1862. 

On espérait en outre par cette acquisition : 

Créer une nouvelle colonie française, faire ainsi plus largement parti- 
ciper au trafic de la mer Rouge et du golfe d'Aden le commerce français, 
et lui ouvrir en même temps des débouchés vers l'Ethiopie méridionale, 



24 RAPPORT SUR LA POSSESSION FRANÇAISE D^OBOCK 

dont Tune des routes commerciales, la plus fréquentée de toutes, a de tout 
temps abouti à Tadjourah, c'est-à-dire dans la baie même oti est situé 
Obock. 

Obock peut donc être appelé à devenir simultanément : 

1° Un port de relâche et de ravitaillement entre Sue\y la Cochin^ 
chine et autres possessions françaises de l'extrême Orient; 

2° Une colonie française ; 

3° Un centre de commerce maritime ; 

4° La tête de ligne d'une route commerciale vers VEthiopie méri- 
dionale. 

1° OBOCK. PORT DE REIJ^CHE 

Il ne faut point l'oublier : 

Les Anglais à Aden ont, pendant la guerre franco-allemande, inter- 
dit de vendre du charbon à un ou à des navires français. Ce seul fait (il 
est historique) démontre surabondamment que si la France ne veut point 
s'exposer, à un moment donné, à perdre dans Textrême Orient une situation 
laborieusement et onéreusement acquise, elle doit avoir un pon à elle dans 
les parages mêmes oti les Anglais ont reconnu qu'il leur était indispensable 
de posséder un établissement pour la sûreté de leur empire des Indes. 

Le simple examen d'une carte suffit pour démontrer qu'un poit de 
relâche, entre Suez et les Indes, est tout aussi bien placé sur la côte 
d'Afrique que sur celle d'Asie. Incontestablement la situation d'Obock 
est bien supérieure, pour un port de refuge, à celle d'Aden ; tous les navi- 
gateurs qui connaissent le port anglais et la rade française sont unanimes 
sur ce point. 

Il ne faut qu'examiner la côté d'Afrique de Massâouah à Gardafui, 
voir Assab, Reita, Tadjourah, Zeïlah, Berberah, pour reconnaître la 
grande supériorité d'Obock sur ces différents ports, tous plus ou moins 
ouverts aux vents du Sud ou du Nord. 

Dans ces parages, soumis à l'influence des moussons de la mer des 
Indes, les vents sont périodiques et réguliers, plus ou moins impétueux ; 
ils soufflent constamment ou du Sud ou du Nord ; généralement du Sud- 
Ouest en été, ils tournent au Nord- Est en hiver. 

Obock, situé à la corne Nord de la baie de Tadjourah et à l'intérieur 
du redan que forme le cap Ras Bir, se trouve ainsi fermé à tous les vents 
qui soufflent du Nord. 



[ LA POSSESSION I 



Les vents qui soufflent du Sud sont sans effet sur la mer à Obock, car 
elle esl brisée et amortie par les îles, bancs ei récifs qui se irouveni entre 
Obock et Zeilah, point lui-même abrité, par un cap, des venis du Sud. 

Le mouillage d'Obock tel qu'il est, sans travaux, offre une rade close, 
abritée de tous les vents, où un grand nombre de navires de tout tonnage 
peuvent trouver en tout temps un refuge assuré. 

Les ressources d'Obokh jusque dans ces derniers temps ont été bornées 
à celles d'une côte sauvage : de l'eau de très bonne qualité, du poisson, 
du gibier, de la viande fraîche, du bois. 

Il ne manquerait donc ii Obock que les ressources qui peuvent y être 
amenées par le commerce. Elles y arriveront tout naturellement le jour où 
le gouvernement frani;ais, au Heu de faire relâcher ses navires à Aden, en 
territoire anglais, les fera relâcher à Obock, en terre frani;aise. 

Non seulement ce changement de direction n'occasionnerait aucun 
frais à l'État, mais il réaliserait, par ce fait, de notables économies rien que 
sur les sommes qu'il verse dans tes caisses de l'Angleterre, à Aden, pour 
nos navires de guerre, comme droits de port, pilotage, etc.. etc. 

Il passe année moyenne, à Aden, prés de 200 navires dépendant de 
l'État, tels que : transports, navires de guerre, paquebots subventionnés, 
bâtiments coloniaux, bâtiments affrétés par l'État. 

Ces navires laissent tous des sommes importantes à Aden. Un négociant 
de cette ville (ce n'est point le fournisseur de la marine fram^aise), m'a 
assuré que pour lui seul, le passage à Aden d'un transport français, venant 
ou allant en Cochinchinc, représente une augmentation dans ses recettes 
de la journée de 600 à Soo roupies. 



' OBOCK COLONIE FRANÇAISE 



Obock ne sera jamais une colonie agricole, mais les ressources de son 
sol sont suffisantes pour permettre à des Européens de s'y établir dans de 
bonnes conditions. 

Le climat d'Obock est aussi sain que peut l'être celui d'une région 
très chaude. Toute excessive qu'elle soit, la chaleur se supporte mieux à 
Obock que dans d'autres régions des mêmes parages, car elle y est toujours 
sèche et de plus assez souvent tempérée par des vents de terre et des brises 
de mer. Ni les fièvres intermittentes, ni les dyssenteries ne sont à redouter 
à Obock; l'hépatie seule y est à craindre. 



26 RAPPORT SUR LA POSSESSION FRANÇMSE D^OBOCK 

On trouve à Obock tous les matériaux nécessaires aux constructions 
bois, argile, sable, pierre à chaux, moellons, pierre de taille. 

Les terres arables et irrigables y sont en assez grande quantité pour 
fournir les légumes et fruits nécessaires à la consommation d^une impor- 
tante population fixe, et à Tapprovisionnement d^un grand nombre de 
navires. 

Les pâturages de Pintérieur nourrissent de nombreux troupeaux qui 
s'augmenteraient rapidement s'il y avait à Obock des achats suivis. 

Les Européens qui s'établiraient à Obock pourraient s'y livrer faci- 
lement à deux industries importantes : 

1° Le sel ; 

2° La pèche. 

Il serait facile de transformer en marais salants plus d'un kilomètre 
carré de la plage d'Obock même. Le sel, on le sait, a une très grande 
valeur dans tout Pintérieur de PAfrique. 

Des Arabes, en assez grand nombre, viennent à Obock pécher et 
faire sécher au soleil des poissons, qui sont dans les Indes et même en 
Chine Pobjet d'un commerce important, surtout Paileron, d'une espèce 
particulière de requin très abondante à Obock. On peut aussi pécher à 
Obock des tortues et, dans les environs, des nacres. 

3^ OBOCK CENTRE DE COMMERCE MARITIME 

Avant de parler du commerce possible d'Obock, il est important de 
noter les causes de la liquidation des deux sociétés qui y sont venues. 

La première, la société Franco-Ethiopienne , a été mise en liquidation 
à la suite de Passassinat de son directeur, M, Pierre Arnoux. 

La deuxième, la Société française cT Obock, l'a été pour des motifs 
étrangers à ses opérations en Afrique. Je le sais et puis le prouver. Cette 
société a eu en Afrique un succès comme affaires qu'il eût même été témé- 
raire d'espérer. 

On ne peut donc nullement arguer de l'insuccès de ces compagnies, 
car il ne prouve rien. 

Il est certain qu'à Obock on peut faire d'importants achats d'écaillé, 
de nacre, de perles, ce point étant en tout temps d'un accès facile aux 
embarcations des pêcheurs. 

Obock est fréquenté par de nombreux boutres arabes venant de tous 



i-PORT SUR LA POSSESSION FRANÇAISE D OaOCK 



les poinis de la mer des Indes et de la mer Rouge, car c'est le seul lieu où 
ils puissent, dans ces mers, relâcher sans avoir rien à payer. IJsy viendroni 
bien plus nombreux le jour oCi ils sauront qu'ils peuvent s'y livrer à des 
opérations commerciales suivies. 

Le jour où, à Obock, on pourra régulièrement vendre et acheter du 
riz, il s'y établira par ce seul faii un commerce important. 

Car, d'une part, ie plus grand nombre des boutres arabes venant des 
Indes à Aden soni chargés de riz ; d'auire pan, tous les boutres de la côte 
d'Afrique qui viennent à Aden y chargent du riz. 

Le riz aurait à Obock, pour le commerce maritime, la même impor- 
tance que le sel pour le commerce avec l'intérieur. 



° 06OCK TETE DE LIONS D UNE ROUTE COMMERCIALE 
VERS L'iTHIOPIE MI^BIDIONALE 



De tout temps la petite ville de Tadjourah a été le centre d'un com- 
merce suivi avec le royaume du Choa et les pays Oromons (Gallas), situés 
au Sud et à l'Ouest de ce royaume. 

Les Tadjourates sont en mémo temps marchands, conducteurs de 
caravanes, marins; ils se sont constamment considérés comme les vassaux 
du Choa et ils n'ont jamais cessé de payer tribut aux souverains de cet 
État. 

Or, Obock est situé dans la même baie que Tadjourah, et aurait pour 
tous les marchands le très grand avantage de n'être point en territoire 
égyptien, avantage considérable à cause des droits excessifs que le com- 
merce a à payer aux douanes de l'Egypte, sans parler des vexations sans 
nombre et de toute nature qu'il a à subir de la part des foncdonnaires du 
khédive et des chefs locaux. 

Jadis, aussi bien qu'aujourd'hui, Tadjourah a été le centre d'un 
honteux trafic d'esclaves. La famille du pacha de Zeilah, le tadjourate 
Aboubaker, a le triste privilège d'avoir actuellement presque monopolisé, 
entre ses mains, cet ignoble trafic. 

Personnellement, en me rendant d'Obock au Choa, j'ai rencontré 
deux caravanes d'esclaves : 

La première à Allouli. le 4 septembre 1882. Elle appartenait au pacha 
de Zeilah, Aboubaker, et était conduite par un de ses fils du nom de 
Maki. 



RAPPORT SUR LA POSSESSION FRANÇAISE D OBOCK 



La deuxième, dans les plaines d'Errer, le 20 septembre 1882. Elle 
appartenaii égaleinent au pacha de Zeilah, Aboubaker, et éiait sous la 
conduite d'un de ses captifs, son homme de confiance, le nommé Assaro. 

Depuis longtemps cet inhumain trafic aurait cessé si les gens de Tad- 
jourah et autres marchands musulmans ne menaçaient de ne plus laisser 
passer le sel, indispensable h la consommation de l'Ethiopie, si on ne les 
laissait circuler en Ethiopie avec leurs esclaves. 

Or, le sel a, en Ethiopie, la même importance que les céréales en 
Europe. 

On transporte dans l'Ethiopie deux espèces de sel : 

1" Du sel gemme, découpé en cubes qui ont à peu prés la forme et le 
volume de pierres à aiguiser les faux, connu sous le nom à''amoulé, a 
servant de monnaie ; 

2° Du sel marin, renfermé dans des sacs en natieset nommé, contenant 
et contenu, ankabo. 

Les ankabos sont l'objet d'un très important commerce qui met en 
mouvement des caravanes de 2,000 à 3, 000 chameaux, 

La production du sel à Obock, et ce commerce placé entre des mains 
françaises, aurait donc pour premier résultat la suppression de la traite, âu 
moins dans la baie de Tadjourah. 

C'est parce qu'ils se rendent bien compte de ce dernier résultat, que 
le pacha de Zeïlah, Aboubaker, et les siens se sont montrés et se montrent 
hostiles à tous les efforts tentés pour amener le commerce français à 
Obock; ceue hostilité s'est manifestée par de nombreux faits. Les prin- 
cipaux sont : l'arrêt, à Zeïlah. de la caravane de Pierre Arnoux ; l'assas- 
sinat de ce dernier à Obock (3 mars 1882) ; les tentatives d'assassinat sur 
moi-même. 

Actuellement la route d'Obock au Choa ei du Choa à Obock est 
ouverte, bien ouverte. 

Depuis le mois de janvier 1882, il est passé par cette route : 

i" Vingt courriers ; 

2° Quatre caravanes sans Européens ; 

3° Quatre voyageurs européens, savoir, par ordre de date : 

MM. Paul Soleillet, Léon Chefneux, Teissier, Pieiro Anionelli. Ce 
dernier, il est vrai, est parti d'Assab, mais les routes d'Assab et d'Obock, 
outre qu'elles sont en très grande partie les mêmes, sont de plus, ce qui 
est tout dans ces contrées, dans les mains des mêmes tribus. 



RAPPORT SUR LA POSSESSION FRANÇAISE D OBOCK 29 

Mon voyage à Kaffa est une preuve, elle en vaut bien une autre, que 
la route commerciale d'Obock au KafFa, parleChoa, est actuellement libre. 

Par cette route on peut recevoir à Obock : 

1© Produits animaux : Peaux de bœuf, de chèvre, de mouton 
sèches et tannées, peaux de lion, de panthère, de loutre, de singe, plumes 
d'autruche, oiseaux pour parures, colibris, merles métalliques, pal- 
lombes, etc. Ivoire, cornes de buffle et de rhinocéros, dépouilles et ivoire 
d'hippopotame, cire, musc; 

20 Produits végétaux : Gommes et résines de différentes sortes, kosso, 
ankoko et autres plantes médicinales, café, cardamone, gingembre, berberi. 
safran, coton, lin et autres textiles, céréales ; 

30 Produits minéraux, ceux actuellement exploités, tels que : le fer, 
le soufre, le cuivre, Tor (rare et cher), ne me paraissent pas exportables 
à Obock. 

Il est nécessaire de faire suivre la liste des marchandises que les cara- 
vanes de l'Ethiopie peuvent importer à Obock de celles que les mêmes 
caravanes pourraient exporter d'Obock en Ethiopie. 

Ce sont : 

I o Le sel ; 

2° Les armes ; 

30 Des tissus de coton, de laine, de soie de l'Europe et des Indes; 
40 Quincaillerie, bimbeloterie ; 

5° Des métaux, aciers en barre, plomb en saumon, étain en lingot, 
cuivre laminé ; 

6^ Des liquides et de la parfumerie. 

Une importante observation pour ceux de nos négociants qui seraient 
désireux d'aller faire du commerce à Obock, c'est qu'ils ne sauraient 
espérer d'y faire la troque ; achats et ventes s'y traitent en numéraire. 
Pour le moment c'est le taler de Marie-Thérèse qui sert de monnaie de 
compte et d'étalon pour les poids qui représentent tous un nombre exact 
de talari. 

II ne me reste plus maintenant. Monsieur le Ministre, pour terminer 
le présent rapport, qu'à vous présenter quelques observations sur le 
royaume du Choa, où je réside depuis le /«' octobre 1882. 

Mes remarques sur le Choa, quoique très succinctes, vont être divisées 
en trois parties : 



RAPPORT SU» LA POSSESSION FBANCAISE d'oBOCK 



I Historiques ; — 2" Politiques; — S" Economiques. 



1° REMARQUES HTSTORrgUES 



D'après une tradition également ret;ue des Juifs, des Chrétiens et des 
Musulmans, l'Ethiopie aurait éié colonisée par Cusch, petii-fils de Noé, ' 
dont les enfants auraient bâti la ville d'Axoum peu de temps avant la 
naissance d'Abraham. 

Les souverains d'Ethiopie se croient et sont regardés comme des- 
cendants du roi Ménélik, prince qu'une reine de Saba, nommée Bekis par 
les Arabes et Makada par les Ethiopiens, aurait eu de Saiomon. 

Les chronolopistes éthiopiens oni une histoire plus ou moins fabu- 
leuse qui remonte au commencement du règne de Makada, en Tan roi5 
avant notre ère. 

Les principaux faits de celte histoire sont : 

Introduction, en Ethiopie, des lois civiles et religieuses des Juifs; 
Au ivf siècle de notre ère, introduction en Ethiopie du christianisme 
par Frumentitis |Abba Salama), sacré évêque d'Axoum par le patriarche 
d'Alexandrie suint Athanase. 

Au VI' siècle, introduction en Ethiopie des Pandectes, des Institutes 
de Justinien, d'une Pragmatique sanction. Ces livres, traduits en ghéez 
(langue sacrée de l'Ethiopie], forment, depuis cette époque, la loi écrite de 
toute l'Ethiopie. 

En 1439, des délégués du clergé éthiopien assistent au concile de 
Florence. 

En 1490, le portugais Cavtllan se rend en Ethiopie; il s'y établit, 
arrive aux premières charges de l'Etat, et obtient de l'impératrice Hélène 
l'envoi à Lisbonne d'une ambassade. 

Du temps de Cavillan, la cour des empereurs d'Ethiopie résidait au 
Choa, et des princes appartenant à la famille impériale possédaient la pro- 
vince dUft'at. Ces princes sont les ancêtres de la famille actuellement 
régnante au Choa. C'est à cause d'eux que le roi actuel du Choa, Ménélik. 
a le droit de se dire de la maison de David, héritier de Saiomon. 

La cour de Lisbonne, de son côté, envoya en Ethiopie une ambassade 

composée de personnes de différents états. François Alvarés, secrétaire et 

chapelain de la légation portugaise, a laissé une relation de cette ambassade. 

L'empereur David III se voyant dans l'impossibilité de résister à un 



RAPPORT SUD LA POSSESSION PAAHÇAISB D OBOCK 

chef çomali du Harar, le musulman* Hamed Gragne, chargea un Portugais 
resié auprès de lui, Bcrmudez, d'aller à Lisbonne solliciter les secours du 
Portugal, promettani, s'il les obtenait, de reconnaître la suprématie 
spirituelle du pape. 

En 1540 Bermudez, qui avait été élevé à la dignité de palrîarche de 
l'Ethiopie par le pape Paul III, retourna auprès de l'empereur avec 400 où 
700 hommes d'élite commandés par Chrisioval da Gama, Avec l'aide de ce 
secours, David II! ch.issa les musulmans de ses étais; Christoval da 
Gama, presque tous les Portugais, Hamed Gragne et un grand nombre 
de musulmans périrent dans la bataille de Zantira, le 26 février 1 543. 

A partir de ce moment, et pendant près d'un siècle, l'influence des 
Portugais devient prépondérante en Ethiopie. Ils y bâtissent des ponts, 
des palais, des églises, des couvents. En 1 628, il y avait plus de 1 g jésuites 
portugais en Ethiopie, oii des ingénieurs du Portugal étudiaient les 
moyens de détourner le Nil et de faire de l'Egypte un désert. 

Le dernier patriarche envoyé par le pape en 162?, Don Alphonse 
de Mendez, était un homme orgueilleux ei autoritaire ; animé d'un zèle 
religieux farouche, il ne se contenta point de voir la croyance de Rome 
prépondérante à la cour, il voulut la voir seule régnante en Ethiopie. Il se 
rendit ainsi odieux aux Ethiopiens restés fidèles à l'église d'Alexandrie, 
qui obtinrent de l'empereur Socinios de renoncer publiquement à la 
religion romaine, et forcèrent son fils, lorsqu'il lui succéda à l'empire, 
en [632, de bannir le patriarche et tous les Européens, contre qui des 
mesures sévères furent prises. 

Pendant 70 ans l'Ethiopie resta fermée aux Européens. Le premier 
qui y rentra fut le médecin frani;ais Poncet, en 1698, et ensuite l'écossais 
Bruce en 1769. 

Bruce, dans la relation de son voyage, fait mention des honneurs par- 
ticuliers rendus par l'empereur Tecla Haimanot lui-même à Amha Jassous, 
fils du chef du Choa, état formant déjà un vaste pays indépendant, entre 
l'Abaï et r,\ouach, et dont relevaient un très grand nombre de tribus 
oromons, tribus pastorales dont les terribles cavaliers apparaissent, pour 
la première fois, au commencement du xv siècle, sur les champs de 
bataille de l'Ethiopie. 

D'après leurs traditions, les Oromons (Gallas) descendent d'un arrière 
petit-fils d'Esati nommé Oromo; ils auraient pénétré en Afrique par le 
Zanguebar, au vu' siècle de notre ère. 



3a 



, POSSESSrON KRANC^l 



A la fin du xviit siècle, ils deviennent très puissants en Ethiopie. 
L'un d'eux, Gouangoul, chef d'une ramille musulmane de Tldjou, s'em- 
pare de l'autorité de sa province, se déclare indépendant et a pour suc- 
cesseur son fils Guelmo et son petii-fils Ali, surnommé le Grand, qui 
s'empare du Bégmadir et prend le titre d'Iman ; les descendants d'Ali (les 
chefs de famille seuls cependant] se font chrétiens et. sous le titre hérédi- 
taire de Ras du Bégmadir, ils accaparent le pouvoir souverain en Ethiopie, 
relèguent les altiès dans leur palais de Gondar, les intronisent et les 
déposent suivant leur caprice; en un mot, les ras du Bégmadir jouent en 
Ethiopie le rôle joué en France, sous les derniers mérovingiens, par les 
maires du palais. 

Vers t83o l'Ethiopie était entre les mains de Ras Ali ; le clergé et les 
magistrats de Gondar écrivaient en France et en Angleterre pour demander 
des secours contre les musulmans qtje Ras Ali protégeait sous main, ei 
envoyaient des ambassadeurs à Sahala Selassié, chef du Choa, en le priant 
de prendre le titre de Négus (roi) et de cesser les rapports depuis longtemps 
nominaux qu'il avait avec l'Astié (empc'reur|, pour qu'il y ait au moins, 
disaient-ils, en Ethiopie, un prince chrétien, descendant de David, qui 
maintienne intactes les traditions civiles et religieuses reçues des aïeux. 



e de Mardasmatch, Sahala Selassié ei ses ancêtres 
1 d'Hamed Gragne, en 1540, la plus grande 
; séparé, du reste, de l'empire par les Wallo-Gallas 
, il n'avait rien à craindre même de Ras Ali, qu'il ne 



Sous le titre n 
upflient depuis l'in' 
n de l'Ethiopie 
musulmans et l'Abaï, 
reconnut jamais. 

Les Oromons, de TAouach au Guébé, étaient ses sujets ou ses amis 
et formaient la principale force de son armée. Sahala Selassié avait établi 
la capitale de ses États à Angolala, en pays oromon, parlait leur langue, 
les admettait à tous les emplois ; il s'efforçait de soumettre ou de s'attacher 
le plus grand nombre de tribus oromons, espérant former de ces peuplades 
de même race une nationalité. 

En même temps, Sahala Selassié, au moyen des tribus addals qui de 
l'Aouach à Tadjourah reconnaissaient sa suzeraineté, entretenait un 
commerce régulier et lucratif du côté de ta mer, recevait des armes à feu 
qui le rendaient redoutable et divers produits manufacturés de l'Europe et 
des Indes. Sahala Selassié cherchait aussi à attirer dans ses États le plus 
grand nombre possible d'Européens. 

Un certain nombre d'Européens, de conditions diverses, ont été en 



33 

retaiions avec le négus Sahala Selassîé. Tous lui ont reconnu de très 
grandes qualités ' et parlent de lui comme d'un prince très éclairé, très 
libéral. 

Ami du progrès sous toutes ses formes, le négus Sahala Selassîé 
décréta la liberté de conscience dans ses états ei signa avec le gonvernemeni 
français, sous le règnedu roi Louis-Philippe, un traité de paix et d'amitié. 
Sahala Selassié est mort en 1848 ou 1849, après avoir été plus de 3o ans 
souverain du Choa. 

Son fils Aiellc Malacoie lui succéda. Il fut en i856 détrôné par Théo- 
doros qui emmena prisonnier le prince héritier du Choa, le jeune Sahala 
Mariem, âgé de 14 a 1 5 ans, et déjà connu en Ethiopie à cause des paroles 
fatidiques prononcées sur lui, au lit de mon, par son grand-père Sahala 
Selassîé, lorsqu'il le recommanda à Atto Nado, gouverneur du prince. 
Voici les paroles de Sahala Selassîé : 

Atto Nado, aies bien soin du prince Sahala Mariem. car ce sera le 
lion de Juda. le juge de l'Ethiopie, le nouveau Ménélik. 

Théodoros s'attacha au prince Sahala Mariem et lui donna même une 
de ses tilles en mariage. 

En 1866, le jeune Sahala Mariem parvient à s'échapper de Debra- 
Taboret rentre au Choa. 11 se proclame roi, prend le nom de Ménélik 11 
et, pour rappeler en tout la prédiction de son aïeul, sa devise est : // est 
né le lion de Juda. Il donne ù son cheval le nom de justicier, ce qui, 
suivant l'usage éthiopien, lui a fait prendre comme nom de guerre celui de 
père du justicier. 

Depuis 1866, Ménélik 11 a non seulement reconstitué le royaume de 
son grand-père Sahala Selassié, maïs il l'a. de plus, considérablement 
agrandi. 

Ménélik II est reconnu par l'empereur Jean comme négus du Choa 
et de Kaffa et désigné comme son successeur à l'empîre ; ce roi possède 
incontestablement l'état le plus grand, le plus homogène, le plus riche, le 
mieux policé, le plus sagement administré de toute l'Afrique orientale. 



' Vmt ce qui a été écrit sur Sahala Selassié. par Combes et Taraisier. Rochef d'Hé- 
ricDun, les frËres d'Abbadie, le capitaine Haris, Dufey, Krapf, Isamben, Ferret et 
Galignet, etc. 



■ FR«NOUSE D OBOCK 



30 BIDURQUES POUTIQUES 

Les sympathies du roi Ménélik M pour l'Europe en général ei pour la 
France en particulier sont bien connues. 

Les Anglais et les Italiens, ces derniers surtout, font de grands efforre 
pour proSier exclusivement de ces dispositions du rot de Choa pour les 
Européens. 

Jusqu'à présent l'intluence frani;aise est restée prépondéraoïe au Choa, 
où le roi et les grands du royaume, pieui continuateurs de la politique de 
Sahala Selassié, ont conservé pour la France un attachement jusqu'à 
présent inaltéré. 

Il n'est point inutile de reproduire ici un passage d'une lenre écrite 
en juillei dernier â M. le Président de la République, parle roi Ménélik IL 
Voici ce passage : 

■ Nous n'en poursuivrons pas moins notre œuvre d'ouvrir et d'as- 
surer à la science, au commerce et à Vindustrie, les routes qui du Choa 
conduisent dans les riches pays du Sud. ■ 

Le programme politique du roi Ménélik II est r Ouvrir ses états à 
l'Europe. 

En me faisant conduire dans le KatSi, il a donné une première preuve 
de la sincérité de ses déclarations. Il n'a, je le sais, qu'un désir, qu'un 
espoir, c'est que la Frahce lui demande encore d'autres preuves de sa sin- 
cérité. De son côté, s'il est si désireux d'établir avec le gouvernement 
frani;ais des relations régulières, c'est qu'il espère, à la suite de ses relations, 
obtenir de la France une protection particulière, protection qu'il veut el 
qu'il peut reconnaître en nous donnant des avantages particuliers. 

Telle est la politique extérieure du roi Ménélik II. 

Quant à sa politique intérieure, trois choses la caractérisent : 

1° Désir de réunir sous son sceptre toutes les populations de race 
oromon de FEihiopie. Comme son grand-pére, il voit dans ce peuple, 
encore patriarcal, la lorce et l'avenir de l'Ethiopie. 

2" Maintenir ses rapports de bonne amitié avec l'empereur Jean, dont 
il est le successeur désigné, tout en conservant son indépendance, et 
attacher à sa fortune d'ores et déjà, par ses libéralités, les principaux cour- 
tisans de la cour impériale. 

3« Détruire les États esclavagistes musulmans situés au Sud et 



RAPPOHT son LA POSSESSION FIlitNÇAISF: D OBOCK 35 

l'Ouest de ses étais, supprimer ta iraîie, ei augmenter sa fortune person- 
neile en ouvrant ces régions au cotnmerce de l'Europe. 

On Toublie quelquefois en Europe, mais les derniers événements 
égyptiens sont de nature à ne pas en faire perdre le souvenir. l'Ethiopie et 
surtout le Clioa ont en Afrique une très grande importance politique. 
L'Ethiopie est le contrepoids naturel de l'Egypte; de plus elle en est la 
clé, puisqu'elle possède les vallées supérieures du Nil, 

3» REHARQtlES ÉCONOMIQUES 



Sans revenir sur ce qui a été dit plus haut sur la matière commer- 
ciale que l'Ethiopie peut d'ores et déjà faire transiter à Obock. il reste à 
remarquer ici que, bien qu'importants, les produits actuellement exploités 
en Ethiopie ne peuvent être mis en ligne de compte avec ceux qui le 
seraient à la suite d'un établissement français créé à Obock et en relation 
avec l'Ethiopie. 

L'exploitation des nouveaux produits ne saurait offrir des dîlfîcultés ; 
les résultats ne sauraient en être douteux, car ce sont des produiis du sol 
éthiopien, spontanés pour la plupart, tels que : les oliviers, la vigne, les 
indigofëres, la canne à sucre, des épices, etc., etc. 

L'Ethiopie, comme je l'ai dit, est un pays de droit écrit; la propriété 
foncière y est établie sur des bases solides ; elle y a toujours été accessible 
aux étrangers. Les biens fonciers peuvent être divisés en Ethiopie en 
trois catégories : i" les jxsfs; i" les alleux ; 3° les terres ecclésiastiques. 

I" Le possesseur d'un fief en dispose temporairement en faveur de 
qui lui plait. A ces fiefs sont attachés des paysans dits gabares, auxquels 
on laisse la jouissance d'une certaine étendue de terre. Ils sont corvéables. 
Sur cinq jours ouvrables, ils en donnent deux au titulaire du fief, et ce 
dernier doit au propriétaire une redevance qui varie suivant les terres. 

a" Les alleux se vendent et s'achètent librement. Les propriétaires 
sont tenus de payer des impôts fonciers à la couronne : 

3" Les terres ecclésiastiques sont dans les mêmes conditions que les 
alleux, seulement ce sont les églises et non la couronne qui bénéficient de 
leurs impôts fonciers. 

Avec le commerce et les industries agricoles, l'Ethiopie méridionale 
offrirait aux Européens un troisième mode d'exercer lucrativement leur 
activité : ce sont les grandes chasses à l'éléphant, aux buffles, rhinocéros. 



36 RAPPORT SUR LA POSSESSION FRANÇAISE d'OBOCK 

girafes, hippopotames, antilopes, autruches, oiseaux pour parures, etc. 

Outre les résultats matériels qui en résulteraient, il s'ensuivrait de 
nombreux bienfaits moraux, par l'extension ainsi donnée à la civilisation 
de rOccident dans l'Afrique orientale. 

Les territoires de chasse sont surtout situés en pays oromon. Or, ce 
peuple a plusieurs des qualités et des défauts qui caractérisent la race 
française en particulier et les races latines en général. Leur langue est 
facile à parler et à comprendre; ils sont braves, hospitaliers, causeurs, 
musiciens, poètes, bon cavaliers, fidèles, dévoués, etc. Toutes ces affinités 
ne tarderaient pas à créer des rapports de bonne amitié entre les Oromons 
(Gallas) et les chasseurs européens, surtout si ces derniers appartenaient à 
une race sociable, entre toutes, comme la nôtre. 

C'est à Jacques Cartier que nos pères durent le Canada, mais c'est aux 
chasseurs de notre nation, disséminés au milieu des Indiens, que nous 
devons la touchante affection de ces populations pour la France, affection 
inaltérée encore aujourd'hui, bien que depuis 120 années déjà nous les 
ayions abandonnés. 

Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, mes respectueux hommages. 

Paul Soleillet. 
Écrit à Ankobèr (royaume de Ckoa)^ Ethiopie ^ en juin j883. 



> ■ < 



EXPLORATIONS ÉTHIOPffiNNES 



ITINÉRAIRE D^OBOKH A ANKOBER 



A Monsieur Gabriel Gravier, Président honoraire et Secrétaire général 
de la Société normande de Géographie^ à Rouen. 

Mon cher ami, je vous envoie, en vous priant de le. faire publier im- 
médiatement, mon itinéraire d'Obock à Faré. 

Bien à vous, 

Paul SOLEILLET. 

Dimanche^ 20 août 1880, — Les Ethiopiens de la caravane du roi du 
Choa, Ménélik II, célèbrent à Obock la Transfiguration du Christ au 
Thabor. Cette fête religieuse porte en Ethiopie le nom de Bouée (fête des 
enfants). Elle y est le prétexte de réjouissances publiques. A Obock, les 
gens de la caravane passent leur après-midi à faire claquer de longs fouets 
d'herbes, tressés pour la circonstance, avec lesquels ils simulent des com- 
bats. La nuit venue, ils allument des feux, se réunissent autour, chantent 
en frappant des mains, et dansent en brandissant des armes. 

Sur les neuf heures nous allons avec M. A. Deschamps ' prendre 
notre part de la fête et nous nous asseyons au milieu de l'assemblée. Aus- 
sitôt les mots Atto Soleillet (monsieur Soleillet) deviennent le refrain des 
chants, qu'ils psalmodient comme à Téglise, sautant en cadence et brandis- 
sant leurs armes. M. Gabri Salassi (serviteur de la Trinité), secrétaire du 
roi de Choa, me traduit ainsi ces chants : 

« A qui est cette terre ? A monsieur Soleillet. 

» Qui est le maître d'Obock ? monsieur Soleillet. 

» Qui en a construit les maisons ? monsieur Soleillet. » 

I Négociant français établi à Aden, en visite à Obock. Il a fait partie de la Com- 
pagnie franco-éthiopienne. 



38 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 

Maintenant, leurs armes Tune sur Tautre : 

« A qui est ce sabre ? à monsieur Soleillet. 
» A qui est ce bouclier ? à monsieur Soleillet. 
» A qui est ce fusil ? à monsieur Soleillet. 
» A qui est ce couteau ? à monsieur Soleillet. 
» A qui sont ces bataillons ? à monsieur Soleillet. 
» Oîi sont les ennemis de monsieur Soleillet? 
» Nous les battrons avec monsieur Soleillet. 
» Nous sommes les soldats de monsieur Soleillet. 
» Nous sommes ses enfants, ses enfants ! > 

Je me trouve assez honoré; je donne une caisse de cognac et deux 
bœufs dont la valeur, 1 5 thalaris, est reçue dans un bouclier. De nouvelles 
litanies sont entonnées pour me remercier. 

Au tour de M. Deschamps, et les échos d'Obock répercutent : Atto 
Deschamps! Atto Deschamps! 

Lundi, 21 août, — On croit trop facilement en Europe qu'un voyage 
en Afrique peut se passer de préparatifs préalables. Bien que le voyage du 
Choa ait déjà été fait par un certain nombre d'Européens, je ne l'entre- 
prends point sans préoccupation, car jusqu'à présent la route d'Obock au 
Choa nous a été fermée. J'espère cependant réussir, car je suis à Obock 
depuis le 1 2 janvier, et pendant ces sept mois, j'ai pu étudier le caractère 
des habitants, me créer de bons rapports avec les chefs Adals et S. M. Mé- 
nélik 11^ roi du Choa. 

J'ai fondé, non sans succès, un comptoir à Obock pour le compte d'une 
Compagnie commerciale {la Société française d Obock et du Golfe per- 
sique, dont je suis l'agent général, et c'est en cette qualité que j'entreprends 

J'ai rheureuse chance d'avoir à Obock, depuis longtemps déjà, deux 
des secrétaires du roi de Choa : M. Gabri Salassi, dont j'ai déjà cité le nom, 
et M. Gabri Mariem (serviteur de Marie). Ils m'ont, l'un et l'autre, été très 
utiles par leur intelligence et leur dévoûment. Le dernier a bien voulu 
accepter de m'accompagner et de se charger d'organiser et de diriger ma 
petite caravane. 

Tout est prêt et nous devions partir cette après-midi, à deux heures, 
quand, au dernier moment, le sultan Homed Loïta, mon hôte, qui doit 
le présent voyage. 



ESPLOBATIONS ÉTHIOPIENNES 



nous conduire pendant une partie du voyage, me fait prier de reiarder le 
départ d'un jour. 



Mardi 22 août. — Après avoir fait mes adieus à tout le personnel 
européen, arabe, éthiopien, indien, adali. l\ mes hôtes, MM. Deschamps. 
Rusticelli et Gabri Salassi, je monte sur ma mule Rosine, et, précédé de 
Mohammed Dini, le fils du sultan qui a cédé Obock â la France, et suivi 
dg sultan Homed Loïia.deGabri Mariem, Abd el-Rahman, cheikh Yusef, 
etc., je quitte le comptoir â 7 heures 3o minutes. 

A û heures du matin, j'ai constaté : bar. 735.8, therm. -f- 3t. g, vents 

S.-O. A 7 heures 35' : bar. 756.1, devant le puits de la factorerie, au bord 

de la falaise. Je viens de passer devant le tombeau de Pierre Arnoux, qui 

fut assassiné, le 6 mars dernier, par trois adals. A 3 heures de l'après-midi, 

j'ai à ma gauche la mer, dont je suis séparé par une plage de 900 métrés, 

qui est recouverte en partie par les grandes marées et où pK>usscnt quelques 

I herbes. A ma droite, se trouve la falaise sur laquelle j'ai construit le comp- 

I loir. En face, s'étend une plaine sablonneuse où croissent des mimosas 

I et des graminées. C'esi là que nous avons notre petit jardin. L'eau s'y 

I trouve à peu de profondeur, mais elle est de mauvaise qualité, 

.\ 8 heures, nous traversons le large lit de la rivière Obock. Les rives 
F en sont couvertes d'une riche végétation. La rivière est â sec, mais les puits 
[ que l'on creuse dans son lit donnent une eau abondante et de bonne qua- 
' liié. 

A 8 heures 5', le terrain est sablonneux et commence à monter. A 
8 heures to\ nous sommes sur un plateau de terrain coquiller dont la vé- 
gétation est pauvre. 

A 8 heures i5', nous avons à noire gauche une pyramide de pierres 
brutes blanchies à la chaux. C'est une marque faite par un navire français 
chargé de la topographie de la côte. 

A 8 heures 35*, nous rencontrons un sol madréporique, ei, à 8 heures 
45', nous commençons à descendre. A 8 heures 55', nous arrivons au fond 
d'un ravin pierreux qui sert de lit à un torrent et forme une petite anse en 
se jetani !x la mer. Nous passons sur un plateau rocheux d'abord, puis ter- 
reux jusqu'à un ravin qui aboutit au lit de la grande rivière Allatabella, où 
aous faisons halte. 

Nous gagnons une terrasse formée par des rochers à t'ombre desquels 
I je contemple la mer et le cap Malla. Trois adals de Tadjourah viennent me 



40 



ETPLORATIOHS ÉTHIOPIENÎŒS 



saluer. Ils ont passé la nuîi dans le lit de la rivière, où les puiis donnent 
une excellente eau et oii l'herbe est abondante et de bonne qualité. Cet 
endroit est un lieu d'arrêt pour les voyageurs. 

Mohammed Dini, qui rentre à Obock, me fait ses soubaiis de bon 
voyage. Il n'est venu jusqu'ici, dit-il, lui chef des Adals d'Obock, que pour 
faire honneur au chef des Français d'Obock. 

A 2 heures 45", nous nous remettons en route ayant à gauche la plage, 
à droite une belle ligne de montagne qui nous ferme l'horizon. 

A 3 heures 35', nous suivons toujours la plage. La mer est très basse 
et donne asile à de nombreux requins. 

A 5 heures 10', nous rencontrons le lit d'une rivière dont les berges 
sont très hautes et couvertes de verdure. Nous quittons la plage pour suivre 
le lit de cette rivière, qui porte le nom iï'Oroboré, comme la montagne 
d'où elle vient. A 5 heures 18', nous y faisons halte, auprès de puits qui 
donnent une bonne eau. 

Nous nous remettons en route à 5 heures 5o', en longeant de nouveau 
la plage, qui est pierreuse, plantée de gommiers, semée de puits. 

La marche de la journée peut être évaluée à 4,5oo mètres à l'heure. 

Mercredi, 23 août. — Nous nous mettons en route à 5 heures 23' ; à 
5 heures 40', nous entrons dans le lit d'une grande rivière, V Anangalita, 
creusée entre deux murailles de rocs noirâtres élevés d'une vingtaine de 
mètres, ei formant une entrée imposante. Dans le lit sablonneux croissent 
quelques arbustes à soie dont les larges feuilles d'un vert glauque, les 
grappes de fleurs violettes, les fruits sphériques qui renferment la soie végé- 
tale, sont d'un effet très décoratif et s'harmonisent parfaitement avec le 
paysage. 

A 6 heures i5', le lit de la rivière forme une gorge boisée. Nous le 
quittons par le lit desséché d'un torrent où la marche est rendue difficile par 
la rapidité de la pente et les amas de pierres roulées par les eaux, A 7 heures 
5', nous atteignons le sommet du Manyaia sur lequel croissent des brous- 
sailles, quelques arbres rabougris et des agaves. Nous en partons à 7 heures 
i5'. La mer est devant nous, les pentes sont douces et boisées et l'on y 
voit l'emplacement de nombreux camps de Bédouins. 

Bédouin au pluriel, Bédou au singuUer, est un terme arabe qui se 
retrouve dans presque tous les dialectes africains et arabes pour indiquer les 
pasteurs nomades. 



à 



:XPL0BATIONS ÉTHIOPIENNES 



A 7 heures 5o", nous entrons dans une région accidentée et rocheuse. 
A 8 heures 47', nous taisons halte au puits d'Adbouya. 

A 10 heures, le baromètre marque 728.1, le thermomètre -j- 35.8, le 
temps est couvert et le vent soufHe du sud-ouest. 

Nous repanons à midi 3o". La route suit le lit d'une rivière remplie 
d*arbre5 secs. A 12 heures 5 5\ nous sommes sur un plateau pierreux d'où 
nous apercevons la mer et le port de Sagallo. A 1 heure 5o', nous gravis- 
sons un nouveau plateau, couvert d'un sable rougeàire, mêlé de pierres 
noires, où poussent quelques arbustes. A 2 heures 10', le terrain devient 
ondulé. De 2 heures 35' â 2 heures 40', nous traversons le lit d'une rivière 
semé de roches noires et d'épines, Nous atteignons un plateau pierreux, 
puis une région très accidentée. A 4 heures 10', nous apercevons la ville de 
Tadjourah, Nous descendons un ravin et, a 4 heures 1 5", nous nous arrê- 
tons près de Tadjourah, dans le lit d'une rivière oii sont creusés des puits. 

Tadjourah est une petite ville de 7 à 800 habitants. Elle doit son im- 
portance à ses relations, d'une pan avec le Choa, d'autre part avec Aden et 
la côte d'Asie. Les Tadjouri sont en même temps marins, marchands et 
voyageurs. C'est de là que partit, en 1839, Rochet d'Héricourt, le premier 
qui ait fait connaître à la Prance le pays des Adals et le royaume du Choa. 

Les murs de la ville sont en terre, les maisons sont des cabanes en 
chaume et en boue desséchée. 11 y a pourtant quelques constructions en 
mai^onnerie blanchies à la chaux, notamment une mosquée et un minaret. 

Les Égyptiens ont à Tadjourah une garnison de 16 hommes et un 
agent des douanes qui sont logés dans un fort construit à l'est de la ville. 

Ibrahim, fils aîné d'.\boubakar, pacha de Zeïl a h, gouverne la ville avec 
le titre de bey. Par politique, il conserve auprès de lui, avec leurs titres 
respectifs, les anciennes autorités du pays : sultan, vizir, cadi. Ibrahim bey, 
comme son père et ses frères, est, avant tout, négociant, surtout marchand 
d'esclaves. 

Aboubakar pacha est né ù Tadjourah d'une famille de marchands d'es- 
claves. Il a fait pour ce tratîc plusieurs voyages dans l'intérieur. 11 a suivi 
au Choa Rochet d'Héricourt. 

Les Tadjouri se distinguent des autres Adals par la propreté de leurs 
vêtements, et en ce qu'ils tiennent à paraître de fervents musulmans. Pour 
le reste, ils sont armés comme tesautres, du couteau, de la lance et du bou- 
clier; ils portent les cheveux longs, ont la nuque rasée se ceignent les reins 
du marteau et s« drapent dans des tobas. 



4^ 

A Toosax. ie la TÎIIe se iiuutem un cetutûi sonx&re ie b etm. ^rdins, 
plxn^s :k poloners, ie janierf^ de Léyrnu». et nignooemexit entresenas. 
Poor r^rrosa^ aa a tia para et Feca ea esc orée:. oMïme ea Eg^TOe» aa 
nryes de Leviers manûetivrés pur des ffeommeSh. 

Bôsn quH nVaît qa'izii seal boucre dans Le port de Tafcnralt. la ¥ille 
es possède ane râigiaîiie. Le macdllage es bcRi ex sàr. mms ie nomkrexzx 
rédsen rendent les abords ^iîrlirffei pour lies oavûfiaieuxs qni œsoiit p«s 
praticiues de cetxe cote. 

Noos noos remenDOs en roaae k 4 heures 50*. povzr àîre une aamcile 
halle à 4 heures 5o\ prés «fim pizÊis où. dîes poxnes ilLes aux JaeieuA très* 
ses, Témes d^étroites nxniqixies bfnar^ psrées ie bÎTOczx en cnrvre ec en éfaîn 
poisent de Fean. Pln»enrs habîtans Je la ^ïSk^ qui sent en reiimons a^oc 
le comptoir d^Obock^ Tiexinent raes^ner. Xons m y ou& les Egrpcâens létos 
de knr longue chenûse blanche, aordes du t ar bo taA rongiB. mxzs %;rin.'SftiCT eg 
curieusement du haox du pQa&4evis de leur v^rradieffe 

Nous repartons à 5 heures rô*, pour arrrrer à 6 heures 20 sur la pia^ 
où nous deroQs bîvooaipxr. 

La marche d'^auioardliui est é^ialisée à 4^5oo laaies par heure. 

Jeudi, 2^ joëf . — Au joar^ Ibrahim be^ et Ozmfid» le suîtnL, rânaent 
roeToîr. Après les salutKÔoos et caaxp{inxiatts«rus^se. Ibrahim medenxaiBie 
une dédantîon écrîie cocBstnant quH est êcrangsa' à maa ipovaigie. Jioqa'à 
prêsenc di^-îL tous ks l oii a ge uxs y j comptîs Liaoereau. ont ésé adressés à 
m<Ki père par le ct^nsul d'Aden. Il me demande êgalenKnt si îe sois qxK je 
SUES sur terrÎBQÎre < ^iptj B i . II aroote à ces «iemaiiies laat ce «pxH croit de 
nature 1 eatriTer coon iiora^ 

Je lui rêpxkis que je n^ai pas Xécrtt à lui donner: qtae^ chef dX)bQck» 
te n'ai pas Ssotn. pour Tenir à Tadiourah. de kcres du coosul : qoe si îe 
suis sur terriikxre ^prptien. c'est ttnt OLàeax. k ^c^OYeraeoKnt du khédiire 
mot en ;uix aTec la France. Cela dit^ et pour couper court à ixzt. je Éds 
seller ma mule. îe serre la main du ber et du sohuL et je mets S^asime à 
Famble psir un vi^^Dureux coup de tiioQ et une saccade du moc^ 

Il est o heures qotni îe mets lin à cecoe coa^ersacEoa. Le baroonètre 
marque -55.1. le thermomètre 4* -i-Ov le traoïps est co uieii et le irent 
soutfle de Fouest» 

.\ ^ heures 1 5\ précède du reutie AKI el-Kader. dookaH 1 rambes de 
cen. je qui:^5 le camptment. Xo«s suiTocts k pi^se. L'herbe qui est très 



EXPLORATIONS ËTHrOPIENKES 4? 

abondante, les palmiers, les gommiers, etc., viennent jusqu'au bord de la 
mer. La feniiité de cette zone esi très remarquable. 

A 6 heures 3o', nous traversons Ambabo. village aujourd'htii aban- 
donné, composé d'une douzaine de grandes cases, et situé sur une bune 
qui domine la mer. 

Près des cases se trouve une tombe en ma>;onnene. celle d^un oncle 
du pacha Aboubakar,du vieil Abd el-Kader. dont on se rappelle encore le 
fanatisme et l'obésité. C'est lui qui construisit le village, et c'est dans ce vil- 
lage que Pierre Arnoux et ses compagnons furent retenus six ou huii mois, 
lors de leur départ pour le Choa, par le pacha Aboubakar. 

Nous suivons toujours la plage, ayant à notre gauchedes terrains fer- 
tiles oCi paissent des mulets, des vaches, des moutons, des chèvres, des 
ânes, et, à 9 heures 1 5' nous arrivons à Sagallo, oti nous sommes reçus 
par xM- Louis Grand, directeur du comptoirque nous venons d'y fonder. 

La marche de ce matin doit être de 8,000 mètres à l'heure. 

Sagallo est une anse de la baie de Tadjourah. Elle forme un excellent 
mouillage pour les grands boutres et les petits navires. Sagallo est au pied 
delà grande montagne Godah, et ret^oii de l'eau en abondance en toute 
saison. Son territoire est inculte, mais la fertilité en est affirmée par une 
luxuriante végétation, de superbes palmiers, des gommiers, des pins mari- 
times, etc. 

Il a été donné à la Compagnie par le sultan de Lolta, suivant acte dé- 
posé, le 3 août iS32, au consulat de France à Aden, et dont voici la copie : 

« Le sultan Homed Loïia, qui commande aux tribus des Débenéi 
« Oïma, désireux de faciliter autant qu'il est en son pouvoir les relations 
» commerciales entre son allié le roi du Choa et les Fran(;ais, et pour mon- 
• irer son respect et son attachement à la France : 

>- I" Donne à titre gracieux à M. Paul Soleillct, agent général de la 
» Compagnie française d'Obock, la propriété du port et rade de Sagallo 
» (golfe de Tadjourahl, qui, jusqu'à présent, ont été compris, sans contes- 
» tation, dans son territoire, à la charge, par M. Soleillel, d'y faire établir 
» un comptoir de commerce français ; 

X 2" Pour rétablissement de ce comptoir, le sultan cède en toute pro- 

■ priétë un terrain de 1,000 dras de côté [5oo mètres environ), et dans 

■ lequel on devra trouver de l'eau ; 

■ 3° En plus, le sultan donne le droit de faire du bois, ainsi que [a 

■ droit de pâturage dans les campagnes environnantes. 



44 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNVS 



» La présente convention a été faite à Obock, en huit exemplaires ori- 
n ginaux, dont quatre en langue française et quatre en langue arabe, en 
' présence des témoins qui ont signé : 

. Obock, 3o juillet 1882. 

» Le sultan Hamed Loïia, Paul SoleUlei, Abd el-Rahman cheikh 
n Yusef , Abd-Allah Mohamed Chaïm, Mohamed Kamil, Ch. Clouei ; 
« Mazet, L, Grand, L. Gabra Mariera ». 

C'est en vertu de cette concession que nous sommes venus à Sagallo, 
oii Je reste jusqu'au 3o août pour délimiter la concession, construire une 
cabane, creuser un puits, etc. 



Mercredi. 3o août. — Le ihermomèire marque, à 6 heures du matin, 
+ 28° g, à 8 heures + 3o° '. ^ 10 heures + 34" 5, à 2 heures+ Sgo 5, 
à 4 heures -)- 34" 5, à 6 heures + 31". 

Le départ étant fixé à demain, c'est aujourd'hui que nous nousorga- 
nisons définitivement. 

Voici la liste des personnes qui m'accompagnent ' : 

i" M. Gabra Mariem, l'un des secrétaires de S. M. Ménélik H, roi du 
Choa, qui parle et écrit le français, l'arabe, l'amarigna, l'ouromon (gallalj, 
qu! est sa langue maternelle, et l'afar. M. Gabra Mariem a bien voulu s'en- 
gager à m'accompagner dans ce voyage en qualité d'interprète, et il m'a 
rendu de très grands services ; 

2" Aillé, Amara, qui est à mon service particulier depuis que je suis à 
Obock; 

3° Erdau, Ethiopien d'Ankobêr, chargé de la tente ; 

4" Tourra, Éthiopien, cuisinier; 

5" Le grand et le petit Circossé (le dernier est surnommé Cartouche); 
ils sont chargés des mulets ; 

6° Ould Gabriel, Toka, Tokaïl, Gabriel, Oldi, éthiopiens dont le 
service sera de charger et de décharger les chameaux, etc. ; 

7" Un afar', Kamil, au service de la Compagnie depuis plusieurs 
mois, et deux hommes de Tadjourah ; Mohammed et Abd el-Rahman, qui 
doivent nous servir de guides. 

I Boubakar, muo Rdële Boubakar, est â la Mekke depuis un mois ; c'est pour cela 
qu'il ne m'accompagne pas. Je pense qu'il viendra me rejoindre en Ethiopie. 

3 Afar est le nom que se donnent les populations appelées par nous Danakils, et 
par les Éthiopiens, kit\ on Adalloch au pluriel. 



RGPLORATIONS KTBIOPIBSHES 

J'ai deux muleis pour mon usage personnel : Figaro, petii mulei de 
robe Isabelle que m'adonne le sultan de Reïia, et Rosine, jolie mule noire, 
cadeau de M, Léon Chefneujc, agent de la Compagnie au Choa ; j'ai . en 
outre, huit mules ou mulets de selle pour mes hommes. 

Six chameaux transportent nos vivres et nos bagages. 

J'ai armé les Ethiopiens d'un fusil, d'un revolver et d'un sabre ; les 
Afars ont leur lance, leur bouclier et leur couteau. 

Ibrahim, l'ancien guide de M. Chefnéux, se joint à nous avec son 
domesiique.ainsiqu'un marchand de Farrc. Mohammed, et un éthiopien 
du nom de Darras : ils ont deux mulets et un chameau. 

La caravane sera donc forte de dix-neuf hommes, douze mulets, sept 
chameaux. J'oubliais la chienne Brûlée, bèiequi mérite une mention dans 
les annales géographiques. Elle est descendue du Choa à Aden avec le 
voyageur italien, capitaine Martini, qui l'a laissée à Aillé, à Aden. Elle 
retourne au Choa. Brûlée est un pur spécimen du chien-loup blanc et 
fauve d'Éthiophie. 

Jeudi, 3i août. — A 6 heures du malin, le baromètre marque yiS" 5, 
et le thermomètre + igo ,. à 8 heures, le thermomètre marque 33° 2, à 
10 heures, -J-SÔ" i, à 2 heures, -|- 41" i, ù 3 heures, -}- 34" 5. 

Dès 6 heures, le sultan de Loita me criait aux oreilles pour me réveil- 
ler : Allons, en route ! C'est à 3 heures seulement, après la grande chaleur, 
que je donne le signal du départ. Je fais mes adieux aux indigènes ainsi 
qu'à nos domestiques éthiopiens du comptoir. M. Joseph Samperi, l'in- 
lerprète du comptoir, me fait ses souhaits d'heureux voyage, et M. Louis 
Grand enfourche sa mule pour m 'accompagner, 

Abd el-Rahman cheikh Yuscf, Afar, qui a le plus aidé les Français à 
Obock. me prend à part et me recommande surtout de ne jamais perdre de 
vue mes chameaux, et d'avoir mes armes toujours prèles, car nous allons 
dans le pays des voleurs et des assassins. 

Enfin, à 3 heures i5', nous nous mettons en route. Nous suivons la 
plage, ayant à notre gauche, de l'autre côté du golfe, les montagnes nues et 
peléesdesÇomalis Issas, qui ferment l'horizon; à notre droite, l'horizon esi 
également fermé par une ligne de montagnes sur lesquelles la végétation 
fait des taches sombres. 

A 4 heures, nous entrons dans un vallon vert entouré de montagnes. 
Une femme et des enfants y gardent des troupeaux de chèvres. Nous ren- 



46 



BIPLOBATIOKS ÉTHIOPIEHI^ES 



i un afar qui échanf^ avec les nôtres des salamalecs, ce qu'ils 
font en se donnant la main qu'ils se tournent et se retournent en se deman- 
dant des nouvelles de la route, de la maison, des pâturages, des animaux. 
A 4 heures lo', nous rencontrons des huttes d'afars et Ton me fait voir les 
ruines d'un village galla. 

Vingt minutes après, nous traversons le Ut du torrent Adalli, qui se 
jette il la mer. Il est très raviné et peut avoir de 20 à 3o mètres de largeur. 

Ici nous abandonnons la plage. Je dis à M. Louis Grand qu'il faut 
nous quitter, et c'est avec une véritable émotion que je lui serre la main, 
ainsi qu'à notre fidèle Badri, afar, qui l'accompagne, le seul homme de sa 
nation en qui j'aie une complète confiance. 

La route que nous prenons suit une ligne d'eau. 

A 4 heures 35, nous nous arrêtons pour attendre les chameaux. 

Il y a ici beaucoup de pierres d'origine volcanique, des arbres èpineuK 
et des champs de graminées sèches qui sont, pour les animaux, une excel- 
lente nourrimre. La région dans laquelle nous entrons est appelée par les 
Afars <• leur réserve, " parce que l'on y trouve en toute saison, même dans 
les années les plus sèches, de l'herbe et de l'eau. 

A 5 heures 33', nous entrons dans le Ut du torrent Galalefoc. Il est 
encaissé dans des murailles de roc gris, hatites de 20 mètres, formées de 
stries régulières. Dans les interstices poussent quelques arbustes, notam- 
ment des euphorbes. 

En quittant le lit du torrent, à 5 heures 40', nous prenons une route 
par la montagne, où l'on trouve des blocs erratiques, des buissons épineux 
et de l'herbe en abondance. A 5 heures 45', nous atteignons le point où le 
torrent prend naissance, entre deux plateaux couverts de verdure. De ce 
point, on voit tout le golfe de Tadjourah, des montagnes et des vallées vertes. 

A 6 heures 1 5', nous sommes rejoints par le sultan Homed Loïta. Ce 
chef afar est un grand guerrier. C'est lui qui commandait les Afars quand 
ils ont défait, dans le Haoussa, Musinguer Pacha et sa petite armée. Il est, 
comme notre Turenne, bon homme, simple à vivre, tout à la main. Il 
vient à pied, portant sur l'épaule, comme un fusil, une longue gaule de 
bois blanc et son parapluie. Un enfant de dix ans au plus, son neveu, le 
suit ponant sa lance et son bouclier et tirant par la longe son petit mulet 
blanc. Il est accompagné de l'un de ses frères et de deux de ses guerriers, 

A 6 heures 3o', nous établissons notre bivouac sur remplacement d'an- 
ciennes habitations. 



I 



EIPLORATIOVS ÉTHIOPIENNES 



Pendant îa nuit le temps esi couvert et il fait très chaad. 
La marche d'aujourd'hui est de 4,200 métrés par heure. 



Vendredi, i" septembre. — Dépari à 6 heures 25'. Nous laissons les 
chameaux et partons en avani avec les mulets. Nous sommes sur un pla- 
teau que nous quittons après 1 8 minutes de marche pour entrer dans le lit 
de la rivière Bourousan. A un kilomètre sur notre gauche, cette rivière se 
jette dans le golfe, oîi elle forme une petite baie. Son lit est encombri! de 
roches plaies et grises qui rendent la marche pénible. 

A notre droite et à 20 mètres au-dessous de nous, se trouve un torrent 
large de 5oo mètres, dont le lit est rempli d'arbres déracinés, de blocs de 
rocher : une vraie dévastation. En face de nous il y a des palmiers et qu el- 
ques rochers qui forment des petits ballons isolés. 

A 7 heures 58', nous nous arrêtons pour attendre les chameaux. Nous 
sommes dans le pays d'Alfa. La terre est couverte de pierres. Il y croît des 
buissons et des graminées, que paissent de nombreux chameaux. Du pied 
d'un gommier, où je m'installe, on voit encore la mer. 

Nous reparlons à 2 heures $0'. La route suit, pendant 20 minutes, le 
lit d'un ravin. Du plateau sans arbres oii nous arrivons, la vue est magni- 
fique. Nous voyons le goulet du golfe qui forme une bande d'azur entre 
des montagnes grises et noiree. A droite, l'horizon est fermé par de vertes 
montagnes, et, en face de nous un mont partagé, en deux à son faite, forme 
une porte triomphale. 

A 3 heures 22', nous traversons une ligne d'eau large de 10 mètres, et 
10 minutes après nous descendons dans le Ht du ravin Ouaildella, qui est 
très encaissé. A 4 heures, nous le trouvons barré. Prenant alors à droite, 
par le plateau, nous nous engageons dans les gorges chaotiques de Ra- 
houssa. Ces gorges, d'abord étroites et tortueuses, s'élargissent et sont cou- 
pées à droite et à gauche par des torrents. A 4 heures 45'. nous rencontrons 
le sultan Loïta sous un arbre et nous nous arrêtons auprès de lui. 

Nous repartons à 5 heures 10'. A 5 heures 3o, en tournant à droite, 
nous voyons la mer. La route est resserrée entre deux collines. A 6 heures, 
nous sommes entre deux montagnes noires espacées de 3oo mètres.Lesolest 
formé de pierres noires. Nous avons la mer en face de nous. 

A 6 heures t5', nous entrons dans le Boutlatou, dépression sablon- 
neuse 0(1 il y a quelques touffes d'herbe. Nous y établissons notre bivouac. 

La marche d'aujourd'hui est de 4,000 mètres à l'heure. 



40 EZPLOltATIONS ^HIOPIENKES 

Le soir, le sulian Loïia me dîl que Musinguer pacha est venu avi 
bateaux jusque dans le fond du golfe de Tadjourah. 



Samedi 2 septembre. — Dépan â 5 heures i5'. Cinq minutes après, 
nous passons prés d'une kouba 'tombe de saint musulman), située sur une 
hauteur d'oCi nous voyons deux îlots rocheux du golfe. La route longe le 
flinc de lu montagne. Des pierres provenant d'êboulements paraissent con- 
tenir du soufre. Il y a aussi des pierres noires très lourdes et des pierres 
ponces. 

A 5 heures 5o', nous sommes sur un plateau appartenant à la chaine 
que nous longions, un ravin nous sépare d'un second plateau plus élevé. 

Dix minutes après, nous sommes dans l'Atfaré ; nous avons en face 
l'Atsan, d'ob émerge le piton Milleléei lelac Assal ou Salé, dont l'eau bleue, 
entourée do sel hlanc, fait l'effet d'un miroir à forme capricieuse dans un 
rudrcd'urgvni. 

A (i hcurca 40", nous avons des rochers gris-noirs qui se dressent en 
intirnllle do grands blocs. 11 y a tout autour des monticules de pierres bri- 
sdas, Nous nous arrêtons devant un trou plein d'eau qui se trouve dans un 
lurrem. 'l'omo» les ruches paraissent ici tourmentées par le feu. 

Dans ce tumint, ttommé Moya. on trouve de l'eau en toute saison. Il 
(Wirall qu'il faut, dans les années de sécheresse, venir de Sagallo ici sans eau. 

On amène les mulots pour les faire boire, et |e m'engage dans le lit du 
torrent nveo Pe»(x^ir de prendre un btîn. Les berces, très élevées, sont for- 
mées par des murailles \'«riicales de pierres noires et grises, qui décrivent 
du courl^es ilntiouies ot Wmcnt de puissants échos. Tout tait effet : les sa- 
bots des mulots glissant sur le» larges pierres luisantes qui dallent le lit du 
torrent, la voix de» homme*, le» glaiNSsements Je ma chienne Brûlée, qui 
nous ^laboutie ott Kiiidissani dans les marmites que l'eau s'est creusées. 
Le lit du tx»rrvni m t>tfn>J*ii en éuvit boyau. Je vais dans un endroit qui 
forme tin coude et |e niotttv sur -Hc* rochers ^is comme du marbre, oti je 
ne puis me tenir que nu pio^ltk, encvue me faut-il l'aide d'Aillé. Quant à 
lui, il est io^tus et )vv\dil l^unnte un cbatnots. J''arrivc à un endroit ob 
une petite c«K«t(« m dv*\-«i-)ie dans une vériuNc baignoire ovale, a je me 
livre au douWe plaisir du bain «\ de la »K«Kh<. 

l^flitant c« tett>)u, n\« {|^Hts m\>ni installe un lit de repos contre le 
trtwtc d'un giwimier vvuvh* f*i les eaut- Kn examinatjt ce tronc, j'y dé- 
couvre une in*,ftptitM\ Mt Mti*» i\w>atiN».çtce n^B£ipassaDS une très vive 



EXPLORATIONS éTHIOPTBNNES 



émotion que moi, provençal, je déchiffre cette inscription que je reproduis 
en en conservant la disposition : 



LANFREY de MARS 
EILLE 



HB 



M. Lanfrey était un employé de la maison Tramier, Lafagc et O, de 
Marseille. Il fut tué lors du massacre de Musinguer pacha et de son armée, 
par les Adals, dans le Haoussa, il y a un peu plus de cinq ans. 

On m'a raconté depuis, à Ankober, un beau trait de M, Lanfrey. Il 
avait sa tente à côté de celle du pacha et il fui l'un des premiers blessés 
quand les Adals surprirent l'armée égyptienne. Il avait des domesriques 
très dévouésqui, le voyant blessé, le transportèrent dans une île dePHaou- 
cha. Revenu à lui, il aurait dit : Non, ce ne serait pas honnête, et, s'échap- 
pani des bras de ses serviteurs, il vint tomber, percé de coups de lance, à 
côté des cadavres encore palpitants de Musinguer pacha et de sa femme. 

Une femme vient faire boire un troupeau de chèvres. Elle a pour vête- 
ment un jupon en peau tannée, orné de franges, et un collier en verroteries. 
Elle porte sur son dos un enfant qui est retenu par un morceau de toile de 
coton. 

A 3 heures 46', nous nous remettons en route. Nous sommes dans une 
dépression au fond de laquelle se trouve un lac salé, le Marmausso. Nous 
traversons le plus désolé des pays, une série de dépressions oti le chemin 
est tellement affreux qu'il est impossible de prendre des notes. 

A 4 heures 5o\ nous sommes sur un plateau d'od nous dominons le 
lac. Ce lac forme une ellipse. Il semble appelé à disparaître. Il occupe un 
ancien cratère. II a déposé sur ses bords une couche de sel. Ce plateau est 
formé d'une pierre blanche, friable, qui devient noire à Tair. 

A 5 heures t6', nous descendons dans une dépression. Le pays, comme 
le torrent, a le nom de Moya, Je propose de l'appeler Lanfrey. 

Les chameaux avancent avec beaucoup de peine. Nous nous arrêtons 
sous un gommier pour les attendre. A 6 heures 10'. nous descendons à 
pied, par des rochers, dans une dépression en forme de cuvette, entourée 
d'une muraille de rochers. Il y a un peu d'herbe, quelques arbres épineux 
et rabougris; sur le sol blanchâtre on trouve de petites co.juilles blanches' 



n ai pria des échantillons. On les rencontre jusqu'à 
ne nouvelle espice dont j'ai aussi pris des fchanlillons. 



Kaui 



halte du 5, ■ 




E!(PLORATIONS ÉTHIOPIENNES 



mêlées à de petits cailloux noirs, dont plusieurs ont l'aspect de scories. Nous 
nous arrêtons à 6 heures i6\ dans cette dépression, pour bivouaquer. 
La marche d'aujourd'hui est de 3,8oo mètres par heure. 



Dimanche, 3 septembre. — Nous partons à 4 heures 30', avant le jour. 
Nous traversons un iroupeau de chèvres. A 5 heures i5', nous passons à 
côté d'un piton isole nommé Aiiakoum, mot afar signifiant : // respire. Ce 
nom lui vient d'un irou qui est auprès et d'où sortent des bruits. C'est le 
soupirail de quelque volcan ma! étcini. Les indigènes en font la demeure 
d'esprits infernaux. A 5 heures 3o', le jour commence à poindre et nous 
voyons un pays tel qu'il faut réellement ne pas croire à l'enfer pour ne pas 
y placer l'une de ses entrées, peut-être la pone cochère. Ce n'est que roches 
noires infernale ment tourmentés dans tous les sens, présentant le profil de 
monstres bizarres. Tout est désolé et semble mort. Je m'imagine que les 
planètes finies sont ainsi. 

A 5 heures 40", nous voyons enfin quelques brins d'herbe et deux pal- 
miers étiolés. 

Dix minutes après, nous recevons des gouttes de pluie. Nous sommes 
dans une dépression, enire deux murailles : l'une de pierre rougeàtre rayée 
de blanc, l'autre de pierres noires, en forme de scories. C'est le pays des 
àjins, me disent les Adais, et, en effet, on ne peut rêver rien de plus diabo- 
lique. 

A 6 heures 5", nous entrons dans une nouvelle dépression. Le sol est 
composé de graviers. Il y a un peu d'herbe. A notre gauche, quelques pal- 
miers et des arbres épineux croissent à l'abri d'une muraille de rochers. 

Cinq minutes plus tard, nous trouvons un champ de lave resserré contre 
b montagne, en face une bande de sable avec de l'herbe et des palmiers. 

Je laisse les chameaux et je prends le grand pas de ma mule. A 6 heures 
5", je suis au bord du lac. 11 est entouré de montagnes. Le sol forme une 
bordure d'un blanc sale. C'est une croûte qui craque sous les pieds. Des 
pierres noires, aux aréies nettement découpées, émergent du sel et des 
flaques d'eau. Le sel est gris, mélangé de cristaux très blancs, qui ne sont 
pas du sel, je crois. Ils sont insapides. Le sel esi beaucoup plus abondant 
sur la rive opposée que sur celle oU nous nous trouvons. Les indigènes sont 
persuadés qu'il y a une communication souterraine entre le lac et le golfe 
de Tadjourah. Le bon sens indique le contraire, l'altitude du lac étant, 
d'après le baromètre, d'une centaine de mètres. 



EXPLORATIONS ÊmtOPIBKMES 



A 7 heures 4', nous cjuitlons le lac. Nous passons sur un plateau de 
terre blanche en laissant sur notre gauche les palmiers. On me raconte que 
c'est au milieu de ces palmiers que mourut de chaleur, de soif ei de faim, 
le secrétaire de Musinguer pacha, un Allemand, le seul Européen de cette 
expédition qui ait échappé aux Adals. Nous gravissons ensuite une colline 
formée de scories noires, d'oii nous passons sur un plateau. A 6 heures 35', 
les difficultés de la route m'empêchent de prendre des noies à mulet. Je re- 
marque des palmiers en forme d'éventail qui poussentau milieu de pierres 
grises, et, dans la lave, une végétation relativement abondante. Devant 
nous, des petits plateaux s'étagcnileauns au-dessus des autres. Nous retrou- 
vons les chameaux et nous faisons halte. 

D'après les Adals, en temps ordinaire, il fait ici des chaleurs telles 
qu^on ne peut approcher du lac que pendant la nuit. 

Dans un rocher près de nous on trouve de l'eau de pluie. Nous ache- 
tons  des Adals un mouton pour un tobe en colon, 

A 3 heures 20', il vente très fort du nord-ouest. Le temps est couven. 
On entend de sourdsgrondemenis de tonnerre et l'on voli des éclairs : en un 
mot, tous les signes précurseurs de l'orage. Nous montons sur un roc noir 
et escarpé. Des aiglons nous escortent à cause de la viande du mouton que 
l'on vient de tuer et que portent les chameaux. 

A 3 heures 3o\ nous coupons une ligne d'eau. Dix minutes après, 
nous rencontrons un troupeau appartenant ù des gens d'Obokh. Les 
femmes et les filles portent des petits chevreaux dans leurs bras. Dans les. 
interstices des rochers croît une herbe rare, mais succulente. 

A 4 heures 20', nous entrons dans le pays de Loïia. Nous montons un 
mamelon de pierre blanche pour redescendre dans une dépression boisée. Le 
terrain renferme de nombreux coquillages. Devant nous et sur notre droite, 
nous avons une muraille de roches noires. Nous nous hissons péniblemeni 
au sommet de cette muraille pour descendre ensuite dans une nouvelle dé- 
pression sablonneuse, quelque peu herbue et entourée d'une muraille de 
pierres noires. 

Cette dépression traversée, nous escaladons une nouvelle muraille et 
nous nous trouvons sur un plateau pierreux appelé Daialacta. Nous nous y 
établissons pour la nuit, sur l'emplacement d'un camp adal, 

La marche d'aujourd'hui peut être évaluée a 4,000 mètres à l'heure. 



Lundi, 4 septembre iffSn. — Départ i\ 4 heures 55' du malin. Nou: 



expLOUTions éraiopiiinras 



arrivons à 5 hL-ures 3o', par des dépressions de sable, aui steppes ondulées 
de Coursour-Coursour. Vers 7 heures 3o' nous rencontrons les éclaireurs 
d'une caravane d'esclaves conduite par Maki, le fils d'Aboubaker. pacha 
de Zeîlah. Maki nous annonce la victoire que le roi Ménélik vient de rem- 
poner sur Ras Addal. 

Je donne à ces gens une lettre pour M. Grand et une pour M. Qouei, 

Dans raprès-midi, nous trouvons un sol ondulé, semé d'herbes, 
d'épines et de quelques palmiers; à droite, nous avons des collines volca- 
niques, ù gauche les monts Dokoino; en face, le pays de Dika, véritable 
oasis, traversé par une rivière bordée de gras pâturages. Malheureusement, 
la crainte qu'inspirent les Çomalis Issas empêche les Afars d'habiter cette 
magnifique contrée. 

Dans la région montagneuse d'AllouU, Aillé poursuit vainement une 
troupe d'ânes sauvages. La chair de ces animaux, des jeunes surtout, est 
très délicate. 

Nous avons alors devant nous la grande montagne Aoouadou et nous 
entrons, par le détîlé d'Ensdaba, dans TEnsdabâ. puis dans la grande plaine 
eUipsoide d'Agagadô 0(1 nous plantons notre tente- La plaine d'Agagadô 
est un ancien lac, encore boueux et ciuelque peu humide, orné de pins 
maritimes et d'une multitude de moustiques. Je ramasse des pierres noires 
que je crois être du minerai de fer. C'est dans cette région que Ton aurait 
trouvé de la houille ou de la tourbe. 



Mardi. S septembre. — Nous partons à 1 heure 45' du matin pour 
éviter la chaleur et les voleurs. Comme dit un proverbe saharien : • Dans 
les pays de la peur, il faut marcher la nuit et veiller le jour ■. 

Toujours montant et descendant, traversant des plaines sablonneuses, 
parfois herbues, escaladant des pentes pierreuses, nous arrivons à une oasis 
plantée de palmieis. pour descendre encore dans un volcan, le pays de 
Kauri. Là aussi croissent, dans les déjections volcaniques, quelques pal- 
miers, des arbres épineux et des gommiers. En quinant l'oasis, nous traver- 
sons remplacement d'un camp sîiué sur un petit cours d'eau. 

On m'éloigne alors de ta route pour ne pas me faire croiser la caravane 
d'esclaves que conduit Maki, le hls du pacha Je Zetlah. J'aime autant cela. 

A to heures, des Afars qui coupent des palmes nous viennent voir. Ce 
sont de véritables béies sauvages. Leurs jeunes allés sont des squelettes 
ambulants. Cest un monde de voleurs qu'il faut tenir à distance. On leur 



EXPLOUA-nONS ^HtOPISMHBI 



53 



crie katto! katto! va-i-en, va-t-en ! Ils ne s'en fâcheni pas et reviennent. 

Je prends un bain dans une flaque d'eau et, en revenant, je trouve un 
mollusque d'une nouvelle espèce. Houmed Loita me quitte pour aller 
m'attenJre il son camp; mais son frère reste avec moi. 

Nous rencontrons une caravane qui va aux lacs chercher du sel. Les 
Afarsfont avec des nattes deo™ 2 5 à o"" 3osur o" 40 à o" 5o, des sacs qui, 
pleins, ont la forme de cylindres. 

Dans le lit d*un torrent que nous suivons quelque temps, coulent des 
filets d'eau. Ses deux rives sont couvertes d'une végélaiion luxuriante et 
beaucoup de gens coupent des palmes. 

Ce passage rappelle celui de la rivière de Gardaya, dans l'oasis du 
Mzab. Quand le regard, fatiguédes pierres noires, tombe sur des plantes 
vertes, tout être humain est enthousiasmé, les animaux eux-mêmes mani- 
festent de la joie. 

Vers 6 heures, nous arrivons au pied du mont Ingamara. Nous en 
gravissons le premier gradin, qui est séparé du second par un plateau pier- 
reux à travers lequel coule la Gaîla-Sungo. Sur cette rivière se trouvent 
des constructions en pierres sèches, des ruines et des murs réguliers de forme 
ronde ; ce sont des emplacements de camps ou villages. Sur le second gradin 
de l'Ingamara nous voyons les tombeaux de chefs afars de la famille d'Hou- 
med Loiia. 

Nous descendons de cette hauteur dans le pays de Lafaufilé, plateau 
en forme de cirque, comme tous ceux des environs, avec des bords tantôt 
pierreux, tantôt couverts de végétation. 



Mercredi, 6 septembre. — Après une bonne nuit de long et paisible 
sommeil, nous nous mettons en route à 5 heures 45' du malin. Bientôt 
nous avons à notre droite, au delà d'un vallon, le Gui/ou, montagne du 
Haoussa. Par des dépressions sablonneuses nous arrivons aux rochers du 
pays de Sateri, nous traversons une rivière dont Peau affleure le sol ei 
nous entrons dans le pays de Gouroubouse. La rivière, d'abord large de 20 
à 60 mètres, atteini 1,000 mètres et forme des îlots de verdure. Sur ses 
berges en talus croissent le pin maritime et l'épine. 

Nous quittons ce plateau pour un plateau hamada (je donne à ce mot 

la signification qu'il a dans le Sahara], et plus loin nous traversons un vil- 

' lageOromon (Galla), dans le pays de Hay, devant le mont Dokono, où 

I nous trouvons des troupeaux de chèvres et des gens avec des chameaux. 



cxruHUTKMa tmoKwxmss 



Sur le plateau pierreux de ce rillage. croissent quelques gramîaées que les 
chameauzei les mulets mangent aveic avidité. 

Vers 6 heures, le frère de Loita fait des teutatives pour nous retarder. 
Le sultan veut probablement réunir beaucoup de monde pour nous rece- 
voir et nous donner une grande idée de son importance. 

Aillé dé&ii mon revolver et le place sous mon traversin. Kamil ne me 
laisse plus faire un pas sans m'accompagner. Le voisinage d'un âls du 
pacha donne à tous mes gens de grandes inquiétudes. 

Ces tn.]uiétudes sont jusiitiées, car voici ce que M. Léon Cbefneux 
m'écrirait de Sagallo, sous la date du 3 décembre r882 '. 

■ Vis-à-vis des Egyptiens, voici quelle est la situation : 

« Quelques jours après voire départ, 3o soldats égyptiens cotnmandés 
» par Kamil, fils du pacha .\boubaker, sont arrivés à Sagallo avec un 
D bouire. Leur premier soin en débarquant a été de dresser un mât, dans 
K les limites vous appartenant, et de hisser le pavillon turc avec tout le 
• cérémonial d'usage. Ils sont venus ensuite à latnaison et ont enjoint à ces 
» messieurs de quitter la place, car elle appartenait, dirent-ils, à l'Egypte ^. 
» Ces messieurs ont répondu qu'ils ne pouvaient résister à la force et qu'ils 
n feraient leurs préparatifs de départ. Le fils d'Aboubaker leur dit alors 
» qu'ils eussent à se dépécher, car il allait lescmmener avec lui à Tadjou- 
B rah, puis à Zeilah. Ces messieurs ont profilé de la nuit pour s'échapper 
» CI se rendre à Aden. Le consul a écrit à Abouhaker. Pendant ce temps. 
i> Houmed Lolta. ayant appris l'arrivée des Égyptiens, est venu avec 
» quelques hommes et a renversé le mât et le drapeau. Les soldats se sont 
» sauvés et n'ont plus reparu. 

» Quelques jours après, Joseph (notre employé) est revenu & Sagallo. 

» Pendant deux mois il a eu la paix, mais la veille de mon arrivée, ce 
> 28 novembre 1882, un navircde guerreanglaisest arrivé à Sagallo avec 

I Celte lettre m'en parvenue à Ankobir, le 3 février :883. 

1 Cette prétention est ri<Iicu1e et insoutenable. Sauf les citadins des villes de Tid- 
jourah et de Zeilah, toutes les tribus du golfe ont constamment refusé de payer l'impûi 
aux Turcs, puis aux Égypti^i^' Ces mêmes tribus n'ont pas discontinué de le payer aux 
i» du Choa. Elles viennent même de renouveler, en faveur de Ménélik, le don d-; 
:. Une fois, en 187(1. une armée égyptienne, commandée par Muaingucr 
iayé la conquête de ce pays. Houmed Loîia, à ta lêie des Afars, l'a masse- 



Pncha, I 
crée. 

ils n'ont p«» ité plus heureux dans leur 
ranoonce seule de l'arrivie d'Houmed Loita 



re ëtablissemcnl, puisque 




EXPLORATIONS ÉTHIOPIEHHSS 



55 



i> les filsdu pacha Aboubaker, Ibrahim, Mohammed, Bouraman Le 

» commandant anglais est venu voir Joseph et lui a demandé pourquoi il 
" éiail il Sagallo. — Parce que M. Soleillet m'aditd'y ''^^'^'''^■'''''"'^po"'^!^- 
■j — Ah ! et vous ne craignez pas les Donkalis ? — Non, ce sont les A bou- 
" baker qui sont avec vous que je crains. — Oh! et pourquoi? — Parce 
» qu'ils veulent tuer tous les Européens et ne veulentpasquc nous restions 
1 à Sagallo. — Ah ! et pourquoi ? — Parce qu'ils y font le commerce des 
1 esclaves. — Ce n'est pas possible. — Je vais vous appeler des témoins. — 
r> Non, non, mais vous êtes sûr? — Alors Joseph lui cita le fait que qucl- 
■ ques jours auparavant une caravane d'esclaves était passée par ici sous 
K l'escorte de Maki '. 

B Le commandant a dît que c'étaitassez puis il est parti 

n J'ai dit il Joseph de rester à Sagallo jusqu'à nouvel ordre ei que je 
<• l'y maintiendrais par tous les moyens possibles. 

J'ai appris chez le sultan Houmed Loïia, et cela m'a été confirmé 
" ici, que Ton avait reçu l'ordre de vous assassiner en rouie. Voici dans 
1 quelles circonstances. 

B Trois jours après votre départ de Gobad, 40 Çomalis ont passé à 
» peu de distance du camp d'Houmed Loita. Celui-ci, averti, les envoya 
» chercher. Après bien des hésitations, ils finirent par avouer qu'ils étaient 
» envoyés par A bou baker- Pacha pour vous tuer. Pour preuve, ils mon- 
" iraient un collier ' qui leur avait été remis par Aboubaker. 

n Houmed Loiia les a retenus quelques jours et leur a fait rebrousser 
n chemin, les menaçant de la guerre s'ils continuaient à vous pour- 



B Celte affaire est ici de notoriété publique. Houmed Loïta récrit au 
■ consul, et moi, je lui en ferai ma déposition à mon arrivée ù Aden n. 

Revenons à notre voyage. 

Le soir, en exécution des ordres du sulian Houmed Loita, les gens 
viennent en procession nous apporter du lait, et cela dure une partie de la 
nuit. 

> Cène caravane d'esdavet est celle que j'ai croisée le 5 septembre. J'en aï rencoa- 
tré une autre à Errer, le 11 septembre, appnrlcnanc aussi nu pacha Aboubaker et conduite 
par un àc ses hommes de confiance, Aissam, porteur d'un de ses sabres. 

a Celui qui donne un ordre remet un objat, cuonu pour lui appartenir, à celui qui 
le doit exfcuier. Cet objei sert à faire reconnaître celui qui en est portaur, et, au besoin, 
â lui faire prêter main forte Ce bon pacha avait prie toutes ses prtkauiîons. 11 aurait tort 
de se g£n:r après les assassinats de Lucereau et de Pierre Arnoui restés impunis. 



EXPtOIATIOlfS érmUPIBKNBS 



A 6 heures 20' la pluie menace, mais elle ne tombe que de i 
minuit, fine et serrée. 



Jeudi, y septembre. — Une lettre de M. Grand m'informe qu'il a 
reçu trois jours apr^s mon dépari. du commandant des troupes de Tadjourafa, 
une lettre du gouverneur de cette ville, adressie â moi et à mes enfants Ion 
désigne ainsi les employés, les soldats, les enfants, les domestiques). 

Le gouverneur y disait que nous étions sur terre d'Egypte et qu'il nous 
fallait en partir. 

M. Grand avait répondu verbalement qu'il avait tout lieu de penser 
que notre concession ne relevait pas de l'Egypte; mais que, si elle en rele- 
vait, nous avions le droit d'y séjourner et d'y faire du commerce, parceque 
la France el l'Egypte étaieni liées par des traites et que ces traités nous pro- 
tégeaient. 

L'officier demanda une réponse écrite, ce que M. Grand refusa; il 
redemanda ensuite la letire du gouverneur, ei M. Grand refusa de la lui 
rendre. Sur ce double refus, le commandant se relira. 

Tandis que je pense â cette affaire, Kamil fait galoper le cheval de 
Loiia. Je remarque à celte occasion que les Afars, comme tous les Éthio- 
piens, ont conservé la selle du Bas-Empire, et que cette selle a comme éiricr 
un anneau pour recevoir l'orteil. Les Touareg et tous les peuples qui ont 
conservé la toge antique et !e bouclier ont aussi conservé cette selle. 
M. Henry Duveyrier croit qu'elle est spéciale aux Touareg comme l'an- 
neau de pierre que tout le monde, au Soudan, porte au bras. C'est une 
erreur, comme j'ai pu le constater. 

Nous arrivons ainsi dans le pays de Durassi où nous voyons un beau 
troupeau de bœufs. Un vieil afar, Abdel-Kader, oncle du sultan de Tadjou- 
rah, vient me voir avec beaucoup de monde. Tous ces Bédouins m'ont vu 
ù Obokh et m'appellent Soleillet. C'est chez euK que sont en dépôt les cha- 
meaux du roi Ménélik. A 1 heures on m'apporte une grande quantité de 
lait; à 3 hcures45' nous nous remettons en route à travers une plaine tan- 
tôt sablonneuse, tantôt couverte de beaux herbages oli paissent une grande 
quantité de bestiaux. Nous avons en vue. au sud, la montagne en pain 
de sucre de Coma. 

Nous entrons dans l'^/iMSi où nous voyons des raines gallas et un 
camp afar. Peu après, nous descendons dans le lit d'un lac desséché, le 
langoulakoma, dont la boue crevassée, comme laquée, couleur café au laii 




EXPLORATIONS tiTHIOPIEHNES 



clair, miroite au soleil. Il peut avoir 4 à 5oo mètres de largeur sur 2,000 
à 3,5oo de longueur. Au centre, le baromètre marque 7r9,o. Nous le 
quittons pour gravir le plateau d'Adtta, sur lequel paisseni des chèvres. 

Vers 5 heures 3o\ après avoir monié ei descendu plusieurs pentes, 
nous rencontrons une troupe d'Afars qui viennent nous souhaiter la bien- 
venue de la part d'Houmed Loita, et nous arrivons tous ensemble, par une 
pluie d'orage, au pays JMero/i. 

Nous nous arrêtons un instant pour disposer notre arrivée chez 
Loïta. 

Je place en avant les chameaux et leurs conducteurs. Je suis entouré 
d'une vingtaine d'Afars de Loita; puis viennent M. Gabri Mariem et Aillé; 
derrière eux viennent tous mes gens, sur deux rangs, en bataille, suivis et 
Hanqués de ceux du sultan. 

A â heures, nous arrivons devant le sultan, li est debout sur un tas de 
pierres et entouré d'une vingtaine de guerriers. 

En l'apercevant, je m'empresse de descendre de ma mule; il accourt 
pour me tenir l'étrier, mais je suis à terre quand il le saisit. 

Nous nous serrons la main. [1 me fait remarquer qu'arrivant avec la 
pluie j'amène l'abondance, ce qui indique ceux qui sont aimés de Dieu. Il 
me prend la main et me conduit à remplacement qu'il a choisi pour éta- 
blir mon campement. Nous saluons le sultan par une décharge de nos 
armes. 

Au moment où j'ai aperi,-u le sultan ei ses gens, ils formaient un groupe 
pictural. 

Le sultan Houmed Loïta doit être à peu près de ma taille, i mètre j3. 
Il est élancé, bien proportionné. Il a les mains fines et bien musclées. Sa 
tête, couleur café au laii moyen, est belle et intelligente. De beaux cheveux 
noirs, fins et bouclés, encadrent bien son visage. Un collier de barbe noire, 
fine, épaisse, frisée, donne au masque une grande expression de mansué- 
tude et de fermeté. Le front est large et ample, les sourcils fournis et bien 
dessinés; les yeux grands, très fendus, couleur marron foncé, avec des 
reflets métalliques, paraîtraient féroces s'ils n'étaient voilés pardescilsd"une 
grande longueur qui adoucissent le regard. Le nez esi-bourbonnien, la 
bouche petite, mais les lèvres un peu trop minces. 

Le sultan était vdtu d'une pièce de cotonnade blanche serrée autour de 
la taille par la courroie qui retient le grand couteau recourbé ornementé de 
cuivre, qu'il porte devant lui. en travers. Une toge en coton, fabriquée à 



5S 



Rouen (c'est moi qui la lui ai donnée), à couleurs vives, à dessins grecs, 
lui couvre le haui du corps. II esi drapé avec élégance. Relevant du bras 
droit les deux bouts Trangés qui sont croisés sur son cpaule, il tient à ta 
main une mince bagueiie de bois blanc. 

Gomme je l'ai dit, il est sur un tas de pierres et un homme lient sur sa j 
léte un parasol. Autour de lui. debout, appuyés sur leurs lances, le bott-fl 
clier au bras gauche, se lîenneni une vingtaine de guerriers aux cheveux " 
ruisselant de graisse, aux loges grises, à l'aspect farouche. Us sont au bas du 
tas de pierre et le tout a un aspect naif qui ne manque pas de majesté. 

Nous sommes alors dans le pays de Daka. Les gens du camp de Loita, 
notamment ses deux fils, viennent nous voir curieusement. Toussont armés 
de la lance, excepté le sultan qui n'a que sa bagtiette. 



Vendredi, S septembre. — Un Çomalt Issa ', du nom d'Aoued, et 
chasseur de profession, me fait réloge de Texplorateur italien Manini, avec 
lequel il eut des relations. 

Le matin, Loita m'envoie des moulons et du lait, puis vient me causer 
de Sagallo. Il distribue ensuite â ses soldats les cadeaux que je lui ai &its à 
Obokh. 

Chez les Afars, comme chez les Maures guerriersdu Sahara occidea- 
tal, les chefs ne peuvent rien garder pour eux. Dés que les soldats leur 
savent quelque chose, ils arrivent en bandes, et malheur au chef qui ne 
distribucraii pas tout : il serait abandonné, mais, avant, pillé, probablement 
baiiu et peut-être tué. 

Le sultan me promet que j'aurai demain les chameaux quî me sont 
nécessaires. 

Dans l'aprÈs-midi, mes gens s'amusent à jouer la comédie. Leur 
mimique est excellente. Les deux principaux acteurs sont le chasseur Ould 
Gabriel et Erdau. 

Ils représentent deux paysans, le mari et la femme. Le ménage se dis- 
pute parce qu'il craint que le grain ne vienne à lui manquer. 

La femme (c'est Ould Gabriel] dit qu'il n'y a pas de grain et accuse son 
mari d'employer le sien à faire de la bière pour se griser avec ses amis et 
ensuite de cuver sa bière au lieu de travailler. 

I Une imponanic fraction de telle tribu reconnaît aciuellcm;nt l'uuiorité de Loïls, 
qui en tiU d'une femme fitmali lua. Un certain nombre d'hommes de cette tribu sont 
toujours auprès du sullan et lui servent de fusiliera. 



ETPLOBATIONS I^THIOITENNES 



59 



Il y aurait du grain, répond le mari {Erdau), si tu faisais attention, si 
tu veillais sur le grenier au lieu de bavarder. 

Après un échange de reproches de ce genre et de paroles amércs, le 
mari, pour prouver qu'il a raison, administre à sa femme une bonne cor- 
renion. Celle-ci demande le divorce et nous prend tous pour juges. On 
plaide, etc. 

On m'assure que les gens d'Aboubaker-Pacha cherchent à former un 
parti de Çomalis Issas pour nous poursuivre et nous assassiner. Je n'en 
crois rien •, mais Ton ne s'en gardera que mieux. 



Samedi, g novembre. — A 6 heures du matin, la pluie 
assez fort depuis deux heure- - ■■""■" 



mbait 



;ures, a cessé. 



Dimanche, 10 septembre. — J'achète deux sacs de doura (mil] pour 
une lolbé. Ce grain, qui vient du Haoussa, est très blanc. 

Le sultan me présente les hommes qui doivent m'escorier. 

Les nouvelles qui viennent des Çomalis Issas sont peu rassurantes. 
Tout prés d'ici, ils ont surpris, battu et pillé les gens du sultan du Haoussa, 
Mohammed Hamfallé. 

A cause des riiouions que nous avons égorges, noire camp esi rempli 
d'oiseaux de proie. Je remarque un vautour chauve d'une taille gigan- 
tesque. 

Je veux partir à 2 heures 5o'. Loîia s'efforce de me retenir jusqu'à 
demain matin. Je lui dis que ma patience est à bout et qu'il me faut partir. 
Je me sers pourcela d'une expression arabe impropre, ce qui fait rire mon 
guide Abd er-Rahman. Je lui dis en arabe et il comprend bien : n Tu es un 
» rossart. La mère de plus nigaud que toi est encore à naître. Remercie 
» Dieu que je ne partage pas ta figure en deux d'un coup de courbache ". 
Tout en parlant je brandis ma courbache qui est longue, souple, épaisse, 
en cuir d'hippopotame; elle tombe sur la croupe de Rosine, qui n'en peut 
mais, et nous voilà partis, 11 était 3 heures. 

Une heure et demie après nous rencontrons un t;roupe de jeunes filles, 
puis des troupeaux gardés par des femmes qui font des s.ics à sel. Un peu 
plus loin, dans le pays de Djebel, plateau pierreux, nous traversons des 
ruines oromons situées au milieu de tombeaux. 




6o EXPLORATIONS érHIOPIENNRS 

Nous nous (icarions de la rotiie directe pour èvhcr le territoire de deux 
grandes tribus afars indépendantes et sauvages parmi les sauvages. 

Ce soni les Gallelas (assassins des deux compagnons de Pierre 
Arnoux, Disseï et Bérenger) et les Aissameras [assassins de deus hommes 
de la caravane qui est actuellement à Obokh : un éthiopien du Choa et 
un afar du Haoussa). 

La manière d'opérer des Afars est loujours la même. Ils surprennent 
leur victime tandis qu'elle prie ou qu'elle dort, et la frappent par derrière, 
soit avec la lance, soit avec le couteau. C'est ainsi qu'ils ont assassiné Pierre 
Arnoux le 3 mars dernier, à Obokh, par ordre du pacha de Zeïlah, le 
négrier Aboubakcr. 

Lundi, II septembre. — Après une belle nuit, un peu humide, nous 
panons à 5 heures 40'. L'aspect du pays varie peu, c'est-à-dire que l'on a 
toujours en vue quelque monticule, qu'une plaine caillouteuse succède à 
une plaine dont la végétation est plus ou moins abondante. Vers ^heures 
3o', passe près de nous un antilope de la grosseur d'un bœuf moyen. 
Quelques minutes après, nous nous arrêtons au torrent Gobad, qui donne 
son nom à toute la contrée. Chez les Oromons Itou, où il prend sa source, 
il porte le nom d'Arraoua. 11 se jette dans l'Haouach, au Haoussa. L'eau 
coule dans le sable à fleur du sol. La végétation de ses bords est luxuriante. 
Les mulets ont de l'herbe grasse jusqu'au poitrail. C'est plaisir de les voir 
manger. Il y a quantité de moustiques qui piquent môme le jour; qu'est- 
ce que cela doit être la nuiiî 

Les afars de Tadjourah sont toujours à me tourmenter pour le manger. 

Un homme de Tadjourah m'apporte de bonnes nouvelles de Sagallo. 
11 a pour tout bagage une ombrelle de femme en satinette qui fut gorge de 
pigeon. Sans rien demander, il se joint à nous avec son captif. 

A 2 heures du soir, notre escorte arrive. 

II faut avoir une foi robuste pour se confier à de pareils gaillards, qui 
tous sont de mine à finir leur vie entre ciel et terre, au bout d'une corde. 
Ils sont commandés par un frère de Loita qui, en arrivant, demande à me 
parler et commence ainsi la conversation : 

— Mon frère fait ce qu'il veut, et moi je fais ce que je veux. II n'a pas 
voulu me dire ce que vous me donneriez. Je ne voulais pas partir sans le 
savoir, mais je ne me lèverai pas d'ici que vous ne me l'ayiez dit. 

— lia été convenu avec le sultan Houmed Loita, lui dis-je, que, sui- 



à 



EXPLORATIONS ETHIOPIEKNBS 



vaQi l'usage, je donnerai aux hommes de l'escorte un tolbé blanc en amé- 
ricané et au chef un lolbé de couleur. 

— Après ce que vous avez donne ù mon frère, ce n'est pas assez. Vous 
n'avez pas la prétention de ne payer que cotnme les gens du pays? 

— Certainement, j'ai cette prétention. 

— Je ne partirai pas. 

— Comme il vous plaira. 

— Je vais faire retourner les gens. 

— Comme vous voudrez. 

— Vous partirez seuls. 

— Dieu est le plus grand! d\s-']s en arabs. Sur ce, jemelèveeidonne 
l'ordre du dépan. Le frère de Loita prend avec lui les hommes de l'escorte 
et va faire avec eux un kalam. Au moment de notre départ, ils paraissent 
très animés. 

Nous suivons un plateau pierreux parallèle au torrent. Nous avons à 
gauche le moni Gobad qui est surplombé par le pic Ouralli. A noire droite 
s'élève le mont Oafca. C'est après sa réunion avec un torrent qui descend 
du Gobad que VArraoua prend le nom de Gobad. Nous avons, au nord, le 
mont Aitan Koma. 

Pendant une heure nous marchons dans le lit même du torrent, puis 
nous traversons un plateau ondulé dont les parties élevées sont nues et les 
plis couverts de graminées à fleurs en forme de panache argenté. Les afars 
en coupent et s'en mettent dans les cheveuï. 

A 5 heures nous avons, k 5oo mètres à gauche, le mont Gobad et à 
3,5oo ou 3,000 mètres, à droite, le mont Aitan Koma. Nous entendons des 
cris de bétes sauvages ', et nous voyons une troupe qui vient en sautant, 
brandissant des lances, agitant des boucliers : c'est notre escorte ! Le frère de 
Loïia est retourné chez lui ; un neveu, Ibrahim, a pris le commandement, 
et la plupart des hommes l'ont suivi. Moins d'une heure après nous étions 
dans VAsbari. 

Je donne l'ordre aux hommes de l'escorte de camper à une centaine de 
mètres de nous, et je les préviens de ne pas sortir de leur camp car, la nuit 
venue, nous tirerons sur tout ce que nous verrons bouger. 

I Tous les Afriiiains en expédition ont l'habilude, avant te combat, de pousser des 
cris d'animaux ; lion, tigre, chacal, hyine, fine, coq, etc. Li; surnom de chacal, donné en 
Algérie aux zouaves, vient de ce que ces troupes, en imiiation des indigÈnes, poussaient 
des cris de bâles en allant au combat et se plaisaienl surtout à imiter celui du chacal. 



fJZ EXPLORATtONS ÉTHIOPIENNES 

On leur donne du riz. Ils viennent m'ennuyer, prétendant qu'ils n'en 
ont pas assez; ils veulent aussi de Teau. Je leur réponds qu'ils ont assez de 
riz et que, pour ce soir, je vais leur donner une outre d'eau, mais qu'à 
l'avenir ils aient à s'en fournir. 

Pendant la nuit, fe les vois faire kalam autour de leur feu. Ils parais- 
sent trèsanimés. 

Je m'entends avec un afar d'Errer, qui nous suit depuis le camp du 
sultan, pour la garde des chameaux jusqu'à Errer. 



Mardi, 12 septembre. — Avant le départ, le neveu de Loîta. qui 
commande l'escorte, vient me dire que si je ne veux pas augmenter de 
quelque chose le prix promis, il va retourner avec ses gens. — Comme 
vous voudre^, lui répondis-je, et je donne Tordre du départ. 

Les hommes de l'escorte se forment en rond, parlementent pendant 
un quart d'heure et se mettent en marche derrière nous. 

A 5 heures 35' nous sommes devant le dernier contrefort des monts 
Gobad, sur l'emplacement d'un camp. Sur notre droite scintille le lac 
Abibad, l'un de ceux oii se perd l'Haouach. 

Dans le pays de Bouskaoua, que nous aiieignons moins d'une heure 
après, nous traversons des ruines Gallas. 

C'est ici, sur notre droite, que se trouve le point de départ d'un canal 
qui pourrait réunir l'Haouach à la mer. Ce fleuve serait alors navigable 
six mois de l'année, je crois, jusqu'aux environs d'Antoto. Une telle ques- 
tion mérite d'être étudiée et c'est ce que je compte faire. Je l'ai même fait 
en partie, mais il faut une exploration complète du cours du fleuve, ce qui 
sera facile avec l'aide de Ménélik, dont le concours est assuré d'avance à 
toute œuvre de celte nature. 

A 8 heures 20' nous arrivons à la grande plaine de Bouaiella, qui doit 
être couverte par les eaux pendant l'hivernage. Nous avons eti face de nous 
les monts /V/un'qui appartiennent au Çomalis Issa. 

Après une pause, nous entrons dans le lit, ici très vaste, de la rivière 
Daouiléka, que nous suivons jusqu'aux pieds du mont Mari, où nous 
nous arrêtons, taudis que tes hommes de l'escorte vont avec les chameaux 
chercher de l'eau. Nous sommes très inquiets de l'absence denos hommes, 
qui se prolonge au-delà de leur promesse. Nous ne craignons pas qu'ils se 
sauvent, mais nous ne sommes que quatre pour garder les bagages et le 



EXPLORA'nOItS lËTHlOPIBNKKS 



pays n'est pas sur. Us reviennent enfin à 2 heures 16' avec de belle eau, 
très claire, excellente au goût, qu'ils ont puisiie dans un puits. 

A 3 heures je fais faire une distribution de biscuit. Les gens de Tad- 
jourah disent qu'ils n'en veulent pas manger. Kamil, celui de lous les 
Afars sur lequel je compte le plus, le rapporte et le jelte à terre. Tout le 
monde est siirescité. Un mouvement de faiblesse ou d'impatience suffirait 
pour faire révolter les Afars, et nous sommes dans leurs mains. Bien que 
très en colère et très inquiet, je dis le plus posément possible : « Puisque 
ces messieurs n'ont pas faim, qu'on reinette le biscuit dans les sacs >>. 

Nous repartons vers 5 heures et nous poursuivons des ouiardes. Nous 
en tuons une de toute beauté, ce qui nous fait perdre un quartd'heure. Ici 
la rivière se termine en lac. 

Nous avons à notre gauche le mont Mari dont nous suivons la pente, 
qui est à pic. en blocs noirs, semés de quelques arbres et de graminées. 
L'eau croupissante du lac salit le pied de la montagne, cl, au milieu de ce 
lac, s'élève une butte en forme de pyramide. 

A 8 heures nous nous arrêtons dans l'emplacement d'un camp. Nous 
avons constamment marché entre la montagne et l'eau. Les gens de l'escorte 
m'assurent que la boue nous empêchera d'aller plus loin. J'aurai demain 
la preuve de leur mensonge. Bien que très effrayés, ces Bédoins désirent 
allonger le chemin pour vivre un jour de plus à nos frais. Chez eux ils ont 
pour ■ tout potage n du laîl. Avec moi, sans être bien, ils sont beaucoup 



Pendant la nuit, un Ethiopien est piqué au talon par une bâte. Son 
pied enfle immédiatement. Je le panse. Le chien ne cesse d'aboyer et nous 
faisons bonne garde. 



Mercredi, i3 septembre. — Ce matin une violente querelle s'est 
élevée entre M. Gabri Mariem et l'afar Abd er-Rhaman, de Tadjourah. J'ai 
eu du mal à terminer l'affaire, car ici tout le monde est énervé : c'est la 
situation d'un navire qui subit le mauvais temps depuis plusieurs jours. 

Nous partons à 5 heures 40' ayant à notre droite, de l'autre côté de 
l'eau, le mont Mourani. Cette partie du marais est couverte de roseaux qui 
ne tardent pas à faire place à une végétation plus variée. 

A 7 heures 3o' nous arrivons à la fin du marais, ci la rivière glisse 
entre deux lignes de montagnes parallèles. Nous continuons à longer les 
monts A/ar)'. Trois quarts d'heure après nous atteignons un campement 



65 



des plus pittoresques. Nous avons devant nous le mont Farabé Ali. 

L'escorte marche en avant pour éclairer noire marche. Elle croit à un 
danger et fait bravement son devoir. Ces gens-là ont tous les défauts, mais 
ils ne sont pas poltrons. Dans la plaine qui suit, une mare est au milieu 
des herbes et re(;oii le torrent signalé plus haut. 

En quittant ctue mare, nous montons sur un plateau où Ton croit en- 
tendre les Issas qui s'appellent pour se réunir. Nous préparons les armes. 
Ould Gabriel pan en avant avec les Afars. Nous marchons avec précaution. 
sondant du regard la moindre touffe d'herbe. 

Nos gens reviennent joyeux. Au lieu de Çomalis Issas, ils ont trouvé 
des Afars. les Aissamali Ould Oumon, fraction des Debenets. Nos quatorze 
ftisils et le nombre de nos gens, hors de proportion avec notre bagage, leur 
avaient fait supposer une attaque de notre part. .\\i lieu de nous donner 
des coups de lance ils nous apportent une grande quantité de lait. 

Une pluie d'orage, survenue pendant la nuii, rafraîchit l'atmosphère 
et nous dormons comme des gens fatigués qui n'ont rien à craindre. 



Jeudi, 14 septembre. — Tout le monde se lève joyeux. Les indigènes 
ne paraissent pas sauvages comme les Afars que nous avons rencontrés 
jusque-là. Ils disent naïvement i Nous sommes voleurs, c'est vrai, mats 
assassins, non ! 

Comme tous les Afars qui reconnaissent pour chef le sultan Houmcd 
Loïia, ils paient au Choa un tribut en sel et en chameaux. 

Ils logent dans des huttes en paille semblables aux cases des Foulbès du 
Soudan occidental. 

Ils ont une très grande quantité de chameaux, de chevaux, bœufs, 
ânes, chèvres ei moutons. Ils vivent en bonne intelligence avec les 
Çomalis Issas et se marient avec leurs filles. Maintenant que nous sommes 
leurs hôtes, nous n'avons rien à craindre des Issas, 

En ce moment, ils s'agiteraient beaucoup pour réunir tous les Issas 
sous l'autorité d'Houmed Loita. 

Je profite de ce que nous sommes chez des braves gens pour faire une 
toilette à fond et mettre des vêtements propres, ce que je n'ai pu faire depuis 
que nous avons quitté le camp d'Houmed Loita. 

En partant d'Obokh, j'ai adopté un costume très commode et bien 
approprié au climat. Il consiste en une grande culotte mauresque, une 
camisole de coton blanc, une vesle algérienne à capuchon en coton blanc. 



66 



KXPLOHATIÛNS LTHiopiKr 



une ceinture de flanelle sur laquelle je boucle mon revolver et mon cou- 
telas afar; pour coiffure, un mouchoir de soie blanclie couvert d'un cha- 
peau de feutre, lequel esi orné d'un turban de mousseline blanche ; j'ai 
pour chaussures, au repos, des sandales afars, en route, des demi-bottes 
bien graissées que je chausse à cru. 

A ro heures, les gens du pays nous regardent charger et partir. Les 
femmes domineni. Un bon tiers d'entre elles sont Çomalis Issas, ce qui se 
reconnaît ù leur coiffure consistant, comme chez les juives d'Alger, en un 
mouchoir formant bandeau. 

Au dépari nous rencontrons beaucoup de chameaux, de bœufs, d'ânes 
et de moutons çomalis à robe blanche et tête noire, à laine courte, taille 
petite et ramassée, d'une chair excelienie. Des femmes vont à l'eau, d'autres 
en reviennent; c'est partout la vie, le mouvement, la paix. 

Je pars en avant, mes hommes jouent et se lancent des baguettes. Les 
bceufs CI les autres animaux qui pdtureni se sauvent en voyam mes vête- 
menis blancs. 

Les Afars, sauf les chefs, quand ils ont de la toile blanche, ont soin, 
avant de s'en vêtir, de l'oindre de beurre, puis de la rouler dans la pous- 
sière. Ils préiendeni qu'ainsi préparée elle tient plus chaud et dure plus 
longtemps. 

A 3 heures nous entrons dans le pays de Gayallé. L'eau est prés du 
sol et jaillit sous le pied desmulets. Vers 6 heures, nous nous arrêtons près 
du camp du second fils d^ Ali Gouri Oumou. Oumou était un vieux chef 
très aimé et très respecté. Les Afars Aïssamaras l'ont tué il y a dix ans. 

Parmi les gens qui viennent nous regarder, je remarque un Afar, 
véritable hercule, de formes magnifiques, musclé comme une académie de 
Michel-Ange. Je remarque aussi une femme géante qui serait très belle si 
elle n'était pas déparée, ce qui est rare chez les Afars, par de longues ma- 
melles qui lui ballottent sur le ventre. 

Les gens du camp nous disent de camper au milieu d'eux à cause 
de l'herbe des mules ; nous, nous préférons rester à l'écart à cause des vo- 
leurs. 

Le pays traversé aujourd'hui est tout à fait le Sahara : de grandes 
plaines ondulées et un horizon borné par les montagnes ou les plis du 
terrain ; la nuit est belle, le lait abonde, je soupe avec des dattes; c'est le 
Sahara dont il y a dix ans, et plus, je parcourais les vastes solitudes. Que 
de choses depuis 1S72 : voyage dans le Sahara algérien, au Mzab, etc.; 



ESPLORATIONS ETHIOPIEN S'IiS 



1873, Oasis d'In-ÇiIah ; 1877-78, Segou-Sikoro; 1879, 80, 8r, missions 
transaharienncs: iKSi. 82, 83, Obokti. Ankobér, Kaffa! et 1884? Que de 
pays et de gens vus. Chaque jour, comme l'a dit l'apôtre, m'a amené sa 
peine. 



Vendredi, tS septembre. — Le matin, je fais donner à Ibrahim, 
neveu de Loïia, qui a commandé Pescone, un lolbé de couleur, et à chacun 
de ses hommes, un tolbé blanc, ainsi que le veut l'usage. Quand lous, 
même Ibrahim, se sont déclarés très satisfaits, je fais donner en cadeau 
à celui-ci, trois coudées de toile bleue. Ils nous quittent très contents. 

Les bijoux des femmes du pays, bracelets et pendants d'oreilles sont 
en étain. 

Le beurre est renfermé dans des vases en cuir ornés de coquillages 
(cauris). Le lait est mis dans des vases en bois dont le couvercle est éga- 
lement orné de cauris. 

Nous avons, au moment du départ, un kalam qui n'en finit pas. Les 
hommes de Tadjourah embrouillent tout dans ['espoir de rester ici un 
jour ou deux à boire du lait. Les Afars des villes ne désirent qu'une chose : 
boire du lait ; les Afars pasteurs ne pensent qu'à manger du grain, surtout 
du riz. Les uns, pour avoir du lait, les autres, pour avoir du riz, feraient 
bien des choses. 

Moi, je ne demande qu'à partir, Il ne me plaît pas de rester sous une 
lenie toute petite, par 40° au-dessus de zéro; aussi, malgré les Tadjourates, 
tout s'arrange, et je laisse pour le chef absent, Adlo, fils aine d'Ali Gouri 
Oumou, l'un de mes plus beaux tolbés, et son frère consent à nous accom- 
pagner jusqu'à Errer. 

La végétation devient plus abondante à mesure que nous avançons, 
mais le bois manque absolument, et depuis deux jours nous n'avons pu 
faire de cuisine. Nous espérons pouvoir la faire dans le Killalou. C'est là 
que les Çomalis Issas et les Afars Aîssamaras se donnent leurs rendez- 
vous de guerre, comme ils l'ont fait il y a un mois. Momentanément le 
pays est sûr. 



Samedi, 16 septembre. — Les Tadjourates me tourmentent encore 
pour le manger. Une autre fois je leur donnerai leurs provisions au départ 
et ils s'arrangeront comme ils voudront. 

De deux à cinq heures nous perdons notre route. Nous nous arrêtons 



et je m'endors profondément. Quand on me réveille au bout de cinq mi- 
nutes, je me figure avoir dormi très longtemps. Nous nous remettons en 
route, et après nous être égarés encore une fois, nous arrivons au plateau de 
Feimadala, qui est situé entre deux précipices. A huit heures et demie 
nous arrivons, par une vallée en pente douce, au plateau de Laméloumou 
_ (les deux hommes), oti vainement nous cherchons de l'eau. 

A 10 heures nous faisons un nouvel arrêt sous des arbres. Mes garçons, 
Erdau et Aillé, comme tous les Ethiopiens, sont reconnatssanis de ce que 
je les traite comme s'ils étaient mes véritables enfants. C'est l'usage de 
l'Orient et je plains les voyageurs qui ne savent pas s'y conformer, car 
tout le secret pour voyager dans ces pays est d'avoir de bons domestiques, 
ei ce n'est pas l'argent qui les donne, mais les bons iraiiemenis. 

Erdau et Aillé sont pour moi remplis d'attentions. Pour que je puisse 
me reposer commodément, ils arrachent toutes les roches de l'endroit où 
ils placent mes nalies. 

L'arbre sous lequel je dors donne l'hospitalité à une ruche d'abeilles 
et à une araignée de grande taille à corselet argenté. 

Vers 4 heures nous entrons dans VAssendera Serir oti nous sommes 
témoins d'un magnifique coucher de soleil. Les vents soufflent de l'est et 
les arbres d'une butte qui est à notre droite ont des aspects fantastiques. 
Enfin, à 7 heures 20' nous trouvons un bon endroit pour le bivouac. Les 
Afars nous disent qu'à deux heures de marche nous trouverons un cam- 
pement bien meilleur avec de l'eau ; nous avons la faiblesse de les écouter 
et une heure après ils me déclarent ne plus savoir où ils sont et nous font 
arrêter au milieu d'un ravin sans eau, encombré de pierres, d'herbes et 
d'épines. 

La nuit est noire, sans étoiles; nous établissons notre bivouac avec 
une peine infinie. Il pleut, et toute la nuit nous tirons des coups de fusil 
pour éloigner les voleurs qui sont nombreux dans ces parages. 

Juste au moment où je commence à fermer les yeux, Mohammed vient 
me demander des mulets pour aller chercher de l'eau. « Elle est très loin n, 
dit-il ; et moi je suis persuadé qu'elle est tout près. Je renvoie Mohammed 
avec mon refrain accoutumé : u La mère de plus bête que toi est encore à 
> naître i. 



Dimanche, ly septembre. — A 5 heures 20' nous sortons du ravin 
où nous avons passé la nuit. Mohammed insiste encore pour avoir des 




EXPLORATIONS KIHIOPIENNES 6g 

mulets ; comme la veille, je lui réponds : i I^ mère » J'avais parfai- 
tement raison. Quarante minutes après notre départ les Afars poussent 
joyeusement le cri : léé ! léé! (eau! eaul| Un instant après nous remplis- 
sons nos outres et nous faisons boire nos animaux. 

Nous entrons ensuite dans le pays Assendera Kebir, oti nous voyons 
l'emplacement de deux camps, et. sur notre gauche, des montagnes des 
Itous. Un quart d'heure plus tard nous sommes dans le pays de Maâtto, 
et nous traversons de grands plateaux parfaitement unis. 

Kamil blesse d'un coup de lance un énorme igname et l'écorche en 
riant, sans l'achever, ce qui me révolte. 

A lo heures nous apercevons, au nord-est, le moni A:{aUo et nous 
trouvons des pommiers sauvages dont les Afars mangent Evidemment les 
fruits. La contrée se présente sous des aspects très variés. Tantôt elle est 
mon tueuse, rocheuse et porte une végétation rare; tantôt elle est plane, cou- 
verte d'une belle végétation, semée de monticules couverts de grands arbres. 

A 4 heures 45' nous entrons dans les plaines d '£'rrer, d'où nous 
apercevons distinctement les montagnes du Chon, Les gens du pays les 
reconnaissent, les nomment l'une après l'autre et expriment une grande 
joie. Le mont Azallo est à notre droite, à l'est, et nous marchons au sud- 
sud-est. La plaine a toutù fait l'aspect d'une prairie. Un troupeau de plus 
de cent antilopes y pâture, et notre chien les met en fuite avant que nous 
puissions les tirer. 

A Errer nous retrouvons la route que suivent généralement les cara- 
vanes qui vont du Choa â Zeîlah. 

Les indigènes de ce pays ont déjà vu passer plusieurs Européens ei 
beaucoup d'Ethiopiens, et doivent être moins sauvages que les Afars, dont, 
jusqu'à présent, j'ai traversé le territoire. 



Lundi, 18 septembre. — Au départ, unpeuavamô heures, nous 
avons à droite et à gauche des buttes, des pierres noires, des graminées et 
des gommiers d'où pendent, comme en Sénégambie, des nids d'oiseaux en 
forme de panier. Nous trouvons aussi l'arbre à saie qui caractérise la flore 
sénégambienneetquisetrouveaussiàMetillidesChaamba, oUonlesappelle 
krounka. 

En quittant cette petite conirée de buttes et d'arbres à soie, nous ren- 
controns un camp afar en déplacement. 

Les Afars n'ont point de tentes. Ils transportent sur leurs chameaux 



E1CPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 



de longues perches dont ils forment une espèce de cage circulaire de deux 
à quatre mètres de rayon. On y pénètre par une ouverture de o^do à o^So 
de hauteur sur o™40 à o'^ 5o de largeur et placée au levant. Cette cage est 
ensuite garnie de nattes et d'herbes sèches. Pour parquer leurs bestiaux, ils 
font des enceintes à pierres sèches, et c'est à cela que l'on reconnaît l'empla- 
cement des campements. Comme ici il n'y a pas de pierres, les enceînies 
sont en épines. 

Les chameaux de la troupe que nous rencontrons sont au nombre de 
20 ou 3o, mais leur file paraît immense, éiani allongée par les charge- 
ments de perches, qui débordent en avant, à droite çt à gauche. 

Des hommes, la lance sur l'épaule et le bouclier au bras, marchent 
par petits groupes des deux côtés de la route. De belles filles, dont le buste 
nu laisse voir une gorge admirablement moulée, conduisent des ânes en 
soutenant leurs charges. 

Une très vieille tèmme, aïeule et bisaïeule de la bande, la peau par- 
cheminée, entourée de chiffons, traîne derrière elle une bourrique qui 
pourrait bien être sa contemporaine. Un chien grave et fier, avançant à 
pas comptés, ferme la marche. 

Nous causons avec trois hommes qui conduisent un chameau chargé 
de sel. Dans le fond, un cavaliergalope surun cheval blanc. Tout ici est 
vivant. 

A droite il y a des cabanes en paille, dix petits ballons, les derniers 
conireforis de hautes montagnes qui ferment l'horizon. A 10 heures, 
nous faisons arrêt sur le ruisseau Dàrrar, large de 10 mètres, avec des 
berges de 1™ 5oqui sont plantées d'arbres. Le camp voisin nous envoie du 
lait que nous payons de quelques verroteries. 

Nous nous installons à quelques mètres du Dàrrar, sous de beaux arbres. 

Il y a ici beaucoup de henné, plante qui a de la valeur chez tous les 
musulmans. On pourrait en transporter à Aden. 

Il y a beaucoup de pintades. Nous tuons à coups de sabre un long 
serpent. 

Bitta, chef de la iribu des Afars Ouïma, et fils du vieil Agado, mort il 
y a quelques mois, est un enfant de 1 5 à ifi ans. Il vient nous voir. Il a 
une figure de singe, mais intelligente. Nous avons un kalam pour les 
cadeaux à faire. Outre Bitta, il y a ici deux chefs qui ont droit, chacun, à 
f> coudées de toile bleue. Il est convenu qu'ils iront les prendre demain au 
camp de Bitta. 



Bill 



pay. 



e au Choa un iribui de sel. 



En le quiiiani, à quaire heures ei demie, nous longeons le torreni dont 
les berges sont boisées. Auprès, il y a quelques lombes marquées par des 
las de pierres. 

Nous faisons aus pintades, l'un des rares oiseaux que mangent les 
chrétiens d'Ethiopie, une véritable guerre. C'est un feu roulant. Nous en 
tuons une grande quantité. 

En quittant le ruisseau, nous entrons dans une vaste plaine verie, 
coupée seulement par une double rangée d'arbres que marquent les con- 
tours d'une ligne d'eau. A 6 heures nous nous arrêtons prés d'un camp. 
Il faut ici se défier des fauves et des Afars Guindossa, qui soni aussi des 
fauves. Le mois dernier ils ont attaqué M. Gabri Marietn ; ils ont heu- 
reusement grand'peur des armes à feu, ce qui a fait échouer leur tentative. 

Mohammed, le gardien des chameaux, est piqué *au mollet par un 
serpent. Je le soigne. 

Pendant la nuit, les hyènes et les chacals rôdent autour du camp, et 
nous entendons dans le lointain des rugissements de lions. Les mulets, 
effrayés, se détachent; il faut courir après eux. Le chien aboie, et nous tirons 
des coups de fusil pour éloigner les fauves-bétes et les fauves-hommes. 

Les Oromons Itou, dont nous voyons d'ici les montagnes, élèvent 
beaucoup de chevaux et récoltent de grandes quantités de café. 



Mardi, ig septembre. — Nous partons à 6 heures et bientôt nous 
entrons dans le /Lorrifrud'oii des jeunes filles viennent nous échanger du 
lait contre des perles. Le pays est raviné par les eaux pluviales. Nous 
nous arrêtons sous un grand arbre, près d'un ruisseau, où Bitia doit venir 
nous chercher. Trois jeunes fiUes et une femme qui, suivant l'usage, porte 
son enfant sur le dos, gardent des chèvres et nous regardent curieusement. 

A 10 heures nous voyons trois chasseurs afars; ils ont des flèches 
empoisonnées. 

Chose bien remarquable, ces peuples sans foi ni loi, qui tuent pour 
tuer, ne se servent jamais de ces flèches contre un homme, même en état 
de défense ; ce serait se déshonorer. 

11 est bien doux, pour un spiritualisie comme moi, de reconnaître et 
de retrouver partout l'être humain, si dégradé qu'il soit par la sauvagerie 
ou la civilisation, se distinguer toujours de la brute par quelque sentiment 
noble et généreux. 



72 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 

Les Afars ont beaucoup d'éléphants sur leur lerriioire, ei ils ne les 
chassent pas, mais ils tuent beaucoup, pour les manger, d'antiloptes, de 
buffles et d'ânes sauvages. Ils se contentent d'enlever un morceau de chair 
plus ou moins gros autour de la blessure faite avec la flèche empoisonnée. 

Ils chassent aussi le lion et la panthère. Avec les peaux ils se font des 
manteaux de guerre qu'ils se fixent sur le corps en s'attachant les deux 
pattes de devant sous le bras droit, qui reste nu ainsi que l'épaule. La tête 
de l'animal leur bat sur l'épaule gauche, tandis que la queue et les panes 
de derrière flottent sur les mollets et souvent traînent â icrre. 

Les Oromons-Iiou ont, avant-hier, surpris un campement d'Afars 
Ouïmas. Ils en ont tué six hommes et Pont pillé. Il y a aujourd'hui conseil 
de guerre chez les Ouïmas. Tout cela va nous retarder. 

Une nombreuse caravane d'esclaves appartenant au sultan Aboubaker, 
de Zeïlah, est chez Bitia. Bitla est arrivé aujourd'hui à une heure, monté 
sur un assez joli cheval blanc à crins noirs. Comme je l'ai déjà remarqué 
i! a un type simiesque très prononcé et les dents de la mâchoire supérieure 
qui s'avancent, mais il paraît bon garçon. C'est un enfant. 

Nous nous mettons en route deux heures plus tard. Après avoir tra- 
versé un plateau uni, couvert de grandes herbes sèches, franchi un torrent 
à sec orné de conifères, nous nous arrêtons au grand campde Bitta, dans le 
Bérillà, où se promènent trois autruches privées. La population du camp 
est très nombreuse et se prépare pour une expédition contre les Itous. Elle 
réunit ici ses troupeaux. 

Toute la nuit on entend les femmes qui crient après des voleurs réels 
ou imaginaires; nos sentinelles et celles de la caravane d'esclaves, pour 
montrer qu'elles font bonne garde, tirent des coups de fusil. 



Mercredi, 20 septembre. — Nous apercevons dans l'est une belle 
comète. Les Ethiopiens déclarent qu'elle signale les victoires de Ménélîtc. 
Les Afars n'y font pas attention. 

Au petit jour, alors que, fatigué de l'agitation de la nuit, tout le 
monde sommeille, nous sommes subitement réveillés par des cris humains 
et des aboiements de chiens. Tout le monde est debout, les armes à la 
main. C'est notre chienne Brûlée qui donne la chasse aux autruches de 
Biiia. 

Un Oromon, homme magnifique et agent d'Aboubaker, vient me voir 
et m'offre en cadeau une poignée de café. 



EXPLORATIONS riTHrOPIHNWES 



Nous donnons un demi-iobé blanc à chacun des hommes qui nous ont 
accompagnés depuis le i5, et nous leur en remettons un de couleur pour 
leur chef, qui est parti dans la nuit avec les gens de rexpédîtion. 

Les hommes de la caravane viennent me demander des remèdes, L'un 
d'eux est blessé d'un coup de feu et ne peut être transporté. D'après ce que 
l'on me dit, il est au plus mal. Je ne veux pas aller le voir. "S'il succombait 
peu après ma visite, on ne manquerait pas de m'attribuer sa mort. 

Le chef de cette caravane decapiifs est lui-même captif d'Aboubaker. 
11 se nomme Assaro. Il a la confiance du pacha qui lui a remis un sabre 
connu pour lui appartenir, afin qu'il put parler en son nom, 

Assaro méfait le plus grand élo^e de notre agent du Choa, M. Léon 
Chefneux. Je suis heureux d'apprendre que M. Chefneux a su se rendre 
populaire et qu'il a la considération des indigènes. 

Assaro me donne aussi des nouvelles des victoires du roi Ménélik. 
Cette guerre aurait coûté beaucoup de monde. 

Bitta m'envoie un magnifique mouton et s'excuse de ne pas m'en- 
voyer du lait, « C'est aujourd'hui mercredi, dit-il, et cela porte malheur 
» aux bestiaux de laisser, ce jotir-là, sortir du lait des maisons. Venez en 
» boire chez moi t. Je le remercie. Il reste à causer. M. Gabrî Mariem 
remarque que c'est grand dommage de laisser incultes des terres aussi 
fécondes que celles d'Errer, oti lui, Biita, pourrait récolter des céréales plus 
que pour sa consommation. Le jeune homme répond à cela vivement, 
et, s'animant : <■ Moi vivant, jamais, jamais on ne cultivera la terre oii 
dorment mes ancêtres et où ils ont pâturé leurs troupeaux ». 

Cette réponse fut faite avec une telle vivaciié que moi, qui fumais 
dans un coin, sans suivre la conversation, je demandai à M. Gabri Mariem 
ce que Bitta avait à se fâcher. « Rien », me dit-il, et il me raconta ce que 
je viens d'écrire. 

Bitta pense que ses hommes reviendront ce soir de lexpédition et 
qu'il pourra nous faire partir demain. Dieu le veuille ! mais je n'en crois 
rien. 

Un vieil Afar, Saîd Ali, oncle paternel et tuteur de Bina, vient me 
voir dans l'après-midi. Il me parle de mon départ et finit en demandant à 
Dieu, en arabe, que la paix règne entre ses gens, les miens et ceux du 
Choa. A cela nous répondons Amen, mot usité en pareille occasion, aussi' 
bien par les musulmans que par les juifs et les chrétiens. 

Vu l'importance du pays, il est convenu qu'outre le tobé de Bitta, j'en 



74 



EXPLORATIONS érmOPIENNES 



donnerai deux pour les deux principaux chefs de iribu et douze coudées 
de calicot pour Toncle Sald Ali. On est ici dans la main de ces gens et il 
faut en passer par où ils veulent, car s'ils ne sont pas conlenis, ils s'enien- 
deni avec leurs voisins pour vous voler vos chameaux et vous rançonner. 

La nuit a été tranquille et n'a été iroubli:e que par deux coups de fusil 
tirés pour éloigner les voleurs. 

Jeudi, 2 1 septembre. — Tout le malin et une partie de Taprès-midi, 
j'ai sur le dos Bitia qui me harcèle pour obtenir quelque chose de plus. 
Il en est pour ses peines. C'est en vain qu'il me caresse et me baise la 
main. 

Le soir ses gens reviennent de l'expédition tout joyeux : ils ont pris 
sept chevaux, tué six hommes et perdu seulement un homme. 

Les Oromons, prévenus, avaient caché leur troupeaux et nos hom- 
mes ont en partie fait buisson creux, ce qui les rend penauds. La passion 
de ces peuples pour les troupeaux est incroyable. Voici un fait dont 
M. Gabri Mariem a été témoin, il y a deux ans, 

Il se trouvait sur les bords de l'Haouach, qu'une violente épizootie déci- 
mait. Un vieil Afar, ayant vu mourir sa dernière vache, déclara qu'il ne 
pouvait y survivre et s'ouvrit le ventre avec son couteau. Son fils aîné se 
lève alors et dit : « Les bestiaux de mon père sont morts, mon père esi 
mon, pourquoi vivrais-je ? n Sur ce, il tire son couteau, se le plonge dans 
la poiu-ine et tombe sur le cadavre encore palpitant de son père. 

Tout cela se passait au milieu d'un cercle de curieux, qui, assis sur 
leurs talons, selon l'usage, entendaient tout, voyaient tout, sans étonne- 
ment, sans faire un gesie, ni dire un mot. Ils allèrent ensuite tranquille- 
r ks morts. 



Vendredi, 22 septembre. — Le matin, pendant que l'on charge les ba- 
gages, je suis péniblement impressionné par une procession de 5o à 60 jeunes 
filles qui, des cruches sur la lête, et vêtues de longues draperies grises, vont 
et viennent it l'eau. Elles rappellent la procession des Vierges que Flandin 
a peinte pour Téglise Saint-Paul de Nîmes, ma ville natale. Elles sont les 
grandes filles de la caravane de captifs d'A boubaker. 

Il est à remarquer qu'en moins de quinze jours, j'ai rencontré deux 
caravanes de captifs d'Aboubaker- Pacha. Il en est toujours ainsi. 

Nous partons à 6 heures et demie. Nous avons à notre gauche, à huit 



à 



KKPLOHATIONS 1 



HIOPIBKNES 



kilomètres, les moniagnes des Oromons lious. Des deux côlés de la rouie 
nous voyons de nombreuses tombes. Le pays passe pour dangereux. Mes 
eclaireurs le fouillent et font sauver deux hommes qui étaient cachés dans 
les buissons. 

Aglaïlou Mohammed arrive comme un fou et, sans vouloir nea 
entendre, s'empare de la corde des chameaux et veut les faire retourner en 
arriére. Je le menace du revolver et il continue la roule disant que nous 
sommes partis sans vouloir le payer. On lui explique que son tobé a été 
donné à ses gens. Il ne veut rien eniendrc et prétend nous obliger soit a 
retourner en arrière, soit à lui donner sur le champ un tobé. Je crie, il 
laisse les chameaux et nous continuons noire roule. 

Après avoir traversé un plateau tantôt herbu, tantôt pierreux et passé 
un ruisseau bordé de gommiers, nous entrons dans le pays de Koumi. 

Je demande que Ton juge Aglaïlou Mohammed et je dis que je ne 
partirai pas avant d'avoir reçu réparation de l'injure que j'ai reçue de lui. 
Oq le juge, et tl est condamné à me payer, comme compensation, deux 
bœu^ dont je fais présent aux Tadjourates, qui sauront bien se faire 
payer. 

Un afar d'Errer, aussi bon homme qu'un Afar le peut être, qui se dit 
l'ami des Frangui, comme son pÈrc Tétait, et les a servis en toutes circons- 
tances, le nommé Gaber Mohammed Ali, est intervenu avec intelligence 
dans cette affaire. Je lui fais donner un tolbé blanc. C'est un homme de 
5o ans. Tout Européen qui se trouvera ici dans l'embarras fera bien de se 
réclamer de lui. 

Nous repartons vcfS 2 heures. Nous traversons un plateau pierreux, 
une vallée boisée, connue sous le nom de Bidaro, des forêts de gommiers 
qui ont des fleurs en grappes, encore un plateau rocheux et des forêts de 
petits gommiers, A 4 heures 1/2 nous rencontrons des oliviers sauvages et 
nous en rencontrerons Jusqu'à la rivière Guébé, affluent de l'Oromo, qui 
prend sa source dans les monts Ennéréa. A 5 heures nous avons à notre 
droite, à deux kilomètres, le mont Roguedaya. Pour le moment, nous tra- 
versons un plateau sans arbres, mais couvert de graminées. De la chaîne de 
montagnes de gauche se détachent un piton et une table qui est le mont 
A^alo. A 7 heures t/2 nous campons dans le pays de Borrobas. 



Samedi, 23 septembre. — Nous nous mettons en route à 5 heures 45' 
ayant devant nous le mont Azalo. 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIKHNBS 



Une demi-heure après nous rencontrons des ossements humains. Ils 
marquent l'endroit où, au moment de la descente d'Arooux, les Debenets, 
les Assobas et les Aîssamaras se sont livrés bataille. 

D'ici, les monts Je gauche paraissent nus et arides. A peu de distance 
de nous, dans d'épaisses broussailles, vivent des troupeaux d'éléphants. 

Dans la plaine de Moullou, où nous entrons, se trouvent, à droite de 
la route, les sources thermales d'Amoïssa. 

Toufa, l'un de mes hommes, a un fort accès de fièvre. 

Pour éviter les Aissamaras, nous descendons une pente raide ei diffi- 
cile. A 1 1 heures, à Moullou, nous faisons partir un troupeau de 40 à 5o 
gazelles. 

Dans une plaine plantée de grands arbres, paît un troupeau de vaches. 
A ropposd nous voyons les monts gris et dénudés des Oromons. A midi 
«demie nous faisons halte sous de beaux conifères. 

Des Afars viennent nous regarder. Parmi eux se trouvent des Guin- 
dossas à mine insolente. Nous les menaçons pour les faire partir. 

Nous-mêmes, nous nous remettons en route à 4 heures 20'. Nous ren- 
controns des arbres à soie, des troupeaux, un camp, des chevaux, un grand 
nombre de tombes. 

On nous arrête. Ce sont des Debenets ei des Assobas qui veulent nous 
conduire chez eux. Après dix minutes de discussion, nous nous dirigeons 
vers le camp des Debenets, oii nous arrivons à 5 heures 1 14.. Ce camp est 
celui d'un chef Issa soumis à Loïta. On nous envoie un bœuf. Je le donne 
aux Afars, qui ne mangent pas d'animaux tués par les chrétiens, de même 
que les chrétiens ne mangent pas d'animaux tués par les Afars. 

M. Gabri Mariem demande des nouvelles d'un chef assoba de ses 
amis, Mohammed Bourran. Voici ce qu'on lui raconte : 

Mohammed Bourran avait chez lui, depuis prés de trois mois, des gens 
du pacha de Zeilah, Aboubaker. II y a quelques jours, l'un des hommes 
du pacha fut trouvé couché avec une femme mariée des Assobas et con- 
damné à payer, en compensation, trois lolbés que le mari accepta. 

Lorsque le mari outragé accepte la compensation, il est tenu de garder 
sa femme, et les juges font une espèce d'objurgation en jetant derrière eux 
des pierres et de la terre etdisant : n Qu'il soit maudit et qu'il meure celui 

» qui traiterait cet homme de c..., cette femme de p , leurs enfants de 

n bâtards. La compensation est faite, tout est lavé, oublié. Dieu est le plus 
» grand, miséricordieux, maître des mondes ». 



BXnORATIOm ^HIOPIENNES 



77 



L'usage, en pareil cas, est de ne condamner qu'ù deux lolbiis. Moham- 
med Bouran se fâcha beaucoup après les juges, d'avoir ainsi condatTiné un 
de ses clients, ei comme l'un des juges voulut répondre, Bouran tira son 
couîeau ei l'en frappa. Ses parents dirent qu'il avainort et qu'il fallait le 
corriger. Ils lesaisissentdonc, l'attachent et lui administrent une volée de 
coups de bàion, et cela en conscience, car ils lui fendentle crâne et en ce 
moment il est à la dernière extrémité. 



Dimanche, 24 septembre. — Ni moi ni mes hommes n'avons mangé 
du bceuf tué par les musulmans. Je veux acheter un mouton et c'cstavec 
beaucoup de peine que j'y parviens. 

Nous panons à midi 20'. Le terrain est sablonneux, couvert de buis- 
sons, d'arbustes qui ressemblent à des fusains, de conifères et d'herbes 
sèches. Vingi-cinq minutes après, nous traversons la rivière Afoullûu, dans 
le milieu de laquelle croissent des conifères. 

Des assobas viennent nous prier de passer dans leur camp. Après dix 
minutes de pourparlers, nous passons sur l'autre rive de la rivière, nous 
avons avec les Assobas un long Italamet nous partons enfin à 2 heures 1/4, 
Nous voyons distinctement devant nous les montagnes du Choa et l'em- 
placement d'Ankobèr. 

A 4 heures nous entrons dans le pays de Kour/a. Nous pénétrons, par 
une forte pluie, dans les monts Oromons où nous voyons des antilopes et 
toute une tribu de sangliers à masque. 

A 6 heures, nous avons au nord le mont Asboty; au sud, le mont 
A\alo: à l'est, Ankobér. Nous sommes alors dans un bas-fond oCi il y a 
beaucoup d'épines, des traces nombreuses de cavalerie galla, et nous 
voyons, dans les montagnes, les campements ennemis des Aissamaras. Les 
lions et les hyènes se font entendre. A 8 heures 1/2 nous passons un ruis- 
seau très difficile et une demi-heure après nous plantons notre tente dans 
la plaine de Dankaka. 



Lundi, 25 septembre. — A3 heures du matin nos feux sont éteints. 
Les lions et les hyènes viennent rugir à nos oreilles. Ce concert désagréable 
nous force à rallumer les feux. Les outres sont vides; il faut aller à Peau et 
les hommes, qui ne se soucient pas de rencontrer des lions et des hyènes, se 
font tirer l'oreille. 

A 4 heures 25', au moment du départ, la comète se lève dans l'est. 



EXM.ORATIOT'S ETKIOPIBKNBS 



78 

Le Ijverdu soleil est d'un effet saisissanr. LesmonisOromons, qui pro- 
filent leurs dentelures sur l'horizon, passent successivement du bleu au 
gris. Chaque détail s'accuse de plus en plus vivement comme s'il se formait 
sous l'œil des voyageurs. Les monts du Choa sont encore dans l'obscurité. 

Nous sommes à Allaidaguî ei nous voyons courir un troupeau d'an- 
tilopes, des outardes, des sangliers à masque, un peu plus tard encore, des 
antilopes, des gazelles et des autruches. Dans le pays de Garça. 0(1 nous 
arrivonsà 7 heures, nous nous arrêtons sous un magnifique arbre vert qui 
abrite des pierres plaies et élevées sur lesquelles les voyageurs déposent leurs 
marchandises. En le quitiani, nous entrons dans une grande dépression 
nommée Oudélatabina, puis par une pcnie douce, au nord-esi, nous 
atteignons une plaine ondulée, qui parait quelque peu cultivée. L'Haouach 
est devant nous. A 3 heures, nous gravissons le sommet du Billen, d'où 
nous dominons la vallée de THaouach. Par une pente rapide et pierreuse, 
nous atteignons le flanc de la montagne oCi un ruisseau coule entre des 
falaises et des taillis. En face, nous avons les monts du Choa; à droite, 
l'Haouach avec ses foréis et ses pâturages qui n'ont plus rien de saharique. 
Sur notre route, le sol, lavé par la pluie, est riche en humus, comme toute 
la vallée de l'Haouach. Après avoir traversé une forât, une clairière, oti nous 
voyons un chat musqué, nous nous arrêtons dans une autre clairière, et les 
moustiques profitent de l'occasion pour faire un bon repas à nos dépens. 

C'est aujourd'hui la mascale, fête de PI nvention de la Croix, d'après le 
calendrier éthiopien. C'est la grande féie de l'Ethiopie. Nos gens cherchent 
à voir les feux de joie du Choa et ne réussissent pas. Ils en font alors un 
très grand, avec l'espoir que leurs compatriotes l'apercevront. 



Mardi, 26 septembre. — Les moustiques ne nous permettent pas de 
fermer l'œil de la nuit, et le matin nous prenons un peu de repos. 

A côté de noire camp se trouve une jolie piscine où viennent les eaux 
thermales de Billen qui ont ici une température de -f 41=. Elles sourdent à 
5 ou 600 mètres de 1;1 et sont très fades. 

Nous partons à 7 heures r/4. A 4 heures je veux voir l'Haouach. 

Dans la prairie paissent quantité d'outardes. D'effrontés moineaux leur 
montent sur le doseï se font ainsi promener. La forêt est voisine et le gazon 
porte des traces d'éléphants. Dans les arbres jouent beaucoup de petits 
singes connus dans le pays sous le nom de tauta. Sur le bord de l'Haouach 
se promènent un lion et des hyènes. Des oiseaux descendent la rivière sur 



lïXPLOBATIONS ÉTHIOPIENNES "9 

une pièce de bois. Le gibier est très abondant. Nous tuons i8 outardes et 
pintades. 

La nuit est chaude, les moustiques sont nombreux et affamés. Les 
lions et les hyènes hurlent près de nous. Impossible de dormir. 

Mercredi, 27 septembre. — Nous attendons Ali Fallo, le chef de la 
tribu Sidi Aboura, qui doit nous faire passer l'Haouach. Son fils Ouldo, 
jeune et gentil garqon, vient sur les 9 heures, me dire que son père me 
demande â son camp. Cela ne me plaît pas et je lui envoie Kamil pour le 
prier de venir. 

Mohammed, le marchand de Farrë, pan en avant pour le Choa. Nous 
consiruisons des cabanes. Les gens vont à la chasse ei tueni encore 16 pin- 
tades. Ils ont vu, sur les rives de l'Haouach, un grand troupeau de buffles 
et deux éléphants. 

La nuit est chaude, les lions, les hyènes et les moustiques continuent, 
les uns à nous assourdir, les autres il nous sucer le sang. 

Jeudi, 2S septembre. — De notre camp, nous avons, au sud-est, les 
mines de soufre de Danilé; au nord-est, le mont Emmanaret; au sud-ouest, 
le mont Asboti. 

Kamil revient à 9 heures 3o' avec le chef Ali Failo. Celui-ci a une 
figure de vieux brigand des mieux réussies. Il porte des pendants en cuivre 
et une peau de tigre lui sert de manteau, lia longtemps guerroyé contre le 
Choa. Enfin réduit, il est chargé de faire passer l'Haouach aux caravanes 
qui vont au Choa, et retjoii pour cela une coutume. 

Nous panons à 3 heures. Cinq minutes après nous sommes sur le bord 
de la rivière et nous coupons le bois nécessaire pour taire le radeau qui 
nous servira demain. A 4 heures 1/2, nous sommes de retour au camp. 

Comme les nuits précédentes, nous sommes tenus éveillés par le lion, 
les hyènes et les moustiques. Il y a deux mois, le lion a mangé un homme 
et une femme afars. Il n'est pas utile de recommander de faire bonne garde. 

Vendredi, 2g septembre. — Ali Fallo arrive à cheval. 11 a des préten- 
tions exorbitantes. Après une longue discussion nous nousarrangeons pour 
deux lolbcs de couleur et huit coudées de toile bleue. 11 voulait à toute force 
des talari. Enfin, ù 9 heures, je vois partir notre premier radeau (cadre en 
perches supporté par des outres gonfiéesl. Chaque voyage demande une 
heure. 



8o 



EXPlOUATtCWS ÉnriOPIHîTîfEÏ 



A lo heures, des chefs des environs vienneni nous voir. Parmi eux se 
trouve un ondedu sultan Houmed Loita. II me fait fête et veut à toute 
force me retenir pour tuer une chamelle grasse. Je lui promets de tn'arréter 
chez lui au retour. 

A 4 heures 3o' fe me mets à i'eau et pousse devant moi le dernier 
radeau. A 5 heures, nous sommes tous réunis sur la rive gauche. 

Je donne aux gens d'Ali Fallo, qui nous ont aidé à passer, 6 coudées 
de calicot pour se faire des marteaux (jupons). Cesi leur droit. 

Nous mangeons de bon appétit. L'eau de l'Haouach est excellente et 
jouit de la même réputation que celle du Nil. 

Nous partons à 6 heures et nous sortons de cette forêt qui, sur la 
rive droite et la rive gauche, marque la limite moyenne du séjour des 



Il est certain que l'Haouach est navigable au point ob nous l'avons 
passée. Elle a 40 à So mètres de largeur et la hauteur des eaux est de 3 à 
4 mètres. 

Dans la forêt nous avons vu de nombreuses traces d'éléphants. 

De ce côté de la forêt, comme de l'autre, la plaine esi herbue, ravinée 
par les eaux et son passage est difficile pour les mules, qui buttent à chaque 
pas. 

A 9 heures, nous nous arrêtons près d'un camp afar. La nuit est belle 
et froide. Les lions et les hyènes font leur vacarme accoutumé. 

Tout le pays parcouru depuis l'Haouach esi appelé KUalé. 

Samedi, 3o septembre. — La comète se lève à 4 heures, en même 
temps que nous. 

Départ à 4 heures 3/4. A 6 heures, nous traversons le torrent Asboty 
qui descend de la grande montagne du même nom. 

La plaine prend Taspect d'une steppe oii de loin en loin quelques 
gommiers étalent leur maigre feuillage. Nous avons, comme perspective, la 
dentelure pittoresque des monts du Choa. Quatre à cinq cents ânes sau- 
vages soulèvent un nuage de poussière. Nous les poursuivons, mais sans 
pouvoir les atteindre. 

Par le torrent, ou mieux la gorge de Ouaré, nous atteignons un second 
plateau. Nous passons encore un torrent, puis un nouveau plateau, et nous 
nous trouvons en face d'une porte formée par deux falaises. Au delà, au 
milieu de roches d'un gris clair, se dressent de très grands arbres dont les 



à 



EXPLORATtOHS ÉTHIOPIEMNES 8l 

troncs som entourés de lianes noirâtres i^uî ressemblent à des serpents. 

Mohammed, qui est parti le 27, nous arrive aves une charge de pain. 
Quelle joie pour les Ethiopiens de manger du pain de leur pays ! 

Les arbres ont ici la forme de parasol. Les éléphants, dont on voii les 
énormes déjections, en sont les jardiniers. Ils coupent avec leur trompe 
tout ce qu'ils peuvent atteindre. 

Nous parions â une heure par un ravin parallèle au torrent. Je ramasse 
des mollusques, ce qui m'est arrivé bien des fois. Le terrain s'accidente, se 
couvre de plantes grasses, d'arbres et d'antilopes à corne torse de la grosseur 
des bœufs normands. Nous en tirons plusieurs, mais sans succès. 

A a Wures, nous atteignons le plateau A^Algué, qui est ondulé, mar- 
qué de nombreuses traces d'éléphants. Nous gravissons les sommets qui 
dominent la grande rivière de O^i/iira qui coule dans une gorge remplie 
d'arbres verts. Le lit de la rivière, tapissé de roseaux à fleurs blanches, forme 
plusieurs îlots et de gracieux méandres. L'eau coule avec bruit sur les gra- 
viers et les éléphants qui viennent s'y désaltérer laissent sur la rive des 
traces nombreuses et malpropres de leur passage. 

A 4 heures 1/2 nous nous arrêtons sur le milieu d'un plateau. 

Tout le monde sort ses plus beaux habits et fourbit ses armes pour 
faire demain une belle entrée. 

Dimanche, i" octobre. — Au petit jour, nous sommes réveillés par 
des coups de fusil. C'est M. Labatut, négoclani français à Ankobèr, et 
M. Léon Chefncux, agent de la Compagnie, qui onl la gracieuseté de venir 
à ma rencontre. J'en suis bien joyeux. 

Nous partons à 6 heures. Après avoir traversé des champs cultivés, 
nous entrons, par un beau pays, dans les premières gorges de la montagne 
et nous faisons halte ù Dinameli. plateau en esplanade oîi se forment les 
caravanes. Cet arrÊt a pour but de nous épousscter, de charger nos armes 
et de nous mettre en ordre. 

A a heures, nous arrivons devant Farré que nous saluons par une 
décharge de toutes nos armes. La population nous fait bon accueil. Ce sont 
ici les derniers musulmans. 

Il n'y a pas de douanes, mats une loi particulière nous oblige a 
remettre tout notre avoir aux mains des schoum (fonctionnaires), qui les 
font transporter par des gabares (paysans corvéables) à la résidence du 



RXPLORATIONS ÉTUI0PIENKE5 



Le roi a le droii de tout visiter ei l'on est obligé de lui donner la préfé- 
rence pour tout ce qui est à vendre. Il paye du reste très bien tout ce qu'il 
prend ainsi. 

Nous nous remettons en route à i heure 1/2. Nous rencontrons des 
cultures de coton, des plantations de bananiers. Le pays est d'ailleurs très 
accidenté. Ainsi, nous sortons d'un lorreni par de véritables échelles. Nous 
passons le village de Bâcha Moullou, situé sur une crÉie, ei celui de Cokà, 
qui est bâii sur un piton. 

Par un sentier qui traverse des champs cultivés, puis par un torrent, 
nous aiieignons Kobo, propriété de M. Pierre Labattut. C'est un beau site. 
Tout y est vert et pittoresque, de tous côtés jaillissent des eaux. 



Lundi, 2 octobre. — Nous parlons à 8 heures, par une forte pluie. 
Peu après, nous avons k notre gauche, sur un piton, le villagede Gontekio, 
où se trouvent des souterrains qui servent de prison. 

Par un sentier sinueux, ombreux, vert, bordé de cultures et de mai- 
sons, nous contournons le vallon. Les habitants nous saluent. Des femmes 
puisent de l'eau à une mare ronde et donnent à boire a l'un de nos hommes 
en tenant l'amphore sur la hanche. Tout ici est biblique, paysage, gens et 
costumes. 

A 8 heures t/2 nous arrivons chez Yabbagase (chef des bagages), Ou- 
lasma, pauvre bonhomme paralysé, baveux. Il était musulman et s'appe- 
lait Oulasma-Mohamcd ; pour conserver sa place, il s'est fait chrétien et a 
pris le nom d'Olsselasié (Fils de la Trinité). Nous le quittons pour aller 
déjeuner au fond d'un torrent, puis nous montons ii Dinki, petit village qui 
couronne la crête d'un mamelon. Nous descendons dans une vallée pour 
monter ensuite au Tadobeur d'où nous dominons deux vallées, d'oti nous 
voyons, à l'est, la ville à''AUe'Amba et au sud-est celle à'Abdoul-Rassoul. 

A 3 heures une troupe vient à ma rencontre. Elle accompagne l'azage 
Ould Tadek [le premier minisirej. Nous mettons mutuellement pied à 
terre et pendant que nous nous secouons la main, nos hommes, en forme 
de salut, tirent en lair des coups de fusil, ce qui fait un beau tintamarre. 

Nous nous remettons en selle et à 4 heures 5o', nous arrivons enfin à 
1 occupée par M. Léon Chefneux. 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 



ITINERAIRE D'ANKOBER A AUREILLO 



Mardi, lo octobre 1882. — Nous quittons à 9 heures 1/2 la maison 
occupée par M. Chefneuxet nous allonsailendre, dans uae prairie nommée 
Monk-Meder (terre bouillante), sise près de l'église Saint-Michael, l'azagc 
Oualda Tsadek (fils des saints), avec qui nous devons voyager. Le temps 
est couvert et le thermomètre marque 4* ' 7° ? '■ 

Dans cène prairie se trouve le ^m^cAo, arbuste employé à faire fermenter 
la bière et l'hydromel. 

Arrivent les gens du pays, qui forment une troupe d'aspect pittoresque, 
puis vient Pazage et son cortège; nous nous mettons en route un peu avant 
dix heures; nous gravissons la colline Courra- Veilla qui, jusqu'à son 
sommet, est cultivée ou couverte d'un fin gazon émaillé de marguerites ex 
de petites crucifères d'un bleu pâle. A lo heures [/a nous atteignons le 
sommet du plateau. A gauche nous avons la chaîne du Montaii, à 320 m. 
le mont Emmanuret. Le plateau est ondulé. Des gens foulent le grain avec 
des bœufs. Vers r i heures nous avons à notre droite la vallée de Mahal- 
Ouenze (entre rivières], où le roi possède un moulin à poudrequi fut cons- 
truit par M. Joubert [actuellement en France). En attendant l'azage, qui 
est entré faire ses dévotions dans l'église Saint-Michael, je m'amuse â 
ramasser des crucifères. J'en trouve qui ont cinq pétales, et d'autres seule- 
ment trois. Il y a sur ce plateau plusieurs maisons et de nombreuses 
cultures. Le pays est d'ailleurs trésculiivè et très habile. 

Nous sommes quatre européens, M. Chefneux, M. Labattat, le docteur 
Alfieri et moi qui avons été invités par le Roi aux noces de sa fille. Nous 
voyageons en compagnie de l'azage. Celui-ci arrivé, nous repartons vers 
midi et nous passons sur l'emplacement d'un village. Nous avons ù notre 
droite, dans une vallée, la station de l'association internationale africaine 
la Letmarajia. Elle était tenue par des italiens. Le chef, M. le marquis 
Antinori, est mort le 26 août dernier. Auprès de la station se trouve la 
magnifique foréi de Fékérié Gfiem (forteresse de l'afFection). 

Mon interprèle, M. Gabri Maricm, qui est malade, vient ici pour 
nous saluer et nous souhaiter bon voyage. 

A midi et demi on me fait voir l'endroit où M. Potier est mort et a 
été enterré. U y a là une espèce de radis gigantesque, le djibéra, dont la 
tige, en forme de palmier, est haute de deux ou trois mètres. 



84 EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 

A une heure nous arrivons au village de Koundi, lieu de naissance de 
la mère du Roi. Cinq niinuies après, nous avons à notre gauche l'église 
Saint-Georges de Koundi. Nous descendons ensuite une pente gaaonnée et 
nous arrêtons, pour déjeuner, sur une pelouse semée de marguerites et de 
mauves au milieu de laquelle coule un clair ruisseau. 

A I heure 45' nous nous remettons en route, La pelouse est crevée 
d'affreux rochers noirs où s'ébatteni des singes cynocéphales de taille gigan- 
tesque (quelques-uns sont de la grosseur d'un terre-neuve), à crinière 
rousse et traînante. Toujours montant et descendant à travers des prairies, 
nous arrivons auprès de Tazage qui vient de terminer son repas et rend 
justice à des plaideurs. 

Nous montons ensuite une côte couverte de vertes et 1res fines stippes. 
Cette plante porte dans le pays le nom de gaussa et la région porte le 
mdme nom. Elle sert à faire la toiture en chaume des maisons. 

A 4 heures 1 5 ', nous passons un torrent. Le haut des montagnes est 
couvert de fougères blanches et nous entrons dansl'vlsjq/ïoti nous trouvons 
à chaque pas des maisons, des troupeaux de bœufs et de moutons. 

A 5 heures nous nous arrêtons pour la nuit à Oiialab Ager (Oualab 
terre]. 

Mercredi, 1 1 octobre. — Nous nous remettons en marche à 7 h. 20' 
par un ravin. Bientôt nous entrons dans une vallée bien cultivée, arrosée 
par deux ruisseaux, semée de fermes, mais sans arbres ni arbustes. Le 
pays est appelé Gîeb-Ouacha (Caverne de la hyène), du nom d'une caverne 
creusée dans un rocher. 

Nous passons la ligne de faite, et nous en redescendons par une pente 
douce es gazonnêe dans une nouvelle vallée. A un kilomètre sur notre 
droite se trouve un bouquet de grands arbres au milieu desquels s élève une 
grande église dédiée k Sainte-Marie (Mariem). A notre gauche, sur une 
éminence, sont éparpillées les maisons dç Mahat-den (entre forêts), occupées 
par une trentaine de cultivateurs. Des forêts qui ont donné le nom au pays, 
il ne reste plus que les arbres qui entourent l'église Sainte-Marie ; elles ont 
fait place à de riches cultures, qui sont favorisées par une couche d'humus 
considérable. 

Nous traversons un ruisseau qui coule par des rochers, des gazons, ei, 
vers neuf heures, nous atteignons un plateau cultivé. A droite nous avons 
des maisons, en avant une belle plaine, oCi des paysans labourent avec des 



EXPLORATIONS ÉTHrOPlKNNES 



85 



bœufs. Nous nous croisons avec des mendiants qui demandent l'ai 

nom de saint Georges, puis avec des gens à cheval. Nous-mêmes nous 

mêlions nos mulets â l'amble. 

A 9 heures 20', nous faisons halte dans une prairie, à 5oo mètres du 
villagedc Gour, vingt minutes après nous nous remettons en route par un 
chemin sur le roc et nous descendons dans une plaine bien cultivée où tra- 
vaillent des laboureurs et où paissent de beaux troupeauK. 

A 10 heures 1/2, nous trouvons des al'fleuremenis de roche grise au 
milieu desquels serpente un ruisseau. Vingt minutes après, nous sommes 
au point le plus bas de la plaine, qui est fermée à gauche, par des hauteurs. 
Cl s'ouvre à droite sur une grande plaine en entonnoir. Elle est entourée 
de montagnes qui Fétageni en gradins formés de roches déchiquetées et 
tourmeniées. La région se nomme Tabeur et nous avons à droite le village 
de Mascalle-Amba (croix sommet). 

A 10 heures 5o', nous nous arrêtons sur un plateau gazonné. Une 
demi-heure après, nous nous remettons en marche à travers un terrain 
légèrementonduld. Bientôt nous commentons a descendre laissant à notre 
droite une étroite vallée où se trouvent beaucoup de maisons et un plateau 
à grandes ondulations. 

Un peu avant midi nous passons prés de lombes formées de tas de 
pierres disposées en rectangles et de faisceaux de roseaux qui portent des 
couronnes de feuillage. A midi 20' s'ouvre à notre droite la grande vallée 
de Tagoulet qui fut le domaine particulier de la mère du Roi actuel. 
Trois quarts d'heure après, dans un fond traversé par un ruisseau au bord 
duquel nous nous arrêtons, paissent de grands troupeaux de bœufs et de 
chevaux. 

L'azage reçoit un courrier. Il y a une lettre du roi pour moi. L'azage me 
la fait apporter immédiatement. Dans celle lettre, très gracieuse, S. M. me 
mande que je dois être fatigué et que je ferai mieux d'attendre à Ankobèr 
qu'il soit revenu à Dcbra-Beram, ce qui ne saurait tarder, où il me recevrait. 

Nous nous remettons en route ii trois heures. A notre gauche, sur un 
sommet, s'élève un pan de murailles en pierres sèches; à droite s'étend la 
vallée de Tagoulet, et, devant nous, sur une éminence, se trouve le village 
Salla-Dingai dont les habitations rondes sont dominées par une grande 
maison carrée. C'est dans celte maison qu'est morte la reine Edjig-Aiéhou 
(j'ai vu beaucoup), mère du roi Ménélik II. Elle était originaire de Motatit. 

Voici la généalogie du roi Ménélik II, roi du Choa depuis 1834 : 



Hfi 



ESPLOilATIOK& ÉTHIOPIKNNKS 



Ilesinéeti i842. Il est fils du roi Haillé-Malacoue, qui régna huit 
ans et vil son royaume envahi par Théodoros et Ménélik prisonnier de 
(iuerre. 

Haiilé-Malacottc est fils deSahala-Salassié, qui régna trente-i rois ans 
et demi. 

Sahala-Salassié reçut la visite de plusieurs européens, notamment du 
franijais Rochet d'Héricourt et de l'anglais Harris. Il a fait un traité de 
paix et d'amitié avec Louis-Philippe qui, à cette époque, reconnut son 
indépendance. 

Sahala-Salassié se fit apporter ù son Ht de mon son petit-fils Mènétik 
et prophétisa qu'il régnerait plus longtemps que lui. Tout le monde croit 
ici que Ménélik doit régner 34 ans et qu'après avoir été prisonnier et exilé 
il rétablira l'empire des Aitiés dans sa première splendeur. 

Sahala-Salassié était fils du roi Ouassen-Segued, qui régna quatre ans 
ei fut tué par sa maîtresse. 

Le roi Ouassen était fils du Merd-Hasmac-Cervestié et de la princesse 
Ouaizoro (madame) Atmosh-Kouno, de la famille des Attiés et de la race 
de Salomon. C'est à cause de cette princesse que Ménélik peut prétendre à 
l'empire^ il est de la maison de David, héritier de Salomon, cousin du 
Christ. 

A 2 heures i5' nous passons derrière le village. Nous avons à notre 
droite une vallée profonde dans laquelle coule la rivière de Maufer : c'est 
un cirque immense oii les prés, les diverses cultures, les chaumes forment 
un vaste damier. Par une pente raide nous descendons au fond de la gorge 
OurO'Gadel ; en passant à droite par des rapides en spirale nous rencon- 
trons une troupe de soldats qui rentrent dans leurs foyers. Nous avons à 
droite une gorge profonde, cultivée, arrosée par la rivière Mojer-Oua, qui 
coule du nord au sud entre des roches de strachiies. Cette rivière, large de 
vingt mètres, reçoit un affluent qui vient du nord-est. Après une ascension 
très pénible, nous atteignons, un peu après quatre heures, un plateau 
ondulé. Un quart d'heure après, nous traversons un village, laissant à 
droite un ravrn qui vient des montagnes et forme goulet. 

Ici, comme partout en Ethiopie, on fait en même temps tous les tra- 
vaux agricoles : on sème, on récolte, on laboure, et il en est ainsi presque 
toute l'année. 

A 4 heures \\î, nous descendons une gorge abrupte et encaissée et 
nous arrivons dans le pays de Cwe^e/, qui est seméde rochers, de verdures. 



BXPLORAnONS ICTHIOP1SN14E6 

de fleurs, de gazons, d'arbres. Si ce n'éiaii quelques agaves, rien ne 
rappelleraii que l'on est en Afrique ; on se croirait pluiôi en Suisse, suriout 
en entendant le son des longues trompes en bois ou vnbilti dont les musi- 
ciens du roi de Choa sonnent au haut de la côte. Nous sommes alors dans 
un fond où coule une eau bleu-vert qui tombe en blancs flocons de petites 
cascades. Partout, dans le moindre iniersnce, croissent des mousses, des 
gazons, des plantes fleuries et parfumées. Par une pente raide nous arrivons 
au plateau oii les cultures sont arrosées au moyen de canaux d'irrigation. 
A 4 heures 40 ' nous arrivons à Gue:(el, dernier village de la province de 
Tagoulet. 

Nous sommes rei;us dans une grande et belle maison appartenant à 
atto (monsieur) Kaiaro, juge royal d'Ankobér. II est trés-riche. Il nous 
donne un dîner maigre qui consiste en pain et légumes crus, tels que 
pois, raves: mais la bière et l'hydromel sont servis en airondance. 

Jeudi, 1 2 octobre. — L'azage nous fait appeler et nous mangeons des 
viandes grillées. Nous partons â S heures 5û', et, tournant à droite par un 
plateau cultivé, nous entrons dans la province de Men^e. A 9 heures 45 ', 
nous arrivons â Astoye, village adossé à un rocher et exposé au sud. Les 
habitants labourent. 

(ci, et dans toute la province, les vêtements sont de grosse laine en 
suini de moutons noirs et légèrement feutrés en les foulant dans Peau. 

Les habitations sont nombreuses. Le plateau est raviné, coupé de 
cours d'eau, semé de pierres et de roches blanches. Nous nous amusons à 
faire courir nos mulets. A 1 1 heures nous nous arrêtons un instant pour faire 
boire nos montures, et vingt minutes après nous arrivons à Emmegauh. 
village situé sur un coteau et regardant le midi. Les coteaux situés devant 
nous, et par conséquent exposés au nord, sont dénudés. Il y a des cultures, 
peu d'arbres et beaucoup de gens. A 1 1 heures 40' nous traversons Gour- 
min, village exposé au midi. Le plateau est terreux et forme de grandes 
ondulations. A midi un quart, nous nous arrêtons pour déjeuner; une 
demi- heure plus tard, nous arrivons à Ouaka-Gorgis, village adossé contre 
un rocher. Le plateau, qui est rocheux, est brusquement coupé par la 
rivière Ouaka-Oiia, qui couU du nord au sui. Le lit de cette rivière est 
large de 20 mètres, et ses berges sont à pic. 

Après avoir passé un autre plateau coupé de rochers et d'un torrent, 
nous atteignons, à 3 heures, le village Iguem. Tournant à droite pour 



EXPLORATIOKS ÉTHIOPIENNES 



éviter une pente trop raide. nous louchons à la rivière Zenicba qui est plus 
large de 3o mètres, fortement encaissée et bordée de cultures en terrasse- 
Elle coule du nord au sud. Nous parcourons un plateau cultivé ei nous 
revenons à la rivière Zentcha, qui n'a plus que 1 5 mètres de largeur. 

A 4 heures 3o' nous traversons encore un plateau, et, sur une éminence 
à droiie, nous avons Godinbû; vingt minutes après, nous faisons halte près 
de Doat. 

Aux environs de Doat se trouvent les curiosités naturelles les plus remar- 
quables de l'Ethiopie : ce sont les gorges ou précipices du même nom. Une 
pierre met 3 secondes pour arriver du bord au fond du précipice, qui aurait 
ainsi une profondeur de "ir^y mètres. 

Les murailles en sont à pic, alternées de lits de roches grises régulière- 
ment stratifiées et de terres végétales en talus, dont quelques-uns sont 
cultivés et d'autres couverts d'une végétation sauvage et abondante. Le 
point oU arrive la pierre forme une terrasse près de laquelle se trouve un 
autre précipice. De l'eau s'échappe des blocs de pierre. Ce précipice, séparé 
ici en deux, coupe un plateau rocheux dont les deux bords peuvent être 
distants l'un de l'autre de 60 à 70 mètres. L'effet en est imposant, triste, 
sévère. Les singes cynocéphales, pour qui de telles régions sont des palais, 
sont ici innombrables. Il y en a de toute taille et de tout âge. Les uns, gra- 
vement assis, vous regardent curieusement en remuant les babines ; d'autres 
gabadent gaiement et grimacent sans s'occuper de nous. Des nourrices, 
frappées sans doute par nos figures et nos costumes insolites (nous sommes 
trois européens : MM. Chefneux, Alfieri ei moi], appellent leurs petits, les 
prennent sous le bras droit serré contre la poitrine et courent sur trois 
jambes suivies des aînés qui gambadent autour d'elles et vont se cacher 
dans les anfractuosités des roches. 

Voulant juger de la sonorité de ces roches, je prends mon revolver. 
mon meilleur ami depuis mon départ d'Obokh. ci j'en tire deuK coups. 
Ces détonations, répercutées par les échos, font l'effet de coups de canon. 
Les singes y répondent par des aboiements infernaux et bondissent dans 
tous les sens comme des légions de diables. Un paysan, attiré par le bruit, 
nous prévient charitablement qu'il est imprudent de troubler le calme de 
ces solitudes, car on peut indisposer les esprits qui les habitent. 

Nous continuons ii nous amuser à faire rouler des pierres dans le pré- 
cipice, et nous rentrons au camp. 

Les lentes Ethiopiennes sont en laine noire, tantôt en forme de bon- 



EXPLORATIONS éTHIOPIEMKËS 89 

nets de police lantôi en forme de pavillons comme les tentes égypiiennes. 
11 fait froid et l'on allume du feu au milieu. Le combustible, vu la rareté 
du bois, se compose de bouse de vaches ou de bœufs pétrie avec un peu de 
terre séchée au soleil. On lui donne la forme de gâteau rond et. quand on 
l'allume, elle répand une épaisse fumée et une forte et pénétrante odeur am- 
moniacale : Une fois â l'état de braise, ce combustible est sans odeur et 
dure très-longtemps. 



Vendredi, i3 octobre. — Nous partons à 7 heures 25'; à 7 heures 55' 
nous laissons à notre droite, sur un mamelon, le village de Guédombo et 
son église dédiée à saint Georges. Le saint Georges éthiopien est un 
archange comme saint Michel, non un simple saint comme le saint Georges 
anglais. 

La plaine, qui est vaste et coupée de grandes ondulations, est traversée 
par un ravin de 1 5 mètres de largeur dont l'eau court en cascatelles. 

Après avoir vu au pied un cap couvert de maisons, nous entrons à 
9 heures dans le pays A'Agantachia. Quelques minutes après nous voyons 
sur une butte conique la grande église Quadi-Mariem qui parait très 
ancienne. A notre gauche nous avons une éminence allongée couverte 
de maisons. A la plaine succède un plateau rocheux profondêmeni raviné 
où il y a peu de terre cultivable. A 9 heures ao' nous trouvons des ruines 
de maisons, ei nous descendons dans un ravin profond ob nous nous arrêtons 
cinq minutes au bord de l'Agantachia, cours d'eau large de vingt mètres. 
Les berges en sont de roches grises et peu herbues. Nous remontons sur 
un plateau, et, à 10 heures 20', nous voyons à droite, sur une éminence, 
prèsd'un groupe de maisons, Vé^Wstà'Ana-Mariem. 

A îo heures 35' nous rencontrons une caravane d'ânes chargés de 
grain, puis un village dont je ne puis savoir le nom. A 1 1 heures 40' nous 
arrivons au fond d'un ravin où coule sur des roches l'Ahmed Ouacha, 
cours d'eau large de 3o mètres qui coule du nord au sud. Nous y faisons 
boire nos mules et nous montons sur un autre plaieau qui est cultivé et en 
face duquel s'élève, sur une butte, le vilbge de Metchig. A midi nous tra- 
versons à l'amble une plaine où se voient beaucoup de roches isolées, et 
aussi des cultures et des maisons. Devant nous s'élève un rocher à pic 
accessible par un seul sentier : c'est le mont-fort Daër. Il est en partie 
naturel, et, en partie, taillé de main d'homme. Surce mont-fort se trouvent 
de l'eau, des champs cultivés, des maisons. Au pied, dans les gorges oti le 



go EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNBS 

iiegus Theodoros livra une terrible bataille, coule la rivière Katckina. 

Vers 2 heures, après un arrêt, nous nous engageons dans une étroite 
valide verte avec des tons gris de roches. Serrée ensuite entre deux rochers, 
elle a seulement les dimensions d'une gorge et suit le lit d'un torrent. Des 
plaques de verdure se détachent sur des rochers d'un gris-noir ; J'eau sourd 
de toute pan. le Méchigué-Ber roule ses eaux floconneuses sur un lit de 
roches roses ei grises, au milieu de fleurs et de verdures qui embaument 
l'air. Beaucoup de gens vont et viennent dans ces gorges pittoresques et 
gracieuses. 

A 3 heures nous faisons halte sur un petit plateau cultivé, le Mala/îa, 
L'azage craint, en descendant plus bas, de gagner les fièvres. 

Le dernier cours d'eau que nous venons de traverser forme la limite entre 
le Men^e et le Ouollo. 

Samedi, 14 octobre. —Je revois la comète. Nous partons à 5 heures 50'. 
Une demi-heure après on me fait voir des pierres noires. L'azage médit 
que ce sont ces pierres que M. Arnoux a prises pour fiu charbon. Ce n'est 
que du schiste. J'en prends néanmoins un échantillon. 

La route que nous suivons est en lacetet coupée dans la montagne. Tan- 
tôt elle est presqu'en palier, tantôt elle est presqu'à pic; par moment elle 
est droite, parfois elle serpente. C'est bien ici que l'on peut dire courir 
par monts et par vaux. 

A 7 heures nous arrivons à une rivière large de 1 10 mètres, qui coule 
sur un lit de gravier, dans une gorge boisée. Le sentier longe le cours de 
l'eau. A 8 heures nous passons devant un contrefort du Daër. Il y a de très 
beaux arbres. Nous entrons dans un autre bras de la rivière, large de 1 5o à 
300 mètres, dont l'eau court en bouillonnant sur un Ut de pierre. Le Daër 
est une île au milieu de celte rivière. En amont, un bras unique vient 
frapper sur le rocher de DaËr, le taille en pointe et vient se réunir au point 
oCi nous sommes. Ce rocher, sculpté par les eaux, a pris la forme d'une 
navette. 

Nous nous arrêtons dans une prairie qui est un peu plus haute que la 
rivière. Nous repartons à 8 heures 3' pour gravir une véritable échelle. Chose 
extraordinaire et rare ici, nous sommes otjligés de faire l'ascension à pied. 
En Ethiopie, on prétend qu'un mulet peut, à la montée, passer partout 
avec son cavalier sur le dos. Généralement on ne met pied k terre que pour 
les descentes et dans les plus mauvais chemins. Ici, il faut monter, 1 



1 



EIM-OBATIONS ÈTHtOPreKNÏS 



par un chemin de chèvres, mais par une échelle de singes. Cette acrobaiie 
est très fatigante, surtout pour nous, européens, <\w, i cause de nos chaus- 
sures, glissons à chaque pas sur ces roches polies, sans pouvoir, comme les 
Elhioptens, qui vont tous et toujours pieds nus fà moins de blessures ou 
de maladie], nous retenir à la mainJre anfractuosiiédes roches. 

Dans les pays tempérés, Pusagc des chaussures est tout aussi stupide que 
celui des ganis. La comparaison n'est même pas exacte. Pour qu'elle le fût, 
il faudrait enfermer nos mains dans des sacs ferrés comme des souliers qui 
nous privent de l'usage des doigts. La plante du pied de l'homme est appelée 
par sa nature à devenir calleuse. En empêchant la formation de cette callo- 
sité, l'humeur que secrète la plante des pieds et que la prévoyante naiure 
avait destinée à devenir une sorte de semelle se transforme en sueur infecte. 
De plus', au lieu de quatre membres, qui peuvent saisir et travailler, nous 
en sommes réduits à deux, et nos pieds, au lieu d'être les auxiliaires des 
mains, ne sont que de simples moignons. 

A 8 heures 20' nous arrivons enfin à la bonne roule. La musique, qui 
nous a devancés, donne ses notes les plus gaies pour encourager les traî- 
nards. Un peu après nous avons à gauche une muraille de pierre haute 
d'au moins 100 mètres, et adroite un petit plateau en terrasse. A 9 heures 3o 
nous commençons l'ascension d'un deuxième plateau, et nous arrivons 
après avoir traversé un tunnel naturel. Ce plateau paraît être â l'altitude de 
celui de Daër. Le sol v est cultivé. Il y a de grands arbres ei des pâturages. 
Jusqu'à midi l'aspect du pays reste le même; à ce moment nous commen- 
çons à descendre, La terre est dure, pierreuse, mais après dix minutes de 
marche, nous sommes dans une prairie, près de l'église du petit village de 
Deit-Mariem. 

L'azage désirant former sa troupe en bon ordre, nous nous arrêtons un 
quart d'heure. Nous montons sur un plateau d'où nous voyons, à une dis- 
tance de 5oo mètres, les premières maisons d'Aureillo. Ualaca Joseph Ne- 
goucté, premier secrétaire- interprète du roi. et quelques autres chefs viennent 
à notre rencontre. A i heure 35' nous arrivons à .'\ureillo. 

Séjour à Aureiilo du 14 au 3o octobre 1882. 



Samedi, 14 octobre. — On nous fait d'abord arrêter dans une maison 
appartenant à l'azage et située au bas de la ville. M. Labaitu et le doc- 
teur Alfiéri font dresser leurs tentes dans les dépendances de la maison. 
M. Chefneux et moi nous demandons une maison plus rapprochée de la 



92 



KxntmMTvotu Éniianeintts 



résidence rovale, (]ui est au sommei d'une montagne. On nous installe 
selon noire désir. Nous logeons nos gens ei nos tntilets dans la maison et 
nous dressons nos tentes à côté. Les gens du roi viennent nous visiter et 
lui-même m'écrit pour me souhaiter la bienvenue. 



Dimanche, iS octobre. — A lo heures nos bagages, qui étaient en 
arriërc, nous arrivent. M. Chefneux et moi nous avons nos habits noirs. 
Ce vêtement est ridicule, je le sais, maïs, par sa fortne inusitée, il frappe 
l'esprit des indigènes et indique une certaine cérémonie. Les Européens ne 
sauraient croire le tort qu'ils se font, avec leur laisser-aller, dans les pays 
de l'Afrique. Pour moi, dans tous mes voyages, j'ai porté le costume indi- 
gène, toujours très simple mais très propre. Dans ce présent voyage j'ai cru 
devoir conserver le costume européen, et je crois bon de suivre l'étiquette 
de l'Europe. L'absence d'éiiqueiie frappe désagréablement les Ethiopiens. 

M , Arnaud d'Abbadie rappone à ce sujet que les Ethiopiens lui disaient : 
' Quand tu seras retourné dans ion pays, les habitudes civilisées et polies 
■ que tu as contractées parmi nous vont te faire trouver tes compatriotes 
bien grossiers et barbares ■. 

A 2 heures, lorsque le balderabas (introducteur) du roi vient nous 
prévenir que S. M. nous attend, nous sommes sous les armes, cravates 
blanches, escarpins vernis, bas de soie, claque et habii. La résidence royale 
pone ici, comme pariout, le nom de Gebbi (intérieur). 

Vous avez certainement lu \^s Récits mérovingiens d'hngmxt Thierry, 
et la Monarchie française par Montlosier; vous y avez vu des descriptions 
des résidences des rois mérovingiens : tout est de même ici. Un sommet 
dominant des plaines cultivées, est entouré descabanes des soldats et des ser- 
viteurs; plus bas, celles des laboureurs; la résidence elle-même est entourée 
d'un mur en pierres sèches et d'une clôture en épines avec palissades et 
chevaux de- frise. Il y a d'abord, dans cet intérieur, les logements des 
femmes employées au service de la table : elles sont au nombre de plusieurs 
centaines, les unes pour moudre, ou mieux, pour écraser le grain, les autres 
pour fabriquer la bière, l'hydromel. Viennent ensuite les logements des 
pages chargés du service, celui des officiers. La cour a ici des charges nom- 
breuses. Comme les lois civiles, l'étiquette est réglée en Ethiopie sur ce qui 
se passait il la cour de Salomon et à celle de Byzance. 

Une grande maison, addarache, en forme de grange, oii le roi donne 
â plusieurs milliers de soldais de ces repas éthiopiens où des centaines de 




KXPLOFATIOK8 ÉTHIOPIBNNES 



bœufs se mangem crus, où l'hydromel coule à flot. Après ce repas, les soldats 
ivres dansent en chantant les louanges de leur chef. Nous aurons occasion 
de le voir plus tard. 

Nous sommes introduits chez le roi. Il est accoudé sur un lli de parade 
en brocalelle pourpre et or, vêtu d'un ras massarîa (mouchoir de tête) en 
mousseline blanche, d'un burnous de drap noir, sous lequel il est drapé 
dans une toge en colon blanc et à linteau rouge. Il est nu-pieds, comme 
tout le monde. La figure, quoique ravagée par la petite vérole, est agréable 
il cause de l'expression des yeux, qui sont fort beaux, intelligents et doux. 

L'entretien avec le roi fut cordial, mais banal. S, M. nous demanda 
des nouvelles de M. le Président de la République, de M. Gambeita, des 
enfants de Louis-Philippe et de Rochei d'Héricoun. Je lui remis une lettre 
du vice-consul de France à Aden. 

Elle nous offrit du tedje (hydromel) qui éiaii contenu dans des carafes 
de Venise à long col et à gros ventre, connues en Ethiopie sous le nom de 
brûlé. Le roi nous offrit aussi, dans des verres en cristal, de rara^ut ou 
eau-de-vie de tedje. 

I! nous congédia ensuite disant qu'il me ferait appeler quand il aurait 
la traduction de la lettre du vice-consul de France. 

Je lui offris, en témoignage de respect, un cadeau dont il me remercia 
en termes très courtois. 

Rentrés dans notre maison, nous recevons la visite ei les compliments 
des Ballamans ou courtisans du roi. 



Lundi, i6 octobre. 
faire des visites et à 



-Journée passée en promenades dans la ville, à 



Mardi, 17 octobre. — Le roî a reçu la traduction en amarignade la 
lettre du vice-consul de France à Aden. Il me fait appeler et Je me rends 
auprès de lui avec M. Chefneux. L'interprète alaca Joseph, l'hazage Ould 
Tadek et le geras-matche Machacha Orké assistent seuls à l'entretien. 

Il me dit qu'il a lu avec attention la lettre du consul et qu'il y a vu 
avec plaisir que je venais pour étudier le pays dans le but d'établir des 
relations suivies entre la France et le Choa par Obock, La création de 
rapports de commerce et d'amitié avec la France ont été, dit-il, l'une des 
préoccupations de mon grand-père, et je ferai tout ce qui dépendra de moi 
pour la faire réussir. 



94 



EXPI.OBATIONS ÉTHIOPIENNES 



Pendani plus de deux heures nous nous eniretenons avec le roi des 
besoins et des ressources de ses États. En le quiiiant. j'avais obtenu, pour 
ma compagnie, promesse de trois importantes concessions et la certitude de 
pouvoir parcourir, en toute sécurité et avec toute facilité, les divers États 
placés directement ou indirectement sous son autorité. 

En sortant, je visite en détail la résidence du roi. 

En général, les maisons n'ont qu'un rez-de-chaussée et une pièce. Elles 
ne sont pas divisées en compartiments plus ou moins grands servant les 
uns de salon ou de salle à manger, les autres de chambres â coucher, de 
cabinet de travail ou de boudoir : pour chacun de ces besoins on a des 
constructions indépendantes. 

Voici les noms des principales de ces constructions : 

Adarrache [salon, salle de réception] . — C'est la plus grande de toutes. 
Aux jours de féie, elle sert à donner ces repas homériques auxquels sont 
invités les parents, amis, clients et subordonnés. En temps ordinaire, elle 
sert de logement aux étrangers. La forme en est variable, mais générale- 
ment c'est celle d'un carré ou d'un ellipsoïde. 

Mad-Bit (cuisine]. — C'est une pièce rectangulaire qui sert à la fois de 
cuisine, de boulangerie et de laboratoire pour la confection de la bière et de 
l'hydromel. Chez le roi et les grands seigneurs il y a plusieurs mad-Bils : 
Vott-Bit ou maison des sauces, cuisine proprement dite; Vingera-Bit, 
maison des pains ou boulangerie ; le tedje-BU, maison de l'hydromel, oti 
Ton fait toutes les boissons : hydromel, bière, eau-de-vie. A la téie de cha- 
cune de ces maisons est un chef, homme ou femme, qui prend le titre 
A'Alaca. 

11 y a encore VEuka-Bit, garde-meubles et magasin de forme ronde 
et garni d'étagères : VElfine ou chambre à coucher, aussi de forme ronde 
et généralement surmontée d'une croix ; les Gotera ou greniers, en tout 
semblables h ceux des Foulbés et des Bambaras du Soudan occidental ; ils 
sont en vannerie lutiée avec de la terre, posés sur des piquets de trente à 
cinquante centimètres de hauteur ; leur couverture est conique et en 
chaume. 

Le Faras-Bit ou écurie n'existe que chez les très grands seigneurs, 
chez qui même on trouve toujours dans Velfine un cheval et une mule de 
choix. 

Les toitures de ces constructions sont invariablement en chaume, 
généralement de forme conique avec un pignon en poterie. 



I 



EXPLORATIONS ÉTHIOPISNNES 

Mercredi, 1 8 octobre. — J'ai passé la journée à faire mon courrier en 
vue d'un départ pour Assab. Dans la soirée, j'ai remis mon paquet à un 
danakil qui part pour Assab d'où il a éié envoyé au Choa, il y a quelque 
temps, par le commissaire (général italien. 

Jeudi, 19 octobre. — Dans la madnée, le bouffon de l'hazage, remar- 
quable par trois épis de cheveux tressés, l'un sur le front, les autres sur les 
tempes, vient, avec force gestes et contorsions, me réciter un compliment. 
II fait suivre ce compliment d'énuméraiions dans le genre de celles qu'affec- 
lionnaii maître François. Il imite ensuite divers animaux, el ces exercices, 
très réussis, me rappellent ceux de mon compatriote, M. Martin. Notre 
bouffon éthiopien mime le cheval au galop, le mulet à l'amble, l'âne 
chargé, le mouton, la chèvre, le coq, la poule, le boeuf, le chameau. Ces 
divertissements nous amusent jusqu'à l'heure du déjeûner. 

Après déjeilner. on nous amène nos mules sellées et nous nous ren- 
dons au marché qui est hors de la ville, II doit y avoir sur le marché de 
trois â quatre mille personnes. Les marchands sont rangés par catégorie et 
forment des allées bordées, à gauche par les marchands de grains, à droite 
par les marchands de tissus, de mercerie, les changeurs, etc. 

La monnaie en usage en Ethiopie, et cela depuis longtemps, est le 
ihaler de Marie-Thérèse d'Autriche au millésime de 1 780 '. Le tbaler sert 
à la fois de monnaie de compte et d'étalon pour les poids. 

En Ethiopie, la monnaie divisionnaire du ihaler est Yamoulé, pierre 

' Cest dans un congrès monétaire international que l'Autriche s'est riîservd le droit 
de frapper, pour le commerce du Levant, des ihalari i l'effigie de Marie-Thérèse et au 
millésime de 1780. 

Le litre en esl de O.S33 i/3. 11 faut pièces 11.Ï807 pour une livre de douane auiri- 
o grammes. 

La véritable valeur du Ihaler est de florins argent d'Autriche 1.104380. 

Tout le monde peut faire frapper des thalarï de Marie-Thérèse. Le bureau monta- 
nistique de Triesie, qui dépend de celui de Vienne, ne peut cependant livrer celle sorte 
:ontre argent en lingot, ni contre florins d'Autriche en argent. La livrai- 
son ne peut être faite que contre d'autres monnaies au titre de o 833 1/1, comme par 
exemple les anciens thalarï d'Autriche ou d'Allemagne. 

Quand ces monnaies sont changées contre des ihalari de Marie-Thérèse, il y a 4 
payer i 1/1 p. 0/0 pour droit de frappe ei, pour toute somme présentée, 3o kreuners 

Le change du ihaier à Aden est de j roupies i anas ; l'échange de la roupie e 
firanca varie de 3 fr. 10 a 2 fr. i5. 



de sa g em m e avant U forme et les dimensions d'une [^erre à aiguiser les 
fi^s et ptOTCtMOi des mines du Tigr^. Ces mines, qui jouent un grand 
rtle dtm rêcoaomie de l'Ethiopie, sont la vraie cause de la prépondérance 
«fa Tîgi< dam rempire éthiopien. 

AnretUo est le point du Choa oti les amoulés sont le plus abondants 
« è meilleur maidic. Id, le ebangedu tbalervarieentie i3 et iSamoulés. 
A Aakobir il est de 9 à 10, et à Antoio de S à 9. 

Les gens qui bnquentent le marché se divisent en deux bandes : ks 
■mdMiMis proprement dits et les paysans venant présenter leurs denrées à 
hvcoK. Avec ces derniers, les transactions sont assez compliquées. L'usage 
««ut qiK te Tcndeur exige de l'acbeteur les denrées dont ÎI a besoin. Par 
exemple, nous voulons de l'oc^ pour tios mulets : nous changeons d'abord 
UQ (balcr contre 14 amoulés ; quand nous ai-oos des amoulcs, il nous faut 
trooTcr un pax-san qui ait de l'orç^c. Noos oâroos nos amoulés, mais c'est 
do Mé qtie veut le vendeur. Nous trouvons, après beaucoup de recherches, 
UD marchaitd de blé. Nous tui prèsenioits dos amouJés ; c'en du icffe qu'il 
veut. Nous avons enfin la chance de trouver on machaiid de leâé qui veut 
bien de notre ntontiaie. Nous changeons alors notre leflê owtre dn Ué et 
notre blé contre de Torf^, à raison de deux mesures d'orite poor une de 
Né, « qui est le prix coursni en Ethiopie. 

Nous actietons ensuite, pour un ibâler, un burnous en laine beige. 

Les piments et la soie i brvider se vendent au poids. Poor ces obfets, 
ruoitc de pcùds est l'amoulé. qui p£se enTirao 3i dkal«ri, près de 
5oo çraRimes. On paruj^ l'amoulé «1 quatre parties ^ales- On se sert 
^nér*>cn>ent de balances à un seul platean en pean. Le fléau est en boi&. 
Ouatre encoches indiquent le quan. la demi, ks trais quaiB et TaiDOtili. 
L* MaïKe est tenue en équilibre par un cordon de soie qui gUsw sor 
l'MKOdw donnant le [Xtids que ï\m veut obtenir. 

On tri.>uv« sur ce marché : des cberaux, des ines, des mulets, des 
cMvres, des «nouions, des bccu& et des pooles; des ccréaks, «iDelqDes 
Mgwim, prtncipa)«ineat do dboules, des édokmes, des oisaoos et des 
^ncnt» : det ticMU d« coaon. des énCes «Q luiaebc^potu-bwiKRisadcs 



Im tHiMClN«ii> vwMtHH ks piuduits qui vienrKAl de U c6ae : ^ 
dtVMiisB,M*tHci4kt.yQitctde Btv^ussc papier, bùnbdoiierw a 
«nain«nd«»1^kldtcoM«, cotonMic», iaiïMUMs et noniaciiiMs de bbri- 
cation «n^a^ tm imèimim. 




Dans un coin, les forgerons et les bijouiîers débiteni leurs produiis : 
instruments aratoires, lames de sabre et fers de lance; bracelets, boucles 
d'oreilles, bagues en cuivre et en argent. 

Après avoir curieusement tout regardé, après nous être mêlés à la foule, 
nous allons nous reposer un instant dans l'échope du publicain chargé par 
le Ngadé'Ras ' de la perception des droits de place sur le marché. 

Vendredi, 20 octobre. — Nous entendons de grand malin le son des 
flûies et des hautbois qui annoncent une sortie du roi. Nous nous infor- 
mons et nous apprenons que S. M. va recevoir, dans une plaine des envi- 
rons, le cadeau que l'un de ses chefs, le galla Ras Gobana, lui envoie à 
l'occasion du mariage de sa tille. 

Nous faisons seller nos montures et nous chevauchons une grande 
demi-heure avant d'arriver au lieu du rendez-vous, une grande plaine 
coupée par un ruisseau et parée de quelques bouquets d'arbres. 

Le roi monte un beau mulet gris dont le harnais est en velours vert 
brodé de paillettes dorées. II esi entouré d'un brillant éiai-major. 

Le gendre du ras lui présente le cadeau de son beavi-pére ; 1 3oo che- 
vaux de choix dont 5oo harnachés; 3oo des harnais sont garnis d'argent; 
5oo mules de selle dont 100 harnachées ; de l'or, de l'ivoire et du musc. 

Le temps est magnifique et Pœil est charmé des gracieuses évolutions 
des chevaux dont les harnais scintillent au soleil et de la belle prestance 
des hommes, vêtus de légères draperies blanches et pourpres, qui les 
conduisent. 

Samedi, 21 octobre. — Mon compagnon, M. Léon Chefneux, ptossède 

un appareil photographique. Nous partons dès le matin, en quête de types 
et de vues. Les habitants sont fort intrigués et quelques incidents comiques 
se produisent. 



analogue 



I Ce mol Ngadé-Rai (téle 



: des marchands] servait anciennement à désigner un 
: éthiopien. Ce fonctionnaire avait Jes attributions 
comtnerce. On donne aujourd'hui ce titre â un fonc- 
', chargf d'administrer un ou plusieurs marchés. Le Ngadé-Ras n'a pas un 
tTAÏlemenl, comme tous les fonctionnaires éthiopiens eicomme certains fonctionnaires en 
Suède, il jnuit du revenu de certaines terres. Il juge les différends entre les marchands 
el administre les villes où se tiennent des marchés. Il est chef de la douane et fui 
pcriaivoir, par des agents nommés qérâchlés, les droits dus pour toutes les marchandîM» 
vendues «ur les marchés. 

I3 




f)8 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENtiES 

Dimanche, 22 octobre. — L'empereur Jean a envoyé au roi Mcnélik [I, 
pour recevoir la fiancée de son fils, plusieurs grands de l'empire, parmi 
lesquels se trouvent trois ras •, qui ont une escorte de 1 800 ou 2 000 per- 
sonnes. Ménélik doit les recevoir, aujourd'hui, solennellement. 

Nous prenons pour but de notre promenade maiinale le camp des 
gens de l'empereur, situé à trois ou quatre kilomètres de notre demeure. 

Nous sommes reçus grossièrement; pour mieux dire, nous sommes 
évincés. Notre appareil phoihographique nous a fait prendre, par les Ti- 
gréens, pour des sorciers, et l'on craint, parait-il, que nous jetiions des sorts. 

En rentrant sur les dix heures, nous trouvons les troupes du roi sous 
les armes. Le Turco Pacha (chef des fusiliers, ainsi nommé parce que, 
anciennement, les nrmes à feu étaient surtout en usage chez les Turcs], qui 
commande, fait former la haie par les fusiliers au pied de la montagne où 
se trouve la résidence royale. Cette haie est émaillée de fanions de soie de 
couleurs vives qui servent àdésigner les diverses unités de troupes. 

A onze heures arrivent les gens de Tigré. Ils sont formés en ordre de 
bataille. En tête, s'avance un corps de fusiliers d'élite montés sur des 
chevaux dont presque tous les harnais ont des garnitures d'argent. Les 
cavaliers ont pour coiffure un cercle en argent ou en vermeil qui retient 
une crinière de lion faisant panache. 

Derrière cette avant-garde marchent deux clairons précédant un cer- 
tain nombre de Soudaniens, anciens soldats au service de l'Egypte, faits 
prisonniers par l'empereur Jean, qui les a gardés à son service. 

Viennent ensuite les trois ras montés sur des mules blanches. Le plus 
âgé est au milieu et porte pour coiffure une sorte de tortil de baron. 

Les ras sont suivis d'une brillante troupe de grands seigneurs montés 
sur des mules. Une nombreuse escorte de piétons marche derrière eux ; ils 
chantent, brandissent leurs armes, exécutent une sorte de danse guerrière. 

A mesure que les ras avancent devant le front des troupes royales, les 
soldats les saluent en s'inclinant trois fois jusqu'à terre. 

' Ras est un mol éthiopien qui signifie léte. C'est le titre des princes hâriiien. 
AuireFois, c'iitail le titre d'un dignitaire de ['empire dont les fonctions claient analogues 
à celle du grand vizir des Turcs. Celte fon>:tioii étant devenue hcrcJiraire, les anciens 
empereurs avsicni hni par tomber dans la dépendance des Ras, comme nos Mérovingiens 
dans celles de leurs Maires du Palais. L'empereur Thfodoroa remplaça le ras unique pat 
ptusieura ras et (it de ce titre l'^uivaleni de celui de duc ou de marÉclmt. 



EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 99 

Lundi. 23 octobre. — La grande préoccupation de la cour et de la 
ville, c'est la distribution de présents faîte parle roi aux gens de l'entourage 
des ras. Ces présents consistent en chevaux, mules, armes, vdtemenis de 
parade et thalari. Le soir, et jusque bien avant dans la nuit, les gens du 
Tigré manifestent bruyamment leur satisfaction. 

Mardi, 24 octobre. — Cet après-midi le roi doit se séparer de sa fille, 
la princesse Zaôdito (Petite Couronne). Les ras la conduiront à Barrou- 
meida où elle esi attendue par l'empereur Jean et son fils, le ras Sahala- 
Selassié [Ressemblance de la Trinité], qui est le futur épDUx. 

Dès huit heures du malin, loutes les troupesdu roi duChoa, actuellement 
à Aureîllo, sont sous les armes. Tout le monde est en habits de fête, et Ton 
ne voit que vêtements de damas brochés d'or et d'argeni. Comme la veille, 
les troupes forment la haie. Nous nous plaçons au bas de la butte qui porte 
la maison du roi, aupn^s d'une église dont le clergé, couvert de riches vête- 
ments sacerdotaux, est sorti f>our bénir le cortège. Des moines vêtus de 
peaux sont mêlés au clergé. 

Je me trouve auprès d'un Arménien, M. Gorguos, à qui le docteur 
Alfieri me présente. M. Gorguos est né i Constant inople. Après avoir été 
longtemps professeur de musique au Caire, il est venu |fi par le Tigré. Il 
s'occupe de commerce et fait pour le roi des ouvrages de broderie et de 
couture. Il confectionne surtout des chapeatix et des casquettes en soie 
brodées qui ont ici le plus grand succès. 

A 1 1 heures 5o minutes, le cortège son du palais. Les troupes le saluent 
d'une salve de mousqueterie et placent l'arme sur l'épaule, la crosse en 
l'air, en signe de deuil, ù cause du départ de la princesse. 

Voici le cortège. Vraiment imposant et magnifique, il rappelle les 
pompes de Byzance, En tête, vingt mules, richement harnachées, portent 
chacune deux timbales '. Elles portent aussi, montés en croupe, les timba- 
liens vêtus de cottes d'armes en soie. Vient ensuite une troupe de moines 
gyrovagues vêtus, les uns de peau de bête, les autres d'étoffes jaunes; tous 
sont coiffés de la calotte en coton blanc qui est, avec le turban, le signe 
distinctifdes ecclésiastiques. 

Suit une troupe de gens de tous rangs et de toutes classes, les uns à 
pied, les autres à cheval ou à mulet. Les grands personnages s'abritent 



' En ËlhEopie, les timbales sont le synil<ole de la puissan 
e timbale équivaut à ta prise d'un drapeau chez les Européen 



. En guerre, la prise 




» •— i >«H>W t tl iWW i . W, < K ^ 



FXPI-OHATIONS ÉTHlOMKyNM 



Viennent des femmes portant des amphores remplies d'hydrotneJ, de 
bière; des cuisinières gravement moniéesi sur des mules et eniourêesde 
leurs filles de cuisine portant les instruments de leur profession. L'une est 
coiffée d'un chaudron, l'autre porte en sautoir un trépied. Des iileuses 
accomptagnent des ânes ei des mulets chargés de coton. Tout ce bagage est 
porté par deux cents ânes et mulets. Un troupeau de bœufs et de moutons 
pour le service de la bouche. 

La ieune princesse doit coucher ce soir au camp des Tigréens. C'est 
ainsi qu'elle sera conduite, à petites journées, -i Barroumétda, oti doivent 
avoir lieu les cérémonies du mariage. 

Ouire les servantes qui les suivent à la guerre et qui, sous le nom de 
iechen-gered (servante de la cuisse], sont de véritables concubines', ils 
connaissent deux espèces de mariages : le mariage civil et le mariage reli- 
gieux ou de la communion. 

La première union esi un contrat passé entre les deuxépouidu consen- 
tement de leurs familles. Toutes les questions d'intérêt sont réglées et le 
douaire â donner à la femme en cas de divorce esi déterminé. 

La seconde forme de mariage est généralement une suite ei une consé- 
cration de la première. Elle ne s'accomplit qu'après plusieurs années de 
vie commune. Les épous se présentent ensemble, et de leur mutuel consen- 
tement, à la table eucharistique et communient ensemble. Ils se promettent 
une fidélité éternelle et le prèlre leur donne une bénédiction paniculière. 
Le sacrement éthiopien a son effet dans le temps et dans l'éternité ; il n'est 
même pas rompu par la mort de l'un des époux, car le survivant ne se peut 
remarier. 

Il est d'usage, dans certaines familles, de marier les enfants presque 
dés le berceau. Dans ce cas on les élève ensemble, ils ont une table et une 
couche communes. On a remarque que ces unions étaient très heureuses. 
Il est très rare que l'un des époux survive longtemps à l'autre ou que le 
survivant ne quitte le siècle pour entrer dans un couvent ou pour aller à 
Jérusalem. 

Le mariage de la princesse Zaôdito et de Ras Sahala-Selassic doit être 
religieux, mais, vu le jeune âge des nouveaux époux, qui ont, l'un sept ans, 

' Le nouvel évSqueduChoaa Tulininé contre cet usage. Dans la dernière campagne du 
e iechen-gend n'a suiïi le» hommes de marque, qui presque tous ont suivi 
mple qu'a donné le rot en contraciant un mariage de la communion, ce qu'il a pu 
■, ayant déjà deux fils pour assurer Ij succession bu trône du Choa. 




FXPLOBATIONS ETHIOPIESNES 



1 la vie commune que dans quelques 



l'auirc douze, on ne leur permet 
années. 

Mercredi i5 octobre. — Nous passons !a journée à faire de la photo- 
graphie. Dans l'après-midi, le roi nous Fait invitera dîner chez lui demain. 
C'esi demain qu'il recevra les gens du Choa. Pour des motifs politiques et 
par crainte de conflîis, il n'a pas voulu les recevoir en même temps que les 
jîens de l'empereur. 

Jeudi, 26 octobre. — Bien que le festin royal soit fixé pour midi, nous 
sommes au palais à 10 heures. Nous tenons à nous rendre compte des 
préparatifs et nous allons un peu partout regarder et questionner. 

A Vingera-Mt (maison du pain), grande construction rectangulaire, 
nous voyons le moulin à farine. Il se compose d'un mortier et d'un pilon 
en bois. Les graines, après avoir trempé dans l'eau, sont mises au pilon 
pour être décortiquées. Le grain décortiqué passe au moulin proprement 
dit, le ouaf-ckô, qui se compose d'une table de pierre dure, à gros grain, 
placée sur deux pierres, inclinée en avant et terminée par un augei. Le 
grain décortiqué est mis poignée par poignée sur le ouaf-chô, La meunière 
écrase le grain avec une pierre ovale et pousse la farine dans l'auget. Pour 
séparer la farine du son. on la passe dans un tamis en vannerie. 

En Ethiopie, on fait du pain avec du blé, du teffe, de l'orge, des 
pois, etc., etc. On fait aussi une grande variété de pains. Les principales 
sont les ingéra, sortes de crêpes, et les dâbô, pains qui se rapprochent des 
nôtres. 

Des amphores en terre servent de pétrins. La pâte est plus ou moins 
délayée selon le pain que l'on veut faire. 

Dans Vingera-bit d'Aureillo, trois rangées de fours sont au milieu de 
la pièce. Ce sont des fours de campagne formés de deux plaques lenticu- 
laires s'encastrant l'une dans l'autre; celles du dessous est posée sur des 
chenets en terre, celle de dessus, qui sert de couvercle, est munie d'une 
poignée. Ces fours ont 0^70 â oi^So de diamètre et ont o'"i2 de profondeur 
au centre. A côté de chaque four se trouve une boulangère et deux ou trois 
aides qui entretiennent un feu clair de brindilles. La boulangère a à sa 
droite, sï elle fait des ddbô, des morceaux de pâte ayant déjà la forme de 
pain, si elle fait des ingéra, une amphore contenant de la pâte mêlée au 
levain, délayée dans de l'eau et ayant la consistance de la crème. 

Pour faire l'ingéra on frotte la salle du four avec un paquet de graine 



EXE'LORATIONS ÉTHiOPlENNE! 



io3 



de coton, graine qui, à la chaleur, laisse suinier un peu d'huile, laquelle 
empêche la pâte d'adhérer. On jette ensuite dans le four, avec unecuillère 
en bois ou une calebasse, un peu de pâte que Ton étend vivement sur les 
parois du four, puis avec des chiffons mouillés on bouche hermétiquement 
les deux parties de l'appareil. 

De Vingera-bit nous passons au tedje-bit (maison de l'hydromell. II 
faut ici visiter plusieurs bâtiments, car il y en a pour l'hydromel, pour la 
bière, pour Tcau-de-vie. Il y a aussi les celliers oti l'on conserve les bois- 
sons, des magasins pour le guécho, le miel, l'orge, le mil qui servent à 
leur fabrication. 

En nous montrant, rangées contre le mur, les amphores \gannes\ dans 
lesquelles on conserve l'hydromel, on nous expliqua la fabrication de cette 
boisson . 

On prend des gâteaux de miel en rayon (plus le miel est ancien, plus 
l'hydromel aura de bouquet, aussi, dans les grandes maisons, on se sert de 
miel de 1 à 1 5 ans), on en extrait la cire, puis on le brasse avec de l'eau 
dans une amphore. Quand il a fermenté huit ou dix jours, on y ajoute une 
certaine quantité de feuilles de guécho qui activent la fermeniaiion et 
donnent du ton à la liqueur. Huit ou dix jours après, l'hydromel est bon à 
boire. 

Un beau mouton blanc, qui erre au milieu des jarres, vient brusque- 
ment nous donner de la tête dans les jambes. Le gardien qui nous conduit 
nous raconte gravement que des esprits familiers vivent dans les celliers, 
s'emparent de l'esprit de ceux qui y demeurent et les rendent fous. Pour 
obvier à ce grave inconvénient, on enferme dans les celliers des moulons 
blancs qui s'habituent à l'hydromel, en boivent » à tire-larigot n et finissent 
tristement d'une maladie nerveuse, sorte de delirium trcmens, preuve irré- 
cusable, disent les sommeliers du Choa, que les esprits se sont emparés 
d'eux. 

Au Choa, on fabrique la bière soit avec de l'orge, soit avec du mil. 
Les procédés de fabrication sont à peu près les mêmes que chez nous, sauf 
que le houblon est remplacé par te guécho. 

L'eau-de-vie s'obtient par la distillation de la bière ou de l'hydromel. 
Le roi et les grands seigneurs ont des alambics en métal de fabrication 
européenne ou indienne; mais, dans la plupart des maisons, ces appareils 
sont remplacés par des vases en lerre et des cannes forées. 

Du tedje-bit nous allons au quartier des ott-bit [cuisines), où règne 



I04 



Eti"U»i.Ticwj érmonaans 



une animation extrordînaire. Mesdames les cuisinières et mesdemoiselles 
les marmitonnes remuent, avec des cuillères longues comme des pelles, le 
contenu de pois <!igantesque3, tout en riant et plaisantant avec de joyeux 
compères qui viennent s'esbaudir au milieu des écuelles. 

On nous présente un monsieur qui a l'air très imponant. 11 est vêtu 
d'une belle lunîqueen satin bleu broché d'or sur laquelle il drape avec 
élégance une toge dont le linteau est orné de dessins en soie. Cesi le chef 
du sega-bil (maison de la viande). Cette charge est très importante, car elle 
comprend la surintendance des abba-lam i maîtres des vachesj, gardiens des 
troupeaux royaux. Ces bergers, qui forment une caste à part, ont dans tout 
le royaume des villages et de grands pâturages. 

Le chef du sega-bit nous introduit dans une vsste maison où une 
centaine de bœufs, soigneusement dépecés, sont étalés par quartiers sus- 
pendus k des crocs. C'est le broundo, viande que les Éthiopiens mangent 
crue'. C'est au scga-bit qu'un agafari (huissier) du roi vient nous 
chercher. 

Il est vêtu d'une tunique de brocard et tient à la main une longue 
gaule blanche. 

Précédés de Vàgafari, nous fendons la foule des invités, 2 5oo à 
3 000 personnes, et nous arrivons à la partie réservée de Vaddarache oti 
nous trouvons Thazago Ould-Tadek et i'alaca Joseph, qui nous entraînent 
dans la salledu festin. Un homme se tient à la porte avec un bassin et une 
aiguière remplie d'eau chaude. Nous nous lavons les mains, car ici l'on 
mange avec ses doigts. 

On a voulu, ainsi que c'est l'usage en Ethiopie pour les étrangers chré- 
tiens, nous honorer tout particulièrement, et nous sommes amenés devant 
le roi qui commence à peine son repas. L'effet est saisissant. 

Ménélik est assis sur un lit de parade élevé, en brocatelle cramoisi et 
or ei surmonté d'un dais de même étoffe. Une table est placée devantS. M. 
Les officiers de bouche se tiennent debout a ses côtés ; huit pages, riche- 
ment véius, tiennent à la main des torches de cire parfumée. Le lieu ob 
mange le roi est séparé du reste de Vaddarache par un épais rideau. Der- 

' L'écolsais Jacques Bruce piirle, dam Ib relation de ses voyages, de bœufs que l'on 
ubaltait à la porte de la Bslle du festin et dont on dévorait la viande aux mugissement* 
de la victime, en prolongeant à plaisir son agonie, tl n'y a, au Choa, nulle trace de cette 
hnrbare coulumc. On ignore ^^lement au Choa le procédé dont parle le même voyageur, 
procédé qui consisterait à prendre sur un animal, sans le tuer 



EXPLORATIONS ^THIOPIENKES 



lOS 



riére et sur les côtés du trône se tiennent debout de jeunes princes de la 
famille royale. A droite et à gauche, les grands du royaume, richement 
vêtus, sont accroupis sur des tapis. 

On nous fait asseoir auprès de MM. Labaïut, Gorguos et Alfieri, qui 
nous ont précédés, et l'on nous apporte, dans une corbeille en jonc, une 
vingtaine d'ingera. Sur ces pains on nous sert divers ragoûts parmi 
lesquels il faut remarquer un plat de viande de mouton coupé en dé, assai- 
sonnée d'une sauce au piment, et qui se mange mélangée avec du fromage 
frais. C'est réellement bon. Le douro-dabo (pain de poule) est également 
excellent. Il se compose de morceaux de volaille et d'œufs cuits dans un 
pain dont la pâte est assaisonnée d'épices. 

Des hommes distribuent des couteaux à la ronde, d'autres, portant des 
quartiers de bœuf, se placent devant les convives. C'est le broundo. Chacun 
se coupe une aiguillette de viande. 

On tient de la main gauche, entre le pouce et l'index, l'une des extré- 
miiés du morceau de chair ; on saisit avec les dents l'autre extrémité de la 
chair et on la coupe de la main droite avec le couteau. Les gourmets assai- 
sonnent cette viande avec de la moutarde, que l'on fabrique très bien ici, 
mais le commun des mortels mange le broundo nature. 

Le roi me fait la gracieuseté de m'envoyer, par l'un de ses officiers de 
bouche, un morceau de broundo de choix. Tout en m'effori;ani d'oublier 
que cette chair est crue, [e lui trouve un goùi très agréable. 
Après le broundo on sert l'eau-de-vie. 

Des pages, portant un bassin et une aiguière monumentale en ver- 
meil, entrent. Tout le monde se lève. Deux toges sont étendues devant le 
roi et S. M. fait ses ablutions. On donne ensuite à laver à tout le monde, 
puis on ouvre les rideaux qui séparaient la pièce où le roi nous recevait 
de Vaddarache proprement dit. Dans Vaddarache sont rangées des tables 
basses chargées d'ingera et quelques servantes circulent parmi les tables. 

Sur un signe du roi. les portes sont ouvertes et les convives entrent les 
uns après les autres. Bien que plusieurs ne soient que des laboureurs ou 
de simples soldats, tous, en entrant, saluent avec grâce. 

Ce repas, auquel prennent part plus de 3 ooo personnes, oti sont pro- 
diguées les boissons les plus capiteuses, se passe sans le moindre désordre. 
Sur la fin du repas, des aslmari (bardes) chantent, avec accompagne- 
ment de tambours que l'on frappe avec la main, des chansons de gestes en 
l'honneur du roi et de ses ancêtres. 



EXPUIKATIOMS rnUOPIEMKES 



Nous partons sur les trois heures, mais le roi et son entourage, qui 
doivent rester jusqu'à la fin, en ont pour jusqu'à cinq heures. 

is fait savoir qu'il désire nous 
chez nous jusque vers quatre 



Vendredi, 27 octobre. — Le roi 
entretenir dans la journée. Nous 
heures, moment ob il nous fait demander. 



Samedi, 28 octobre. — Nous passons la journée chez le roi à faire des 
photographies de S. M. et de ses courtisans. 

Dimanche, 29 octobre. — Demain nous devons tous partir, les uns 
pour Barroumeida où se trouve l'empereur Jean et sa cour, les autres pour 
rentrer à Ankobèr. La journée se passe à recevoir et à rendre des visites. 

Lundi, 3o octobre. — Devant partir ce matin, je note, à 6 heures, que 
le baromètre marque 721-4, le thermomètre -}- g' i', et que la brise souffle 
du nord-est. 

Notre ami, le docteur Alfieri, qui ne peut quîntf le roi, étant son 
médecin ordinaire, part pour Bourrameida et vient prendre congé de 
nous. 

Sur les 7 heures arrivent les gabares qui doivent porter nos bagages à 
Ankobér. Ils ne les prennent pas sans difficulté, car naturellement ils 
trouvent tous les paquets trop lourds. 

A 9 heures du matin nous nous mettons en marche. Le baromètre 
marque 722° o., le thermomètre 1 5° 6', la brise souffle du nord-est et 
notre route est sud-sud-esi. A 9 h, 3o', après avoir traversé le marché que 
nous avons visité le jour de notre arrivée, nous inclinons au sud, puis au 
sud-sud-ouest. A ro heures, nous nous arrêtons dans une prairie, près 
d'un ruisseau, pour déjeûner. A une heure, nous nous engageons dans une 
vallée où le roi fait exécuter des fouilles. 

On sait qu'au moment oti le Choa fut envahi par les troupes de 
Mohammed Gragne, en 1450, les habitants cachèrent une partie de leurs 
livres et de leurs trésors dans des grottes qui, comme encore aujourd'hui, 
servaient de magasins et de logements. Ils en murèrent l'entrée qu'ils dissi- 
mulèrent par des cboulis. La tradition place dans ces parages l'une de ces 
cachettes, ce qui ne saurait surprendre, la population de la région étant 
encore en grande partie troglodyte. Nous voyons, dans les flancs de la 
lâontagne, un nombre assez considérable de grottes habitées. 



KIPLORATtOVS ÉTHIOPTBNHES IO7 * 

A I h. 5o' nous arrivons à l'endroit où se font les fouilles. Jusqu'à 
présent on a vainemeni remué uoe énorme quantité de blocs de rochers et 
fait des excavations. Déjà, du temps du grand-père du roi. on a Tait de sem- 
blables recherches, mais sans résultat. 

A 2 heures, dans une descente impossible, nous rencontrons l'hazage. 
Son Excellence me répète à plusieurs reprises : maugued koufou. Croyant 
qu'elle me donne le nom du pays, je l'inscris sur mon carnet. Tout le 
monde comprend mon erreur et se met à rire. M. Chefueux m'explique 
alors que maugued koufou veut dire : mauvais chemin. 

La marche est tellement pénible avec des chaussures que je suis obligé 
de m'arréier plusieurs fois pour reprendre haleine. C'est avec un vérirable 
plaisir que j'aper.;ois Erdan qui vient à ma rencontre avec ma mule. 

A 3 heures, le chemin est plus praiicable et nous nous dirigeons au 
sud-ouest. Nous rencontrons une source qui s'échappe avec un bruit 
argentin d'un lit de cailloux blancs ombragé de sycomores. J'y bois avide- 
ment en me servant de mes mains comme d'une coupe. Quelques minutes 
après, nous sommes sur un plateau en terrasse couvert de beaux arbres et 
de cultures. A 7 heures, nous nous arrêtons, pour bivouaquer, sur un 
petit plateau à mi-côte. 

Mardi, 3i octobre. — A 6 heures, le baromètre marque 743.0 ei le 
thermomètre -|- 1 1" 9'. La brise souffle du nord-est et le temps est serein. 

Nous panons à 6 h. et demie et à 7 h. et demie nous avons, à 600 mètres 
à droite, notre camp du 1 2 au 1 3 octobre. Peu après nous voyons, du même 
côté de la route, l'église d' Arba-Tamsa ; nous apercevons, sur notre gauche, 
des maisons et descultures. 

Nous laissons ici sur la droite la route que nous avons suivie à l'aller ; 
l'hazage, qui voyage avec une suite nombreuse, ne veut pas, ifans un inter- 
valle aussi rapproché, imposer deux fois aujt mêmes habitants la charge de 
le recevoir. 

A 8 h. i5', nous atteignons un plateau couvert de culturesetd'habita- 
tions ; sa traversée nous prend vingt minutes. Une heure plus tard, sur un 
second plateau ondulé, aussi couvert de culiureset de malsons, nous voyons 
des tisserands occupés de la confeciion d'étoffes de laine beige qui, foulées, 
servent à faire des burnous, des lentes et des toges. Le sol se couvre ensuite 
de buissons et nous avons, sur notre gauche, une église dédiée à sainte 
Anne. 



•o8 



f:xpi.orat[ohs i^'hiopienkes 



Les cultures et les habitations apparaissent de nouveau et Ton voit sur 
le plateau des affleurements de roche. 

A 10 h. la brise souffle du nord-est, le temps est serein et le thermo- 
mètre marque 1 8° 7'. Nous nous arrêtons dans une prairie pour faire manger 
nos montures. 

Apres avoir traversé deux ravins et un plateau, nous atteignons à midi 
un plateau où est perchée, sur un rocher, l'ëglise de Quati-Mariem (Rocher 
de Mariel- Sur la gauche se trouve un village composé de deux groupes de 
maisons distants l'un de l'autre de 3oo™. Dix minutes après nous sommes 
dans un ravin où l'eau coule parmi les roches. Après avoir traversé d'autres 
ravins et d'autres plateaux nous arrivons vers une heure au village où est 
née la mère du roi. En face de ce village, et sur notre droite, se trouve un 
ravin avec des rochers qui s'étagent et sur lesquels s'ébanent de nombreuses 
troupes de singes à crinière. 

A 2 h. une forte brise souffledu nord-est, nous sommes encore sur un 
plateau où se trouvent des habitations. Puis nous descendons dansun ravin 
où il y a de Peau et nous avons devant nous des rochers dont l'ascension est 
impraticable. Nous obliquons à gauche et après de véritables tours de force 
nous arrivons, à 3 h., sur un plateau aride qu'il faut descendre aussitôt. 
Nous laissons de côté un village où les fourriers del'hazage vont donner des 
ordres pour l'approvisionnement de notre camp. A trois heures 40' nous 
traversons une vaLée ravinée par les eaux et nous allons dresser nos tentes 
dans une belle prairie qui occupe le centre d'un vallon très encaissé. Le 
nom de cette région est Jiguem. La brise souffle du nord-est et le temps 
est couvert. 



Mercredi, i" novembre. — Le temps est toujours couvert et le vent 
est du nord-e^t.A 6 h. le baromètre marque 690" et lethermomèire-l-Sog'. 

Nous nous menons en roule vers 7 h., nous dirigeant au sud-ouest. 
Nous traversons des vallées, nous gravissons des pentes jusqu'à 8 h. où nous 
arrivons à une rivière dont le lit est très encaissé dans des roches. Après 
l'avoir traversée, nous nous trouvons dans une petite vallée cultivée où 
nous rencontrons le fils aîné de Thazage Ould Tadek qui joue à mulet avec 
l'un de ses suivants. 

Le jeu consiste à lancer les mulets au galop, tandis que l'un des cava- 
liers fuit, l'autre le poursuit en lui jetant des mottes de terre qu'il fai]t 
ramasser sans quitter la selle. 



FUPLORATIONS itTHrOPISNIIFS 



log 



Un peu après nous arrivons sur un plateau terreux couvert de belles 
cultures. Inclinant un peu au sud-sud-oucst, nous nous croisons avec une 
grande caravanede bâtes de somme et de porteurs. 

Nous passons ensuite des fonds où il y a de l'eau, des prairies, un 
plateau terreux couvert d'herbages et nous nous arrêtons dans une dépres- 
sion du sol, auprès d'un cours d'eau, pour déjeuner. 

Passe une caravane composée d'une quarantaine d'animaux chargés de 
colis d'une forme étrange. Dans cette caravane se trouve un jeune européen 
à barbe jaune dont le col est orné d'une croix de vermeil- C'est le docteur 
Sieker. Il vient nous saluer, M. Chefneux l'a déjù connu, M. Labatiui 
aussi. Mon nom ne lui est pas inconnu. Nous causons un moment. Je lui 
oifrede partager noire déjeuner, mais il répond que c'est mercredi et qu'il 
jeûne suivant les prescriptions de l'église d'Ethiopie, Le docteur se remet 
alors en marche et nous attaquons notre déjeûner. 

Nous nous remettons en route à lo h. La voie est sensiblement en 
pente, le sol est fertile et non cultive. Toujours montant et descendant, 
nous arrivons à midi au sommet d'une côte à picqui surplombe un profond 
ravin dans lequel nous allons descendre. Dans ce ravin nous trouvons de 
belles pierres vertes. Contiendraient-elles du cuivre? Vers une heure nous 
arrêtons dans une belle prairie pour faire manger et reposer nos bâtes. 

A une heure et demie nous repanons dans la direction du sud-est et 
nous descendons sensiblement jusqu'à une rivière très poissonneuse où 
nous faisons boire nos mules. A 3 h. nous nous arrêtons pour la nuit au- 
près d'un pauvre village qui est accroché au flanc d'un vallon. 



Jeudi, 2 novembre. — Les indigènes avec qui nous avons voyagé ne 
connaissent aucun des noms du pays, et non sans peine j'apprends que le 
lieu où nous nous trouvons est Ganna-Memcha; à l'ouest du petit village 
et sur une montagne isolée appelée Kourô-Guedel [le Précipice-Orgeuil- 
leux), se trouve l'église de Selassié (la Trinité). C'est dans un manoir dont 
dépend cette église qu'aurait été élevé Sahala-Salassié, grand-père de 
S. M. Ménélitk II, roi actuel du Choa. 

A 6 h. et demie nous quittons le village où nous avons passe la nuit ei 
nous faisons route au sud. Nous gravissons une pente pour atteindre au 
plateau qui est cultivé et présente de grandes ondulations. A 8 h. nous tour- 
nons au sud-est pour passer entre l'église Saint-Georges et le village de 
Debra-Minemak. Ici, le plateau est couvert d'une verte et fine pelouse au 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIEN H ES 



milieu de laquelle nous faisons une halted'une heure. Au momeni de nous 
remettre en marche, le baromètre marque 703° 1' et le thermomètre -f- 12" 
9'. Nous voyons des habitaiions, des cultures, de gras herbages où nos 
montures déjeunent copieusement. A midi, nous appuyons au sud-sud- 
oues!, laissant sur notre droite la tombe d'un guerrier sur laquelle est un 
faisceau de roseaux. Ici la routes'infliSchità l'est, le plateau devient rocheux, 
les sentiers sont tracés comme des sillons. Le terrain devieni ensuite moins 
aride et nous avons à gauche, sur une éminence, le village de Gib-Aussat 
ei son église de Mariem. 

Nous apercevons au loin des gens qui gesticulent, nous entendons le 
bruit d'une dispute et nous voyons scintilterdes lames de sabre. Nous pres- 
sons le pas et nous arrivons au moment 0(1 se sauvemdes soldats del'hazage. 
Ces soldats ont volé, dans un champ, des fèves et des petits pois et les 
paysans ont eu Paudace de défendre leurs biens. Deux ou trois paysans ont 
te .sabre à la main et pérorent. L'un d'eus a rei;u, sur une_ joue, deux ou 
trois coups de sabre, 

A une heure nous traversons un torrent. Sur les deux rives un grand 
nombre de pauvres étalent leure infirmités et crient d'un ton traînard : 
a L'ami du Sauveur du monde — l'ami de la Vierge — l'ami de saint 
Georges, etc., etc., aura pitié de moi o. 

Nous montons dans la direction de Gibouatcka, auprès duquel nous 
établissons notre camp. A 6 h. le temps est serein, mais un vent violent 
souffle du nord-esi. Ce venl augmenie peu à peu de vitesse, et sur les onze 
heures il souffle en tempête. Notre tente est enlevée et, pour la redresser, 
il nous faut aller chercher nos serviteurs qui dorment dans les maisons du 
village. 

Vendredi, 3 novembre. — Nous prenons congé de l'hazage, qui se rend 
à Debra-Beran, et de M. Labattut, qui se rend au marché de Boulo-Orké. 
Nous devons rentrer à Ankobèr par la station que les Italiens ont à Let- 
MaraJJa (Repos de Courges). Cette station a été fondée par le marquis 
Antinori, qui vient d'y mourir ei d'y dire inhumé. 

M. Chefneux ei moi et nos seuls domestiques nous nous menons en 
marche. Notre direction est sud-sud-est jusqu'à un affluent de droite de la 
Bereza. Après avoir gravi la côte opposée, nous nous dirigeons au sud-sud- 
est, sur Let-Marafia. En passant je relève l'église d'Emmanuel. C'est un 
lieu de pèlerinage. 11 y a des piscines miraculeuses dont les eaux guérissent 




à 



EXPLORATIONS ÉTHI0P1ENKB8 



touies les maladies cutanées. Laissant Ankobèr au sud-ouesi, je m'engage 
dans des rochers à pic. 

Hier, l'hazageet M. Labattui m'ont dit et répété, sur tous lestons, que 
Ton ne pouvait descendre ceiie route, sur un mulet, sans le plus grand 
danger. Une béie qui serait capable de porter son cavalier dans ce chemin 
serait, disaient-ils, u de premier poil o. Je veux tenter l'aventure et reste 
bravement ou imprudemment en selle, A 1 1 heures, je déjeune dans une 
anfractuosiié des rocs, près d'une cascatelle qui bouillonne à ma droite. A 
midi, je passe auprès des ruines de la résidence royale de Deldel-Koundî, 
qui fut détruite par l'empereur Théodoros. Vers une heure, je suis par le 
travers d'Emmanuel, qui est sur ma gauche. Après avoir traversé un coin 
des cultures du plateau de Gourravella, je tourneà l'est par un sentier taillé 
dans les rochers et réellement très difficile. Des troupes de singes gris de 
toute taille jouent dans les rocs. Puis nous trouvons des champs labourés, 
des maisons, de riants paysages arrosés par des eaux qui jaillissent au mi- 
de bouquets de Heurs, tombent en cascacelles, déroche en roche, et forment 
des ruisselets. 

La température a changea mesure que nous descendions. De -|- i3<'2 
elle a monté à + 18" 9'. Le baromètre a monté de 660" 4' à 748" 2'. Nous 
appuyons à Test et nous continuons à descendre jusqu'à la porte de la 
station. 

Nous sommes cordialement rei;us par rinterprcte, M. Joseph, qui a la 
garde de la station depuis la mort du marquis Aniinori. M. Joseph est un 
gouragué. II a été élevé à Marseille, chez les Capucins, par les soins de 
Mgr Massajia. 

La station se compose de vastes et beaux terrains que le roi a mis gra- 
cieusement à la disposition de l'Italie. De beaux arbres en ombragent les 
bâtiments, et c'est sous un magnifique sycomore que se trouve le tombeau 
du marquis Antinorî. 

Le tombeau du marquis se compose d'une maisonnette circulaire sur- 
montée d'une croix. L'intérieur est orné d'un buste du marquis. Tout cela 
est l'œuyre de nos compatriotes, MM. Chefneux et Tessier. Ces messieurs 
et le docteur Alfîeri ont assisté aux derniers moments d'Antinori qui a reçu 
de deux prêtres indigènes, Defiara SaJi et Abba Yoannes, les derniers 
sacrements. 

De la tombe du marquis nous passons dans les jardins de la station, 
puis sur la lisière de la forêt qui l'avoisine. 



EXPLORATIONS I 



Les arbres de cette forêt sont remarquables par leur taille et par l'être 
singulier qui a établi sa cfemeure sur leurcîme, des singes de la famille des 
semnopiihéqiies ou enielles, qui est, aux Indes, l'objet d'un culte. Sous le 
nom de Colobe Gourera, il est également ici l'objet de superstitions. Il a le 
corps noir avec une sorte de longue mante formée de poils blancs sur les 
bords et noirs au centre. Ces poils, qui sont très longs, encadrent levisage, 
forment, sur le dos, une sorte de draperie, et, à l'extrémité de la queue, un 
vrai panache. Le Goureza ne descend jamais à terre et passe toute sa vie au 
sommet des arbres. Il franchit des espaces extraordinaires par des bonds 
tellement prodigieux que l'on croirait, en le voyant aller d'un arbre à l'autre, 
qu'il vole. De tous les singes que j'ai pu observer en liberté, le Goureza est 
celui qui rappelle le plus tes allures de l'homme. Les Choaniens disent que 
les anachorètes font dans le corps du Goureza, leur temps de purgatoire. 

Le soir on me présente un enfant qui a été élevé par Antinori qui en 
faisait, en rouie, son cuisinier. 

Il se nomme Mama, est très gentil et comprend un peu l'italien. Je suis 
très heureux de le prendre à mon service. 



Samedi, 4 novembre. — Nous partons vers onze heures, dans une 
direction sud, mais en quittant la station il faut monter quelle que soit la 
direction que Ton choisisse, aussi, bientôt, notre direction est sud-ouest. 
Peu après nous atteignons la ligne de faite qui sépare la vallée deLet-Marafia 
de celle de Mal-on^^e (entre rivières). A midi nous arrivons devant une 
poudrière construite par notre compatriote, M. Jouberi, pour le roi du 
Choa. De la vallée du Mal-onze nous passons dans une autre qui aboutit à 
Ankobèr, où nous arrivons à une heure et demie . 



ITINERAIRE D'ANKOBER AU KAFFA 



Je rentrais à Ankobèr le samedi 4 novembre 1 882, venant d'Aureillo ; 
le lendemain dimanche, je recevais du roi en cadeau un magnifique mulet 
noir; cet animal sortait des écuries royales; de plus, le roi avait donné 
l'ordre de me le donner harnaché et, d'après sa volonté, ce harnache- 



E X PIOR ATIOHS &THIOPtENNBS 



ment éoit celui doni les dedjaz matclie ' seuls, ou les personnes i\ qui le 
roi veut faire l'honneur d'une assimilation, ont te droit de se servir. C'est 
ainsi que, très gradeusemeni. 5. M. Ménélik II, medonnait un rang dans 
ses Etats >. 

Le lundi 6 novembre, nous preaons avec M. Chefneux une im- 
portante décision; M. Chefneux va partir pour Sagallo, Obock ei Aden, 
et moi pour Kaffa ; avant de nous meure en route, il nous paraît 
nécessaire d'aller faire une visite au ras < Gobanna (pleine lune, en 

I Dedja^ matcke est le troisième titre de l'Ethiopie, en comptant comme premier 
litre celui de Negous (roi). Ce mol b, en éthiopien, liudralemeni, la signification de porte 
des gens en campagne ; dedjaz matche. on prononce souvent par abréviation deiJja/, en 
faisane suivre le nom de la personne, peut être comparé aoit à noire général de division, 
ou mieux au baron du moyen-S|;e. 

■ Le roi de Choa est en usi^e de donner i tous les Européens qui nrrivcnl un 
mulet, mais le don de la setle de ded|az matche cat assez rare, et constitue une tris 
réelle ^veur. Pendant tout le lemps de mon séjour au Choa, qui a dun! jusqu'en juillet 
18S4, le roi n'a cessé de me donner des témoignages nombreux et irrécusable» d'estime 
et d'affection; c'est ainsi qu'il me nomma, en juillet i8S3, au malcagnaUfief) d'Arebsa 
Galane, et qu'il m'éleva, en juillet 1SS4, à In iroisitmc gmndesse du royaume de Choa. 

I Ras est un mot ghèze, en usage dans toutes les langues de l' Ethiopie, qui signifie 
U léte de l'homme ou des animaux, un cap ou une cime de montagne; au figuré, il sert 
à désigner un rang honoriAquc et une ancienne charge de l'empire. Tous les oi 
donné aux descendants de Satomon), qui ne s 
prennent le titre de rcu, et ce titre n'est plug 
maréchal. 

M'autorisant du précédent des frères Abbadie et autres savants, l'appelle Is contrée 
nommée par les Musulmans de la mer Rouge Abacha (bStnrds, gens mêlés), mot traduit 
sur nos cartes par Abyasinie, du nom d'Ethiopie que ses habitants n'ont cessé de lui don- 
ner; je pense même qu'il convient d'élcndrc ce nom à toute la portion de l'Afrique qui est 
peuplée par la race Éthiopienne ; tes principales populalîons de cette race sont les Çomalis, 
Adals, Donakils ou Afars, les Oromons (Callas), les Tigréens. les Amarras, les Goura- 
guÈs. les Sidama, etc., etc. L'unité d'origine de ces différents peuples peut se démontrer : 
par des mixurs et des coutumes analogues, des traditions identiques; ils ont tous des 
t^néalogies rcmontint à Abraham. Enfin, en ce qu'ils parlent une mi:me langue; car 
leurs différents idiomes ont bien entre eux des différences comparables, non à celles du 
fraoçais et d: l'italien, mais bien à celles du roumamote et du roumain, du provenfal et 
catalan; comparées aux ghèze, les différentes langues éthiopiennes ne se trouvent pa» 
plus dissemblables de leur langue mère que ne t'est le français de Racine de la langue 
créole parlée dans nos anciennes colonies. 

Le ghèze, on le sait, est une langue sémitique analogue, comme grammaire et 
morphologie, à l'hébreu, au syrinque, à l'arabe, et dont tous les vocables mSmea, k 
l'esceplion de quslques mots empruntés i li langue grecque, sont hébreux ou arabei. 



ii attiés (Empereurs), 
in équivalent de celui 



Negous{rai%) 



1 t4 ETPtORATIONS ÉTmOPIENNES 

Oromonl, avec qui M. Chefneux enireiieni les meilleures relations. Pour 
mettre notre projet â exêfution, nous quittons Ankobèr le mardi 7 no- 
vembre, à huit heures du matin et, le même jour, sur les sept heures du 
soir, nous entrons à Gimbici, résidence du ras, après avoir parcouru une 
distance qui doit être estimée à 60 kilomètres environ. 

La première personne que nous rencontrons en arrivant chez le ras, 
c'est noire ami le capitaine Pino ' ; la deuxième, c'est Abba Yoannès (Père 
Jean) ', encore un ami : l'augure est bon. En effet, après nous avoir fait 
servir un repas auquel nous faisons honneur en voyageurs fatigués, le ras 
nous fait appeler. 

Ras Gobanna est le fils d'un chef des Abichous, il est né en 1817, il a 
été au service du grand-père et du père du roi, il a parcouru avec honneur 
tous les degrés de la hiérarchie éthiopienne; il est considéré comme le pre- 
mier guerrier du Choa, c'est un des serviteurs les plus dévoués de 
S. M. Ménélik II, qui a su reconnaître largement ses services, en lui don- 
nant la surintendance de tous les pays Gallas ', qui reconnaissent son 
autorité jusqu'au Kaffa. 

II est à remarquer que la langue amarigna, qui est l'un des idiomes éthiopiens les 
plus éluigniiadu ghë^e, a conservé un nombre de mots ghÈies, î de iniques comme pronon- 
(inlion, lorsqu'ils ne le sont pas égalemeut comme orthographe, tel que l'on peu! presque. 
encore aujourd'hui, parier l'amarigna en n'employant que des mois ghèses. Cependant, 
depuis que l'amarigna s'écrit couramment, il n'y a guère de celi que i3o ou 200 ans, 
celle langue s'éloigne de plus en plus <!u ghùze-, pour s'en cunvaincre, il suflii de com- 
parer entre eux les dictionnaires de la langue amarigna publics par Ludoff à la fin du 
sî£clc dernier; par Isemberg dans In première moitié de notre siècle; par Antoine 
d'Abbadie récemment. 

' M, Pino Eloy, capitaine au long cours, venu au Choa comme agent de la maison 
Trantier, Lafage et C, de Marseille. 

' Le Père Jean est un Ouallo Galla i âgé de sii à s^pt ans, il g^rJail les troupeaux 
de SCS parents. Musulmans fen'enis, et rivait déjà le voyage à la Mecque; des marchands 
musulmans passant par là, causent avec l'enfant, lui promettent de l'emmener à la 
Mecque ; l'enfant, )oyeux, les suit ; k quelques jours de là, les marchands le veodenl 
comme esclave à l'évéque Massallia, qui le tàit élever en Egypte et à Marseille, puis l'or- 
donne praire. Telle est l'histoire de noire ami le Père Jean. 

) En Ethiopie, le mol Galla sert surluul à indiquer un état social, et ce nom est 
donné à toutes les populations qui ont conservé le cuile naluralîsle des époques patriar- 
cales et ne sont ni chrétiennes ni musulmanes. Le mot Oromon, lui, sert à indiquer une 
race particulière ( il y a des Oromons chrétiens ou musulmans qui ne sont plus Gallas). 
Revoil rapporte que les Çomulis, parlant de l'iipoque où ils n'ét.iieni point Musulmans, 
disent : lorsque nout étions Gallas. 



EXPLORATIONS ETRtOPIENNBS 

L'accueil du ras fut des plus gracieux ei II me promit de me faire 
accompagner partout jusqu'au Kaffa. Nous passons la journée du S chez 
le ras, et celle du 9, en compagnie du capitaine Pino. à Ankobér ; le t i , 
M, Chefneux partait pour la côte ; son absence devait durer de deux à irois 
mois; il n'est rentré cependant qu'au mois de mai 1884. 

A la suite des obligeantes promesses du ras, j'avais fait un plan de 
voyage qui me paraissait bien aventureux ; je me proposais de parcourir les 
pays Gallas, Oromons et Sidama soumis à S, M. Ménélik II et gouvernés 
au nom de ce roi par Ras Gobanna, et dans lesquels se trouvent compris, 
comme tributaires, outre le royaume chrétien de Kaffa, les Etats musul- 
mans de Djema, Limou. Ennerea, Goma, Gouma, Gherra ; c'est dans ce 
dernier royaume que furent reteQus prisonniers les voyageurs italiens, 
ingénieur Cherîni et capitaine Picairi. Le plumier, n'ayant pu supporter 
les rigueurs d'une dure captivité, succomba, et un pieux pèlerinage à la 
tombe de ce vaillant frère sera un des buts de mon voyage. 

Lundi i3 Nove?ttbre 1882. — Le matin, à sept heures et demie, 
M. Pierre Labaïut 1 et le capitaine Pino viennent me voir et ont la gra- 
cieuseté de m'inviter à déjeuner chez le capitaine; ces Messieurs sont 
voisins et ils mangent un jour chez l'un, un jour chez l'autre ; ils demeu- 
rent au bas de la ville, au quartier dit de Tchaffa. 

L'habitation du capitaine Pino [ je l'ai depuis acquise pour loo iha- 
laris, soit 450 fr.) a éié construite parle Révérend Greiner, missionnaire 
d'origine allemande, qui, avec le Révérend Mayer, également Allemand, 
représentent au Choa la Société Biblique de Londres. Cette habitation est 
composée de cinq grandes chaumières, au milieu de jardins; au rez-de- 
chaussée d'une de ces chaumières, se trouve une pièce carrée avec des 
croisées qui ont des vitres! luxe inouï en Ethiopie ; cette pièce est le salon, 
la salle à manger, la chambre à coucher du capitaine ; mais le tout mariti- 
memeni astiqué et briqué. 
C'est là que nous sommes tous les trois réunis pour déjeuner, vers onze 

' M. Pierre Lnbalut, npr^i avoir iti colporteur en Frani:e et en Italie, entrepreneur 
en Egypte, est venu nu Chou il y a une dizaine d'anni5ca, où il a su, par son aménité, 
ta franchise, sa loyauté, acquérir la confiance du roi, l'caiime des grnnds, l'aSecIion des 
petits. M. LnbatulesE le seul négocianl européen fné dans l'Ethiopie mfridtonale, il fait 
un commerce psaez important entre le Choa et Aden. 




4mI r«i fMrtci «« An fveebkr de « om le d> 
«MWlnKlfMttofadftqwcdkd'Haagei'KMr mm 5); knqoe Toa adrtMc It pval«4 
à tts boouae |*M Igf qoe aoi, on dit «lAa, qw RM.^ 
n Sd^ieor. Les t mtp ma n o« droit, lonqn'oo leor parie, i ' 
iMc «pp dbt iow fMriicvIiltc, cdk de Djw-bcL Void ce que k* 6nditE f t hi op ira » noMH 
UM «Il Miitt d« celle «prclUiiMi inmdtniiMe : 

l.'EMipcrewr Sv»>Denglel, Htroomin^ Makk-Sigad. le trourant i Demba. on ioat 
^■11 rentrait ridorieux d'une cipédiûoa eoirepriie contre le* Juifs Ahîopieiis rtrollfi, J 
CMtwUl le* pa^MM qui criaient : Dfan-hol '. l Djan^wri ! ! ! à uu fléphant qui vcoaii wr. J 
*U(,el s'en ratuutna en entendant ce cri; l'Empereur demanda aux piTstns la r 
Um cri i c«iia^ lui Jirent : ■ Lorsque Tâ^phanl «icot sur nous, nous lui crions : Djan- ^ 

■ but I «I II a pitii de nous. • LXmpereur répondit aux paysan* : • C'est bien ! dcn^iû- 

■ vint, lofique vuus aurci quelque chose i me demander, vous me diret Djan-hoi I et je 

■ vous raccorderai. - Depuis ce jour, on du Djan-hoi aux Empereurs d'Ethiopie ) aranl. 
un leur dlsoit : Oouxo. 

Aux eccU*ii*liquet el aux personnes d'tge que l'on respecte plus paniculièremet», 
on dil : Absli, mon pire ; le notn des fvfque* Aboun, a en ghêie la signification de 
noire pire. Rntre ^gsul, mime lorsque l'on parle à des éiningers, on se traite de 
Trir*! aux [nf<!rkurs, un iiumme bien Élevé ne dira qui: mon fils, ma iillc, mes eobnn. 

Aux femmes, on dit, suivant leur Sgc, ma 611e, ma sceur uu ma mète; ce dernier 
mot Ht toujours employi! lorsqu'un parle a une religieuse! enlin, le moi etniifrtef, 
(mire de la maison), eil un ^uivslent deMadnme, et bien que les femmes seules desceiir* i 
dsnt«* de Is lignée de Sslumon slent le droit à £tre appelées ouizro, on donne polimeol I 
1,0 lllrs k loulQ Temma dont le mari du le fils occupe une grande siluation- 

Knfln, lorsque l'on vous appelle, l'usage veut que l'on r<!ponde Abiet : Seigneun 
l'an le mol cunsacri! pour demander justice aux grands et rnSme à l'Empereur. 

I lU^agr, la Irnduclion lllt'rale de ce titre est celle de commandant ; dans totitft '*' 
Hrsnda maison 11 y a un ou dus Haiagos ; ceux du rul sont ses ministres ; celui dont il 
•SI kl question cil un véritable premier ministre, car it est chargé : i° des relations 
«itdrieunwi s* do* sfraircs commarcisleii 3° de l'administration du domaine personnel 



KXfl.OBATIOVS F.TtirOPIENNFS II7 

éiani le voisin de ces messieurrs. je lui fais demander si je puis aller le 
voir après déjeuner; car, désirant aller coucher ce soir dans un domaine 
particulier du roi, j'ai besoin pour éire hébergé et reçu d'un homme connu 
qui m'accompagne, et je veus aller prier le schoum de me donner quel- 
qu'un. Ayanieula précauiion de faire connaître ce que je désire du schoum 
à mon émissaire, ce dernier en renirani m'annonce qu'Ata Tchouffa < 



du coi; 4" de la suriniendance dei douanes ei marchdi; 5" de surveiller ci régir les 
Musulmans (ils ne sontque tolérés ici); 6» dp gouvernement de la ville d'Ankobèr c( de 
la province d'Ifat. 

* En Elhiopic, on divise les cenirei habiles en r Katama, ville ; Mender, village ; 
Amba, hameau ; ces derniers sont les plus nombreux et jouent le plus grand râle dan* 
la vie lîihiopienne; c'est là que résident, entourés de leurs vassaux, suidais, clienli, les 
seigneurs éthiopiens. On nomme Balambaras (tête du maître d'amba) le plus petit des 
grands vassaux de In hiérarchie éthiopienne. 

! AnkobËr est Formiï de deux mois amarigna, anko (singe], et ber, porte-défilé. 
Quelques personnes écrivent Ankobar. La voyelle éthiopienne est un son intermédiaire 
entre un a très bref et un e muet, ces deux sons étaient regardés comme identiques par 



:t Villor 



, fait c 



nos anciens prosodistes, < 
qui était admis généralement au xv< siiclc partout où l'on 
de l'expression de l'époque, de prononcer le franfais à la p 
I Tchoufia. signifie en amarigna celui qui a de gross 
en Ethiopie l'usage patriarcal de donner aux enFania nou 
qui préoccupe les parents au moment de la naissance de 
noms; ainsi te nom du schoum dont il est id question t 









I tresseE de cheveux; il existe 
Mux-nés le nom de la chose 
urs enfants, ce sont des sur- 
I point la signification qu'il a 



de grosses tresses de cheveux; mais il indique dans les patents d'Ato Tchouffa l'espoir de 
lui voir un jour les cheveux tressés, coiffure qui ne peut être portée en Ethiopie que par 
les guerriers qui ont tué plusieurs ennemis à la guerre. 

Les Ethiopiens chrétiens en baptisant les enfants, ce qu'ils font par immersion 
quarante jours après la naissance, en même temps que la circoncision et la puri&calion 
de la mère, usages judaïques conservés par tous tes Ethiopiens chrétiens , donnent aux 



enfents leurs ni 
D de c 



esclave, fila. 

On sait qu'il 
nom de leurs chei 
le guerrier lui-mt 
des preux, une so 
Dagno (justicier), et 



chrétiens ; ce n'est point comme en Europe 
s précédés des mots enfant, force, 



blan 



, reliques, serviteur. 



ste en Ethiopie l'usage chevnler^sque de donner aux guerriers le 
I ; on attache la plus grande importance à ces noms qui, choisis par 
:, est, comme au moyen-âge tes devises et tes cris de guerre 
de programme. Le roi Ménélik 11 choisit pour son cheval te nom de 
l'est ainsi donné le beau nom d'Abba-Dagno (pire du justicier), car 
chevaleresque des guerriers éthiopiens est formé de celui de leur cheval précédé 
du mot lUiba (pire, propriétaire) ; c'est de ce nom que le guerrier lui-m£me se désigne 
loraqu'avanl le combat il déclame son tfaïme de guerre, en manégcant son cheval, bran- 



ESPLOIUTIOHS eXHrOPlEHNES 

s'excuse de ne point me recevoir, car îl prépare le Taskar ' de feue son épouse. 

Vers midi, je prends congé de mes liôies, et après souhaiis de bon 
voyage, sanié, poignées de mains, ji renu-e ciiez moi, oîi j'ai à recevoir 
plusieurs visites d'indigènes, amis de M. Chefneux, qui sont devenus les 
miens, et, à deux heures après midi, tout est prêt pour le dépan. 

Mes compagnons de voyage seront : 

1° M. Louis Gebra Marient ,' esclave de Marie 1, Ballaman > de 
S. M. Ménélik II, roi deChoa; il me sen d'interprète depuis mai i88ï, il 
parle et écrit l'amarigna, le français, l'italien et connaît aussi l'oromon, qui 
est sa langue, l'arabe, l'afar, le latin et un peu l'anglais. M. Gebra Mariem 
est de race oromone ; il fut en bas âge volé ù ses parents par des marchands 
musulmans et amené comme esclave sur les marches du Choa; il y fui 
racheté par Tévéque Massallia ; envoyé par ce prélat en Egypte ei en France, 
il y a reçu une éducation classique ; il est âgé de trente ans environ. 

2° Aiellé Emmanuel |la force d'Emmanuel), mon fidèle Aiellé, 
mon fils Aiellé, Amara de grande famille, élevé en pays Galla, parle ama- 
rigna, oromon, arabe, bon cavalier, habile tireur, intelligent, dévoué; je 

dissani ses armes dcvanl ses soldats i c'est de ce nom que les soldats l'intecpelleat et 
que les bardes le nomment dans las chansons de gestes. 

Dans une beecz grande partie de ['Elhiupie, notamment chez tous les Oromons, on 
prend le nom de son Ëls pr*mier-nd et l'on s'appellera du jour où l'on a un fil» : père 
de , mËrede 

I Le Taskar, usage que j'ai reirouvf chez des populations, aujourd'hui musul- 
manes, jadis chrdtiennes du Sshart central (voir mon livre l'APRiiitjH occKjentale. — 
Parie, Challamel, :876), est une céttfmonie que l'on célèbre le jour anniversaire de la 
mort d'un parent; elle consiste en prières que viennent dire les prêtres, en repas que 
l'on donne au clergé, parents, amis, et surtout aux pauvres à qui, en outre de la nour- 
riture, on distribue des aumânes. L'usage est de cél(!brer pour les pères, mères, dpous, 
épouses, le mskar pendant sept années au moins ; pour les grands personnages pendant 
un temps indéterminé; pour les rois, pendant tout le règne de leur successeur; cette 
année [883, on a célébré le trente-cinquième taskar en l'honneur du Négous Sakala 
Selassié, grand-père du roi actuel, donc le père Negous Aiellé Atalacotte a cependant 
régné. 

' Ballamatt : Bruce, si mes souvenirs sont exacts, a donné A ce mol la signification 
de chambellan. Si du temps de Bruce ce mot avait celte signification, 11 ne l'a plua 
■ujourd'hui; sa traduction littérale serait (compagnon du maître) favori; ce nom sert à 
désigner non seulement toutes les personnes du service de la chambre des rois et des 
grands, mais aussi tous ceux qui ont dans une maison quelconque leurs petites et Imiis 
grandes entrées. J'ai souvent entendu mes serviteurs parlant des indigènes qui étaient 
familiers chez moi, dire : e ghela ballaman nâ : c'est un batlaman de Monsieur. 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIEVNES 



l'ai U'ouvé à Aden, où il avait accompagné l'exploraieur Martini; il est 
auprès de moi depuis février 1882, depuis il ne m'a pas quitté. J'écris ceci 
en février i885 à Nîmes, et il est à côté de moi. Aiellé était, lors de mon 
départ d'Ankobèr pour le Kaffa, chef de ma caravane, composée de ; 

A Un enfiint de onze à douze ans, de race oromone, élevi; par feu le 
marquis Antinori, qui sert de cuisinier et se nomme Marna. 

u Circosis, Achaberi, Ould Gorguis, enfants amaras de quatorze A 
ireize ans, qui doivent en route couper de l'herbe pour les mules. 

Il es! à remarquer que de tous les auxiliuires de voyage, les enfanis 
sont généralement les plus utiles, ne connaissant ni le danger ni le décou- 
ragement, ils vont toujours en avant avec un nouveau plaisir. 

c Gabra-Mikaël, jeune Tigréen, à mon service depuis Obock: Dannié, 
Amara, de seize à dix-sept ans, ancien caraérier de feu le marquis Antinori; 
comme Marna, il parle et comprend un peu l'italien. En i883. Dannié a 
été emmené en Italie par le comte Pietro AntonelH. Touffa est au service 
particulier de M. Gebra Mariem, 

Heureusement Ea domesticité, telle qu'elle est aciucliemeni constituée 
en Europe, est encore inconnue en Ethiopie; là, le domestique fait partie 
de la famille et les jeunes gens qui ont de la naissance [comme chez nous 
au moyen-âge, page, damoiseau, écuyer, chevalier], servent un patron; 
cela est même considéré, non sans raison peut-être, comme un complément 
d'éducation; aussi les Ethiopiens qui connaissent nos langues, nous 
disent-ils en nous parlant de nos domestiques : vos enfants! ce qui est, du 
reste, la traduction fidèle du mot Astchekeur, mot consacré pour désigner 
les serviteurs d'un particulier, les gens d'un chef, les sujets d'un roi, cm 
leurs propres enfants. 

D Abba Meri, Galla d'une trentaine d'années, Ould Selassié, Amara 
de quarante ans environ, engagés pour charger et conduire les agassas 
(mulets de bât). 

E Un porteur, Guindo, noir, originaire de KafTa, a trente-cinq ans 
environ ; ancien esclave de la reine de Ghera, il fut donné par cette souve- 
raine au voyageur Secchi. 

F Une mule (Rosine), et un mulet (César] ; c'est celui que m'a gra- 
cieusement envoyé le roi de Choa, pour mon usage personnel; trois mules 
de selle pour mes gens, deux mulets de bât, plus la mule de M. Gabri 
Mariem. 



EXPLORATIONS ETHIOPÎKÏS^BS 



Treize personnes et huit mules ou mulets forment notre troupe 
aventureuse. 

Le Bagage consiste en linge et vêtements; plus les objets destinés à 
être offerts en cadeaux à nos futurs hôtes, ce sont : 

Des verroteries, perles et petits miroirs ; 

De la coutellerie, couteaux fermants à une et plusieurs lames, petits 
ciseaux, rasoirs; 

Ambre en filière; 

Soierie, soie Hache pour broderie, damas pour chemises; 

Draps bleu et rouge pour burnous ; 

Parasols et parapluies, les premiers de couleurs claires, les seconds 
de couleurs sombres. 

Le tout renfermé dans des valises de cuir munies de courroies, d'un 
chargement facile sur les bétes de somme, et qu'un homme peut trans- 
porter sur le dos comme un havre-sac. 

Les Armes. — Outre les lances, sabres, couteaux, boucliers des 
hommes, je dispose de quatre fusils et de six revolvers. 

Insthuhents. — En quittant la France en octobre 1881, j'étais loin de 
penser que j'aurais â entreprendre un voyage d'exploration avant de rentrer 
en Europe, aussi je ne dispose que de : 

io Un chronomètre qui, à la suite de mon voyage à Segou-Sikoro, 
m'a été donné par la Société de géographie de Lyon ; 

2° Un baromètre holostérique conspensé de Naudet, de Paris; 

3° Deux thermomètres de Baudin, de Paris ; 

4" Deux boussoles de poche. 

C'est tout, il ne faut point l'oublier, je ne suis ni un explorateur topo- 
graphe, ni un explorateur naturaliste, mais bien un voyageur étonomisie 
poursuivant en Afrique, depuis vingt ans déjà, sinon avec succès, du moins 
avec constance le but : a d'ouvrir des routes, créer des relations entre les 
■ possessions françaises d'Afrique et l'intérieur du continent. » 

En fait de canes, il est bon de noter que je n'avais avec moi que celle 
du Stielers Hand-Atlas, n° 70, excellente comme loutescelles qui portent 
le nom du regretté maître A . Peterman. Quelle que soit la carte, du reste, 
que l'on interroge, on remarque à première vue que l'Ethiopie est formée 
d'une série de plateaux s'étageant de la mer à l'intérieur des terres ; comme 
particularité lopographique, l'Ethiopie, contrairement à l'Europe, a s 
régions plates situées aux sommets des montagnes, tandis que ses régions 1 



ÉTHIOPrENNCS 



accidentées se rencontrent dans les vallées relaiivemeni basses; aux pre- 
mières, on donne le nom de Medak et au deuxième celui de Kollah. 

Enfin, les Eihîopiens, divisant leur sol suivant les climats et les pro- 
ductions, le partagent en trois régions déterminées par des différences 
d'altitudes et auxquelles ils donnent les noms de : 

1° Kollah, aux régions les plus basses, où se cultivent le colon, les 
mils, le café, la canne à sucre, le bananier, les indigophéres, cactus, 
euphorbes arborescents, plantes qui poussent spontanément. L'altitude 
des Kollah varie de i 5oo à 2 000 mètres. 

2° Ou'in-Daga (région de la vigne], oti se cultivaient, avant l'invasion 
musulmane, les vignes ; où se cultivent les céréales, teffes, blé, orge, des 
plantes légumineuses et oléagineuses; les cyprès, sycomores, oliviers sau- 
vages, sont les arbres caractéristiques de la région. L'altitude de la Ouina- 
Daga varie de 3 000 à 2 5oo mètres, 

3° Daga est le nom des plateaux les plus élevés de ceux dont 
l'altitude dépasse 2 5oo mètres ; là se cultivent le blé et l'orge : les siippées, 
les églantiers, les conifères, sont les plantes caractéristiques de la région. 

A ces trois régions correspondent aussi trois faunes particulières : la 
première est caractérisée par réiéphani, le rhinocéros, l'hippopotame, le 
buffle, le caïman, le lion, la panthère noire, le léopard, Toryctérope; la 
deuxième l'est par les antilopes, les gazelles, le golobe gouereza; un cor- 
beau particulier, à corps noir et ù plumes blanches, qui lui font comme 
une calotte de tonsure, certaines espèces d'antilopes dont une, le sass, a 
des poils forts et piquants, et la marmotte caractérisent la troisième. 

De même que les animaux sauvages, les animaux domestiques sont 
localisés. Les bœufs ', les unes, les chèvres sont communs aux trois régions, 
mais le cheval et le mouton ne prospèrent que sur la Daga. 

Il est bien entendu que, dans cette revue du sol éthiopien, je ne 
m'occupe point de ses régions maritimes et désertiques comme le pays des 
Adals et des Çomalis; ces régions m'ont paru comparables au Sahara; on 
peut même les considérer comme un prolongement du désert libyque et 
arabique auquel il est soudé par l'isthme de Suez; ce pays des Adals, 
comme le Sahara, se caractérise par des gommiers, des siippees, l'outarde, 
l'autruche, des gazelles, la vipère à corne, le chameau. 

■ Le bœuf élhinpien est le :^ébu\ une varidtd, 1c goda, n les cornes dirigées en bas 
El parallèles au mule, j'ai rencontré la mSnie varifld dans 1: SouJan occidental chez les 
Bamborras ei chez les Foulbès. 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 



Si riiomme a le privilège de pouvoir s'acclimater partoui, il n'en 
subit pas moins Tinfluence des difFêrenis climats, qui le modifient non 
moins sensiblement au moral qu'au physique; â ces trois régions corres- 
pondent également trois types humains particuliers caractérisés, non par 
les différentes colorations de la peau, la contbrmation des cheveux, mais 
bien par la différence des tempéraments ' qui, d'une manière générale, 
sont: ncrvoso-bilieux dans les Kallas; nervoso-sanguin dans le Ouïna- 
Daga ; sanguins sur les Daga. 

Il est ceriainemeni partout utile d'observer les différences d'altitudes 
du sol, mais ici plus qu'ailleurs, car les différences de niveau étant plus 
sensibles, entraînent avec elles des différences de climat et de température, 
qui font que dans quelques heures on a parcouru la gamme de prestque 
tous les climats de notre planète, que du même coup d'œil Ton apcri;oit des 
champs de coton et de céréales, des troupes d'éléphants et des troupeaux 
de chevaux. 

Enfin, le lundi i3 novembre 1882, à 2 h. 10' après midi, je passe le 
seuil de ma porte; à 3 h. 25', nous passons devant la grande église d'An- 
kobèr, dédiée à saint Michel ', située au milieu d'une verte prairie et 
entourée de beaux arbres. 

A 2 h. 48', nous sommes sur le sommet du plateau de Gouravella 
(voisinage). Il y a de tous côtés des habitations, des cultures, des arbres, 
de la vie, du travail. Sur notre droite, nous avons les plaines des Adals; 
en regardant cette immensité grise et désolée, je comprends bien les Ethio- 
piens me disant à Obock : 

« Lorsque, de nos vertes montagnes, nous regardons ce pays, nous 
" nous demandons : est-ce l'enfer? est-ce le purgatoire ? n 

Tout heureux de ne plus me trouver au milieu de cet enfer des pays 
Adals, d'éire cntîn avec des honnêtes gens, dans un beau et bon pays, 

I Les Ethiopiens, comme les habitants îles oasis du Sahara central, les Tuucoulcurs 
de la SiSn^jinbie, les Bimbarras du Soudan ocddentjl, ont la psau colorée de diverses 
nuances, passant du brun pâle du Provenfnl au noir vdoulë comparé par les Ethiopien* 
à la couleur du raisin mûr. Les mêmes diversités se remarquent dans la conrormatïoo 
des cheveux i ils sont lisses, ondes, frisés, droits, crépus; et cela chez des individus, 
non-aeulemcni des mêmes régions, mais aussi des mSmes familles. Un fait digne de 
remarque chez les FUthiopiens, f.iit qui prouve bien I2 peu d; vaUur de la coloration de 
la peau comme caractÈre ethnique, c'est qui 1: plus sjuvenc le typ: sémitiqu: pgr t'y 
trouve allié aux colorations les plus noires. 

> Saint Michel est le patron des rois de Choa, comme il l'^tili des rois d: France. 



EÏPLOR4TIONS ÉTHIOPIEKNES 



123 



d'entreprendre un curieux voyage, je m'amuse à voir ei ù écouter Marna, 
mon petit cuisinier ; il chantu gaicmcni, secoué par sa monture, un grand 
mulet rouge qui trottine en faisant sonner, comme des cymbalts, la batterie 
de cuisine placée dans ses besaces, 

A 3 h. 55', nous commençons à gravir une pente. 

A 2 h. 57', nous arrivons sur la deuxième terrasse du plateau. 

A jl h. ao', nous nous engageons dans un sentier à pente raîde et en 
tire- bouchon. 

A 3 h. 34', nous traversons un petit ruisseau séparé par un pli de 
terrain de la rivière Airara, que nous traversons à 3 h. 36'. 

LMïni;-ii (la cruelle], est ainsi nommée parce qu'elle fait, tous les 
hivers, de nombreuses victimes d'hommes et de bêles. L'Airara coule 
N.-S., dans un lit d'une largeur moyenne de vingt mètres, sur des quar- 
tiers de roches, ce qui indique un courant violent ; ses eaux, d'un bleu- 
vert, sont très claires el très limpides; elle traverse des gorges encaissées, 
dont les pentes, presque droites, sont cependant entièrement cultivées en 
céréales, blés et orges. 

Un sentier tortueux et h pente raide nous fait parvenir sur le plateau, 
où se trouve le village de MottatU. 

II est 4 h. lorsque nous y entrons, et à 4 h. 10', nous arrivons au 
sommet d'une des protubérances du plateau sur la croupe de laquelle sont 
construites de grandes maisons où Ton garde les mulets et les chevaux du 
roi ; c'est ici que nous devons passer la nuit. 

Le Schoum, qui a l'administration des écuries royales de Motiaiit, est 
absent, ci bien que le schoum d'Ankobèr m'ait, sur ma demande, donné 
un Kallatyé (porteur de parole], pour m'accompagner, me faire recon- 
naître comme étranger du roi et, en conséquence, hospitaliser dans les 
résidences royales, par les Malkagnats possesseurs de fiefs royaux, les 
femmes, qui sont seules dans les maisons , ne veulent point envoyer 
chercher le schoum, et nous nous installons en plein air dans un enclos 
en l'attendant. 

Enfin, à5 h. 10', le schoum arrive; il paraît courroucé et crie très fort, 
grondant les femmes pour ne l'avoir pas de suite prévenu de mon arrivée. 
Probablement, il a reconnu son ancien pensionnaire, mon grand mulet 
César, présent du roi, et comme en me le donnant S. M , Ménélik y a joint 
un harnais de dedjazmaiche, que dans ce pays de féodalité tout le monde 
est hiérarchisé, j'ai le rang que me donne ma selle. 



EsmiK&iiOHS rmionat^sf 



Je taû dooe, piet à b bicsvdllaoK pi^r w aace da rai, et îe ae *•»- 
rais trop le r y^ffW de rfac»near qoll m'a ainsi £ût, on penoona^ P"»' 
k tcboam; aosai s'empreaie-t'il de hx &îic a p proprier une des plos 
grandes mabotu : ces maisoot qui ne doiveot, da reste, servir de In Be m e m 
i\aà da chevaux oa des mulets, sont de simples cabanes de forme recno- 
gtilaire arec des taan en pierres sécbes cl des loits de chaorae; la maison 
bien oenoyée, on es foocbc le toi d'herbe &akbe et parfom^, et naos 
nous y installons à la mode étbiopienoe, b£tts ci gens. Le soir, on noos 
appone un moaioa, des paiiu, de la btêre, de l'hydromel, etaprisnn 
repas conforuble, les pieds an feu. je m'étends sur mon tapa. 



Mardi 14 nov€tiibre. — A 6 h. So'. nous descendoos Upenie sur 
laquelle se irouveni les maisons oU nous avons couché. 

A 7h., nous entrons dam la plaine très cultivée de Torramasqoe. 

A 7 h. 36. nous traversons un torrent et, en saîrani un sentier taillé 
dans le roc vîT, nous montons sur on petit plateau. 

A 7 h. 45', sur notre droite, se trouve, perché sur un mamelon, un 
village d'Abeilam [père des vaches) ; on donne ce nom, au Choa, à une 
caiieou corporation particulière de pasteurs qui jouissent d'assez grands 
privilèges et ont des chefs paniculiers. 

A 8 h., nous prenons le grand pas de nos mulets, et notre marche, qui 
jusqu'à présent n'était que de 4 000 mètres à l'heure, doit éire maintenant 
de 6 000 mètres. Nous avons, à droite, sur une éminence, le village 
d ' AiJgo-.^er ; le mot Ager, qui se retrouve dans le nom de beaucoup de 
villages, a la signîHcaiion de champ ; Adgo est un nom d'homme. 

A 8 h. 25', nous arrivons au plateau cultivé en céréales; il est à 
grandes ondulations; a droite, toujours sur des buttes, se trouvent de 
nombreuses habitations. 

A 8 h. ?i', nous traversons le Darek-Ouen\e [torrent sec), ainsi 
nommé parce qu'il s'assèche complèiemeni en hiver; il est très mauvais 
pendant la saison des pluies. 

A 8 h. 40' nous sommes sur un plateau et devant nous se déroule une 
vaste plains à grandes ondulations. 

A 9 h. 5', nous avons à notre droite le village de Filla-Korké, en 
oromon (bdvcdiïrcde Korké) ; toujours sur notre droite, sur un rocher, se 
trouvent de grandes dalles debout que l'on dirait taillées ; le pays est acci- 
denté par des ondulations, des buttes en forme de ballon et de cône tronqué. 



KXPUIB *1 IONS KTHIl 



J25 



Il y a ici, dans les environs (je les aï vues avant et depuis], un assez 
grand nombre de pierres levées au milieu des champs; elles ont l'appa- 
rence des monuments mégalithiques nommes peulvans ou meahirs't Les 
unes sont de simples pierres longues ficliées en terre; d'autres ont une téie 
grossièrement arrondie; les indigènes instruîis prciendeni que ce sont les 
sépultures des compagnons d'Ahmed Gragnc; le peuple dit que ce sont des 
piquets qu'il fil planter pour attacher ses chevaux. On rencontre de sem- 
blables monuments dans tout le Choa. 

A 10 h. lo', nous descendons dans la plaine de la Beressa; sur notre 
droite le domaine royal d'Auakel, oli réside un eunuque de taille mons- 
trueuse, AttoRouba, qui est l'écuyer chargé de dresser les mulets réservés 
■A l'usage du roi: mon mulet César est un ancien élève d'Atio Kouba 
reconnaissant la maison et d'anciens camarades qui paissent au milieu 
d'un pré; il s'échappe des mains de celui de mes serviteurs qui le conduit 
par la longe. Le domaine d'Aitakel est aussi la résidence d'une princesse 
oromone qui a eu deux fils du roi Ménélik ; le roi ayant légitimé ces fils 
avant son mariage, ces jeunes princes sont les héritiers de la couronne du 
Choa 

A 10 h. 39', nous traversons un torrent: à 2 000 mètres sur notre 
gauche se trouve la ville de Debra-Beran Jmontagne de lumière], ainsi 
nommée d'un ancien monastère. 

A 10 h. 55', nous traversons la grande rivière de Beressa; elle n'a 
qu'une vingtaine de mètres de largeur maintenant, et coule sur des galets, 
mais à la saison des pluies elle inonde toute la plaine; la Beressa prend 
ses sources dans les monts Magazeuses et se jette dans PAbaï. Toutes les 
eaux que nous avons trouvées depuis Mollatit sont des affluents du Nil et 
appartiennent au bassin méditerranéen. 

Nous nous arrêtons de l'autre côté de la rivière pour déjeuner, ce que 
nous pouvons faire de suite, Guindo portant les provisions sur sa téie; nos 
mulets de charge sont en arrière. 

Pendant le repas, Gabri Mariem me raconte que lors de l'invasion du 
Choa par l'empereur Théo.loros, on avait caché dans le lit de la Beressa 
des gannes (grandes amphores) remplies d'or et d'argent; on écrivit sur 
un parchemin l'endroit exact oti l'on cachait ces gannes; le parchemin fut 
cousu dans un de ses petits sacs en cuir brodés qui ont la forme et la 
dimension d'une cartouche et qui servent ii renfermer, roulés en volumen, 
des parchemins sur lesquels sont écrits des versets de la Bible, mêlés quel- 



[36 



EXPLORATIONS 



quefois k des formules cabalistiques. On suspendit le sac contenani indi- 
cation du lieu de dépât au maieb ' du jeune prince Saballa Mariem. Le 
prince fut fait prisonnier par Théodoros, Il ignorait la valeur de son amu- 
lelte ; aussi, à son retour, lorsqu'il reconquit le Choa et se proclama roi 
sous le nom de Mcnélik II, il avait perdu le précieux parchemin et les 
pannes sont encore dans le lii de la Beressa. 

A r I h. 1 5', nous nous remettons en rouie. 

A midi 48', nous avons à notre gauche le village de Beressa, nous 
sommes dans une vaste plaine ondulée, très culiivée. 

A midi 5o', nous entrons dans la plaine d'Angolala. 

A I h. 3o, nous arrivons ù Encoulal-Kousso |ceuf de Kousso), ainsi 
nommé à cause des magnîliques arbres de Kousso ' que l'on y remarque ; 
Encoula-Koussoesi un amba où se trouve une des résidences de l'Hazage 
Ould-Guierguis. 

Cei Hazage a la surintendance de lousles bâtiments du roi, la direc- 
tion de tous les travaux â exécuter dans les résidences royales; c*est un 
vériiable ministre des travaux publics. 

La résidence de l'Hazage Ould-Guierguis estcelled'un grand seigneur 
amara: un vaste enclos fermé par un mur en pierres sèches de hauteur 
d'homme, large d'un mètre, surmonté d'une palissade en bois dur, avec 
des pointes acérées en dehors et derrière lesquelles se mettent les tireurs en 
cas d'attaque; une porte fortifiée à côté de laquelle, dans une guérite en 
paille, se tient un gardien, donne accès dans cet enclos, qui contient, outre 
les habitations de l'Hazage, celles de ses gens; le tout peut être comparé h 
un château du moyen-âge, ou mieux à une résidence mérovingienne; le 
gardien nous fait traverser deux cours dans lesquelles se trouvent des huttes 
en paille, logements des gens de l'Hazage, de nombreux chiens trouvant 
mon costume insolite viennent me grogner aux mollets, je les éloigne avec 

< Le maleb (signi;, morquc) est un ..'ordon de soie bleue ou de coton blanc <^t]e tous 
les chr^licoE éihiopicns poneni au col en souvenir du cordon tricolore (rouge, bleu, 
blinc] que le prélrc baptisant passe nu col du nouveau-nÉ en l'honneur de la Sainie- 
TrJnilJ, le jour du bapième. L'on suspend au matel, des croix, des grains de corail, 
d'ambre, de verroterie, un anneau de cuivre, d'argent, de fer, de vermeil ou d'or, u»c 
croix, une médaille, un cure-oreille. 

I Le Kousso (Brayera antlielmintîca) est un trÈ» bel arbre au port majestueux; il 
donne un excellent bois de charpente ; les fleuri en sont très usitées en Ethiopie pour 
expulser le ver solitairej dans le langage poli on donne le nom de Kousso au lénia dont 
le vdrilable nom est considéré comme grossier et mal séant. 



L~rU[OPIRNNES 



mon ankassé '. Nous arrivons, enfin, dans la cour d'honneur où se irouve 
TAddarache. 

On nous fait asseoir sous le porche de TAddarache, sur des bancs de 
terre battue ; nos montures sont introduites dans l'intérieur et on leur 
apporte du grain. 

L'Addarache d''Encoula-Kousso a une quinzaine de mètres de largeur 
sur vingt mètres environ de profondeur, et sept à huit mètres de hauteur; 
on y accède par un porche, sous lequel sont des bancs en terre battue ; aus 
quatre coins se trouvent des cabinets, goudjo, qui servent, les jours de 
réception, à renfermer les gannes d'hydromel et de bière; en face du 
porche et de l'autre côté de l'Addarache, se trouve un enfoncement dans 
lequel se place l'alga, ofi siège le maître de céans pour présider ses récep- ' 
tions; on y accède par une porte dérobée qui donne dans la cour pardcu- 
lièrede THazage. 

Un homme de THazage vient nous prendre, nous fait traverser 
l'Addarache, et nous pénétrons dans une quatrième cour oti se trouve 
l'elfine (appartement particulier), jolie chaumière ronde dont le toit est 
surmonté d'une croix. 

En nous voyant entrer dans la cour, THazage, qui esi sur des tapis, 
sous le porche de son elfine, se lève et vient vers moi en me tendant la 
main à l'européenne, il me la prend et me fait asseoir en face de lui sous 
le porche, sur un tapis de Perse. 

L'Hazage Ould-Guierguis est un beau spécimen du type éthiopien >, 
d'une taille au-dessus de la moyenne ( i "> 7S i i ™ 80), bien proportionné, 

1 \SAnkiiisK est un 
L'cïtrémiii! mféneure es' 
duquel se trouvent deu: 
comme à'uzi slpenslok; 

mandalion de Moise de faire des Iroui 
MTt à faire ces trous et ensuite à les c< 

I Un des principaux faila, pour moi, Ae mon voyage en Ethiopie, c'est d'avoir acquis 
la conviction, après un s£;our de pri;s de trois années itnns le pays, de l'unité d'origine 
des Adials. des Çomalis, des Amara, des Oromon, des Sidama, des Gouragui, mon opi- 
nion est basée sur ce que : 

1° 11 y a un typ: Bi^mSral à qui tous ces différents peuples ae rapportent 1 

10 Toutes les langues qu'ils parlent dérivent du GbËze ; 

3d Tous ces peuples ont la priitention de descendre d'Abraham; 

4" lly a identité de coutumes barbares chez les uns, civilisées chez les autres ;!' Amara 



on ferré que les I^thiopiensc 


nt l'habitude de p.) 


ter en voyage. 


unie d'une pique, la super 


eure a un talon en 




u trois crochets en fer; en 


marche, on se ser 


de l'ankassé 


repos on le fiche en terre 


et l'on suspend â s< 


s crochets les 



. Les Ethiopiens observant encore la recom- 
ïrre pous déposer leurs excréments, l'ankassé 



5 ÉTHIOPIENHES 



la peau légèremcni bistrée, un peu fort cependant; la tdte parait petite à 
cause de la largeur des épaules, mais elle est belle et expressive, régulière 
et d'une grande pureté de lignes; le front vaste et bombé, le nez aquîlin 
légèrement busqué, la bouche régulière, Toreille petite, la barbe courte, 
frisée, régulièrement plantée, elle est presque blanche, tandis que les che- 
veux sont encore noirs, THazage est affecté de calvitie (dénudation médiane) . 
Il est à noter que chez tous les Ethiopiens, la barbe n'apparaît que tard, 
après vingt ans, et blanchit précocement, les cheveux, au contraire, ne 
blanchissent que dans un âge avancé; la calvitie, même chez les hommes 
de vingt-neuf a irente-cînq ans. est fréquente et affecte généralement la 
forme de dénuation médiane. L'Hazage a une belle main de prélat; il 
porte à Tauriculaire de la main droite trois gros anneaux d'argent massif ', 
et à son mateb, suivant Tusage, un gros anneau d'argent massif, et un 
cure-oreille également en argent; il est vêtu d'un djano, toge i bande 
centrale pourpre, dans lequel il se drappe majestueusement; auprès de 
THazagesont assis un vieillard et un prêtre reconnaissable à son énorme 
lurban de mousseline blanche. 

Après les compliments d'usage que THazage, qui est rempli de tact, 
veut bien abréger lorsqu'il se trouve avec les Européens, gens qui ont perdu 
l'usage des raffinements de l'éiiquelie, on nous apporte des burillés ' 
(carafons) d'hydromel '. 

Je lui offre, ainsi le veut l'usage dans tout l'Orient, un présent 
d'amitié. II le reçoit gracieusement et m'en remercie poliment. II médit 
ensuite qu'il pense que je suis son hôie pour quelque temps. Je le remercie, 
mais lui fais observer que je vais être obligé de partir sur l'heure, car Ras 
Gobanna m'a fait prévenir de me hâter d'être auprès de lui parce qu'il a 



nem] â la guerre; l'Adut chaque fois 

M. D'une maniirc assez générale, les 
1 droite trois anneaui: en argent en 
n emblÈme de la Divinité qui 



se décore d'un bracelet chaque fois qu'il tue un c 
qu'il tue un homme, même en l'agg^SEinanc. 

I En Ethiopie, l'or est réservé aux souveru 
hommes portent ru doigt auriculaire de la ma 
l'honneur de la Trinité, l'anneau du cordon chréliei 
est reprâscnté par un rond, un cercle. 

> Les Burillés sont des fioles au ventre en forme de ballon et au col allonge que , 
l'on fabrique à Venise; on s'en sert pour boire l'hydromel et la bière. 

! L'Hydromel s'obtient en brassant du miel avec de l'eau. Pour lui donner du ton ! 
et en activer la fermentation, on y aioule des feuilles de Gécho {Zi:jiphus milis), arbuste 
dont les feuilles remplacent en Ethiopie le houblon pour la fabricalion de l'hydromel a - 
de la biire. , 



raPLORATIOWS éTHIOPtEHNES I29 

deux envoyés du Motti (roi] de Djema-Ballifar; il veut me faire partir avec 
ses gens ei ils doivent rentrer de suite. J'aurai cependant à prier l'Hazage 
de me donner un homme pour me faire visiter les ruines à''Angolata. 
Volontiers, me répond l'Hazage, mais auparavant venez avec moi. 

Cela dit, l'Hazage me prend par la main, me fait traverser son elfine, 
et suivi seulement de M, Gabri Mariem, nous passons dans une autre 
couroCise trouve une petite chaumiiire ronde très coquette; nous y entrons; 
le sol en est jonché d'herbe fraîche ei odorante aux fanncs desquelles sont 
mêlées des fleurs; aux murs sont suspendus des selles de chevaux aux 
ornements d'argent, et des selles de mules brodées, plus quelques outils 
européens ; scies-égoînes, bisaiguës, hermineites et autres instruments de 
charpentier, brillants et luisants comme de l'argent. La pièce est meublée 
de deux algas recouverts de tapis européens, l'un représentant un Hon, et 
l'autre un tigre, plus une peau de breuf mouchetée tannée; un feu de bois 
d'olivier ' flambe dans un brasero en fer, L'Hazage me fait asseoir sur un 
alga, se place sur Tauire, et faii signe à M. Gabri Mariem de s'installer sur 
la peau de bœuf. On apporte des burillès; une servante s'accroupit dans 
un coin tenant sur la cuisse une ganne d'hydromel, on apporte la chair 
d'une mouquette ' que l'on vient d'abattre en mon honneur; un magnifique 
soldat au proBl d'aigle, aux longs cheveux tressés > et beurrés, l'habit à la 

' Il y a en Ethiopie de grandes forêts d'oliviers sauvages; Is bois en est rarherehé 
pour le chauffage, il brûle presque sans fumée, ce qui est prdcieui dans une contrée où 
les cheminées sont inconnues, et où l'on allume le feu au milieu des appartements. 

' La mouquciie est un bouc châtré et engraissé pour 1> table, la chair en est regardée, 

; Des lois très strictes règlent en Ethiopie la coiffure des hommes. Les enfants ont 
la (été rasée jusqu'à sepi ans, sauf quelques miches de cheveu; que Ton tresse en y 
mîlanl quelques grains de verre, corail, cauris, etc., le tout pour comballrc la jettatore 
aussi redoutée en Ethiopie qu'à Naples. A partir de sept ans, on continue de raser les 
cheveux des petits gardons; on leur laisse une sorte de couronne monastique de cheveux. 
qui ne sont point coupés, mais partagés sur l'occiput et réunis en deui tresses qui 
pendent sur le col ; les Jeunes gens doivent conserver cette coiffure, nommée camée, 
jusqu'à rage de puberté, époqua où ils se rasent la têle et doivent porter les cheveux 
courts, tant qu'ils ne se sont point distingués à In guerre en tuant plusieurs ennemis; 
alors ils laissent pousser leurs cheveux de toute leur longueur et ils les tressent; ces 
tresses decheveox sont enduites d'un mélange de beurre et de myrihe. Les ecclésiastiques 
et le» marchands, ont la tête rasée ou portent les cheveux courts; les guerriers se rasent 
la tête en signe de;deuilpour la mort u'un parent ou d'unamiou àla suite d'une calamité 
publique. 

17 



oeinniR *, s'accroupii devant le feu ci ae met en tlcvûr de aous confiec- 
tiooncr lies grillades; on page cane n«c nue aignâëicet on faasÎD, nous 
nom lamos ci coauaeaçaas nn gaôaa qai se tcnstae pu- k czK et les 
UqacofS. 

Un mome n t ap^fe Rt^ide «M nooiR; cfie muqoc deux hetucseï 
demie; je ihaiinih oti a*, rbomrae qui doô dobs aerrmtjm^tt^ k 

a; est pfft, me rfpood en «Minant rHas^e; car ^cst moi; 

:, îe me «un, et twos fwmis, ea dôant cela il se Uic et nous 



L'Hxnge temm aa moaie M mprèL, ks nisi euoar» d'une àianne 
ceiomre et «aai 4 la nain ane longoe gmk bt aa cfae dont nue onrémitê 
se KTinine en ftmicbe. Noos wnooi, et devutt la ponc e x i éii e uic du 
Hekig ' m écoycr tàent on boa dm^ gm patrariê i|m piadè. «mis soa 
harnais d*xi]pat i. k cfliê de ma mole. L'Hampe, pofimcnt. me dît de me 
rnenR en selle le ftemitr. Pomr i«ts obfir. £»iecB aladiiiaai. et fen- 
faorcfae Rowne. L Uaa^e est • cneval, mi f^f^ ■ precède ponant sttf 
r^olc sa grande ^ne daak oa faaneea de sadn aamoîsi ; on ccaTer le 
SDÏI. porant soa 6aS l^m mtptîSijnr amBKpmlan Wîndiester^ et soa 
boDclier, à ramboQ do^ad pead aae aînièie de Boa. 



^M hqoeBe St ae dt^pm 1 




EXPLORATIONS ÉTHIOPIBHNES 



L 3 h., nous descendons de l'amba de l'Hazage pour nous rendre sur 
la buiie où esi consiruite Angolais. 

A 3 h. t3', nous arrivons au pied de l'amba de l'Hazage, ob nous 
trouvons une eau courante très pure et très fraîche; elle provient de la 
fontaine du roi, construite par Sahala Sélassié. 

A 3 h. 2o', nous arrivons à remplace me m de cette fontaine. 

Un renseignement qui me fut donnii en langue amarigna, à un mo- 
ment où je ne comprenais que quelques mots de cette langue, et l'aspect 
imposant des ruines d'Angolala, firent que la première fois que j'aperçus 
ces ruines, j'en attribuai la construction aux Portugais; je l'ai écrit et je 
me suis trompé; cette ville a été fondée et construite par le roi Sahala 
Sélassié dans les premières années de ce siècle. 

La fontaine du roi se compose d'un enclos maçonné, en partie en 
ruine, carré, d'une vingtaine de mètres de côté, planté de beaux arbres; 
elle est formée d'un bassin en maçonnerie, ruiné en partie; cet enclos, du 
temps de Sahala Sélassié, me dit THazage Ould-Guiorguis, qui a été l'un 
des pages de ce roi, était clos par une porte fermant h clef ei avait un gar- 
dien particulier; cette fontaine suffisait à tous les besoins de la résidence 
royale. Je goûte de son eau dans le creux de ma main ; elle me paraît pure 
et légÉrc, elle est très agréable au goût et très fraîche; je remonte sur ma 
mule et nous continuons notre route. 

A 3 h. 26', nous arrivons au premier mur d'enceinte d'Angolala; il 
est en pierres sèches, tout en ruine, et entoure complètement la buite sur 
laquelle est placée la résidence ; sur la gauche, à deux cents mètres environ, 
sous de grands et beaux arbres, se trouve une église, le seul bâtiment qui 
ait été restauré ; nous traversons un champ de blé aux épis miirs et dorés 
poussant au milieu des ruines. 

A 3 h. 28', nous pénétrons dans la deuxième enceinte par une brèche 
au milieu du mur en pierres sèches écroulé; à côté du mur, à droite, une 
tombe; plus loin, les ruines du tedje bit [maison de l'hydromel) , du 
tella bit (maison de la bière) ; sur la gauche, les ruines de la maison de 
Demétrious, Arménien, architecte du roi Sahala Sélassié; c'est lui qui 
construisit cette résidence. Il avait avec lui cinq ouvriers arméniens. L'Ha- 
zage ne se souvient que du nom d'un de ces ouvriers. Gorgijos. En 
face, l'addarache, ruine vraiment imposante. Les murs avaient une ving- 
tain de mètres de hauteur; sa forme était celle d'un parallélogramme; 
dans un enfoncement des murs se trouvait une pièce circula ire oCi se plaçait 



|33 EIPLORATIOXS érHIOFIEHItBS 

i'alga royal, La largeur de Taddarache devait être de trente à trenie-cioq 
mètres, et sa longueur quarante à quarante-cinq', à côté de l'addarache se 
trouvaient les elfincs du roi ; il n'en resie que les caves. Le roi actuel les 
a fait fouiller. Elles fonneut un boyau de six à huit mètres de largeur 
sur vingt à vingt-cinq de long ; elles ont été construites en pisé, les voûtes 
en sont très régulières. Au nord, se trouvent les ruines des maisons qui 
avaient servi de logements à nos compatriotes Rochei d'Héricourt, Combes 
et Tamisier, au capitaine anglais Harris. L'Hazage me parle deces Eu- 
ropéensqu'ilaiousconnus, surtout Rochei.qui est, du reste, très populaire 
au Cboa, où il fit deux voyages ei dirigea la construction de deux moulins 
hydrauliques, l'un pour la poudre, l'autre pour la farine. 

Les priiires excommunièrent les moulins, disant que c'était lediable 
qui les faisait marcher; ils firent détruire, par des fanatiques, le moulin à 
farine, mais ils n'osèrent s'attaquer à l'autre, le roi y tenait trop. 

A son second voyage, Rochet d'Héricourt fit passer entre Louis-Phi- 
lippe, roi des Français, et Sahala Sélassié, roi de Choa, un traité de paix, 
de commerce et d'amitié '. — Un voyageur franijais ne saurait, sans ingrati- 
tude, oublier que les Fran<;ais doivent à Rochet d'Héricourt la popularité 

I tk*it£ politique et commebcul. — TraElë polilEque et commercial entre le grand 
LouU-Philippe, roi de France, el Sahala-Sélassié, roi de Choa, et ses suîcesscurïi 

■ Vu les rapport» de bienveillance qui eiiatenl entre S. M. Louis- Philippe, roi de 
Fronce, et Sahata-Silauié, rui de Choa; vu les échanges de cadeaui qui ont eu lieu 
entre ces souverains, par l'entremise de M. Rochet d'Héricourt, chevalier de la Légion 
d'honneur et di^oré des insignes de grand du royaume de Choa, le roi de Choa désire 
alliance et commerce avec la France. 

II Vu la conformité de religion qui existe cnfre les deux nations, le roi de Choa ose 
espérer que, en cas de guerre avec les musulmans ou autres étrangers, la France 
considérera ses ennemis comme les siens propres. 

K S. M. Louis-Philippe, roi de France, protecteur de Jérusalem, s'engage à faire 
respecter comme les sujets français tous les habitants du Choa qui iront au pUerinage, 
cl à les défendre, fi l'aide de ses représentants, sur toute la route, contre les avanies des 
infidiles. 

•> Tous les Français résidant au Choa seront considérés comme les sujets les plus 
favorisés, cl, à ce titre, outre Icursdroits, ils )oulronl de tous les privilèges qui pourraient 
£lTe accordés aux autres étrangers. 

» Toutes les marchandises fran{aises introduites dans le Choa seront soumises i un 
droit de trois pour cent une fois payé, et ce droit sera prélevé en nature, afin d'éviter 
toute discussion d'arbitrage sur la valeur des dites marchandises. 

> Tous les Français pourront commercer dans tout le royaume de Choa. 

■ Tous les Français résidant au Choa pourront acheter des maisons et des terres 




BXPUIIIATIONS ^HIOPIENHES 



133 



dont ils jouisseni au Choa. C'esiaux frères d'Abbadie, déjà légendaires en 
Ethiopie, aussi bien dans les pays qu'ils ont visités que dans ceux oti ils ne 
sont connus que de nom, que les Ethiopiens, pieux conservateurs de leur 
souvenir, ont surtout appris à aimer, estimer, respecter la France. 

L'Hazage me parle aussi de Combes, de Tamisîer et du capitaine 
Harris. 

Angolalaaété détruite par les Abichou, qui se révoltèrent lors de Tin- 
vasion du Choa par l'empereur Théodoros. 

A 3 h. 55', je prends congé de l'Hazage à la première enceinte; nous 
descendons une pente raide où se trouvent quelques maisons. 

A 3 h. 58', nous franchissons la deuxième enceinte ei sommes dans la 
campagne qui est magnifique :eau courante, bois, pâturages, moissons; à 
5 ooo mètres sur notre droite, ei par 90" se trouve, sur une éminence, une 
église dédiée à saint Cyr, Circosis ; c'tsi un lieu de pèlerinage très fré- 
quenté; plus loin le pays d'Hamman ; le ras possède d'immenses cavernes 
et qui ont joué un rôle dans toutes les guerres du pays. 

A 4 h. 35', noua traversons la rivière Fathw; sur la gauche se trouve 
un rocher gris, auquel sont attenants les pans d'un mur en ruine qui 
avait été construit du temps de Sahala Sélassié pour se défendre des tribus 
Gallas ; sur la croupe du rocher, il y a quelques maisons à côté desquelles 
nous passons. 

A 4 h. 48', nous traversons le torrent de Galla Tcha-tchia; nous 
sommes dans une vaste plaine de forme élipsoide entourée d'éminences. 

A4 h, 55', nous traversons la rivière de Tcha-tchia, dont le torrent 
Galla-Tcha-tchia est un affluent ; elle coule ici parallèlement à notre gauche. 

A 5 h. 5', nous arrivons à la Tcha-tchia qui fait un coude; nous la 
passons en cet endroit ; son lit peut avoir de vingt-cinq à trente mètres de 
largeur ; l'eau coule sur des galets. 

Cette rivière a été une des limites du Choa; on la regarde encore 
aujourd'hui comme la séparation des pays Amara et des pays Gallas 1. Une 
fois la Tcha-tchia traversée, nous entrons sur le territoire de la tribu des 
Abicfaou. 



dont l'acquisîtEoD sera garantie par le 
disposer de ces mfmes propriétés. " 

I Minélik II, reprenant la grande idée de 
chaque année, par de nouvelles conquêiee dans le Sud, 
où il portera aux lacs £quatoriaux les lîmlIeBdu Choa. 



de Choa 1 let Français pourront revendre ou 

grand-père Sahala Sélasné, £tend 
; on peut prévoir le jour 



■ 34 

A 5 h. lo', nous traversons le lorrent de Gimbici qui coule ici au 
milieu des rochers et va se jeter dans la Tcha-tchia; nous nous arrêtons 
cinq à six minutes pour faire boire nos montures. 

A 5 h. 5o', pour arriver sur Téminence où se trouve la résidence du 
ras, nous avons à monter un rocher à penie raide sur lequel croassent 
des légions de corbeaux; ce rocher nousdonne accès sur le plateau pierreui 
de Gimbici où nous prenons la route. 

A 6 h., le soleil va disparaître k l'horizon, nous mettons pied à terre 
devant le mur d'enceinte de In résidence de Gimbici. 

Ras Gobanna esi parti depuis lundi; en son absence, sa dame nous 
fait splendidement r 



Mercredi i5 novembre. — A 6 h., en attendant le départ, je fais le 
tour de la résidence du ras. Elle domine une vaste et plantureuse plaine; 
au N.-E. se trouvent des buttes en forme de ballon et un rocher gris, qui 
paraît, de loin, un monolithe, une porte; ce serait un lieu sacré du pays. 

Un vieil Amara, du nom d'Altman, au service du ras depuis sa jeu- 
nesse, qui m'a été donné hier, comme balderaba ', par M""' Gobanna, vient, 
à huit heures et demie, me demander mes ordres pour le départ; j'exprime 
le désir de me mettre en route le plus tôt possible. 

A g h, 35', nous nous mettons en route, descendant une pente très 
raide. 

A 9 h. 35', nous sommes sur un plateau à grandes ondulations; nous 
avons devant nous l'horizon borné par les montagnes de Salalé. On me 
fait voir, sur la droite, celle au pied de laquelle se trouve le fameux 
monastère de Libra-Libanos. 

A 9 h. 43', nous sommes arrivés au fond du plateau qui est concave; 
là sont de magnifiques pâturages, au milieu desquels paissent d'innom- 
brables troupeaux de bœufs et un certain nombre de chevaux et de mulets. 

A 10 h, 2', nous traversons une ligne d'eau bordée de quelques arbres; 
sur notre droite, le village de Tajoulet, forêt sur les hauteurs et dans le 
fond à noire droite; le sommes des coteaux est boisé, les vallons sont mi- 
partie labourés, mi-partie en pâturages. 

A lo h. 24', nous nous arrêtons pour attendre les animaux de charge 



■ Balderaba (patron injeri:ess 
eu donné chei tes grands pour 1 
tnulfs dont vous avez t>csoîn. 



ir);, 



n homme de confiance qu[ vous 
is inlroduirc, et vous procurer 




EXPlOnATIOHS ÉTHIOPIENNES 



l35 



t 



ités en arrière: nous sommes au milieu des p.iys du ras, dans sa propre 

tribu, celle des Abichou; au nord, soni les Galanes-Saoua, et à l'ouest les 

Obori ; ces tribus qui étalent, il y a quelques anniies à peine, la terreur du 

Choa, en sont aujourd'hui la force ; elles représentent plus de trente mille 

tvaliers qui servent actuellement Ménélik II. 

A 1 1 h, lo', nous nous remettons en rouie. 

A 1 1 h. 20', la plaine où nous sommes. YevoUo-Villet, est le lieu où 
roi a coutume de donner rendez-vous à ses contingents gallas lorsqu'il 
en expédition dans le Sud. 
A midi, nous entrons dans une nouvelle plaine, celle de Miguira. 
Ce nom de Miguira est celui que l'on donne en langue oromone à une 
petite graminée ici très abondante et qui forme un remarquable fourrage 
lur les chevaux et les mulets. Il y a beaucoup de cultures et des habi- 
llions disséminées. 

A midi 6', au milieu de la plaine, j'aperçois de gros corbeaux qui ont 

le sommet de la tête couvert de plumes blanches, qui forment une sorte 

de calotte : c'est le bôha, oiseau caractéristique des hauts plateaux du Choa. 

A midi 1 5', arrêt auprès d'une flaque d'eau pour faire boire nos mules 

Atdéjeuner; l'horizon est limité sur notre gauche par la chaîne de mon- 

ignes de Dalauta. 

A 1 h. 5', départ; nous sommes sur un plateau ondulé, 

A 2 h., nous passons entre deux buttes distantes Tune de l'autre de 

mètres; nous entrons ensuite dans une vaste plaine du nom deKousso, 

.1 y a de belles cultures et de grands pâiuragcs où paissent de beaux 

troupeauxde bœufs et de chevaux. Une belle fille galla, à califourchon sur un 

wgoureui bidet, trottine en poussant devant elle un âne chargé de grains. 

A 2 h. aS', nous quittons la route pour aller à la recherche d'un 

logement. 

A 2 h. 45', nous nous arrêtons devant un vert vieillard, à figure 
franche et ouverte, ornée d'une barbe ei de cheveux d'une blancheur écla- 
tante; il est adossé à un pan de muraille, s'appuie sur un long bâton et 
abrite sa léie avec une petite ombrelle en jonc trsssé. Altmann, en se ser- 
vant d'Aiellé pour traduire ses paroles d'amarigna en oromon, lui fait un 
long discours pour lui demander de nous loger, lui disant que je suis l'hôte 
du ras. 

Le vieillard répond crânement : je ne suis pas un fonctionnaire 
:houm) obligé d'obéir et de loger les étrangers; je ne suis obligé à rien. 




Jaidi i6 «oivMfaY. — A 6 k^ ■■ 
m^tm et «en i w» oaiM pofif a ptéwai 
perle» «n fenneiife h anwaet tDot le B 

A 7 h. V, aot» MO* Mecm» 
ftmoe cuiàric. dom le wl cm en psme r 

A 7 h. 4$^, noas ant^aoos la (rfxtue qui est acmdbmem i 
Ml Mine oc cMuiu bo iiù i ooos stods i Uiivuiu' h gnnte ii<Mu oc 
Ftno-Robt «t noue cotions far le lemtaîrede U tribodcs Dfcfau 

Ath,f/, par ooc peme rochease, ooos doos dirigeons ven on boo- 
«cta pfjttiu ob tKMU arrirom i 8 b. t&; ceplnean en emoiiFé deaxeabx 
bojié* ofa H troovcm de nombreases babiuiîotis. Dans le loinnia, et co 
face de noiu, noa« avons lei inoou Gara-Gafoa, et je relère aa N.-O. les 
montagne» de SaUk. 

A 8 b. 40^, nom longcon» des affleurements de roches, ensuite aoe 
rivUrc coalani au milieu des rocben : c'est EUelbé; après avoir trav er s é 
cette rivlirc et remonta quelques instants, nous trouvons des rocbcs. 

A 'j h. y, nouveau plateau, bouquet d'arbres et habitations sur notre 
Itauchfl. 

A r^ h. iV, nous trouvons le village d^un Abba-Donla (père de la 
||ilflrr«)l on voit m tombe formée d'une banquette en pierre sèche souienani 
d« la urre dan* laquelle sont cultivés des arbres et des plantes; le nom de 
l'Abba-Doulu ici cnurré eit Ouba-ChoumbI ; ce fut un grand chef dont le 
fjuvsnif c*t toujours vivant dans la contrée. 

A 10 hi, nous traversons la rivière de Ald-Tou, au milieu de laquelle 
'irt remarque des roches. 

A 10 h. ti', iioui aommcs dans une vnsie plaine couvene de beaux 1 



EXPLORATIOKS ÊTHIOPIZKNES 



■3? 

pâturages ei oii se trouvent une quantiii considérable de bneufs et de che- 
vaux. Nous nous croisons avec un vieux chef galla vêtu de peaux, qui che- 
vauche fièrement sur un magnifique cheval gris pommelé aux harnais 
d'argent : il tient une longue gaule i*! la main, il est suivi d'une vingtaine 
de cavaliers ponant lance et bouclier; nous nous arrêtons pour laisser 
manger un moment nos animaux et nous nous remettons en route à 
10 h. 53', toujours dans la même plaine. 

A II h. i5', nous arrivons au village de Adjé. situé au milieu de 
buttes couvertes d'arbres. 

A midi 6', nous traversons la rivière d'Aussabry. 
A midi i5', nous profitons de l'abondance de l'herbe et de sa bonne 
qualité pour faire manger nos mules; depuis que nous avons traversé 
l'Aussabry, nous sommes sur le territoire de la tribu des Gaili. 

A midi 55', nous passons à côté du village de Gallie qui est une pro- 
priété particulière du ras Gobanna. 

A I h. 35', nous entrons dans une vallée qui s'ouvre sur notre 
gauche; il y a de beaux arbres, des cultures et des pâturages; en face de 
nous est le village de Gorfa ; le site est riant, nous le traversons au galop. 

A r h. 5o', nous entrons dans la belle vallée de Da-Kaboura; elle est 
bien cultivée; les hauteurs qui l'entourent sont couvertes d'arbres. 

A 2 h. 3o', nous arrivons à la rivière et â la valide de Saho ; nous tra- 
versons la vallée dans le sens de la longueur, elle est entourée de coteaux 
verts; arbres et maisons, tout est vert, car les toits de chaume des habita- 
tions sont couverts de végétation ; le village de Saho est h mi-côte dissémine 
des deux côtés. 

.\ 2 h. 35', nous sommes sur le sommet du coteau, à droitalaTstlée 
de Gorfo; elle est très belle, ornée d'arbres, de cultures, de pâturages et de 
très nombreux bestiaux. 

A 3 h. 2i', nous traversons la rivière de Gorfo. 

A 3 h. 55', nous arrivons devant une enceinte en pierres sèches sur- 
montée de palissades en bois; nous sommes arrivés à Tanne, résidence 
d'un schoum du ras, qui se nomme Tou/a; il vient de partir pour accom- 
pagner M™ Gobanna, qui, partie de Gimbici quelques heures avant nous, 
a couché hier ici ; en l'absence du schoum ses gens ne veulent pas nous 
laisser dépasser la première cour; on menace même de lalnnce Aitman,qut 
veut de gré ou de force pénétrer dans l'intérieur; pendant que les uns 
parlementent et les que autres se fâchent, je m'assieds par terre ; une jeune 



i38 ^SSoRation^ 

femme, coquetiemem vêiue, traverse la cour; elle s'iodine gracieusemeot 
un passant devant moi, }e me lève ei la salue; un écuyer et un page la 
suivent, menant une mule richement caparaçonnée et au col orné d'un 
large collier de perles bleues. 

Des ordres ont été très certainement donnés, car on vient nous cher- 
cher et l'on nous installe, bêles et gens, dans l'addarachc. 

Le soir, on ne veut point nous apporter de la paille pour nos mutes ; 
nos gens, le fusil en bandoulière, vont en prendre d'autorité dans les aires; 
cet acte de vigueur donne à réfléchir aux gens du schoum ; ils pensent que 
le ras se fâcherait certainement s'il apprenait ta réception qui nous est 
faite, on nous doit l'hospitalité; une heure après, on nous apporte tout 
ce qui nous est nécessaire pour le souper '. du bois, de la volaille, un 
mouton, des pains, de la bière, de l'hydromel et des torches de cire pour 
nous éclairer. 

Vendredi ij novembre. — On voit d'ici les montagnes du Godjam; 

sur notre droite, se trouvent les Kollah de Koké où se cultivent les mils, 
cotons, bananes et autres cultures de lerres chaudes. 

A 7 h. 25', départ. Nous avons d'aljord à dévaler une pente très raide 
et pierreuse qui nous donne accès, à 7 h. 35', dans une vallée très cultivée 
oti se trouvent de nombreuses maisons. 

A 8 h., nous arrivons sur un plateau à grandes ondulations. 

A 8 h. 1 5', nous traversons la rivière d'Edjeré ; l'eau coule en casca- 
tcllcs au milieu des ruchers, les bords sont gazonnés; de nombreuses 
pierres, paraissant être un minerai, s'offrent à notre vue. Lorsque nous 
nous remettons en route, il est 8 h. 27'. 

A 9 h., nous traversons une nouvelle rivière. 

A g h. 12', en remontant quelque peu, nous laissons à notre gauche 
un groupe de maisons, et nous venons sous de beaux sycomores, où se 
reposent des bœufs et des chevaux; nous y prenons nous-mêmes quelques 
instants de repos; nous admirons ce site, qui est des plus riants; les Gallas 
ont ici des bosquets sacrés; il y pousse sous les sycomores, dans un pitto- 
resque mélange, des rosiers sauvages, des jasmins et des arbustes verts, le 
tout pour les délices de la vue et de l'odorat. 

Un beau champ de fèves mûres est auprès de l'endroit où pâturent 
nos mules; de loin, je vois nos bergers qui le dépouillent; je m'y rends, 
et saisissant Circossy, je lui administre une paternelle correction. Après 



EXPLORATIONS ^THtOPIENNES xSg 

cela je fais réunir les hommes et leur signifie cjue je n'auioriserai aucun 
acte de maraude, que Circossy doit à son jeune âge ci à ce qu'il est déjà 
depuis longtemps à mon service, la faveur d'en être quitte pour une cor- 
rection de ma main, mais que le premier qui sera surpris maraudant sera 
immédiatement chassé. 

A 10 h. 1 5', nous découvrons une vallée qui a la forme d'une étoile 
et rayonne en tous sens; on y remarquedes rochers et des cultures. 

A 10 h, 3o', nous traversons la rivière de Sibillou, qui coule dans un 
lit d'une trentaine de mètres de largeur. 

A 10 h. 45', nous distinguons, sur notre droite, les montagnes du 
Godjam qui se profilent nettement sur l'horîzon. 

A 10 h. 5o', nous arrivons sur un grand plateau cultivé, lerre noire, 
de beaux arbres. Nous sommes depuis la Sibillou sur le territoire de la 
tribu des Gombitchou. 

A 1 [ h. 1 5', nous nous arrêtons au milieu d'un beau pâturage pour 
faire paître et reposer nos montures, car il faut en route ne point oublier 
le proverbe : « Si tu veux aller loin, ménage ta monture. « 

A midi, nous nous remettons en route, nous rencontrons des habi- 
tations au milieu de bouquets d'oliviers, des cultures au milieu de terres 
rouges qui paraissent contenir du fer. 

A midi 18', nous commen<;ons à descendre dans une plaine ondulée; 
devant nous des coteaux verts avec des arbres par bouquets, un horizon 
des plus riants. 

A midi 3o', nous découvrons, en face de nous, le village de Goubbé ; 
c'est aussi le nom de la tribu qui l'habite. 

A midi 5o', à côté du village, nous prenons un ravin tout h fait à 
pic; la descente est très abrupte et encombrée de monde, c'est la suite 
de M"' Gobanna. Les rochers forment murailles; c'est dans les anfrac- 
tuosités de ces rocs qu'un étroit lacet a été ménagé; tout ici est décoré d'une 
végétation luxuriante, arbres et plantes à fleurs de toutes couleurs et de 
tous parfums; épines, palmiers, plantes grasses, cyprès et autres conifères 
forment un fouillis admirable oti toutes les gammes du vert végétal 
s'irisent sur le gris des roches. 

Devans nous, ei dans les profondeurs vertigineuses du ravin chemine 
M"" Gobanna avec son cortège, pittoresque enchevêtrement de suivantes, 
d'écuyers, de prêtres, de moines, de soldats et de valets ; tout le monde a mis 



t4a 



EXPLORATIONS éTH OPrENNES 



1 tenus en main par 



pied â terre ei les animaux aux harnais écUtani 
des palfreniers. 

A i h. lo', enfin, nous avons fini de dévaler notre descente et nous 
voici sur les bords de la rivière Baulé; son lit a une vingtaine de mètres de 
largeur, ses eaux coulent sur des galets; après avoir traversé la rivière, 
nous remonions par une petiie prairie Où poussent de beaux arbres: une 
fois que l'on a traversé Baulé on entre dans le pays et sur le territoire de la 
tribu de Moulo. 

Nous laissons sur notre droite levillage de Gouyoo. 

A 2 h. lo', nous arrivons à la rivière de Gouyoo qui coule au fond du 
ravin ; il peut avoir une quarantaine de mètres de largeur, et est taillé 
dans le roc vif d'un côté; de l'autre côté de la rivière sont de beaux arbres 
et de la verdure au milieu des rochers; M'"= Gobanna et sa fille sont vis-i- 
vis de nous, assises à l'ombre de grands arbres, sur des blocs de rochers. 
Je vais, accompagné de mon interprète, présenter mes respectueux hom- 
mages à ces dames. 

Je ne savais qu'imparfaitement, ne l'ayant vu que dans des livres, ce 
que pouvait être une grande dame au moyen âge; maintenant je le vois, 
car ici nous sommes dans un milieu identique à celui de l'Europe du 
vji' au vm< siècle. 

M™ Gobanna est grande et forte, entièrement recouverte du col aux 
pieds dans une ample mante de drap noir; elle a la tête serrée dans un fichu 
en mousseline blanche, un vieil écuyer lui lient ouvert au-dessus de la tête 
un vaste parasol en soie, blanc doublé de vert ; sa fille, belle personne de i 
vingt à vingt-cinq ans, est assise à ses côtés; elle est drapée dans une final 
toge de coton blanc ù linteaux pourpres, le tout recouvert par un camaïl 1 
bleu de ciel; elle a, comme sa mère, la tête serrée dans un fichu dej 
mousseline blanche d'où sortent deux magnifiques tresses de cheveux noirs; • 
un vieil écuyer tient également un parasol ouvert au-dessus de cette dame, j 
Un ecclésiastique à barbe blanche, l'aumônier, s'entretient familièrement 1 
avec ces dames; lorsque je m'approche, M™ Gobanna, en véritable grandeJ 
dame, se montre polie et gracieuse et s'informe minutieusement si nousl 
n'avons manque de rien en chemin, si la route ne m'a point fatigué. Je ImM 
remercie, m'incline et me retire. 

La gorge est remplie d'une foule des plus pittoresques, oii les mendiants,! 
et les moines dominent; ces derniers sont vêtus de peaux et ont U lèt 
recouverte de calottes. Les hommes, aussi bien que les femmes, tiennent| 



KXPrOF*TIOK8 KTHIOMENWFS 14I 

à la main une béi,]Liille ci un chasse-mouches; ce sont Jesobjcis presque 
à l'usage exclusif des ecclésiasiiques: parmi les moines, je remarque avec 
étoonemeni des hommes véius, comme eux, de peaux, la téienue et les che* 
veux longs ; ce sont des Nazaréeos '. 

Nous remarquons aussi le nain ei le bouffon de ces dames; de jeunes 
pages mèneni tn laisse, non point des chiens, mais de beaux chats rouges et 
blancs. Le chat est ici le véritable animal familier et il suii partout les 
équipages de ses maîtres, se laisse conduire en laisse et s'attache aux 
personnes au lieu de s'attacher aux maisons comme en Europe. 

A 2 h. 30', nous nous remettons en route; devançant cette fois 
M'« Gobanna ; nous remontons par une gorge étroite et boisée le cours de 
la rivière. 

A 2 h. 25', nous laissons la rivière sur notre gauche et remontons en 
plein bois par un sentier abrupte ; nous rencontrons des moines 
chantant des psaumes et des soudards luiinani des filles qui porient des 
amphores de bière ou d'hydromel. 

A 2 h. 55', nous traversons uo torrent qui se rend à la Gauyoo ei 
continuons à gravir au milieu des arbres une pente raide et boisée. 

A 3 h., nous arrivons enfin sur un grand plateau de terre dure, 
sur lequel sont répandues des pierres en rognons; il y a des arbres dissé- 
minés et des graminées sauvages. Les gens de M"' Gobanna, ù mesure 
qu'ils arrivent, s'étendent par groupes sous les arbres, car c'est ici que le 
cortège se formera, lorsque M™' Gobanna sera arrivée, pour faire une entrée 
convenable dans Fallé, ville du ras, qui n'est qu'à quelques minutes d'ici. 
Nous, qui ne faisons partie d'aucun cortège, nous continuons noire route. 

A 3 h. 1 5', nous arrivons en vue de celle ville, oti nous devons ren- 
contrer le ras et oCi se rend également M"' Gobanna. Nous nous arrêtons 
sous de beaux arbres, à côté de la résidence du ras. 

t On sait que les Ethiopiens professaient le culte juif. |Its furent des premiers â 
accepter le christianisme et appartinrent à l'âglise bébraltanle ou des Nazar^enaj i! est 
parlé dans les actes des apâtres, chapitre V[1T, versets 16 à 3g, d'un eunuque de ta reine 
Candace d'Ethiopie qui fut, par l'apiJlre Philippe, converti au l'hrisilanisme ; d'un autre 
côté tainl Mathieu aurait iSvangélis^ l'Ethiopie; il résulte de ces deux témoignages que 
le christianisme a été, dis les premiers temps, profesgif en Ethiopie, et qu'il l'a fie tout 
d'abord par des chrétiens hebraïsant ou des Nmarfens; les Nazaréens sciusls sont des 
moines girnvoguca qui s'abstiennent de toutes boissons fermentées et de tout i:e qui a 
vie; ces ascètes sont surtout nombreux au Godjam, Ils ne peuvent se couper ni la barbe 
ni les cheveux. 



142 



EXPLORATIONS ^HIOPIKNNES 



Des serviteurs et des clienTs des deuK sexes formani un foule compacie 
siationneni devant le château pour saluer leurs daines et maîtresses, un 
eunuque, richement vêtu d'une coiie d'arme en damas, et montant sans 
grâce un magnifique cheval gris au harnais d'argent, cherche à maintenir 
un passage libre au milieu de la foule en faisant carracoler son cheval et en 
distribuant des coups de fouet à droite et â gauche; les cris de joie et les 
acclamations de la foule nous annoncent que l'on a aperçu le cortège; une 
fois que ces dames sont rentrées, nous nous présentons chez le ras; il est à 
son tribunal occupti à rendre la justice. Il me fait appeler, et après un 
échange de compliments, il donne l'ordre de me faire accompagner à une 
habitation qu'il nous a fait préparer dans le bas de la ville. Celte habita- 
tion, qui est toute neuve, est composée de deux chaumières de forme ronde, 
au milieu d'un enclos, dans un coin duquel se trouve un magnifique 
sycomore. 

Samedi iSnovembre. — Séjour à Fallé. — J'envoie de grand matin 
Gabri Mariem saluer le ras, qui lui dit que je suis fortuné, que tout se 
présente très bien pour mon voyage, et qu'il pense que je pourrai en toute 
sécurité voyager ei séjourner jusqu'au Kaffa, compris ce royaume; car il 
va, d'une part, me confier aux envoyés de Djema qui sont auprès de lui, et, 
d'autre pan, il me fera partir avec le Fittorari ' Garado. qui est auprès 
de lui. 

Le Fittorari Garado commande l'avant-garde de l'armée du ras et 
administre les pays les plus récemment conquis, justement ceux que je me 
propose de visiter. 

Je monte i'aprês-midi chez le ras, je le trouve assis à son tribunal à 
rendre la justice '. Le tribunal est dans une tour carrée à un étage, ayant à 

' Fittorari, commandant de l'avanl-gardc. En Ethiopie, l'organisation militaire a 
pour base l'unild de commandement. Une armée est entre les mains, sott de l'en)' 
percur (Atlié), d'un roi (Négous), d'un ras, d'un dedjaz-matche (porte des Rens en 
campagne). Celle armi^e sera toujours divisée en cinq parties, le centre qui est commandé 
par le cher, l'aile droite qui est commandée par le cagnas-matche, l'aile gauche par la 
gueras-maiche, l' arrière-garde par l'âba, l'avant-garde par le Fittorari. 

1 Toutes les affoircs civiles en Ethiopie sont d'abord portées devant ( 
arbitres; après ce premier jugement, si le! parties ne sont pas d'accord, elles en BppeUe(it4 
d'abord devant leur mnlcagnat (d), ensuite devant leur chef dedjaz-matche, ras, négous, ' 
CI autrefois en dernier ressort devant l'aitié. Les jugements doivent toujours avoir lieu 
en public, et tous les nsaistanis peuvent donner leur avis et prendre la parole ; on plaide 



KXPLOKATIJKS ÉTHIOPIETOIES 



143 



ait saillie 



la hauteur du premier un balcon recouvert par u 
sur la façade à quatre ou cinq mètres au-dessus du sol; 
balcon, sur une petite estrade en terre battue se tiennent debout cinq vieil- 
lards; ce sont les juges. Le ras préside de son balcon oti t] est assis sur une 
pile de coussins. Devant celte tour le public, maintenu par des huissiers. 
forme cercle; au milieu du cercle se trouvent les parties et les avocats, 
plus les interprètes, les uns chargés de répéter en langue oromone louie 
parole prononcé en amarigna, les autres devant traduire en langue amari- 
gna tout ce qui csidii en langue oromone: tout le monde ayant le droit de 
parler en faveur d'une des parties, tous ceux qui assistent à un jugement 
doivent pouvoir comprendre ce qui s'y dit. 

Le ras m'envoie chercher par un de ses écuyers, et je suis introduit, 
avec mon interprète, dans la chambre de la tour précédant le balcon, où se 
tient le ras qui, tout en dirigeant les débats, nous donne audience. La 
conversation est naturellement amenée sur les pays que je vais aller visiter. 
Le ras parle avec un sentiment d'orgueil bien légitime des pays qu'il a 
soumis au tribut du roi du Choa. L'année dernière, dit-il, je fus à Kaffa; il 
vint de partout des gens pour me saluer: je leur dis: il faut payer un 
tribut ; il nous en vient maintenant de pays dont je ne connais pas le nom. 

Il me présente ensuite au Fittorari Garado; c'est un homme de belle 
taille avec une tête oti le lion domine; il m'est, dès le premier abord, sym- 
pathique; Garado, avec le temps, est devenu mon ami ; c'est un gentil- 
homme dans la vraie et bonne acception du mot. 



Dimanche 19 novembre. — Le matin je vais, accompagné d'un de 
mes plus jeunes domestiques, portant un fusil sur l'épaule, faire une pro- 
menade dans les environs. Je constate un sol d'une très grande fertilité, de 
beaux pâturages, naturellement arrosés par de nombreux ruisseaux. II y a 
dans ces pâturages de grands troupeaux de bœufs, de chevaux, d'ânes; ce 



par le mLnistère d'ivcK 
Pcnta^Ngueste qui est 1 

Pour lei atTalrïS < 
loi Kul peut connaître 

(a) Alalcagnal ei 
du malcngnal, que l'on 
et chef de guerre ; les r 
voir central. 



ts, les règles de la procédure et les lois sont contenue* dons le 
n recueil des Institules de Juslinien traduit en gbèze. 
iminelles, elles sont toujours [ugdes par le roi ou ses juges ; le 
inc affaire pouvant entraîner une condamnation capitale. 

l'unitë territoriale correspondant à notre commune, le chef 
nomme aussi malcagnat, est en même temps administrateur, (uge 
aLagnats sont ou hérdditiiircs, f;ouIt, ou à la nomination du pou- 



144 EXPLORATIONS ÉTHIOPTENKES 

pays a une richesse en bétail vraiment surprenante, ei l'on voit des ani- 
maux viiritablentent beaux. 

Une autre richesse de la région, ce sont de beaux oliviers ; il ne faudrait 
que les greffer pour avoir dans quelques années des quantités considé- 
rables d'huile d'olives. 

Rentré chez moi, on m'y raconte que cette région appartenait, sous le 
règne de SahalaSélassîé.à un chef galla qui n'était que tributaire duChoa; 
ce chef se nommait DJara-Gada; son fils aîné. Djillo, a été nommé par 
le roi gouverneur de VAdha-Mougueur. province située dans le Kollah. 
En 1870, Djillo était occupé dans son gouvernement à faire lever les 
impôts lorsqu'il fut assassiné. Le ras lira une vengeance exemplaire de la 
mort de Djillo, et le père de Djilio, le vieux Djara-Gada, reconnaissant 
envers le ras de !a manière dont il avait vengé la mort de son fils, lui 
donna le pays de Satlalé. 

On me parle aussi d'un mont-fort qui se trouve dans les environs, et 
que le ras fait mettre en état avec le plus grand soin; je fais demander au 
ras les auiorisaûons nécessaires pour le visiter demain ; ces autorisations 
me sont immédiatement et gracieusement accordées. 

Lundi 20 novembre. — A 6 h. du matin, par un temps serein, nous 
nous mettons en route pour visiter le mont-fort dont on m'a parlé hier. 
Sachant qu'il est bon de ne point se laisser trop dans la main de son 
interprète, je laisse le mien à la maison et décide que le jeune Dannié, 
l'ancien camérier du marquis Aniinori, qui comprend et parle un peu 
l'italien, m'accompagnera et m'en servira si besoin est; le ras a en plus 
envoyé deux hommes qui doivent m'accompagner. Le nom du mont-fort 
est Ouizero, noble '. 

A 7 h. 48', nous sommes sur uu monticule où se trouvent de nom- 
breuses habitations; nous apercevons maintenant distinctement le mont 
Ouizero : il forme une pyramide quadrangulairc tronquée. 

A 7 h. 6', nous traversons le torrent d'Eléma, qui coule sur des 
quartiers de roche ; tout le pays est bien cultivé. Ce torrent sépare le pays 
de Sallalé de ceux de Mougucur, que nous avons au nord-nord-est, de 

> Ouizero ne devrait Sire Jonné qu'aux hommes ou nui Temmea descendant de 
Silomon par Mfnflik. Tous les Ouijero, et les Ouizero seuls, oni le droit de porter à la 
cbeviUe des pieds des pelîles perles en or passées dans un cordonnet. L'usnge n prfv^lu 
aujourd'hui de donner le titre de Ouijero ù la femme de tout grand dignitaire. 



EXPLORATtOtiS BTHCOPIKNNK^ 



145 



Yaya au nord-esi, Je Ould-Oumo au nord ; à notre gauche, nous avons la 
rivière de Létnen qui coule dans le fond d'un ravin d'une hauteur vertigi- 
neuse, et dont les deux côtés soni distants de i 000 à 1 200 mètres. 

A 8 h. 35', nous nous trouvons sur un plateau de lerre blanchâtre, en 
face de la forteresse; nous sommes montés par un contre-fort en forme 
d'éperon, que l'on a séparé de la forteresse par un fossé large et profond; 
le sol du plateau sur lequel nous nous trouvons a été jonché d'épines qui 
rendent la marche impossible pour des hommes nu-pieds, et cachent des 
chausse- trappes en bois dur qui empêcheraient les chevaux d'avancer; un 
sentier sinueux a été ménagé au milieu des épines; en cas de guerre, il 
serait couvert d'épines et garni de chausse-trappes. 

A 8 h. 40', nous traversons le fossé sur un pont volant et nous nous 
trouvons devant le mur; il a été construit à même le roc. Presque par- 
tout le roc est à pic; dans les quelques endroits où il ne l'était pas natu- 
rellement, a été taillé ; le mur est en maiçonnerie, très régulièrement cons- 
truit, il est couronné de bâtons fourchus en bois dur.percédemeurtrières-, 
on nous fait parlementer à la porte; enfin, on se décide à nous ouvrir 
et nous sommes introduits dans une sorte de cour oti l'on nous fait 
attendre en nombreuse compagnie. Il y a \k, attendant comme nous, non 
pour entrer, mais pour sortir, diverses personnes parmi lesquelles se font 
remarquer deux moines en guenilles jaunes qui psalmodient des prières. 

A 8 h. So', on me fait pénétrer dans [a deuxième enceinte, et il nous 
faut ici faire une nouvelle station ; clic est de plus de cinq minutes, car 
ce n'est qu'à 9 h. 20' que l'on vient nous apprendre la fin de toutes les 
formalités nécessaires pour que nous puissions librement circuler dans le 
moni-fort. Des types les plus divers nous croisent; ce sont des soldats char- 
gés de la défense de la citadelle, des laboureurs, des ecclésiastiques, car il y 
a dans le mont-fort non-seulement une forteresse, mais aussi des champs 
cultivés et des églises. 

Le sentier que nous suivons serpente gracieusement au milieu de verts 
bosquets oti dominent les oliviers et les cyprès; des arbustes couverts de 
fleurs odorantes, les climatis et les chèvrefeuilles qui entourent les arbres 
et courent de l'un à l'autre égaient l'œil et charment l'odorat; l'eau qui 
sourd et les oiseaux chanteurs qui jettent leur notejoyeuse ou mélancolique 
au milieu de ces verts bocages, et ajoutent un charme de plus aux beautés 
idylliques de ce gracieux paysage. 

Arrivés au haut du bosquet, nous avons, à droite, une église et, à 



146 bPLORATtOMS éntioptKKins 

gauche, la demeure de Valaca (chef), OuW Guiorguis qui en est l'adminis- 
irateur; c'est un vert et affable vieillard, qui vient au-devant de nous et 
nous invite à entrer chez lui; il nous fait traverser une cour où se 
trouvent des enfants qui, sous la surveillance d'un deujîcra [clerc], 
s'exercent à la lecture, et nous fait reposer dans un petit aldarache très 
propreet convenablement meublé d'algas et de peaux de bœufs; dès que 
nous sommes assis, il me fait offrir de la bière et des galettes de froment. 

A loh., après la collation, l'alaca nous mène voir son église; comme 
toutes les églises de l'Ethiopie, elle est située au milieu d'un enclos circu- 
laire planté d'arbres, où se trouve de Teau, et dans lequel est le cimetière; 
on y pénètre par un bâtiment carré, situé au couchant, et qui porte le nom 
de Dje-Salam (porte du salui], et ù côté duquel se trouvent les cloches ou 
les morceaux de bois ou de pierres sonores qui les remplacent. 

L'église elle-même est située à l'extrémité orientale de Tenclos. Elle se 
compose de trois enceintes circulaires, d'abord le Keniet-MaUet [endroit 
du chant], on y parvient par trois portes; celle de l'Orient est réservée aux 
ecclésiastiques; celle du Sud aux hommes, et celle du Nord aux femmes; 
vient ensuite le Kedeust (saint), qui est percé de portes au nord et au sud 
pour le service du culte; au couchant se trouve la porte où les diacres 
viennent lire les épiires et les évangiles; à côté de cette porte sont ménagées 
deux autres portes pour l'entrée des communiants, l'une pour les hommes 
et l'autre pour les femmes; la quatrième enceinte, le mekedeust (le très 
saint), est de forme carrée, percée de portes au nord, au sud et au cou- 
chant, portes cachtes par des voiles qui ne se lèvent jamais pour le profane. 
Au centre du mekedeust se trouve le menneuber (autel), composée d'une 
table carrée en bois, recouverte de soie et divisée dans la hauteur en trois 
compartiments; dans le premier, on place les pains de la communion; 
dans le second, le tabot (pierre sacrée), qui est souvent en bois ou en 
albâtre, même en plâtre ; dans le troisième, la croix ; un lutrin est placé â 
gauche de l'autel. 

Sauf pour le sacrifice de la messe, toutes les cérémonies religieuses se 
passent dans le Kenié-Mallet, elles consistent en chants des psaumes que 
psalmodient les prêtres en s'accompagnant de lambourï à mains et de 
sistres; ils dansent aussi, comme David devant l'arche, en agitantdes bé- 
quilles et des mouchoirs. 

A l'orient de l'église se trouve un petit bâtiment carré, nommé 
Beihlébem, sorte de sacristie qui contient les moulins et les fours pour la 



1 



EKPLOBATIONS éTKIOnRHNBS 



147 



préparation des pains du sacrifice. La préparaiïon de ces pains est confiée 
à des diaconesses. 

En sortant de l'église, nous trouvons Atto Négousié (mon roi), 
schoum du mont-fori de Ouizero, qui est venu au-devant de nous. Il a les 
cheveux blancs, la moustache en croc, ta barbe en pointe, et les jeux à 
fleur de lête : c'est ce que Ton est convenu d'appeler une belle tête de soldai, 
il est suivi d'un écuyer qui lui porie son bouclier et son fusil, Atto 
Négousié me salue avec politesse et s'informe avec bienveillance de l'état 
de ma santé; je l'en remercie, et nous continuons notre visite en exami- 
nant en détail le cimetière. Il me fait arrêter devant quatre pierres tumu- 
laires cachées dans les herbes et me dit que ce sont les tombeaux d'anciens 
abonnes ', évéques. 

Je remarque des oliviers porteurs de plantes parasites. J'en coupe une 
branche fourchue sur laquelle poussent des mousses, un petit palmier et 
un conifére. 

La pyramide rocheuse qui forme le mont-fort a été taillée par les eaux 
des rivières Amaute, Lcmen, Tabol et Elema. L'Amaute, en faisant 
un coude, a ménagé au rocher un éperon sur lequel est construit le 
village de Ouîzero-Amba. 

Une belle source d'eau vive coule au milieu du cimetière ; les sépul- 
tures des abounes que l'on m'a fait voir sont celles d'évéqus qui se réfu- 
gièrent ici au moment de l'invasion de Gragne. C'est à cette époque que 
l'on a construit l'église qui est dédiée à Médani Allem (le sauveur du 
monde). Elle n'a jamais été ornée de ces fresques naïves qui couvrent 
généralement les murs des églises éthiopiennes. 

A 10 h. 35', nous nous rendons, par une pente raide, à des champs de 
blé qui viennent d'être moissonnés, puis à la roche surplombante d'Abba- 
Corrat, à la source de Berou, d'où nous voyons dans le KoUas, qui est à' 
nos pieds, des cultures de mil, de cannes à sucre, de coton et de bananes. 

Ail h, i5'. Atto Négousié me mène à sa maison, où le déjeuner 
est servi. On apporte de l'orge à mon mulet César qui refuse de manger. 
Ce mulet est choà ' {comme il faut], et ne veut pas manger seul, dit Atto 

' On a à lort rcpitë en Europe qu'il n'y avait qu'un aboune (évfque) pour toute 
l'Ethiopie :Ie nombre en a toujours été indéterminé; souvent n'y en a eu qu'un ; 
actuellemenT il y en a quatre et, i certaine époque, il y en ■ eu soixanle-tlix. 

> Le mot choà, très employé en Ethiopie, équivaut à peu près à Vhomêle homme 
du xviK «iècle. 



t"48 KKPIORATIONS ih-HTOPIENNES 

Négousié. Le mulet d'Atio Négousid est amené et attaché â côté de César; 
ce dernier le flaire et se met à manger gaiement en remuant les oreilles. 

A midi 40', nous prenons congé d'Aiio Négousié. En face de sa 
demeure, sur une butie, se trouve la résidence du ras. 

Une belle fille galla nous ouvre la porte de la première eaceinie ; nous 
Traversons ensuite la seconde enceinte, puis le fossé où nous nous arrêtons 
pour tirer des singes à crinière, et vers deux heures je rentre chez moi pour 
préparer mon départ fixé à demain. 

Mardi 21 novembre. — Dans la matinée, je vais faire une visite au 
ras, qui me remet des lettres pour le roi de Djema, le roi et le premier 
ministre du Kaffa. Fittorari Garado. qui demain doit quitter le ras, charge 
un de ses officiers de nous accompagner. 

A dix heures, après un léger repas, je me mets en route. Des mon- 
tagnes ferment l'horizon à droite et à gauche; les terres sont prêtes à rece- 
voir des semences, 

La route esl animée ;ce sont des animaux au pâturage et des petites 
troupes de cavaliers qui traversent le plateau en maintenant leurs montures 
au galop de chasse, qui est, sur les plateaux, l'allure habituelle des chevaux 
montés. Une méchante bique, escortée par une dizaine de valets, porte, 
fièrement campé et couvert de peaux de béte, un vieillard dont le chef esl 
orné de longues tresses blanches et tout l'avani-bras droit de bracelets 
d'argent. 

Peu après passe un beau guerrier monté sur un magnifique cheval aux 
harnais garnis de plaques d'argent, suivi d^une mule de selle et escorté 
d'une vingtaine de cavaliers. 

A 10 h. 20', après avoir traversé un petit vallon boisé, nous passons 
près du grand village de Goumbitchô-Moulo, qui est situé sur les confins 
des tribus de ces noms. 

Jusque vers onze heures, nous traversons une contrée accidentée, bien 
cultivée, dont les hauteurs sont couvertes d'habitations. 

Nous passons alors le Torrent de Moulo, qui coule au milieu de 
roches et forme de nombreuses cascatelles. 

Vers midi, après avoir traversé un pays riche, nous nous arrêtons 
dans un beau pâturage pour faire manger nos montures. 

Par une route à flanc de coteau, coupée de petites rivières, bordée de 
champs couverts de riches moissons et de beaux pâturages, nous passons à 



A 



i;x PL on ATI os s éthiopiennes 



'49 



après, 
o kilo- 



1 h, 20' devant un olivier réetlement giganiesque. Dix min 

nous nous arrêtons un instant; nous avons la ville de Finfin: 
mètres plus loin, faisant rouie au sud. Nous nous croisons avec une 
procession de jeunes filles qui, sous la conduite d'une matrone revêtue 
du tchachou consacré à l'Alhetheu ', chantent des hymnes à la bonne 
déesse et conduisent une jeune vierge a son époux. 

A 3 heures un quart, nous arrivons au village de Sillo, où nous rece- 
vons rhospitaliié d'un vénérable vieillard, Abba Ouakaio, que nous trou- 
vons assis dans une grande chaire en bois grossièrement sculptée. Il filme 
une grande pipe, et porte au poignet du bras droit seize anneaux en 
cuivre. Cela signifie qu'à la guerre le bonhomme a tué seize ennemis. Il 
porte, en outre, ù la saignée du bras droit, un gros anneau en ivoire '. 

Hommes et femmes sont ici vêtus de peaux tannées ei portent des 
bijoux en cuivre : bracelets, colliers, anneaux d'oreilles, bagues de doigts 
de main et de doigts de pied. 



Mercredi 22 novembre. — Un nombre vraiment considérable de 
troupeaux de bœufs et de moutons sont sous la garde de leurs bergers et 
remplissent le village de mugissements et de bélemenis; il y a aussi une 
vingtaine de juments suivies de leurs poulains. 

Partis à 7 heures, nous arrivons, à 7 h. 3f, au village de Guindessa- 
Kilou, qui est entouré de beaux arbres et de belles cultures. Nous avons, 
sur notre droite, le mont Fouetta. 

Nous sommes alors sur le territoire de la tribu des Badi. 

A S h. 6, nous avons, sur noire gauche, le grand village de Souboulta, 
et au sud le mont Errer, au pied duquel se trouvait la capitale de l'Attié 
(empereur). lorsque TEthiopie fut envahiepar le Çomali Mohamed Gragne 
venant du Harrar; également au pied de l'Errer se trouvent le grand marché 



' Voyez le Bullciin de la Société normande de Géographie, 1S84, pp. :j8ç| à 40C, 
L SoLEiLLKT, Notcs sur Ibs Gailas de GalanE. 

> M. Henri Duveyrier, d^ns les Touareg du Nord, parle, comme J'un usage parli- 
sc aux Touareg, du port d'un bracelet de pierre à la saigni^e du bras droit. Cet usage, 
:oramun à un grand nombre de populaiions de l'Afrique, ainsi que j'ai 
1 de l'observer lors de mon passage à Ségou. Dans l'Afrique Orientale, les 
ann-aui en ivoire que l'on porte à la seignte du bras droit peuvent être comparés à ceux 
des Touareg. Souvent ils ont la mêm'j forme et servent Également à donner de la force 
au coup de labre et dans une lutte corps à corps à brayer la i£ie de l'adverMire. 



i5o 



npLORATIONS tTRtOPIBHNeS 



\ 



du Roguiictle malcagnat d'Arebsa Gaiane '. C'esi derrière le moni Errer 
que se trouve la plaine des Adda où l'on remari)ue, dans des cratères, six 
lacs de nairon, 

A 9 heures, nous nous arrêtons dans une vaste plaine bordéede monts 
boisés. Nous avons, au sud-oucsi, la montagne de Meita. et au sud, à dix 
ou quinze kilomètres, un sommet oti se trouvent les sources du fleuve 
l'Aouache. Sur notre droite s'étendent les monts Ada-Barga, sur notre 
gauche se trauve la tribu des Batchiou. Cette plaine a un aspect désertique; 
au sommet de toutes les dmineoces croissent des bouquets d'arbres. 

En descendant de celle plaine, nous rencontrons des acacias, des eu- 
phorbes arborescents, des oliviers, des arbustes, des fleurs, du gazon, des 
cultures, un pays riant qui forme un heureux contraste avec la plaine 
triste et morne que nous venons de quitter. 

Marchant au sud-ouest, nous arrivons, vers dix heures, au village de 
Ould-Mara, couvert de belles cultures, où des gens, qui font la cueillette, 
nous offrent des fèves; les coteaux d'alentour sont rianu et boisés, la plaine, 
oCi pâturent des bestiaux, a de grandes ondulations. 

A loh. 20', nous traversons un cours d'eau. Le passage en est très 
difficile, car sur les deux rives le sol est mouvant. 

Marchant à l'ouesl, nous traversons, quelques minutes après, la grande 
rivière de Kallota qui donne son nom au pays. Elle est large de vingt 
mètres et coule de droite à gauche sur un lit de galets. 

A 10 h. 42', nous traversons encore un petit torrent et nous entrons 
dans la plaine Atiaballa. Sur notre droite se trouve, sur un plateau isolé, 
le village de Ouassa; sur notre gauche, dans une dtïpression, le village de 
Malscia. 

Après une heure de repos pour le déjeuner, nous nous remettons en 
roule et nous arrivons dans un village dont les habitants refusent de nous 
dire le nom. 

A vingt minutes de ce village, nous entrons dans une belle forêt, au 
miUeu de laquelle nous trouvons le manoir du chef des Tiadgari. Un des 
serviteurs de ce chef vient me saluer, reconnaît le mulet César, que je 
monte, et me dit que c'est son maître qui l'a donné au roi. 

Presque au sortir de la forêt, nous entrons dans le pays des Batcho ei 
nous arrivons au village de Saye que fait construire le fliiorari Garado^ 



1 Fief auquïl S. M. MiaiUk. II a bici 



uillet .883. 




E'PLOPimoNS ÉnhowiMXEs 



l.Nous sommes on ne peut mieux reçus ei 1res bien installes dans des maisons 
l'toutG neuves. 



I 



Jeudi 23 novembre. — Nous nous menons en rouie à 6 heures h tra- 
vers d'immenses champs de nouguc, plante oléagineuse d'un très riche 
rapport qui peut, dans un avenir prochain, devenir l'objet d'un trafic 
important, car nous sommes dans le bassin de l'Aouachc. 
I A 6 h. 25', nous traversons la rivière de Berga. Elle coule de droite à 
■iSïiuche. Son Iti a une largeur de 1 5 mètres, ses berges sont à pic et creusées 
dans une terre d'alluvions. 

Ici les cultures de nougue sont remplacées par des champs de tèfe 
\poa abyssinica], cériiale préférée dans toute l'Ethiopie pour la panifica- 
tion. Cette culture couvre la plaine à perle de vue. 

A 7 h. 2', nous traversons un grand village. Nous en demandons le 
nom aux habitants qui nous regardent passer. Ils nous répètent : Ganda 
Gobanna! Ganâa Gobanna! Gouvernemeni de Gobanna ! Gouvernement 
de Gobanna! avant de vouloir nous en dire le nom, qui est Ifnatou. 

Une demi-heure après, nous traversons le village de Rare, et à 7h. 4S', 
nous dirigeant au S.-S.-O. la rivière de Kalla qui coule de droite à gauche 
dans un Ht large de 20 mètres, creusé dans une terre d'alluvions. 
' Un quart d'heure plus tard, nous touchons k l'Aouache. Ce fleuve 
coule de droite à gauche, dans un lit de 25 à 35 mètres de largeur, très 
inueuic; toute l'immense plaine que nous avons sous les yeux est formée 
par les alluvions de l'Aouachc ; les eaux coulent sur un sable tin ou de la 
boue. Au gué. il n'y a que o'°40 d'eau, mais nous sommes dans la saison 
des plus basses eaux. 

A 8 h. 46', nous quittons le bord du fleuve pour nous diriger sur le 

d village de Katta, oCi nous nous arrêtons, à 8 h. 55', pour déjeuner. 
^On vient de couper les récoltes et nous nous installons auprès de grandes 
meules de blé et d'orge. Près de nous sont des aires sur lesquelles on 
dépique le grain au moyen de bœufs que l'on fait marcher sur la paille. 
Aussi loin que la vue peut s'étendre on ne voit que des meules de blé ou 
id'orge que Ton vient de couper. 

Tout en déjeunant, je pense à la révolution économique que l'on pro- 

l'dliira en Afrique le jour où, reprenant la grande idée des Ponugais, on 

jettera l'Abai dans l'Aouache et où Ton fera ainsi un grand fleuve dont 

■embouchure serait placée dans la baie, aujourd'hui française, de Tad- 



■ 53 



EXPUMUTTOKS ÉnnOriEK!(ES 



joanh. Pour anÏTer à ce résuloi, il n'y aurait pent-éire pas de grands 
iravaax à ^n. Il me semble qu'il suffirait de jeter dans TAonadie les 
cauï de rAbai. Cela fait, les eaux s'ouvriraient d"ellcs-mèmes très proba- 
blement, dans une saison des pluies, un chemin jusqu'à U mer. Ce résultat 
est d'auiani moins douteux que l'on troure les tnces de Tanden lit de 
l'Aouache jusqu'au lac Assal.eiquc tes lacs Aoussa, où se perdent actuetle- 
meni les eaux de l'Aouache, ont un niveau sensiblement plus élevé que 
celui de la mer. 

Nous nurcbons à l'ouest et nous atteignons, à 9 b. 4S', à peu près le 
centre de la plaine. 

Nous appuyons au sud-sud-ouest et ikius entrons dans un pajrsqai 
éutt en état de révolte il y a deux ans à peine. II n'a été soumis qu'après 
une série de combats meurtriers, et les indigènes, qui ont perdu des parents 
ou des amis dans ces combats, cherchent à apaiser leurs mines, en leur 
sacrifiant un Amaia: aussi nous avons à craindre, dans une fbréi que 
nous devons traverser, de mauvaises rencontres. Il y a quck]ues jours à 
peine, des hommes de Ras Gobanna ont été percés de javelines tancées 
d'un bras sûr par des boromes cachés derrière des arbres. II est aussi néces- 
saire de marcher en ordre et nous nous arrèions pour attendre ceux de dos 
gens qui sont disséminés à droite et à gauche, ou qui se trouvent en 
arrière. Notre petite troupe formée eu bon ordre, nous nous remenoos en 
marche à l'ouest. Sur notre gauche est le village Gaubon : à droite et à un 
millier de mètres, l'entrée de la forèi dans laquelle nous allons nous 
engager. 

Le fittorariGarado lait défricher la foréi pour soumettre compIéiemeDl 
le pays. 

Vers une heure, nous atteignons un petit plateau sur lequel les gens 
du âttorari %'iennent de construire un village. 

Plus loin, sur un plateau aiguisé en coin par deux cours cTeau qui se 
réunissent, le fittorari construit sa ville de Dîndî. le pays a nom Tcbaubô- 

A t fa. 5 S', nous arrivons à la première porte de Dindt; elle est mê- 
lugée dans une tour carrée sise à l'angle du mur. Une fois U pyne passée, 
noos nous trouvons dans une rue à pente raide, bordée 4 droite et à gattdie 
de cabanes rondes 3 toitures de chaume et â murs en psé. 

Après avoir passé une deuxième porte, nous pénétrons, par une trm- 
sième, dans la résidence particulière du fitiorari Garado. 

Le fittorari, qui nous a reçus on ne peut mieux, m'a installé au pre- 



EXPLOUATIONS ÉTHrOPTRNNSS t53 

mier d'une maison û un éiage, dans une chambre conforiaMemeni meublée 
de divans recouverts de tapis turcs et persans. Dans un brasero brûle un 
clair feu d'olivier. Le fiiiorari m'envoie d'abord deux de ses cuisinières 
avec des plats du pays. Lorsque j'ai suffisamment mangé, je laisse un 
ragoût, d'ailleurs très appétissant, de viande découpée et préparée avec 
sauce au piment. Alors, méthodiquement, la cuisinière qui m'a regardé 
manger, agenouillée auprès du massob (panier) qui contient mon repas, 
prépare délicatement une ou deux boulettes de viande, les enveloppe dans 
les crêpes qui servent ici de pain, et gracieusement me les présente en 
disant : Monseigneur, par amour pour moi. 

Quand les femmes eurent disparu avec leur panier, le filtorari arriva, 
suivi de son écuyer qui portait ses armes et d'un page qui portait une 
pièce de viande. I! prit place à mes côtés. L'écuyer déposa le fusil, le 
bouclier et l'épée de son maître, drapa sa loge à la ceinture et, aidé du 
page, se mit à nous faire des grillades, tandis qu'un échanson nous servait 
de l'hydromel dans des flacons de Venise. 

Vendredi 24 novembre. — La ville a la forme d'un trapèze dont le 
bLcdtéa 270 pas; sa longueur doit être du triple, soit 810 pas. Sauf une 

j> promenade autour de la ville, je passe ma journée i lire les Lectiones 
utticales pro missionari qui addiscere volunt linguam amaricam 
et oromomicam, de Mgr Massaja. Le bon évêque a répandu dans tout ce 
rudiment une philosophie apostolique qui en rend la lecture attrayante. 

J'extrais de ce livre des mots usuels de la langue oromon Igalla), tel 
que bon, gdri; mauvais, hdma; grand, goudda; petit, tinna, etc., etc.. 
car l'expérience m'a appris que lorsqu'on sait cent mots d'une langue, 
ses pronoms, ses prépositions et le verbe être au présent, au passé et à 
l'infinitif, on peut exprimer dans cette langue tous les besoins réels d'un 
voyageur en route, et cela peut s'apprendre en vingt jours au plus, alors 
même que l'on a. comme moi, une mauvaise mémoire. 

Dans l'après-midi, le fîltorari Garado, qui m'a déjà fait plusieurs 
visites, veut bien m'admettre à l'honneur d'aller présenter mes hommages 
à M"« Garado. Un écuyer vient me chercher et tn'introduit avec mon 
interprète et Aielié, dans l'efïine du filtorari, jolie maison de forme ronde 
dont la toiture en chaume est surmontée d'un pignon en poterie dans 
lequel est encastrée une croix de bois. L'effîne est éclairé par une large baie 
faisant face à la porte. Le sol en est jonché d'herbe fraîche et odorante 



KXPLORATIOWS ÉTHIOPIKNNES 



Dans une alcôve, dont la baie est garnie d'une draperie en toile de Suraie 
teîntëe en rouge, se tiennent assis, sur un divan recouvert de tapis de 
Pei^e, M. et M™ Garado. En face d'eux, et de l'autre côté de l'effine, se 
trouvent, attachés dans une alcôve, un destrier et une mule de selle. Une 
grande chaire en bois sculpté et recouverte d'un lampas de Lyon m'a été 
préparée. La conversation est aussi vive qu'elle peut Tétre par interprète. Je 
demande des nouvelles des enfants et, sur un signe de Madame, l'écuyer 
sort et rentre quelques instants après, suivi d'un jeune ecclésiastique, pré- 
cepteur des enfants : un beau garqon de dix ans et une gracieuse fillette de 
sept à huit ans. Ces enfants, un peu émus et un peu effrayés, viennent me 
tendre leur front à baiser. 



Samedi 25 novembre. — Je me dispose à aller en promenade ei je 
donne l'ordre à trois des enfants qui sont venus avec moi de m'accom- 
pagner. 

A 7 h. 3o', en quittant la ville, je me dirige vers le couchant. On a 
d'abord à traverser une zone de terrains vagues dont la pelouse est court 
tondue par des mulets qui errent avec des ânes et des chevaux tout autour 
des murs. 

Au milieu de cultures et de bouquets d'arbres, il y a des habitations et 
de belles plantations d'inset [Musa enseie), sorte de bananier, dont le fruit 
ne se mange pas, mais dont la racine et le bas des tiges, après fermenta- 
tion, servent à faire du pain. 

Des groupes de gens qui se chauffent au soleil me regardent passer 
avec une bienveillante curiosité; nous échangeons des saints. Je remarque 
quelques beaux ij'pes d'hommes taillés en hercules; de gracieuses jeunes 
filles qui irembioiieni dans la peau de bœuf tannée qui leur sert de vête- 
ment me font penser à Peau d'.\ne. 

Nous entrons dans une forint de conifères dont le sous-bois est formé 
de petits arbustes se rapprochant du myrthe et portant des roses. Des indi- 
gènes passent marchant à la file indienne. Ils portent la lance sur l'épaule 
droite et, au flanc gauche ', une dague retenue par une ceinture de cuir 
rouge. Chacun porte sur la tête un fagot de bois et tous, l'un après l'autre, 
nous saluent. Le sol est formé d'une terre rouge. Il y a des afBeurcmenis 

I Les A m ara, comme presque tous les peuples qui ont conservé l'usage du bouclier, 
portent Vipée, la dague ou le sabre, à droite; les Oromons (Galtas), par eiception, 
panent, comme nous, la dague à gauche. 




eXPLOUTIOKS ÉTHIOMEKKES 



et des blocs de roches grisâtres, avec des plaques de mousse vene et des 
moisissures blanchâires. 

A la hauteur oCi nous sommes arrivés, la végétation n'est plus repré- 
sentée que par des bruyères arborescentes à Heurs blanches, des chrysan- 
thèmes dont [es corolles sont argentées et l'iniérieur or; il y a aussi des 
massifs de feuillages d'un vert glauque au milieu desquels fleurissent des 
plantes à fleurs bleues qui répandent une suave odeur. 

En arrivant sur la croupe de la montagne, nous sommes joints par 
deux Gallas et par l'officter du fiitorari qui nous guide de Farré ici, Atio 
Kerabatchiou, qui, accompagné de ses gens au nombre d'une vingtaine, se 
rend dans son manoir. 

De l'autre côté de la croupe de la montagne, je me trouve sur la mar- 
gelle d'un cratère dont le fond est occupé par deux petîis lacs ellipsoïdes 
communiquant par un chenal et entourés de cultures. D'après les Gallas 
qui sont avec nous, le pays s'appelle Dembelli. Nous avons en face une 
pointe de rocher nommée Kakalli. A droite se trouve le mont Tchaubô, 
qui a donné son nom à toute la région. 

Au sud, nous avons un mamelon qui domine la chaîne où nous nous 
trouvons. Je veux en faire l'ascension. A son sommet, la végétation n'est 
plus représeniée que par du gazon et des chrysanthèmes. Je trouve quelques 
pierres rougeâtres et des affleurements de roches grises avec des moisissures 
blanches, mais pas de mousses vertes. 

Je suis monté jusqu'ici sans descendre de mon mulet; mais, pour 
retourner, je mets pied ili terre. Nous dévalons une pente raide, presque à 
pic, et en partie gazonnée ; nous retrouvons les brayères, et nous remon- 
tons à mulet. 

A 9 h. 40', nous sommes en vue de la ville et Atto Karabatchiou qui, 
par politesse, s'est détourné pour me faire la conduite, me fait ses adieux. 

En pays chrétien, aussi bien en Europe qu'en Ethiopie, le samedi est 
souvent jour de marché, c'est aussi aujourd'hui qu'a lieu le marché hebdo- 
madaire établi par le fittorari, et qui se tient devant les portes de la ville. 
Ce marché n'est presque fréquenté que par des femmes, car on n'y vend 
que des objets de consommation usuels, grains, légumes, volailles, etc., etc. 
Après avoir jeté un coup d'oeil sur le marché, je rentre. 

Le fiitorari vient assister à mon déjeuner, et nous fixons mon départ à 

demain. Mon interprète, Gabri Mariem, est atteint de deux maladies : 

L Vune ne se nomme point, et l'autre pourrait bien avoir le vilain nom de 



i56 



KÏPLÔÎjmÔNSETinOPI ENKES 



peur. Je ne veux poini d'un impolent à mes côtés ei je prie le fiitorari de 
vouloir bien garder Gabri Mariem pour quelque lemps. Aîellé parlant cou- 
ramment ia langue arabe me servira d'interprète; je nai pas eu à me 
repeaiirde cette décision, comme on le verra par la suite. 



Dimanche 26 novembre. — Dès le matin, Garado vient me trouver et 
nous arrêtons ainsi l'itinéraire du voyage que je vais entreprendre : Djema, 
KaiTa, Guerra, Limoux, Coma. A mon retour, on me fera visiter, dans le 
pays même de Tchabô, un lac au milieu duquel il y a des îles et des mo- 
nastères qui se nomment Ountchi. 

Outre les deux hommes de Djema qui doivent m'accompagner, le 
litiorari veut bien attacher à ma personne un de ses hommes de confiatioe 
qui me suivra partout où j'irai; il est chargé de me protéger, de me guider, 
et devra au retour faire un rapport à Gamdo. 

Nous quittons notre maison à pied, accompagnés par le Ëtioraii. 

A la porte de la ville, nous nous arrêtons pour les adieux, qui sont 
cordiaux. J'ai trouvé chez le titiorari Garado une grande maisou, habitée 
par de vrais grands seigneurs, ce qui est rare dans notre Europe d'aujour- 
d'hui. M™ Garado, qui est aussi une grande dame, m'envoie par un page 
quelques provisions de route qu''elle a foii préparer sous ses yeux par ses 
filles de service. En même temps, elle me fait dire gracieusement que c'est 
aux femmes de mes amis à se rappeler que je n'ai auprès de moi ni épouse 
ni mère. 

A 9 h., nous nous mettons en route dans la direction du sud, ayant 
au sud-est le pic dont nous avons fait hier l'ascension. 

Quelques minutes après, nous n-aversons le ruisseau qui fournît l'eau 
à la ville. Des groupes de femmes caquettent en puisant de l'eau. 

A 9 h. 45', nous atteignons une rivière qui se nomme, ainsi que le 
pays, Boddâ. Ceiie rivière coule dans une vallée profondément ravinée. 

.A. 1 1 heures, nous descendons, par un sentier sinueux, dans un ravin 
où nous nous croisons avec une nombreuse caravane richement chargée; 
ceson[ les gens de Limoux qui vont remettre au fittorari le tribut qu'ils 
paient annuellement au Choa. 

Nous arrivons au village de Ouala, situe dans un fond où il y a ds' 
belles cultures. Nous nous croisons encore avec des gens de Limoux appar-l 
tenant à la caravane que nous avons déjà rencontrée ; ils ont avec eux é 
bœufs et des mules chargés d'ivoire. 





l!XPU)I)ATIONS I^THIOPIENNES tSy 

A midi 25', après un repos de quelques minuies, nous nous remeiions 
en route. Nous sommes alors dans le pays de Kakalléoù Jl y a des bois, 
des habitations et une petite rivière, affluent du Ballo, qui coule au milieu 
d'une plaine que nous traversons. 

On se sert ici pour fouiller la terre d'un instrument particulier : long 
levier de bois dans lequel sont emmanchées une ou deux pointes de fer en 
forme de soc de charrue. On obtient avec cet instrument des labours de 
o" 3o ào'"4o centimètres de profondeur; quelquefois deux hommes se 
réunissent pour manœuvrer an même levier. Je remarque, dans les envi- 
rons, de très beaux oliviers. 

A 2 heures, nous traversons de belles plantations d'inset, de nom- 
breux bouquets d'oliviers, d'acacias, de conifères ; des liserons, des jasmins, 
des chèvrefeuilles ei des églantiers, mêlent leurs fleurs à la verdure sévère 
des arbres et embaument l'air de leurs douces senteurs. Ce coin de terre, où 
se trouve le village de Doullalé, a un aspect ravissant. 

Nous nous y arrêtons avec délices. 

Après 40 minutes de repos, nous nous remettons en route, et à 3 h. 40', 
nous traversons la rivière de Doullalé. 

Un peu après, nous louchons Koullalé, village situe au milieu de 
belles cultures, de bouquets d'arbres, de champs de coton et de cannes à 
sucre. 

A 5 heures, nous traversons la rivière Azeur, large de 35 mètres, dont 
les rives sont peuplées de nombreux troupeaux de bœufe, de chevaux et 
d'ânes. 

Plus loin, une belle rivière fait des méandres au milieu de vertes 
prairies ; c'est la Meiti, qui est large d'une vingtaine de mètres, et coule de 
droite à gauche. 

A 6 heures, nous traversons un petit vallon qui donne sur une autre 
vallée dans laquelle nous sommes rejoints par des gens que l'on a envoyés 
à notre rencontre: guidés par eux, nous gravissons un coteau sur la croupe 
duquel est construit le village d'Agabdja, où nous arrivons à 6 h. aS'. 

Le schoum de ce village, qui dépend du gouvernement du fittorari, 
vient au-devant de moi avec son escorte et me conduit chez lui, où l'on 
ra'a préparé un logement confortable. 

Je remarque la construction de la maison ronde où l'on me reçoit. Le 
toit de chaume en est soutenu par un piquet central avec des arcs>boutanis 
latéraux, ce qui ressemble tout à fait à un parapluie ouvert. 



PXPI.OHATIO\ï 



Lundi 27 novembre. — Le schouni, avec une escorte de cinc|uante 
liommes, nous accompagne, 

A 8 heures, moins d'une demi-heure après noire dépan, les hommes 
de l'escorte se prennent de dispute. Le schoum réiabiit le bon ordre sans 
descendre de sa mule en distribuant paternellement des calottes à. droite et 
h gauche. 

Nous nous engageons dans un ravin de terre rougeàtre et nous entrons 
dans une vasie plaine bien culrivée, ornée de beaux arbres et très habitée. 
Kour-Koura est le nom de cette plaine, et de l'un de ses villages. La 
plaine, de forme ellipsoïde, est entourée de montagnes; je relève, au sud, 
le moni KouUou-Biddo. J'estime que nous devons en être à une distance 
de i5 kilomètres. lime paraît être un ancien cratère. A l'ouest, je relève 
le pic Amaya, qui est probablement à t 2 ou 1 3 kilomètres de nous. 

A 8 h. to', nous traversons le village de Kour-Koura. Des gens 
viennent nous saluer et nous escortent pendant quelques instants. Nos 
hommes fouillent le sol avec leurs sabres et leurs couteaux et en tirent un 
tubercule de forme allongée auquel ils donnent le nom amarigna de 
dcnitche. nom qu'ils donnent également à la pomme de terre, qui res- 
semble beaucoup à ce tubercule. 

A 9 h. un quart, nous abandonnons la direction sud-ouest pour la 
direction ouest. Nous traversons sur un pont, branlant il est vrai, mais 
enfin sur un pont, la rivière de Dellana qui coule de droite à gauche. Son 
lit est très sinueux, et, à l'endroit oii nous le passons, il a une quinzaine 
de mètres de largeur. 

Depuis que je suis en Ethiopie, c'est le premier que je rencontre. Les 
peuples de race oromone et les Gouragués sont les seuls Ethiopiens qui se 
servent de ponts : les autres traversent les rivières non guéablcs en s'aidant 
d'ouires en peau ou de radeaux en jonc. 

Nous traversons de nouveau la Dellana, qui coule maintenant sur des I 
quartiers de roc, au milieu d'une riche végétation de belles plantations de 
cannes à sucre, de champs de mil, desquels émergent de magnifiques 
sycomores. 

A 10 heures, marchant à l'ouest, nous nous trouvons sur les rives 
d'une nouvdle rivière, l'Amaya dont le lit de 3o mètres de largeur. Son 
cours est de droite à gauche, nous la passons et nous arrivons à une route 
parfaitement tracée, entre deux haies vives distantes l'une de l'autre de 1 5 à 1 
:io mètres. Des deux côtés la route est bordée de grands sycomores, dont le 1 



EXPLORATIONS É'I H 10 PI EN NES 1 Sg 

feuillage se rcjoîni en arc au-dessus de nos létes. Ce feuillage est peuplé 
d'oiseaux à l'éclatant plumage qui gazouillent et voltigent. La région est 
très cultivée en cannes â sucre, mil et coton, 

A 1 1 h. 3o', marchant au nord-ouest, je relève au sud, à 35 ou 40 kîl. 
de distance, les montagnes du Géraugoué, 

Nous tournons alors au sud pour entrer, vers midi, dans le pays de 
de Tchillalû, Nous demandons à un vieillard et t; deux jeunes filles qui 
passent le village du Soullo; ils retournent sur leurs pas et nous guident. 

Au village de Soullo. les hommes s'empressent de prendre nos mules 
et les femmes nous apportent des escabeaux ronds en bois, pour nous 
asseoir sous les arbres. 

Les femmes et les filles ont pour vÉtement un jupon en peau orné de 
broderie et de caijuillages. Elles ont le busie nu. Les bras et les épaules 
sont magnifiques. Les seins, admirables chez les jeunes filles, sont dépri- 
més chez les femmes. Les deux seses portent les cheveux flottants sur les 
épaules et coupés carrément au-dessus des sourcils. Le vêtement des 
hommes consiste en une toge en coton. 

Les propriétés particulières sont séparées par des haies. 

Le chef du village vient me saluer. H a à l'oreille droite un long pen- 
dant en cuivre. 

Le soir, une grande quantité de bœufs, de vaches, de chevaux rentrent 
au village. 



Mardi 28 novembre. — Nous nous menons en route à 6 heures. Les 
hommes de l'escorte poussent des cris de sauvages tout en dansant et bran- 
dissant leurs armes. Les habitants, réveillés et avertis de notre passage, se 
mettent sur le pas des portes de leur enclos pour nous voir. Les femmes 
et les jeunes filles, qui ont le buste nu, croisent dans des attitudes gra- 
cieuses leurs bras sur leurs seins nus pour conserver un peu de chaleur. 

Nous nous dirigeons droit au sud, vers la Natcha. On fait ici un 
abatis d'acacias. Avec les arbres, systématiquement rangés, couchés sur le 
sol les uns au-dessus des autres, la tète en avant, avec toutes leurs branches 
épineuses, on a formé une ligne de défense à peu près infranchissable, et 
que l'on ne saurait détruire que par le feu. 

De l'autre côté de cette haie, se trouve la Natcha, jungle remplie de 
bètes sauvages et repaire de brigands plus sauvages encore, dont le métier 
est de voler des femmes et des enfants pour les vendre aux marchands 



i6o 



ETPLOBATIOWS ÉTHtOPrEMNES 



d'esclaves dont ils sont les pourvoyeurs. C'esi à cause de la traversée de 
cette zone dangereuse que le fiitorarî a fait donner l'ordre à Atto Lama, le 
schoum d' Agabdja, de nous escorter avec cinquante soldats. 

Nos gens s'appellent les uns les autres; les cavaliers galopent sur nos 
flancs, et l'on fait le plus de bruit possible pour intimider les fauves, bête s 
el gens. La végétation se compose d'acacias, d^herbcs et de sycomores 
géants. 

A 7 h. 40', nous sommes au milieu de grandes herbes lancéolées 
au milieu desquelles nous disparaissons complètement, bêtes et cavaliers. 
La marche est très pénible. Nous faisons de tous côtés partir des compa- 
gnies de pintades qui s'envolent en poussant des cris aigus. 

Nous traversons ensuite une région dont les herbes ont été récemment 
brûlées et notre marche est beaucoup plus aisée. Sur noire droite, dans un 
fourré vert, coule parallèlement à noire route, la rivière de KouUit. Nous 
ne la voyons pas, mais nous entendons le bruit argentin de ses eaux qui 
forment cascatelle sur des roches et fouettent les herbes du rivage. 

A 8 heures, nous voyons Teau du Koullit, Une familled'hîppopotames 
y prend ses ébats; les arbies du rivage sont de toute beauté. Nous sommes 
toujours dans des herbes brûlées, et nos gens courent de tous calés en 
criant. 

Aux herbes brûlées succèdent, hélas! de grandes herbes qui nous 
fouettent le visage ei menacent de nous dborgner. Atto Lama n'a qu'un 
œil : un coup de lance reçu dans une bataille. Va privé de Pautre; mais il a | 
bon cœur, et, afin de m'éviter son malheur, il me passe un long bâton 
pour me garantirde ces dangereux herbages. 

A 8 h. 40', nous entendons un bruit de galop, d'herbes froissées; tout 
le monde se regarde et prépare ses armes. Atto Lama descend de sa mule 
et enfourche son destrier qu'un écuyer lui mène en main. 

Beaucoup de bruit pour rien. Il s'agit d'un ménage d'éléphants qui 
fuit avec sa progéniture, effrayé probablement par tout le bruit que nous 
avons fait. 

Dis minutes après, marchant h l'ouest, nous traversons la rivière de 
Koullit, qui coule de droite àgauchc dans un lit d'une trentaine de mètres 
de largeur. La hauteur de ses eaux au point où nous les passons, qui est ' 
un gué, dépasse cinquante centimètres; nous sommes cependant dans U I 
saison des plus basses eaux. 

Au sortir de la rivière, nous nous dirigeons au sud. La région csii 



ETHIOPIENNES 



certainemeni un paradis pour les éléphants ei les hippopotames, les bufles 
et les rhinocéros ; mais quel purgatoire pour le pauvre voyageur lacéré par 
les herbes et les plantes tranchantes et piquantes de la jungle! El après le 
coucher du soleil, que de moustiques de tous cris et de toutes piqûres, 
doivent se jeter sur le malheureux ! 

La jungle passée, on trouve, au sud-ouest, de hautes herbes lancéolées, 
des arbres divers et plusieurs à feuilles caduques; des lianes fleuries qui 
poussent au milieu des herbes et sont, comme coup d'œil, d'un effet ravis- 
sant, augmentent encore les difficultés de la marche; nos animaux sont 
pris par ces lianes, attachées aux herbes, comme dans les mailles d'un filei. 
Nous retraversons le Koullit;son courant est ici, pour nous, de gauche 
à droite. Son lit, d'une vingtaine de métrés de largeur, est en partie 
encombré par des roches ; la hauteur de ses eaux au point oLi nous le tra- 
versons est de plus de soixante centimètres; nous nous arrêtons sur l'autre 
rive, sous de beaux arbres, et nous mettons à déjeuner. 

Nous nous remettons en marche à midi et demi. Le plateau sur lequel 
nous nous trouvons est brusquement terminé par une muraille rocheuse 
surplombant une vallée au milieu de laquelle passe TOlga, grande rivière 
qui coule de droite à gauche, dans un Ht de cent mètres de largeur, au 
milieu de gorges boisées. Nous la traversons sur un banc rocheux. Nous 
trouvons à ce gué, comme hauteur d'eau, 70 centimètres. Le courant est 
très rapide. Les gouffres creusés des deux côtés du banc rocheux, et où 
d'innombrables caïmans prennent leurs ébats, rendraient très dangereuse 
la traversée de POIga, si Ton en était réduit à ses propres forces. Heureuse- 
ment, un certain nombre de nageurs, appartenant au village ofi nous avons 
passé la dernière nuit, se sont joints à notre escorte. Arrivés au bord de 
Teau avant nous, les nageurs ont déposé sur la berge leurs vêtements con- 
sistant en braies larges et courtes, en étoffe de coton blanc et en manteaux 
de peaux de veau ou de léopard ; ils jettent sur leurs manteaux leurs bou- 
cliers ronds en fer, attachent leur poignard à un ceinturon de cuir et 
conservent à la main leurs lances pour sonder le sol quand ils seront 
engagés dans la rivière. Ces hommes, dont plusieurs sont d'une élégance 
de forme et d'une beauté de ligne toute féminine, sont parés de colliers en 
cuivre ayant la forme du torques des anciens Gaulois, d'anneaux, de pen- 
dants d'oreille en cuivre ou en éiain et portent, aux doigts des mains et 
des pieds, des bagues de même métal. 

Un détail de toilette de nos passeurs mérite une ineution spéciale. Ils 



|62 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 



poneni autour des reins une ficelle en colon tressé dont les deux bouts 
de fil sert à lier la peau du prépuce ei à lenir la verge droite ; l'autre est 
passe sous le sacrant pour soutenir les testicules. 

J'ai traversé la rivière, ma mule tenue à la bride par deux hommes. 
Arrivé sur l'autre bord, je m'assieds sur un quartier de roche pour regarder 
passer ma petite caravane. L'Olga est la limite du Naicha. 

A 1 h. 3o', nous quittons les rives de cette rivière et nous nous enga- 
geons, à l'ouest, dans une montée au milieu des roches. 

Quelques minutes après, nous entrons dans le pays Adâllé. Il n'y a 
plus d'herbes marécageuses, mais des acacias et des agaves. Le sol est 
formé d'une terre noirâtre qui parait riche en humus. Des troupeaux 
d'ânes et de bœufs sont gardés par de beaux gars bien découplés, armés de 
lances, qui nous saluent en nous disant : Nor djeué. 

Nous arrivons à une ligne de défense formée par un abattis d'acacias 
épineux ; nous ne pouvons la franchir qu'en mettant pied à terre ; derrière, 
nous trouvons des plantations et des habitations. Nous nous croisons avec 
une caravane de porteurs chargés d'étoffes de coton. 

Nous appuyons au sud ei nous trouvons, au milieu de cultures et de 
plantations d'acacias, sur un monticule, une habitation où nous sommes 
très bien accueillis. Devant nous l'horizon est borné par une ligne de mon- 
tagnes, d'oti émergent deux pilons auprès desquels passe la route que nous 
suivrons demain. On vient s'excuser de ne pouvoir nous offrir ni bœuf ni 
lait : l'année dernière une terrible épizootie a détruit presque toutes les 
bêtes à cornes de la région, Nous avons rencontré, en effet, un ités grand 
nombre de squelettes de ces animaux. 

Le soir, les vieillards se réunissent, ils s'asseoient en cercle. Les autres 
habitants passent une partie de la nuit à chanter et à crier. 



Mercredi 39 novembre. — Les gens de notre escorte retournent ches 
eux. Abba Gourache, seul, reste avec nous. 

Nous nous mettons en route au sud, et, guidés par des gens du village 
oii nous avons couché, nous descendons dans un ravin. 

A 7 h. 40', nous sommes dans une belle vallée qui est parallèle k la 
chaîne des monts Karsa que nous avons sur notre droite. 

Vers 8 heures, marchant au sud-sud-ouesr, nous nous croisons avec 
une caravane de captifs, composée surtout de femmes. Leurs cheveux 
tressés avec soin ont la forme d'un lurbsn. Presque toutes s'abritent la 



explobations t 



; en fonc tressé. Leurs vêtements consisient en jupes 
nnée. Ces peaux, préparées avec du beurre, restent 



tète sous des ombrelle 
et camisoles en peau i; 
très souples. 

Un des hommes de notre escone reconnaît une jeune captive; il la 
prend par la main, l'embrasse tendrement et va s'asseoir avec elle sous un 
arbre. Après un instant de douce causerie, ils se quittent humbles et rési- 
gnés et la femme hâte le pas pour rejoindre le troupeau dont elle fait 



A 8 heures, nous arrivons au bord du Tamsa, grande rivière dont 
nous remontons le cours, sur une plage de galet, ombragée de beaux 
arbres. 

Le Tamsa est ici formé de trois rivières ayant toutes le nomdeGuebé '. 
La première a ses sources à Djema, la deuxième à LImoux, la troisième à 
Léita. Le Tamsa serait le même fleuve que l'Ouma-Omo qui se jette dans 
l'Océan Indien, sur la côte de Zanzibar, par Ouest de latitude. Peut-être 
est-il navigable d'ici au Zanzibar? Nous nous arrêtons après avoir fait, au 
sud, sur les bords du fleuve, i5o à 200 mètres, et nous mettons pied à 
terre. 

Nos guides déposent leurs vêtements, se ficellent, comme il est dit plus 
haut, et, prenant sur leur tête h charge de nos mulets, se mettent brave- 
ment à l'eau. Us passent ensuite nos mulets et nos gens. 

Maintenant, à mon tour, j'ai quitté bottes et culotte, et c'est en caleçon 
que j'enfourche ma mule. Deux grands gaillards bien découplés, aux longs 
cheveux, prennent ma mule par la bride et nous nous mettons en route. 
Le courant est très rapide, et à peine avons-nous fait quelques mètres en 
avant qu'hommes et bêles perdent pied et se mctleni à nager. 11 nous faut 
dix minutes pour traverser la rivière. Nous prenons pied en un point où 
les berges sont h pic et élevées. Là, nous prenons congé de nos guides. Nous 
inclinons, au sud-sud-esl, sur les terres du Motti ', roi de Djema. 

I J'ai écrit tous ces noms comme ils m'ont iié prononcés par les indigènes qui 
m':iccompagnnient ; il est certain que si j'uvais eu des gens appartenant k d'autres régions, 
ils m'auraient prononcé les noms d'une manière différente. 

' Voici le nom des dignités chez les Oromon» musulmans, qui, en abandonnant 
leur culte naturaliste, ont abandonné leur gouvernement républicain P 

1° Motti, sultan, roi. Les Qromons connaissent le litre, mais l'appliquent peu, te 
bornant, pour la plupart, à donner i leur souverain l'appellation de Cnftâ (titre analogue 
à noire Monseigneur, et que l'on donne à tout supérieur), el â lui parler â la troisième 
personne. Ils disent i leur souveraine Gi^i (Madame) : 



EXPIOETATIOVS ETHIOPIENNE* 



lUie presqu'au sud, nous arrivons dans le 



164 



A 9 heures, fa 
Cbacham. 

A 9 h. 3o', éiant dans une vallée où poussent des acacias géants, je 
relève, au sud-sud-est, l'un des deux pitons que j'ai signalés hier au soir. 

Nous inclinons alors au sud, puis au sud -sud-est, et nous arrivons au 
torrent de MadalJé, qui donne son nom au pays. 

Sa largeur est de 100 à 1=10 mètres et au milieu coulent de minces 
filets d'eau. 

A droite, nous avons une montagne boisée, à gauche une plaine cou- 
verte d'une magnifique futaie. Nous remarquons de nombreuses traces 
d'éléphants. Une grande quantité de singes gambadent sur les arbres, ei ù 
tout instant nous faisons lever des compagnies de pintades. 

En quittant le lit du torrent, nous marchons au sud -sud -ouest, puis à 
l'ouest, puis au sud-sud-ouest, d'abord dans une foréi, puis à travers une 
plantation de colon entourée de montagnes boisées, ensuite au milieu de 
roches oCi poussent des arbres gigantesques, enfin au milieu d'un paysage 
imposant et sauvage. 

Un couloir a été creusé de main d'homme dans le roc vif; il est fermé 
par une pone. Nous la franchissons ci nous sommes dans l'Abalti. Nous 
avons, sur notre droite, la couiinuatton du rocher dans lequel le couloir a 
été creusé et, à gauche, une valide, ou mieux, une courbe resserrée entre 
deux murailles de roches à pic. Le piton remarquable sur lequel nous 
nous sommes guidés jusqu'à présent, se trouve dans une deuxième vallée 
sur notre gauche. 

Nous trouvons une deuxième porte fermée d'une herse en épines ei 
soutenue par une fourche en bois. La défense est formée par un fossé et 
une \ariba (haie d'épines sèchcs|. Des moissonneurs, surveillés par un 
homme qui s'abrite sous un grand parasol en jonc iressé, font la récolte 
d'un champ de mais. Nous avons, sur notre gauche, des coteaux et des 
vallons couverts de cultures et d'habitations. 

3° Abbd dûula {^re lie la gDcrrc), commandant en chef les armées. L'abba douU 
ost un dictateur dans les républiques el un connétable dans les Ëlats roonarchiqu»; 

3° Abba Korô, gouverneur de provinee. préfet ; 

4° Abba Genda, sous-gouverneur, sous-préfel; 

5° Abba Fdu^o (père des mesures), maire; 

û° Abba Kclla (père des portes), gardien des cités royales ei des places frontières; 

7D Abba Mirjan (père des balances), sorte de ministre du commerce et des affaires 
extérieures. 



. nPtX)BATIONS i 



HIOPIENNES 



L'homme au parasol vient nous reconnaiire. C'esi un magnifique jeune 
homme au teinilëgèremcni bistré, de haute iat]Ie,svelte, à tête intelligente, 
ornée d'une belle barbe noire et de beaux cheveux qui lui tombent sur les 
épaules. Son vêtement se compose d'un pagne de coton bleu serré autour des 
reins: il a le buste recouvert d'une toge blanche. C'est l'abba Keilad'Abalii, 

Sur notre droite, s'étend une belle prairie ob poussent de superbes 
sycomores. 

A r I h. 3o', nous appuyons au sud et nous avons, à gauche, une 
combe profonde et boisée; à droite et devant une belle plaine vallonneuse 
cultivée principalement en mil. 11 y a beaucoup d'habitations, beaucoup 
dévie et d'animation. La population es: très belle, de race oromone. La 
plus grande partie des habitants de Djema étant musulmane, le terme de 
galla ne saurait leur convenir. 

Nous nous arrêtons, à 1 1 h. 3o', dans un petit vailon, pour déjeuner 
à l'ombre des sycomores. Notre repas se compose de kollo (grains grillés) 
et de l'eau d'un ruisseau qui coule à notre gauche. On éprouve un vif 
plaisir à se sentir vivre au milieu d'une aussi belle nature. Les gens qui 
travaillent viennent nous saluer et nous demander des nouvelles. 

En nous remeuant en marche, à i h. 35', nous prenons, au sud-sud- 
ouest, par un pays dont les nombreux ruisseaux, bien aménagés, donneni 
naissance à de beaux pâturages. 

A 2 h. 2o', nous traversons la rivière de Karkari, qui donne son nom 
â la région où nous allons entrer. Cette rivière coule de gauche à droite sur 
un lit de galet. Sa largeur peut être de 20 mètres; la hauteur de ses eaux, 
au gué, est de o™ 20 ii o" 25. 

Un quart d'heure après, nous franchissons la porte d'une zariba, et 
nous pénétrons dans une cour carrée gazonnée, plantée de beaux arbres, 
sous lesquels nous nous étendons pendant que les gens de Djema, qui nous 
accompagnent, vont prévenir de notre arrivée le maître de céans. 

Nous sommes chez Djané Ahba Kétô, l'abba Koro, préfet de la pro- 
vince. Bientôt, la porte du fond de la cour qui fait face à l'entrée, s'ouvre 
et livre passage à une sorte de géant entouré de plusieurs hommes. Ils 
s'arrêtent d'abord à causer avec nos gens, puis se dirigent vers l'arbre sous 
lequel je me trouve. C'est l'abba Koro, Je m'aperçois que sa taille gigan- 
tesque est due en partie à des patins en bois appelés dadi', hauts de 

I Le dadi n'esc purl£ que par les musulmins, lorsqu'apr^s avoir fiilc leurs ablu- 
tion*, ils se rendent & la priire. 



EXPLOUTIOKS STHIOPtENim 



20 ceniimètres. Du re^te, c'est un beau jeune homme. A peine une légère 
moustache estompe sa lèvre supérieure, il a le regarJ dur ci la lèvre dédai- 
gneuse. Il est drapé dans une toge très ample {tnga/usa des Romains). Il a 
les oreilles percées et porte dans chacune un anneau d'argent, insigne de 
sa dignité. L'abba Koro se fait apponer une peau de bœuf tannée et s'y^ 
couche à moitié. Un soldat, le buste nu, allongé sur la peau de bœuf, lut 
sert de coussin. 

L'abba Karo parle lentement. Il paraît s'écouler avec plaisir, et joue 
négligemment de la main droite avec la chevelure du soldat sur lequel il 
est appuyé. Pendant queK]ues instants nous échangeons des compliments. 
L'abba Koro se lève et un de ses serviteurs nous accompagne dans le loge- 
ment qui nous a été préparé. Ce logement est situé dans la deuxième 
enceinte formée par un clayonnage en roseau. On y pénétre par une porte 
en bois, encastrée dans des linteaux en bois ouvrés et surmontés de sphères 
également en bois. 

Notre logement consiste en une grande chaumière de forme roade, 
recouverte d'un toit cylindrique en chaume. A peine sommes-nous ins- 
tallés que des servantes viennent avec des amphores de dadî (hydromel). 

L'abba Koro vient me faire plusieurs visites dans la journée. II se 
montre insolent et mendiant, et veut au moins un de mes fusils en cadeau. 
Avant de me quitter, il me recommande de ne pas partir demain sans le 
voir et me fait envoyer un bœuf, de la volaille et des pains. 

Le service est fait pardes femmes vêtues de peaux tannées : un jupon 
retenu autour des reins par un lac en verroterie et une camisole sans 
manches. Comme il faut que sous toutes les latitudes la coquetterie des , 
femmes puisse s'exercer, les vêtements de ces dames sont enrichis de bro- 
deries artistement faites. Mais, ce qui est une véritable œuvre d'art, 
c'est leur coiffure. Elles sont de deux sortes : l'une forme une espèce de 
turban, l'autre une corbeille évasée, vide à l'intérieur, haute de o" 25 à 
o™ 3o, formée de tous les cheveux tressés et soutenus par des fragments de 
roseaux. 

On me dit qu'à Djema, chez le Moiti, j'en verrai de bien plus élevéca 
encore. Il est vrai que, passé certaine dimension, ces coiffures sont des per- 
ruques faites de fibres de l'enseie teints en noir, qui imitent très bien les 
cheveux naturels. 



Jeudi 3o novembre. — L'abba Koro vient me voir une ou deux fois 



EXPlOBATrOUS ÉTHIOPIENNES 1 67 

pour renouveler ses demandes de cadeauï. 11 cherche à me faire parler 
plus qu'il ne convient. Je suis en lous points le conseil que me donne 
AieUé de répondre à toute demande et à toute question indiscrète en ren- 
voyant le questionneur au roi Ménélik ei au ras Gobana. 



Vendredi i" décembre. — Ne voulant pas avoir l'ennui de refuser un 
cadeau, et profilant de ce que l'abba Koro a manqué à toutes les conve- 
nances, hier, en ne nous envoyant pas le repas du soir, nous partons sans 
prendre congé de personne, et, nous étant fait ouvrir les portes d'autorité, 
nous sommes en route avant le jour. A 4 h. 48', nous franchissons l'en- 
ceinte extérieure du peu aimable abba Koro. 

Nous nous dirigeons au sud-sud-est, et une heure après au sud. 

Il fait alors assez de jour pour lire le baromètre. 

Tourtiiim taniôtà l'est, tantôt à l'ouest, à travers des valions cultivés 
et boisés/nous arrivons à 6 h. 5o' à la petite rivière Geitiay, large d'une 
dizaine de mètres, dont les eaux limpides coulent sur un lit de sable et de 
gravier. 

Sur les deux rives de beaux champs d: mil ci de teéfe [Poa abj'sstnica) . 

Un quart d'heure après l'avoir traversée, nous atteignons un petit 
plateau, appelé Katcha, sur lequel se lient un marché. 

A 7 h. 3o'. marchant au sud-sud-ouest, nous sortons du gouverne- 
menl de Djamé abba Kété; abba Gourache, l'officier du fittorari Garado 
qui nous accompagne, tout joyeux du bon tour que nous avons joué à 
l'abba Koro, joue en jetant sa lance en l'air et improvise un chant dans 
lequel il blasonne amèrement noire peu aimable hôte. 

A 8 h. 3o ', dans une direction ouest, nous traversons une série de 
petits plateaux surlesquels nous nous croisons avec des marchands musul- 
mans conduisant un convoi d'esclaves, de belles jeunes filles presque 
blanches, de jolis garçons, et des hommes; ces derniers ont les mains 
passées dans des menoitcs en fer et portent des fardeaux sur la tète. 

A 8 h. 40', nous sommes sur le bord du Guebé de Djema [l'un des 
affluents du Tamsa, l'Omo des Arabes) qui coule au milieu de gorges 
boisées. Nous trouvons ici un irês grand nombre de voyageurs. La rivière 
se passe sur un pont de bois composé de sept arches, ayant des garde-fous 
en épines assez hauts pour que les animaux ne voient pas l'eau. Le cours 
en est très rapide et l'eau couleur garance. Les rives sont resserrées dans 
des gorges étroites et boisées. Le pont du Guébé a deux pas de largeur et 



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SE irarc anus.. Nnis v:u - :iig n* mis zfœs le -«stef TonxnaEns 
ZiSBLZ SDTTTZ TUT TuHc T51III& ~ ^ * JTnnmTTT âs jgmf ànrr je Trait 

Air r5 3ini5 Tinsrsni» it ^ ' * i gg xe E^iùmzvr Hfe mriir â^ 
nmic £ t^^Tt-'T»' an imîtsE m tûiis ik ttc Snr Irx me 'nmcaneie ssds 

us- Tnlims. as rrni 's ^ le^ îmriTaninis. 

Sni*? unis a rr ^uia . i i i. 5r . «nis m îieniTT ^v-nmingSi» x àe £iiib 
CTiTut îszirniiiint. Nni» ^Tiraiis sir nr tûeiese se Tusnc mmnasuL. Ija 
si'"iriiis us nniîrnn^nis a^nir riLti:*2s st zsraB.iSw -t* ie nriufr scas* ""t 
if ^^!:! ! i i- s ar miier zm zTdrmr as tivl Ijt (ncçusir ut mt lacx ^oid» 
^."3nc nœ eme iaram ^r us sn^tus âiil '^rxsnxar Tnir mi. mus ^""■"■^ 

T-:ç nsirsw -nnis inrrvriEs i sjl tîe ut sl ^alei mus mus s!3s* 
inis Cl TT.Iiiiu: z' me ide rmnre T^mr inrs ttubiist hif nunmiHSL. 1 t i 
lE îîslts riihiiTSw us TiHnTammsv Tes ggry x axrrear r Tir zziesHE * 

zrllti :r us uim . sHrr ur nmxis 1 sott^ iuk es sis nr n;^ mus me 
icrwmis^ rvur x'var m m gg:>e. ^mL m ^^enr -3uscr ir^cr mu2& 

* mid — 7«r m arœ r^ m smi^ unis riasnis naos amt junis 
Ttils- umr TiîaKr: 35: us 3%js ^ranais^. le^ tîus rants tiur ss: "^er;. 
rmirruss le ^sttiïtus inrs; raimr-s èe-^oss sr lins. :2zniiss i sure. mL 
sissaL Ai intns ifi a "^adtei *îc":t me îune "^snt urnr a :rnune 
n.. ii!tg Tvr me 2ts!fe iianraiiinr srnnnrsK xe ^nilarcs ^r jc 
1-r TtuTc mns amiEdtt tuus mus snpnayjas is: 2>:tcu2l x iimie 3s: x 
gnnTTe. ui imts imie:s ^ariusas fcurs .na as isit .:e sinoiin:xJts 

^ lesi Ui ^sic ÎMT3L uie mus aiaecns sar Tcfrr çinne. Jt -xmbs: 
r^ TX"v ?cs-Tir îîatî 



EXPLORATIONS éTHIOPIENVES 

droite à gauche au milieu des rocs ; sa largeur est de vingt mètres environ. 
Ses eaux sont claires ei limpides. Le pays devient ensuite rocheux et prend 
le nom d'Obbo. Beaucoup d'arbres ei de beaux pâturages, au milieu des- 
quels paissent de grands troupeaux de bœufs et de chèvres, dont les poils 
atteignent une très grande longueur. Aiellé me fait remarquer un massif 
monlagneux, que je relève au sud-sud-est, c'est le royaume de Zindjero 
qu'il a visité, et il me rapporte des détails sur les mœurs et coutuines de 
ses habitants qui lui donnent certainement raison lorsqu'il affirme que, 
dans ce malheureux pays, les fauves et les hommes sont de la même race ' . 
Tous les gens du pays, à l'exception du sultan et de sa famille, sont esclaves, 
et comme marque de cette servitude tout Zindjero mâle qui n^est pas de 
race royale, doit se couper les deux mamelles et le testicule droit. Chaque 
fois que le roi ou un membre de sa famille est malade, que l'on désire 
obtenir une grâce ou éviter un malheur, on fait des sacrifices humains. 
Les armes des Zindjero consistent en un coutelas, un bouclier rond, et 
quatre lances. Leur vêlement est une courte braie, une loge en coton et un 
bonnet cylindrique en peau de veau. Ils tissent les étoffes, préparent les 
peaux et travaillent le fer avec beaucoup d'habileté; les ouvriers forment 
une caste à pan très méprisée à laquelle on interdit de manger de la viande 
de bœuf; on ne peut ni les vendre ni les donner comme les laboureurs, 
maison prend indistinctement dans les deux classes les victimes destinées 
aux sacrifices humains. La religion des Zindjero consiste en une adoration 
des forces de la nature personnifiées surtout par le Soleil et la Lune, qui 
seraient le père et la mère de la famille royale. Les Zindjero s'eniretuent 
avec fureur. Le pays serait cependant sûr pour tes étrangers, leroî cher- 



' Le royaume de Zindiero ( ''itijirx}}, appelé encore Zanjiro (aj, etx monlagneux et 
tris élevé. La tribu barbare qui l'habite a des lois et des traditions qui n'ont rien âa 
commun avec celles des Oromo et des Amara. Ils lacritienl aux démons des victimes 
humaines; les mâles se prirent d'un testicule et se coupent les mamelles ; tes femmes 
mangent le lait, les hommes le petit lait ; les volaille», les moulons et les chèvres ne sont 
mangés que par les tanneurs. Les vrais Zinjiro mangent seulemenl la viande de vache; 
»eloneux, le soleil est leur père et la lune leur mire. (Le pèheLéon dksAvancherb, lettre 
i M. Antoime o'Abbaiiie, Bulletin de la Société de Géographie de France, août 1866, 
p. 164). 

fa) Le Père Léon ties Avnnchers s'est conformé, pour la transcription de» mots éthio- 
pien», à une orthographe convenue entre le Pire Juste d'Ucbin el M. Antoine d'Abbadie. 
Selon les règles de celle orthographe, le y a le son que les Angbis donnent A cette lettre: 
I Cil le t anglais^in, infant, etc. 



170 EXPLOBATIOKS CTHIOPIENNES 

chant à attirer ]es marchands dans ses Etats. Lorsque Aiellé visita le pays 
de Zindjcro, le sultan voulait le garder auprès de lui parce qu'il avait un 
fusil, et qu'il trouvait qu'ainsi il pourrait faire tuer sûrement et rapide- 
ment beaucoup de monde. 11 offrit à Aiellé, comme appointements, deux, 
trois et quatre esclaves par jour. .\ie!lé répondit : Je suis chrétien, et ne 
veux point d'esclaves. Le roi des Zîndjero qui n'est visité que par des 
musulmans, heureux d'être en relations avec un chrétien, fit un beau 
cadeau d'éioffe de son pays à Aiellé et le laissa partir. 

Nous avons à droite le torrent de Fintcha, large d'une dizaine de 
mètres, coulant au milieu de rochers, puis, une vallée boisée, et à gauche 
des montagnes gazonnées. Les roches sont grises et le sol est formé d'une 
terre rouge. 

A 2 heures, inclinant au sud-sud-ouest, puis au sud-ouest nous 
arrivons â Kâbar, résidence d'un Abba Koro, nommé .\bba Dima. Des 
serviteurs viennent au-devant de nous, nous font traverser deux grandes 
cours gazonnées, complantées d'arbres et nous conduisent à son addarache 
(maison de réception] qui est immense et entourée d'une galerie extérieure 
très bien tenue : sur la gauche, cette galerie est fermée et forme un véritable 
salon de réception avec des sièges en bois de ouenza, sorte d'acajou, qui ont 
reçu, par de nombreuses onctions de beurre, un poli éclatant. L'Abba 
Koro est assis sur un alga tout au fond de !a galerie. II a une tête socra- 
tique, chauve, rasée. Son teint est chocolat. Un cordon en cuir tressé 
retient, autour de sa tête, des amulettes cousues dans des sacs de peaux 
rouges. Il vient S moi avec franchise et m'accueille cordialement. 11 fait 
immédiatement apporter de l'hydromel, puis du café, et se met à fumer 
religieusement son gaya (narguilé). Je sors ma pipe et je l'imite, nous 
nous mettons à causer. Il parait intelligent et bon et s'intéresse à tout, lime 
demande à examiner ma pipe, mes allumettes, ma boîte à tabac, se faîtj 
expliquer l'usage de mon baromètre que je porte en bandoulière. 

Lorsque nous eûmes causé plus d'une heure, il donna l'ordre à un ser-J 
viieur de m'accompagner à mon logement. Ce qui m'a frappé dés cette pre-J 
miére visite, c'est la propreté toute hollandaise des habitations et des cours. ' 
Notre logement est une vaste maison, très propre et bien aménagée. Al 
peine suis-je assis que des femmes, au nombre d'une douzaine, m'ap-.] 
portent difiérents mets, des amphores d'hydromel, du café; elles sontl 
suivies de captifs qui nous amènent un magnifique bœuf que mes gens f 
s'empressent d'abattre. 




EXPLORATIONS êTHIOpraHIlKS tjj 

A 8 heures, je relisais mes notes Ju jour, quand on m'annonça la 
visite d'un envoyé du Moiti de Djema. Le Moitî, prévenu de ma visite, a 
chargé son messager de savoir qui }e suis en disant selon la traduction 
littérale du discours de son envoyé ; 

B Mon seigneur, Abba DjifTard Motti de Djema vous salue. 

■ Il désire savoir : 

B Si vous vous asseyez sur un siège élevé, ce quiest bien selon nos usages, 
ou si vous vous accroupissez par terre, ce qui est mal selon nos usages; 

■ Si vous portez un chapeau, ce qui est bien selon nos usages, ou si 
vous vous entourez la léie d'un turban, ce qui est mal suivant nos usages; 

« Si vous buvez de l'hydromel, des boissons qui enivrent, du tabac 
(fumez), ce qui est bien suivant nos usages, ou si vous vous abstenez de ces 
choses ce qui est mal suivant nos usages; 

» Si, pour ces choses vous suivez les mêmes coutumes que nous, mon 
seigneur sera heureux de vous recevoir; mais si vous aviez des habitudes 
différentes, mon Seigneur vous fait dire de vous reposer ici, et de retourner 
ensuite dans votre pays sans cherchera le voir. » 

Samedi 2 décembre. — Sur les onze heures, l'Abba Koro me fait 
demander. Je me rends de suite auprès de lui et je le trouve entouré d'un 
cercle nombreux de clients et d'amis, parmi lesquels jedistingue un certain 
nombre de marabouts reconnaissablcs à leur tête rasée et i\ la calotte en 
soie ou en indienne de couleur éclaiante qu'ils portent au sommet de la 
tête. D'un geste, AbbaDima fait sortir tous ses gens et les miens à l'exception 
d'Aïellé qui me sert d'interprète, et une fois que nous sommes seuls il 
me dît '. 

■ Jusqu'à présent, nous avons empêché tout homme de votre race 
d'entrer sur notre territoire', craignant toujours que ce soit un Egyptien 
ou un de leurs émissaires, c'est pour savoir si vous n'apparteniez point à 
ces maudits qu'hier mon seigneur vous a fait demander si vous avez les 
usages qui distinguent, nous le savons, les Fran^ui (Européens] aussi bien 
que les Oromons des hommes de TEgypre. 

• Maintenant que nous savons qui vous êtes, nous vous traiterons en 
frère; prouvez moi que vous acceptez notre amitié en me disant bien 

< Je ne connais le nom d'aucun voyageur cl 
où je m'y trauvsii; s'il 7 en eut, leur paui 



172 



EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 



franchement (j'ai fait reiirer loui le monde, sauf celui de vos enfants qui 
est votre bouche, aussi, soyez sans honte, pariez-moi comme à votre père), 
ce qu'il vous manque, ce que vous désirez et je m'empresserai de vous le 
donner. Soyez sans crainte, ne me refusez pas le plaisir de vous obliger. » 

Au geste et à la physionomie, je reconnaissais que ce n'était point une 
comédie; je semais que je me trouvais devant un grand seigneur bienveil- 
lant qui, par bonté, et peut-être aussi un peu par orgueil, les Africains sont 
des hommes comme les Européens, aurait été heureux d'obliger un étranger. 

Je me bornai naturellemeni à remercier et à témoigner ma recon- 
naissance, et demandai ensuite l'honneur d'être admis à offrir en témoignage 
de respect quelques objets de mon pays, puis, je présentais mon cadeau : 
un parapluie noir, vingt perles dorées, une bouteille d'extrait d'odeur et un 
couteau de Nontron. 

Abba Dima se montra très satisfait ei me remercia en termes polis. 
Après cela, sur un signe de l'Abba Koro, tout le monde rentra et, tout£a 
causant, on se mit ù fumer et à boire des cornes de bière et d'hydromel 
entremêlées de tasses de café. 

Le soir, Abba Dima m'envoie en présent des ouancha (gobelets) en 
corne de bufRe. 

J'apprends en causant que le prix du bœuf que nous avons tué hier au 
soir est de trois amoulés (pierres de sel|; le change actuel est de six amoulés 
et demi à sept pour un ihaler : un bœuf gras peut donc s'acheter ici à raison 
de deux francs uente à deux francs cinquante centimes. 



Dimanche 3 décembre. — Le matin, je vais voir Abba Dima, à qui 
nous faisons de cordiaux adieux, et des remerciements pour sa plantureuse 
hospitalité. L'hydromel a été versé et bu en abondance; mes gens me 
paraissent avoir trop largement profilé de l'hospitalité, car ils causent et 
gesticulent avec une exubérance inaccoutumée. 

Nous nous mettons en route à 8 heures 20', au sud-sud-ouest, et 
descendons dans une vallée très bien cultivée; le sol est formé d'une terre 
rouge. La roule est bordée d'arbres et d'arbustes fleuris ; un grand nombre 
de gens, qui montent et descendent, s'abritent la léte avec de grands 
parasols en jonc tressé. 

A 9 heures, nous traversons un ruisseau et nous entrons dans le pays 
de Kadjello. Ici, les terres cessent d'être rouges; elles sont grises. Il y a 
beaucoup d'herbages, d'arbres et d'arbustes en bouquets. 



EXPLORATIONS fTHIOPIENKES 



'7' 



Vingt minutes après, nous traversons le rivière de Bamijou qui esi 
large d'une quinzaine de mètres et coule de droite à gauche. 

A 9 h. 3d', nous traversons une petite rivière, et à g heures 45', la 
Naddé qui coule de droite à gauche sur un lit de gravier, large d'une 
trentaine de mètres. Ces torrents, ruisseaux ou rivières ont des ponts en 
bois, comme tous les cours d'eau de l'étal de Djema. 

A 10 h. 10', marchant au sud-ouest, nous passons le Kabal, rivière 
qui coule de droite à gauche sur un lit de gravier. Le Kabal sert de limite 
au pays de Bouille oti nous entrons. 

Nous nous arrêtons sous de beaux arbres. A l'excepiion d' Aiellè, tous 
les gens qui m'accompagnent sont gris. L'hydromel est mauvais conseiller. 
Profitant de ce qu'ils soni armés de fusils et de ce que je suis en avant avec 
des gens d'Abba Dima. ils ne trouvent rien de mieux à faire que de 
dépouiller de leurs ombrelles des passants inoffensifs. 

Je me fâche sérieusement et Aiellè allonge des coups decourbache bien 
appliqués e! qui, eux, ne sont pas volés. Nous nous remettons en route au 
sud-ouest-sud. et à une heure nous traversons, toujours sur un pont, un 
petit torrent. La route est bordée d'acacias, de sycomores, d'arbustes 
à fleurs et de cultures. 

A 10 h. 10', nous traversons le torrent de Gangéro, et nous montons 
au plateau sur lequel est construit la résidence royale d'Atfata oCi nous 
nous rendons. Nous avons, à l'ouest et au nord, des montagnes très boisées, 
au sud et à l'est, des plaines cultivées. 

A r h. 3o', nous mettons pied à terre dans la deuxième enceinte de la 
résidence royale oti une habitation m'a été préparée par ordre du Motii qui 
me fait prévenir de son arrivée pour demain. 

Je fais remettre aux hommes d'Abba Dima qui m'ont accompagne 
toutes les ombrelles volées par mes gens, et je recommande de les rendre à 
leurs légitimes propriétaires. 



Lundi 4 décembre. — Dés le malin, ma maison est envahie par un 
grand nombre d'Amara qui sont ici en qualité de fusiliers au service du 
Motti. Plusieurs se sont faits musulmans, mais le plus grand nombre a 
conservé la religion chrétienne. Des cris de joie, et le son des hautbois 
nous préviennent de l'arrivée du Motti. De derrière une palissade je le vois 
entrer. Il est monté sur un petit mulet. On porte au-dessus de sa tète un 



FXPtOBATfOWS éraiOPIENXES I 75 

fait jusqu'à présent refuser l'entrée de TEiat de Djema à tout homme de 
race européenne. 

Un homme averti en vaut deux, dit le proverbe, et maintenant que je 
sais qu'il ne s'agil plus que d'apprivoiser mes hâies et de leur donner une 
notion exacte de ce que je suis, j'envisage Pavenir sans crainte, car je "» 
me trouve que devant des difficultés faciles à surmonter avec du tact. 



Mardi S décembre. — Le Moiii s'esi mis en route au milieu de la nuit 

et dés trois heures du matin ceux de ses hommes qui doivent m'accom- 
pagner, viennent me dire de partir. Il me faii de la peine de me mettre en 
route pendant la nuit dans une contrée inexplorée; je désirerais laisser sur 
mon carnet la trace de tous les torrents que je traverse et des moindres plis 
de terrain que je puis remarquer, pour donner ainsi plus lard, à mon 
excellent ami, Gabriel Gravier, lous les éléments d'une carte de mon voyage, 
ainsi qu'il a bien voulu le faire en 1875 pour mon itinéraire d'El-Golea à 
In-Çalah. 

A 4 h. 2o\ marchant au sud nous descendons dans une vallée dont la 
traversée dure une heure et demie. Elle est coupée par quatre rivières qui 
fournissent les eaux nécessaires à l'irrigation de cultures de mil et de coton. 

De cette vallée, nous passons dans une forêt de hauie fuiaîe. L'eau 
sourd d'un rocher, près d'un feu de bivouac autour duquel se presse une 
foule bigarrée dans un désordre piiioresque. La route est large et bien 
tracée, au milieu du bois. Une foule de retardataires, qui veulem rejoindre 
le Motti, se hâtent, nous bousculent et nous empêchent de savourer le 
charme de la forêt, rempli de la senteur des fleurs sauvages et du ramage 
d'oiseaux. 

A 6 heures, nous atteignons la lisière de la forêt. .\u haut d'une moniée, 
un long ruban de route en pente douce se déroule devant nous, au sud- 
sud-ouest, à travers une clairière de plantations d'inceie et aboutit à la 
vallée de Ouanichô, remplie de cultures ei d'habitations ; la longueur de la 
vallée est de droite à gauche. La route la traverse. Le sol est couleur de 
brique, très poussiéreux, et les nuages de poussière soulevés par les pieds 
des hommes et des animaux, qui encombrent la route, rendent notre 
marche très fatiguante. 

A 7 heures, nous traversons le torrent d'Are qui coule de droite à 
gauche, dans un ravin de terre rouge. Les gens qui sont sur les bords nous 
importunent. 



EXPLORATIONS ^THIOPIENKEE 



A 7 heures 20', nous arrivons à La Malakeita, rivière qui coule de 
gauche à droite sur un lii de gravier de vingt-cîaq à trente mètres de 
largeur; après l'avoir traversée, nous voyons sur une côie, en face de nous, 
le Motti et son cortège qui marchent aux sons des hautbois. 

La région devient accidentée. A gauche, sur une butte nous apercevons 
Goussaé, résidence d'un Abba Koro. 

Sur noire droite, s'étend une vallée et, derrière, une montagne qui 
porte le nom de Bonifetio. 

A 9 heures, inclinant au sud, nous traversons la rivière de Logà et 
nous entrons dans le pays de Karsa. La rivière coule de droite à gauche 
au milieu de prairies. 

A 9 heures 5o', dans un pli de terrain, nous trouvons une flaque 
d'eau au milieu d'un champ gazonné, entouré d'arbres de toute beauté sur 
lesquels joue une espèce de petits singes gris et blancs que je n'avais pas 
encore eu l'occasion de remarquer. 

A 10 heures, faisant route ù l'ouest-sud-ouest, nous entrons dans le 
pays de Mhoroulchâ ; la route est bien tracée ei bordée de grands arbres, 
d'arbustes fleuris, d'habitations. Le pays serait charmant sans une maudite 
poussière rouge qui vous prend à la gorge et vous salit tout le corps; aussi 
une mare qui se trouve à côté de la route est-elle remplie de baigneurs. 

A 1 1 heures, nous appuyons à l'ouest. Nous sommes sur une éminenee, 
et en face de nous, sur une autre éminenee, se trouve Djiré, résidence 
principale du Motti de Djema. Sur la gauche du point o£i nous sommes et 
à deux kilomètres environ se trouve l'habitation du frère cadet du Motti. 

Dix minutes après, marchant au nord-nord-ouest, nous rencontrons 
le jeune frère du Motti, Il est monté sur un petit mulet et suivi de gens à 
pied dont l'un porte un parasol qu'il maintient au-dessus de la tête du jeune 
prince. Je remarque sur notre droite, un peu en dessous de la butte où se 
trouvent les maisons du Motti, un joli enclos, ombragé de sycomores 
géants ctd'incete, dans lequel il y a quelques chaumières rondes : c'est là que 
nous devons loger. Au moment où je vais mettre pied à terre je suis étonné 
de voir mon étrier hors montoir saisi par un petit homme aux longs 
cheveux qui me salue en langue italienne, et qui, se mettant à côté de moi 
dès que je suis entré dans la maison où je dois loger, me raconte, en langue 
arabe (car tout ce qui sait d'italien se borne à quelques mots), qu'il est arabe 
de nation, se nomme Hadj Salaa effendi, a été au service de l'Egypte et est 
venu de Kanoum ici, où il est fusilier du Motti. Tout en causant, j^ 




EXPLOKATIOVS éTMIOPIENNrS 



177 



remarque les tatouages du bras de mon interlocuteur ei je découvre qu'il a 
sur le bras des marques chrériennes tatouées, telles que le poisson. Hadj 
Salaa est probablement quelque cophte, et je crois qu'il faudrait p>eu le 
pousser pour le lui faire avouer. Quoi qu'il en soit, il prétend que nous 
sommes frères et veut m'apponer un repas ce soir. 

A quatre heures, !e Moai me fait demander. Je me rends chez lui. Sa 
résidence est immense, composée de cinq enceintes concentriques dont les 
murs sont formés de dayonnage bouzillé; les habitations consistent en 
maisons rondes; quelques unes, comme l'addarache, ont de grandes 
dimensions, de quarante à cinquante mètres de hauteur sur vingt à trente 
de rayon. 

Le Molli est dans un petit pavillon, son trône est un lit en bois sculpte 
et incrusté d'argent. Il a auprès de lui une grande chaire à bras du même 
travail; cela me parait si parfait comme ouvrage que je juge que ce doit être 
un travail indien. C'est bien cependant un travail du pays, car ici les ouvriers 
sont très habiles. Deux Abba Korro seulement sont avec lui, l'un, bonime 
d'une trentaine d'années, a une figure franche et ouverte, l'autre est un 
vieillard à mine rébarbative. 

Après les compliments, nous nous mettons h causer et celte fols assez 
cordialement, lime fait voir du café en cerise et des corriandres fraîches 
qu'il envoie couper dans son jardin. Le café a tout ù fait l'aspect d'une 
cerise comme forme et couleur, et la chair qui entoure les deux graines 
juxtaposées, a un goût aigre doux. On apporte du café et de l'hydromel. Je 
présente un cadeau au Motii : ombrelle et chemise de soie, plus quelques 
bibelots, perles, ciseaux et couteaux fermant. En prenant congé de lui sur 
les cinq heures, je suis heureux de constater que la mauvaise impression du 
premier jour est tout à fait dissipée. En traversant les cours, un assez grand 
nombre de marchands musulmans, que l'empereur Jean a chassés derniè- 
rement de ses étais, viennent me saluer; ce sont pre.'jque tous des vieillards; 
les uns parlent arabe ei d'autres m'interpellent en turc et en grec. 

Le soir Hadj Salaa vlentme voir. Ilracontedeshistoirespluseffrayantes 
les unes que les autres sur le Kaffa, et parle surtout de l'usage où l'on 
serait, quand on veut se débarrasser des étrangers, d'empoisonner les eaux. 
II fait son possible pour nous effrayer et nous dissuader de continuer 
notre voyage. Il me demande aussi à rentrer au Choaavec moi. 



Mercredi G décembre, — De grand ri 



tin, qui 



; hommes ayant les 



■78 

premières phalanges de chaque doigt, les lèvres ei le nez coupés viennent 
me voir. Us s'efforcent de m'apitoyer sur leur sort en me racontant qu'ils 
ont été ainsi muiilés dans le Kaffa, parce qu'oa a voulu s'emparer de leurs 
biens. Je pense que j'ai affaire à des malfaiteurs et je les renvoie. 

Sur les dis heures je me rends au palais pour être admis à présenter 
mes hommages à la mère du Moiti. On m'introduit dans la cinquième 
enceinte de la résidence royale et je trouve dans une galerie le Motti et sa 
mère assis sur deux hautes chaires en bois sculpté et incrusté d'argent, La 
mère du Moiii est une femme de trente-cinq ans au plus, à la physionomie 
expressive et gracieuse, au teint légèrement bistre, un peu forte. Elle est 
vêtue de blanc et se drape dans une toge. La tête est découverte, ses cheveux 
sont roulés et frisés en forme de turban. Tout en parlant, elle accentue son 
discours par de petits gestes de la main droite qu'elle a mignonne et 
potelée. 

Jeudi 7 décembre. — Dans la journée je monte saluer le Motti et sa 
mère. Un courrier partant aujourd'hui pour le Choa, j'en profile pour 
écrire à mes amis d'Ankobèr, MM. Labatut et Pino. 

Vendredi 8 décembre. — Pendant la nuit, nous avons une forte pluie 
d'orage; le tonnerre gronde sur les cinq heures de l'après-midi. D'après les 
renseignements qui me sont donnés, il y aurait maintenant quatre mois que 
rhivernage est terminé. Il dure quatre mois et demi; mais il pleut en toute 
saison, de temps en temps. 

Dans la matinée j'ai la visite de marchands arabes et soudantens. 
L'après-midi je vais au marché d'Hermatta pour acheter du tabac et je vois 
en vente, sur ce marché, une quantité considérable d'esclaves. Des courtiers 
viennent me demander si je ne veux point acheter de l'ivoire, du café, du 
musc. 

En entrant chez moi, je trouve un enfant du Godjam, très gentil, un 
petit violon pendu au col qui vient jouer, chanter et danser pour me 
distraire. 

Le Motti m'envoie son cadeau, un bouclier rond, des lances, un bonnet 
en peau de chèvre, un toge avec une large bande orné de grecques. J'ai 
donné tons ces objets au musée d'etnographie du Trocadéro. La mère du 
Motti m'envoie un gobelet avec couvercle en corne de buffle, et des cornes 
pleines d'un musc, qui passe chez les oromons pour un remède souverain 
contre les fièvres. 




EXPLORATIONS ETHIOPr&ttNES 



179 



Samedi If décembre. — Je reviens du palais où j"ai éié prendre congé 
du Moiti et de sa mère ei je me meis en route. Nous nous dirigeons au nord- 
ouest, vers le marché d'Hermaita où nous sommes allés hier. Nous 
traversons un plateau gazonné; ensuite le chemin est bordé de cultures 
séparées de la route par des haies vives. 

Le marché d'Hermatta consiste en une plaine gazonnée avec quelques 
arbres et des maisons de marchands. Je veuï acheter un mulet de charge et 
nous allons â droite et à gauche quémander une béie. Je trouve une petite 
mule gris souris qui paraît jeune, forte et alerte ; on me la cède pour 
12 ihalari, ^4 francs. Une grande animation règne sur le marché, mais 
hélas ! en dehors de quelques paysans qui vendent du grain, du coton et du 
tabac, toutes les autres personnes ne vendent où n'achètent que des 
esclaves. 

A 10 h. 40', nous nous mettons définitivement en route, au sud-sud- 
ouest. Nous avons d'abord à franchir une colline de terre rouge après 
laquelle nous trouvons la rivière Aïhétou, dont le pont est rompu. Les 
eaux coulent de droite à gauche dans un lit d'une quinzaine de mètres de 
largeur; nous rencontrons au gué une très grande quantité de gens qui se 
rendent au marché. Nous traversons ensuite une plaine marécageuse et 
nous devons franchir sur des ponts deux marais remplis d'eau, d'où nous 
accédons à une belle plaine couverte de pâturages et de cultures et entourée 
de plateaux également cultivés où se trouvent, au milieu d'arbres, de 
nombreuses habitations. 

Tournant à Touest-nord-ouesi, nous traversons un pays accidenté, 
peuplé de troupeaux, et nous arrivons au pays d'irmata. 

Après un peu de repos, nous nous remettons en marche au sud-ouest, 
puis à l 'ou est-sud -ou est à travers un pays profondément ravine dont le sol 
est couleur sang de bœuf. La végétation y est représentée par des graminées 
sauvages. 

A I h, 45', nous arrivons à la Katchamà, rivière très rapide qui coule 
de droite à gauche. Nous la traversons sur un pont d'une quinzaine de 
mètres de longueur. Sur les rives poussent en quantité des arbustes fleuris 
qui embaument l'air et dont la senteur est d'autant plus pénétrante que le 
temps est à l'or.ige. En quittant la rivière nous nous engaf^eons dans des 
ravines de terre rouge qui donnerait un minerai de fer très riche. Les 
indigènes le traitent dans des fourneaux à la catalane en tout semblable à 
ceux que j'ai observés dans la vallée du Niger. Nous avons, devant nous, 



sur un moniicule, la résidence royale de Tchiallé où nous nous arrêtons. 

Au coucher du soleil, arrive Abba Gàrrô, homme de confiance que le 
Moui m'envoie pour m'accompagner jusqu'au Kaffa. Abba Gârro a une 
belle prestance et une singulière ressemblance avec mon ami le sculpteur 
Amy; aussi m'est-il de suite sympathique et je cause avec lui une panie de 
la soirée. Voici les renseignements qui me sont fournis sur Djema. 

Il y a cent cinquante ans environ que des arabes sont venus se fixer à 
Djema, y ont introduit l'Islam et fait connaître la fabrication des fusils à 
mèche et de la poudre; fabrications auxquelles on se livre encore 
aujourd'hui avec succès. 

C'est le grand-pére du sultan actuel, Abba Djîffar, qui, au commen- 
cement du siècle, s'étant fait musulman, prit le premier le litre de Motti. 
Abba Djiffar éiaii l'allié et Tami du roi du Choa Sahalla Sélassié. Il eut 
pour successeur son fils Abba Gômâ auquel a succédé le Motti actuel, fils 
d'AbbaComo et petit-Sis d'Abba Djiffar dont il porte le nom. 

La famille d'Abba Djiffar est actuellement composée de sa mère, de 
son oncle paternel, Abba Ouadji, d'un frère germain, Abba Ouadji eid'un 
frère cousanguin, Abba Djouber. 

'Dimanche i o décembre. — Nous nous mettons en route à 8 heures, au 
sud-sud-ouest. Nous traversons un petit plateau et descendons par un sol 
raviné dans des gorges au fond desquelles coule le Guébé. Je remarque sur 
le bord de cette rivière de beaux malvacés arborescents. Le Guébé sert ici de 
limite au pays de Badi où nous entrons. 

Notre route lourne à Touest-sud-ouesi à travers un plateau gazonné et 
planté de quelques beaux sycomores. 

A 8 h. 40', nous traversons remplacement du marché de Gouddaoù 
quelques marchands arrivent et étalent leurs marchandises. 

A 10 heures, après un repos dans une prairie, nous nous remettons en 
route. Nous traversons d'abord un clair ruisseau qui coule de droite à 
gauche; la route longe la lisière du plateau. Nous avons sur notre gauche 
une belle vallée cultivée, sur les coteaux des habitations dont nous voyons 
la fumée au milieu des arbres. Beaucoup degens à pied ou montés surdes 
mulets et des chevaux vont et viennent au milieu de la brume qui nous 
environne et sont d'un effet fantastique. Le chemin est bordé d'arbres et 
d'arbustes et ce n'est que par intervalle, à travers une baie du feuillage, que 
nous avons vue sur la vallée. 



KIPLOBATDNS ÉTHIOPIBNI 



i8i 



Après avoir passé la rivière de Metti, large d'une vingtaine de mètres 
et coulant de droite à gauche, nous entrons dans une plaine maréca- 
geuse oti la rivière de Tchié-Korsà fait de nombreux méandres. Celte 
rivière donne son nom à la région. Nous la traversons deux fois marchant 
au sud-ouest, et nous nous arrêtons au milieu d'une prairie. Un nombre 
considérable de gens se rendent au marché de GoudJa. Les voyageurs 
marchent par groupe. Tantôt ce sont des chefs ou des propriétaires ruraux 
montés sur des mules, monture de luxe ici comme dans toute l'Ethiopie, et 
entourés de leurs clients et serviteurs à pied et à cheval; tantôt, ce sont des 
troupes de paysans ou des caravanes de marchands. 

Pendant une demi-heure nous marchons à l'ouest, puis, reprenant 
notre direction ouesi-sudnauest, nous traversons une troisième fois la 
rivière Tchid-Korsa. 

Après avoir franchi des plaines bordées de riants côteauï, des vallées 
couvertes de verdures et de troupeaux, nous arrivons ii midi un quart au 
manoir d'Abba Keité, l'Abba Doula de Djema chez qui nous devons nous 
arrêter pour la nuit, 

Abba Keiié est un beau et gracieux jeune homme qui nous reçoit très 
cordialement. Nous échangeons des cadeaux en signe d'amitié. 

Abba Ketté me prévient qu'il va envoyer un émissaire au Kaffa pour 
annoncer mon arrivée et il me conseille de rester chez lui en attendant 
une réponse. Je le remercie de sa bonne intention ; ei lui fais observer que. 
désirant voir le ICafTa, je ne veu.t point attendre cheï lui de réponse; il est 
probable, en effet, que Ton me ferait dire du Kaffa de ne poim venir ; d'un 
autre côié, voyageant au nom du roi Ménélik. je n'ai d'autorisation à 
demander ni à recevoir de personne. 



Lundi 1 1 décembre. — A sept heures et demie, je vais prendre congé 
de l'Abba Boula ; il est poli et même affectueu^f. 

Nous parions à 8 h. 3o', dans une direction sud-sud-esi. 

Bientôt nous traversons le ruisseau de Bouboutâ, qui coule au milieu 
des fleurs. La route traverse des forêts coupées par des cultures et des 
habitations. Il y a beaucoup de caféiers sauvages. Nous appuyons à l'ouest- 
sud-ouest et nous entrons, à 5 h. 1 5', dans le pays de Saka. 

Cinq minutes après, nous arrivons à la source de la rivière Delleia. La 
lorêtestrempliede cris d'animaux de toutes espèces; une caravane de porteurs 



i8i 



BXPtOIUTIOtO ÉTBIOPIBKKES 



1 forèl, par une rouie parallèle à celle que nous 



travers;, en chan 
suivons. 

Des Goureza ■ se jouent au sommet des grands arbres qui bordent la 
route; ils sont lellemeni agiles dans leurs mouvements qu'ils paraissent 
voler. Aîellé voulant montrer son habileté de tireur en ajuste un ei lui 
envoie une balle dans la léie; il tombe foudroyd. Je descends de mulet pour 
Teiaminer, il a, de taille, i" 3o: et a un aspect humain qui impres- 
sionne péniblement et faitcomprendrc les idées superstitieuses des habiianis 
de ces régions, qui regardent le goureza comme un être à pan. 

A lo heures, nous franchissons un torrent dont on ne peut me dire le 
nom et dont les eaux argentées coulent sur des galets. Après, nous nous 
engageons dans une gorge boisée. Sur la droite, à l'entrée, se trouve un 
vallon couven de cultures; sur notre gauche, nous avons une moniagoe 
boisée. En sortant de la gorge nous sommes sur un plateau couvert de '. 
futaies. La route esi bien tracée au milieu du bois et parait très fréquentée. 
Nous nous croisons avec plusieurs caravanes de porteurs. 

A midi, en sortant de la forêt, nous marchons à l'ouest, ei nous nous 
trouvons dans une plaine couverte de cultures, de pâturages et de plusieurs 
groupes d'habitations. Dix minutes après, nous arrivons â Kankati, grande 
habitation appartenant à Abba Ketlé, ob nous devons coucher. L'habiutioD 
cultures; il y a notamment, dans un enclos, une petîic 
a de café. 

Dans l'aprés-midi et le soir, on fait de nombreuses tentatives pour qoc 
j'attende ici une réponse du Kaffa. On cherche également à démoraliser 
mes gens en leur racontant, sur le pays de Kaffa, les histoires les [riiu 
etfravanies. 



Mardi 1 2 décembre. — A 7 heures, nous nous mettons en route dans 
une direction nord-ouest. De beaux arbres bordent la roule à droite ei 1 
gauche ; sur la cime d'un énorme sycomore, nouscomptons plus de viiigt , 
ruches d'abeilles renfermées dans des paniers cylitidrîques. 



< Coloie gomreja (timnopitliique.) 

Les siwmopithè^utt ou enlellti sont adorés par les habituits Je rinde, qiû n'tM 
pas s'opposer i leurs larcins- 

Lc timatapitkiqmt dWfVique est 1c nloht, ui4<lcs plus icdissinges q«e Yoa a 
Il ■ le dos couTeri d'une sorte de manteau de poils doal la loogucaraugmenie ai 
E.-D. LiussE ET H. PiEaarr. 



EXPLOliATIOKS ÉTHIOPIENNES 



l83 



L'usage commun dans touie PËihiopie, où lapkuliurc ebi très 
développée, est de placer les ruches au sommet des arbres. 

A 7 h. 40", nous sommes arrivés à l'une des enceintes de Djema et ù 
l'une des six portes ou sorties du royaume; nous devons attendre en 
compagnie d'une vingtaine de voyageurs l'arrivée des gardiens; nous nous 
asseyons dans un kiosque en chaume au milieu duquel on a fait du feu. 

Les gardiens ariiveni et après avoir pris les noms des gens qui veulent 
sortir ils nous font franchir la première enceinte. Une deuxième ligne de 
défense est formée de trois rangées de pieux épineux au milieu desquels est 
bàii un corps de garde; viennent ensuite une porte et un fossé que nous 
franchissons sur un pont-levis. 

Après avoir franchi la dernière ligne de défense de Djema, nous nous 
dirigeons au sud par le désert de Kankati qui dépend de Djema. Les 
montagnes sont gazon nées, le sol est noir, il n'y a pas un arbre; l'aspect du 
pays est désolé. Sur notre gauche, nous apercevons une créie boisée. 

A 8 h. 34', nous traversons la petite rivière de Gourguésa, qui coule 
de droite à gauche et forme, à gauche, une gorge terreuse. En quittant la 
rivière, nous pénétrons dans un marécage asséché et couvert d'herbes 
lancéolées au milieu desquelles nous disparaissons, nous et nos montures. 
La marche devient très pénible, car les feuilles de ces grandes herbes sont 
très coupantes et nous balafrent à chaque instant. 

A g heures, nous trouvons la rivière Anza qui s'est tracée un lit de 
sept à huit mètres de largeur au milieu du marécage. 

Nous arrivons ensuite à un monticule où les herbes sont moins épaisses 
et moins hautes ; nous nous y croisons avec une caravane de porteurs ' 
chargés de café et avec des marchands qui conduisent un convoi d'esclaves. 
Un f>etit esclave qui m'aperçoit â l'improviste jette sa charge en criant et 
va en pleurant se réfugier auprès des négriers. 

Nous avons à traverser de l'eau stagnante, plutôt une boue noire et 
liquide; nous n'y parvenons qu'avec la plus grande peine et en jetant, 
comme des fascines, des joncs du marécage. Je retrouve ici cette odeur 
caractéristique de marais du Soudan, indice infaillible des pays fiévreux. 
Le nom de ce marais est Sosotchiou. 

A 9 h. 3o', nous sortons enfin de cette boue noire, puante, gluante et 



I Ces porteurs sont des gens libres; ils sont engagés pour le voyage à 1 
deux amoulés. Leur charge moyenne est de 35 a 40 livres. 



184 EX r-i.oBATtoNS iLthiopiennes 

nous entrons dans une petîie plaine, couverte d'herbage dont Ij hauteur ne 
dépasse pas le ventrede nos mules. Sur la gauche, no us avons une dépression 
dans laquelle poussent de grands arbres. 

A 10 heures, alors que nous prenons une direciion sud-ouest, une 
panthère pan dans les jambes du cheval d'Abba Gourache et répand reffroi 
parmi les mulets et les chevaux de notre convoi. 

Un quart d'heure après, nous nous engageons dans une sente 
d'éléphants large d'une quinzaine de mètres. Des gens qui passent près de 
nous et dont nous n'apercevons que le fer des lances au-dessus de l'herbe, 
nous saluent en criani ac'uvna ! acharna .' Puis, jusqu'à 11 h, 1 5', nous 
traversons une plaine oCi croissent quelques petits arbres. 

A droite, nous avons une forte dépression couverte d'arbres, c'est le 
fleuve Gaudjebdes Oromons et Godefodes Kafilcho. 

Le Gaudjeb est une grande rivière dont les sources sont situées dans 
une montagne qui sépare le royaume de Kafia, de Seka, et d'Ilougabba. Le 
Gaudjeb se réunît ensuite aux trois Guébé et forme le fleuve Omo. Le cours 
de rOmo, disent les marchands, est très paisible, ses eaux semblent dormir, 
sa largeur est le double de celle du Nil. 

A II h. 3o', marchant à l'ouesi-nord-ouest, nous arrivons sur les 
bords du Gaudjeb. On le franchit au moyen de qua!re arbres dont on a 
réuni les cimes et entre lesquels on a suspendu un large Blei de liane qui 
forme une sorte de pont aérien sur lequel passent nos porteurs. Je préfère 
traverser le fleuve sur le dos de ma mule. Les eaux sont tranquilles mais 
profondes; leur couleur pour le moment est rougeâlre. 

J'arrive sur l'autre rive du Gaudjeb et suis dans le royaume de Kaffa. 



ROYAUME DE KAFFA 



Cei Etat de Katîa, où nous entrons le mardi 12 décembre i883, est 
l'un des plus anciens royaumes de l'Ethiopie; ses souverains ont la préten- 
tion d'appartenir à la lignée de Salomon. Ce pays, presque complèiement 
fermé depuis l'invasion musulmane, se conserve, grâce à une véritable pro- 
fusion de barrières et de règlements, à l'abri de toute contamination du 
dehors. 

Les populaiionsdu Kaffa se disent de race sidama et parlent un idiome 
particulier se rattachant au ghez, comme toutes les autres langues parlées 
dans l'empire des Attiés. 

Le pays dans Icciuel nous venons d'entrer a nom Aminya : il est 
inhabité, traversé par le Gaudjeb, et couvert de foréis et de marécages. Les 
unes sont le repaire de lions, de panthères noires, de civettes, d'orictéropes; 
dans les autres pullulent l'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, le buffle, 
le crocodile. Des légions d'oiseaux de tout plumage, de tout chant ou cri, 
se partagent, avec d'innombrables singes, la cime des forêts et le domaine 
des airs. 

11 est d'usage dans toute l'Ethiopie de donner, comme frontières aux 
différents états, une bande de terrain désert, plus ou moins large, qui sert 
de territoire de chasse et forme, en cas de guerre, une première ligne de 
défense. 

Nous nous remettons en route à midi 40'. A l'ouest, le fleuve passe sur 
notre gauche, à travers des gorges de montagnes ; nous sommes sur un 
plateau à grandes ondulations, couvert d'herbes lancéolées, mais sans arbres. 
En face de nous, il y a une ligne de montagnes noires et boisées. 

A 1 Ji. 55', nous voyons venir au devant de nous deux hommes à 
pied précédant un cavalier; ce dernier, dès qu'il nous aperçoit, met pied 
à terre et, confiant à ses compagnons sa monture, sa lance et son bouclier, 
arrive, casquette ù la main, s'inclinant jusqu'à terre et nous disant ; : Chû 
acha bd! châ acha bâ! chô acha bd! ce qui peut se traduire par : u je me 
cache sous terre, je me terre ». Telle est l'étrange salutation usitée en 
pays sidama. 



iS6 



EtPLOBATtONS ÉTHIOPIENWES 



Ces hommes sont envoyés au devant de nous de Kaffa pour me saluer 
ei donner ainsi une preuve d'entière soumission aux volontés de leu 
rain, S. M. Ménélik II, roi du Choa, 

Le costunne des envoyés vaut une description. Il se compose d'un Iargc| 
caleçon en toile de coton bleu ei blanc, qui ne descend qu'à mi-cuisse et 
est retenu aux hanches par un ceinturon en cuir dans lequel est passé un 
coutelas; le haut du corps est couvert d'une demi-toge en coton retenue au 
col par des cordons. Sur la tête une peiite casquette conique en peau de 
singe goureza noir et blanc, avec laquelle on salue à l'européenne. Précédés 
des Kajitchw nous coniînuons notre route, ù deux heures, au sud. 

Nous sommes au milieu d'un fourré d'arbustes fleuris doni les fleurs 
dominantes sont blanches ou jaunes. 

Vingt minutes après, nous sommes devant la première enceinte du 
Kaffa. Le roc est taillé à pic, une solide porte en bois et une herse en 
épines sont tout ouvertes pour nous recevoir. Le gardien, un Goliath noir, 
agite sa casquette en nous saluant par des Ouat chaka (comment allez- 
vous?) qu'il prononce d'une voix creuse ei d'un accent lugubre. Il nous fait 
franchir l'enceinte et referme soigneusement sur nous les issues. 

Nous prenons notre route par un plateau terreux, couvert d'herbes 
jaunâtres; en face, nous avons des montagnes très boisées el, sur la gauche, 
une gorge profonde également boisée. 

A 2 h. 3o', une dizaine de personnes à cheval viennent à notre ren- 
contre. Parmi elles se trouve un jeune homme du nom de Jacob, ancien 
élève de Mgr Massaja, parlant l'amarigna et disant quelques mots de latin ; 
il m'est envoyé comme interprète. 

Cinq minutes après, nous sommes au bord d'une rivière nommée 
Polij'o. Elle coule de gauche â droite, sur un lit de galets, et vient de la 
gorge que j'ai signalée quelques lignes plus haut. Tout le monde a soif, 
mais les histoires de rivières empoisonnées, que l'on nous a racontées à 
Djema, ont tellement impressionné mes hommes que personne n'ose 
s'aventurer â goûter l'eau du Potiyo. Je me fais apporter un gobelet et je 
bois, engageant mes hommes à suivre mon exemple. 

A 2 h. 41', nous arrivons devant une esplanade gazonnée sur laquelle 
stationnent une vingtaine de gens armes; le chef est couvert de la petite 
casquette conique en peau de goureza. Sur notre droite se trouvent des 
cultures cachées par des haies impénétrables au regard et formées de plantes 
diverses; plusieurs sont couvertes de fleurs, fleurant de suaves parfums; il 



gauche, une haie de cacius épineux sépare la campagne du chemin qui est, 
«n outre, bordé à droite et à gauche d'une ligne d'arbres. 

A 3 heures, marchant à l'ouest, nous ne voyons personne dans les 
champs; la campagne paraît déserte; nous avons cependant sur notre 
gauche de nombreuses habitations et des cultures. J'ai appris depuis que, 
dans la crainte du mauvais œil, on se cachait partout où je devais passer. 
A noire droite, s'ouvre une vallée cultivée, limitée par des monts nus et 
pelés auxquels succèdent des montagnes boisées. 

A 3 h. 5', nous traversons la rivière Mânno, qui coule de droite à 
gauche sur un lit n'ayant ici qu'une dizaine de mètres de largeur. Nous 
continuons à monter pendant une centaine de mètres ei nous descendons 
à une nouvelle rivière qui coule au milieu de plaines ondulées, coupées de 
nombreuses rigoles et dont le sol, très riche en humus, est couvert d'herbes 
sauvages. 

Marchant alors au sud-sud-ouesi, nous arrivons, à 4 h. 20, devant 
une double haie de cactus impénétrable. Ces haies, distantes l'une de l'autre 
d'une trentaine de mètres, sont percées de portes en bois très épais ei soi- 
gneusement gardées. Il n'y a que dix minutes que nous avons dû franchir 
une pareille enceinte. Au milieu des gardes et des curieux se trouve un bel 
enfant; c'est le fils du cavalier qui est venu nous recevoir. En voyant le 
père embrasser avec effusion son marmot, je me dis intérieurement : « un 
homme qui sait ainsi embrasser un enfant ne saurait être méchant s. Un 
peu plus loin c'est un vieillard que notre guide va embrasser : son père, 
dit-on. 

A 4 h. 40', nous arrivons au marché de Baka, plateau gazonné, orné 
de grands arbres sous lesquels sont construites, pour les marchands, de 
petites échoppes de paille. A la cime du plus haut de ces arbres, on cons- 
truit une sorte de hune dans laquelle veillent deux hommes. Des pièces de 
bois creuses et sonores sont placées près des vigies qui doivent frapper dessus 
dès qu'ils aperçoivent quelque chose d'insolite. Des lieux de guet sont dis- 
séminés dans l'Etat de Kaffa, de manière à pouvoir se correspondre l'un 
l'autre, et forment ainsi un véritable réseau télégraphique. 

Deux racho (chefs) viennent me souhaiter la bienvenue. L'un est un 
vert vieillard, du nom de Tcha-Racho; Tauire, Oude-Racho, est un jeune 
homme déjà chauve. Ils me conduisent à la maison qui m'a été préparée 
et oti nous arrivons à 5 h. 3'. 

Cette maison est située au milieu de jardins entourés de plantations 



iSS EXPLORATIOfS ETMrOPlEKSES 

d'inceies ei de caféiers et dose par de hautes haies feuillues. Nous sommes 
bien ici dans le pays du café, mais nous sommes surtout dans le pays de 
l'inceie. 

Cette plante, le Musa ensete des bouaistes, rend ici des services encore 
plus nombreux que le dattier dans le Sahara. Les racines et le bas des tiges 
fermentécs servent à faire le pain, qui est la base de la nourrinire du Kaffa. 
Avec ses feuilles, qui ont des dimensions gigantesques, de un mètre cin- 
quante à deux mètres de longueur sur cinquante à quatre-vingts centi- 
mètres de largeur, on couvre les maisons ; on s'en sert comme de nattes et I 
de tapis. Teill^es, elles donnent une belle tîlasse qui sert à tresser des , 
cordes, à confectionner des filets, à lîsser des étoffes, même à faire des vête- 
ments : témoin un petit captif vêtu d'une feuille autour des reins et d'une 
autre sur les épaules, qui est là, les yeux béants, à me regarder prendre mes 
notes pendant que les rachos font étendre devant ma demeure des feuilles 
d'inceie en guise de siège. 

Les rachos se retirent après m'avoir fait amener un magnifique bœuf, . 
et apporter des pains, de la bière, de l'hydromel, des volailles. Un se 
tcur, n'ayant d'autre mission que de faire du café, a été placé devant ma J 
porte par les rachos. 

Mercredi, 1 3 décembre. — Le kaitama-racho, sorte de grand-vizir ou J 
de maire du palais, qui détient, au nom du Tatino, roi, le pouvoir, m'en-J 
voie deux hommes chargés de m'accompagner et de me guider auprès! 
de lui. 

En attendant le moment du départ, je noie sur mon carnet le nom del 
treize Etats indépendants, situés au nord-est et à l'est du Kaffa, qui seraient 1 
également peuplés par la race sidama, et dont les rois, comme celui de I 
Kaffa, porteraient le titre de Tatino. Ce sont : i" le KouUa; 2" le Konta; 
3'- le Kotcha; 4" le Malto; 5" le Koffa; 6" l'Alfa; 7" l'Ouba; 8° leZalla; 
9° le Baltchio; lo^le Bouké; ifle Zassé; 1 2" le SargouUa ; 1 3° le Brod»- J 
géda; ce qui fait, en comptant Kaffa, quatorze Etats de race et de langue I 
Sidama. 

A 8 h. 3o', nous nous mettons en route. Le chemin, qui est argileuxS 
et glissant, est dans un état tel que nos montures ne peuvent avancerîT 
nous le quittons et nous prenons à travers champs. Là, nos bêtes marchentl 
avec peine, mais marchent; sur le chemin, elles ne faisaient que glisset 

A 8 h. 5o', nous dirigeant au sud-sud-ouesi, nous traversons le mar-! 



EXPLOBATIOKS LTKIOPIENMES 



ché de Baka, qui est plongé dans un épais brouillard au milieu duquel 
s'agitent des formes indécises; aux salutations qu'elles nous envoient, 
nous reconnaissons que ce sont des humains. 

A 9 heures, nous tournons ù l'ouest-nord -ou est et nous suivons une 
des grandes routes du Kaffa. Elle est très régulièrement tracée, d'une 
quinzaine de mètres de largeur, bordée des deux côtés de murailles de ver- 
dure impénétrables au regard et tieurant les enivrantes senteurs des jas- 
mins sauvages, des chèvrefeuilles, des clématites, qui relient entre elles les 
arbustes à feuillages divers et les bambous qui forment la haie. Au-dessus 
émergent de grands arbres dont les têtes forment berceau au-dessus de la 
route. Le sol est formé d'un argile rouge et glissant, Tair est embaumé, 
l'atmosphère lourde, chargée de semeurs comme celle d'une serre ou du 
boudoir d'une courtisane. La route est déserte, cependant pleine de bruii. 
Les habitations sont nombreuses. Derrière les haies on entend les mur- 
mures des habitants dont quelques-uns nous saluent de bruyants ouu' 
cha-kâ! 

A çi h. 5' une double haie, des portes, des arbres avec des guetteurs, 
barrent la route et forment limite entre le pays de Baka, que nous quittons, 
et celui de Baka-guera-Beké, où nous entrons. 

En sortant de l'enceinte, au sud-sud-ouest, nous trouvons un plateau 
découvert, entouré de coteaux bas et couverts de cultures. La route, à 
quelques mètres de l'enceinte, est de nouveau indiquée par deux rangées 
d'arbres. Nous nous croisons dans le chemin avec des musulmans qui 
poussent devant eux des troupes de femmes et de filles captives. Le plus 
grand nombre de ces malheureuses n'a pour vêtement qu'un court jupon 
en cordeleue d'incete. Presque toutes ont la tête couverte d'un petit cône 
en forme d'éteignoir fait avec de la moelle de palmier. 

Le pays dans lequel nous nous trouvons, à dix heures, se nomme 
Agàmo. La rouie est bordée d'arbres. Voici les espèces que je noie : pal- 
mier doum, euphorbes arborescents, bambous. Tous ces arbres réunis 
entre eux par des lianes et des plantes grimpantes, parmi lesquelles le jasmin 
domine, forment des murailles odorantes impénétrables à l'œil. De nom- 
breux singes et beaucoup d'oiseaux se trouvent à la cime des arbres qui 
bordent la route. 

A lo h. 22', nous traversons la petite rivière de Goguem, dont les 
berges sont rocheuses et escarpées. Une pluie fine commence à tomber. 

A 10 h. 3o', inclinant un peu vers le sud, nous franchissons une 



KXpïfflBÂfïoSBtTÏÏÏOMËNÏÎKS 



double enceinie avec portes ei vigies, et nous quîuons le pays d'Agàmo 
pour enirer dans celui d'Oumakila. 

A To h. 5o', nous traversons la rivière Adjetche. Elle coule de droite 
à gauche. Nousai-ons beaucoup de peine à faire escalader par nos animaux 
ses rives effondrées par les eaux. Une fois sur l'autre rive de l'Adjetche, 
nous retrouvons un terrain plan avec une roule bordée d'arbres et d'ar- 
busies formant muraille. Du milieu des fourrés qui bordent la rouie, sort, 
en rampant, quelque chose qui a vie et parait un fagot de feuilles d'inceie; 
cela se met droit sur deux pieds et fuit devant nous. Mon chien lui donne 
la chasse. La frayeur fait tomber le tout et nous le relevons en tâchani de 
le réconforter : c'est un pauvre vieux couvert de feuilles d'incete attachées 
aux reins et au col en guise de vêtement. 

A 1 1 h. lo', nous arrivons au marché de Kaya qui se tient sur une 
grande place complantéedWbres. Le plateau se prolonge sur notre gauche; 
â droiie, il donne naissance à une grande vallée en partie occupée par des 
bois et des cultures. Une des vendeuses du marché, voyant Abba Gou- 
rache s'approcher d'elle, s'empresse de s'enfuir avec ses marchandises. 

A M h. 3o', nous traversons une double enceinie, avec portes, vigies, 
etc., etc., et nous nous trouvons sur le marché de Kari. En face de nous, 
sur une côte, se trouvent le marché et la ville de Bongà, 

A 1 1 h. 5o', nous traversons la rivière qui occupe le thalweg de la 
vallée de Bongâ. Elle a une trentaine de mètres de largeur au point où 
nous la passons. La hauteur des eaux est de o'" 60, leur cotileur d'un rouge 
très foncé, leur cours rapide, sur un lit de galet. 

A 1 [ h. 58', nous nous arrêtons â côté de la ville de Bongâ. Une foule 
compacte de femmes, d'enfants, d'hommes, viennent nous regarder. Les 
femmes elles enfants sont tous des captifs, et les hommes des marchands 
musulmans du Tigré, du Godjam, etc., etc. Plusieurs ont le chef rasé et 
orné de petites calottes maraboutiques en soie ou en drap de couleur : ce 
sont les fervents. Nous distinguons, au milieu de cette foule, à peine deux 
ou irois Kaféchio, reconnaissables à leurs casquettes en peau de goureza. 

Les gens, pour me voir, se jettent sur moi à m'éiouffer. .\bba Gou- 
rache fait des moulinets avec sa lance et les met en fuite. Je le prie de rester 
tranquille. La curiosité de ces gens-lii est trop naturelle. Ne voyons-nous 
pas, chaque jour, la foule s'écraser en France pour voir passer des Chinois 
ou des Siamois, dont nous avons cependant partout des représentations en 
gravure, photographie, etc., etc. Ces gens-là ne connaissent guère les 



FSPIOBATIONS ih'HlOPIENNES 



191 

1843, 



Européens que par oui-dire. lis oni vu les frères d'Abbadie en 1 
MgrMassajaen i855, et c'esi lout. 

A midi 6', nous nous remettons en route au sud-sud-esl. 

A midi 45', nous tournons il l'est et nous passons devant l'une des 
résidences du Tatino |roi], â côté de laquelle se trouve un bloc erratique 
dont la position a été déterminée, en 1843, par M. Antoine d'Abbadie, et 
qui serait de 7° 4' 40" latitude, 34" o^ longitude orientale (méridien de 
Paris), et l'altitude -\- 1 85o mètres. 

Ceue résidence royale est formée d'un vaste enclos entouré de haies 
vives. Dans Tintéricur s'élèvent des chaumières de formes diverses ei en 
assez grand nombre. 

On nous fait brusquement tourner à gauche à l'est-nord-est, pour 
entrer, par une brèche que l'on vient de faire dans une haie, dans un jardin 
complanié d'incete et de bambous. 

A midi 48', après de nombreux tours et détours, toujours au milieu 
des jardins, nous arrivons devant une maison qui nous a été préparée et 
oli je suis reçu par le racho de Bongà, Guinségue-racho, et un vieux 
musulman dont le chef est rasé ci l'occiput recouvert d'une barrette en 
flanelle rouge. 

On nous amène des moutons, un bceuF; on nous apporte de la volaille, 
des pains, de la bière, de l'hydromel, et Von installe sous le porche de ma 
maison le serviteur chargé de faire le café, que l'on prend ici ù tout 
instant. 

Mes compagnons ont grand peur d'être empoisonnés, et ils font tout 
goûter aux gens qui nous servent avant d'en user. Cela me fait observer 
une curieuse coutume des SiJama, celle de boire à deux en même temps 
dans le même gobelet, ce qu'ils font en s'asseyani l'un à côté de l'autre en 
se passant un bras autour du col et en soutenant l'un de la main droite et 
l'autre de la gauche le vase où ils trempent en même temps les lèvres : ils 
boivent même ainsi le café dans leurs petites tasses en corne. 



Jeudi, 14 décembre. — Dès six heures du matin, le vieux musulman, 
signalé au milieu des gens qui sont venus nous recevoir, est auprès de moi. 
Il a déjà passé hier une partie de la journée ;■! mes côtés. C'est un petit 
vieux de soixante-dix ans environ. Il esi né à Gondar et se nomme Hadj 
Mohamed Salé; il appartient à une famille de marchands musulmans de 
Gondar. Son frère aîné est à Gondar et un autre de ses frères, son aine 



EXPLORATIONS 1 

aussi, esT au Kaire. Il y aurait trente-deux ans qu'Hadj Mohamed habite 
le royaume de Kaffa, et il est père d'une dizaine d'enfants qu'il a eus ici 
de femmes Sidama, ses épouses. 

Hadj Mohamed me donne divers renseignements qui méritent d'éire 
consignés par écrit. 

Voici tout d'abord, suivant lui, l'origine du mot KaSa : Mohamed 
Gragne, lorsqu'il envahit les Etats chrétiens de l'Ethiopie, serait venu 
jusqu'au Gaudjeb ; c'était le moment des hautes eaux ; le courant du fleuve 
était impétueux; il dit : ne Kaffi (j'ai peur) et retourna sur ses pas, et ses 
soldats donnèrent à tout le pays au-delà du Gaudjeb le nom de Kafla. 
Bien que le récit de l'Hadj Mohamed manque par sa base, puisque le nom 
de Kaffa estantérieur à l'invasion de Gragne, il est important en ce sens 
qu'il fixe, d'après la tradition musulmane elle-même, le point extrême 
atteint par le conquérant musulman. 

Toujours d'après l'Hadj Mohamed, le souverain du Kaffa est oui^erro 
(descendant de Salomonj ; son titre est Tatino. 

A Kaffa, tout se fait au nom du Taiino ; on le croirait partout ; cepen- 
dant personne ne le voit, sauf ses eunuques et ses femmes. 

Celte Majesté éthiopienne est gardée par lesdîis eunuques comme un 
véritable prisonnier. Les minisu'es, ou grands du royaume, ne pénètreni 
dans la maison où elle demeure que les épaules couvertes d'une peau de 
bœuf, et à reculons. C'est dans cette attitude qu'ils s'approchent du rideau 
derrière lequel se trouve, leur dii-on, le Taiino, auquel ils ne parlent que 
par l'intermédiaire des eunuques. 

Hadj Mohamed a dû se soumettre à ce cérémonial chaque fois qu'il a 
été reçu par le Tatino. Peut-être Mgr Massaja a-t-il vu le Tatino? 

Le Tatino ne mangerait même pas lui-même : ce seraient encore ses 
eunuques qui lui donneraient, pour ainsi dire, la becquée et qui le feraient 
boire. 

Quand il sort des chaumières qui lui servent de palais, c'est couvert 
d'un sac, qui le cache complètement de la tête aux pieds, et hissé sur un 
vieux cheval dont le harnais doit être sale et déchiré; une troupe d'eu- 
nuques armés de fouets enioureni le monarque dont la monture est tenue 
en main par les quatre plus grands dignitaires du royaume, qui ont les 
épaules couvertes d'une peau de bœuf. 

Tout individu qui essayerait devoir la tigure du souverain seraii puni 
de mort. 




Son nom même est un mystère. Pour savoir le nom du Taiîno actuel — 
lequel est Gallito — l'Hadj Mohamet n'ayant jamais voulu nous le dire. 
nous dûmes corrompre l'un des eunuques du palais pur le don d'un collier 
de perles dorées de Paris — une grande nouveauté, par parenthèses, et qui 
a beaucoup plu en Ethiopie. 

Un tel souverain ne pouvant guère, on le comprend, gouverner effcc- 
livemeni, c'est une sorte de grand-vizir ou maire du palais, le Katama- 
racho ', qui administre le royaume avec les gouverneurs de province, dont 
chacun est, du reste, à peu près indépendant dans son gouvernement. 

Les rachos de Bongà. qui sont venus me voir dans la matinée, revien- 
nent sur les cinq heur.;s avec une nombreuse escorte. Ils me disent que 
le Kaiama-racho est malade et me demandent de lui envoyer les lettres que 
j'ai pour lui et pour le Tatino. Pressentant un piège, je réponds que je 
suis prêt à aller trouver le Kaiama-racho s'il ne peut venir, mais que je ne 
remettrai très certainement les lettres qu'à lui-même. .\près beaucoup de 
compliments ei de salutations, les rachos se retirent et me font envoyer 
deux bœufs, de la volaille, des pains, de la bière, de Thydromel, etc., etc. 

J'ai l'occasion d'observerqu'ils sont soumis ii une minutieuse étiquene. 
C'est ainsi que chaque homme est suivi d'un enfant esclave qui lui porte, 
sur le bras, un cuir de bœuf découpé en manteau. Dans toute réunion, une 
seule personne peut porter la toge librement drapée, les autres, en signe de 
respect, l'ont attachée avec des ficelles, de la mdme manière que l'on agrafe 
un manteau autour du col. Enfin, lorsque l'on se présenie devant son supé- 
rieur immédiat, ou devant une personne que Ton veut honorer d'une ma- 
nière toute particulière, on quitte la toge et Ton se couvre de la peau de 
bœuf que porte le suivant, auquel on remet sa lance. 

Vendredi, i5 décembre. — Nous restons toute la journée à attendre 
vainement le Katama-racho. Nous avons la visite des rachos qui nous font 
amener un bœuf et des victuailles de toutes sortes en abondance, 

Dans l'après-midi, Abba-Koro, l'homme du motti de Djema qui est 
venu avec nous, nous raconte que l'islam a été introduit dans cet Etat, ily 
a 3oo ans, par un Arabe, Ali-Oli, qui vint de Gondar à Djema, et qui 
attira dans le pays des ouvriers arabes. Lui-même, Abba-Koro, prétend 
descendre de l'un de ces Arabes. 



I Kalàma est un mot commun » la plupart des langues êlhicjpicnni; 
Signification de • ville principale, capitale n. 






Samedi, i6 décembre. — Enfin, sur les huit heures, on vient m"an- 
noncer la prochaine visite du Katama-racho. Je passe une longue redingote 
en drap noir, une chetnise et un gilet blanc, je chausse mes pantoufles de 
maroquin rouge ei j'auends avec impatience le moment de l'entrevue. 

A neuf heures, Katama-racho est arrivé. Il vous attend, vient-on me 
dire. Je me lève, ie suis sans armes, ainsi qu'Aiellé, qui doit me servir 
d'inierprèie; mais mes autres domestiques, même celui qui porte mon 
parasol, sont armés jusqu'aux dents. 

On nous fait traverser des jardins et l'on nous mène dans une prairie 
oLi sont assis, auprès d'une haie d'incete, sur des feuilles d'inceie, abrités 
par des feuilles d'incete, le Kalama-racho et deux vieillards. En face, on a 
étendu à terre quelques feuilles d'incete pour moi-même. Une foule 
nombreuse forme la haie à droite et à gauche; le Katama-racho se lève et 
me fait signe de m'asseoir. 

Le Katama-racho est encore jeune. Il a la peau noire et les cheveux 
crépus, mais la forme du visage ainsi que l'expression n'a rien de 
chamitique. Sa physionomie rappelle le type si populaire des méphisio- 
phélès. A sa droite est assis un beau vieillard il la figure franche et ouverte, 
au teint pâle, à barbe et cheveux d'une blancheur de neige. L'autre 
vieillard, celui qui esta la gauche du Katama-racho, a la barbe grise eila 
figure rébarbative. 

Après un moment de silence, on me demande de mes nouvelles. Nous 
échangeons des compliments. Je présente alors mes lettres. Le Katama- 
racho me fait dire qu'il n'y a dans tout le royaume que deux personnes 
lettrées, les prêtres catholiques; qu'on les attend, qu'ils vont venir et 
qu'avant leur arrivée il ne veut pas toucher les lettres : on pourTaitTaccuser 
de les avoir changi5es, dit-il en terminant. 

Je dépose alors les lettres à terre devant le Katama-racho et nous 
restons tous les yeux fixés dessus sans ouvrir la bouche. Cette position 
ridicule dure bien une grande demi-heure; de temps en temps un officier, 
les épaules couvertes du cuir de bceuf d'ordonnance, la casquette à la main, 
et suivi de son petit servant d'armes ponant sa toge, sa lance et sa rondache, 
s'approche du Katama-racho, lui dit mystérieusement quelques mots à 
l'oreille et va ensuite grossir le nombre des hommes armés qui nous 
entourent : plus de mille assurément. 

Drin, drin, drin,, tout le monde est debout; deux mulets trottinant en 
faisant tinter leurs sonnettes arrivent : ce sont les prêtres. Katama-racho et 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 19S 

lous les assisianis se précîpîteni pour leur tenir réirier, leurbaîser la main, 
ei être aspergés d'eau bénite qu'ils ont dans un goupillon en cuivre qui a la 
forme d'une poire à poudre. 

Après que j'ai serré la maîn à ces prêtres, le Katama-racho remet, à celui 
qui est le supérieur, abba Fessas, un grand maigre, les lettres pour qu'il les 
traduise, ce qu'on lui fait recommencer par trois fois. Ensuiie il a un long 
entretien avec ses accolytes, pendant lequel le vieillard h barbe blanche ne 
cesse de me regarder en souriant, haussant les épaules et en me mimant 
très clairement : Mon Dieu ! que ces gens sont bêtes! 

Katama-racho me faisant adresser la parole me dit : que l'usage est que 
les étrangers ne dépassent pas le marché de Bongà sur lequel on trouve à 
acheter et à vendre tout ce qui s'achète et se vend dans le pays; qu'il ne 
peut, avant d'en avoir référé au Talino, me donner l'autorisation d'aller 
dans le pays. Je lui demande alors à aller tout d'abord visiter le marché 
de Bongâ. 

— C'est impossible, me dit-il, en vous voyant, tout le monde prendra 
la fuite. 

Me sentant envahi par la colère, je me lève avec dignité, et, suivi de 
mes domestiques, je rentre chez moi, laissant Aiellé négocier avec le 
Katama-racho. 

A onze heures et demie. AJelic revient avec Hadj Mohamed et 
Guimzègue-racho. Je suis autorisé à visiter le marché de Bongà. A midi, 
nous nous mettons en route et à deux heures nous sommes rentrés chez 



Bongâ, la seule agglomération du royaume ressemblant un peu à une 
ville, est située, comme nous l'avons déjà vu, en amphithéâtre sur tin 
coteau dont une rivière assez large baigne le pied, et se compose de quatre 
quartiers distincts, habités par les marchands de Gondar, Djema. Godjam 
et Guerra, qui se gouvernent dans leurs quartiers respectifs comme le fai- 
saient autrefois les Européens dans leurs fondoucks des échelles du Levant. 
Entre ces quatre quartiers se trouve le marché proprement dit, qui est quo- 
tidien. 

J'ai surtout en vue d'ouvrir une route commerciale qui, partant 
d'Obock, possession frantjaisc, aboutisse par le Choa au Kalfa, route qui 
pourra être prolongée jusqu'aux grands lacs de l'Afrique équatoriale. 11 est 
donc nature! que j'étudie Bongâ et le commerce du Kaffa sur lequel je vais 
donner ici tous les renseignements que j'ai pu me procurer. 



196 SXPLOflATIONS KTHIOPtBNNES 

Le principal commerce, après la traite des esclaves, est celui du café; 
viennent ensuite le musc, la coriandre et l'ivoire, 

La troque est inconnue à Bongâ. Toutes les transactions s'y foni au 
moyen de Vamoulé, monnaie de sel d'un usage commua dans toute 
l'Ethiopie. Les amoulés sont des pierres de sel gemme, venant des mines 
sises dans le Tigré; elles sont taillées en forme de pierre à aiguiser les 
faux. Au Choa, l'amoulé a un poids moyen de 5oo grammes; ici, ua 
poids maximum de 3oo grammes; les amoulés diminuent au fur et àfl 
mesure du voyage, les marchands les grattant tout le long de leur route poarl 
payer avec les parcelles de sel ainsi détachées le grain, la viande, etc., 
dont ils ont besoin pour leur nourriture; les subdivisions de Vamoulé 
sont représentées par des grains de verre de forme irréguUère, de dimensions 
minuscules et de couleurs variées, rouge, bleue, verte, blanche, jaune, etc. 1 

Les ihalari de Marie-Thérèse ont également cours au Kaffa; letil^ 
change varie de un ihaler pour cinq à sept amoulés. 

A Bongà, un captif se paierait, suivant l'âge, de 10 à 30 amoulés; 
bieuf grasde 3 à 5; un mouton vaut de 3o à 5o grains de verre. 

Mais la production la plus importante du Katfa, c'est le café. Ici, IcJ 
café s'appelle boune, et à Moka boun '; partout ailleurs il porte un nonzl 
rappelant le Kaffa, qui est peut-être son pays d'origine, probablement le-l 
pays oti l'usage de sa culture est depuis le plus longtemps répandue, cer^ 
tainement un des pays du globe produisant les meilleures sortes, les pIu) 
exquises au gol^t. 

A partir du Giiebé, .ifRuent de TOmo, point oti disparaissent les o!î-I 
viers, les caféiers constituent le sous-bois de presque toutes les forêts, etV 
croissent, du reste, en quantités tellement considérables partout, même 
les grands chemins, qu'on ne se donne pas la peine d'en faire une récollff^ 
régulière. C'est ce café sauvage, très noir et d'un arôme très fort, qui s 
vend à Massâouah et est connu dans le commerce sous le nom de cKteJ 
d'Abyssinic. 

Il ne se vend sur le marché de Bongù que du café cultivé, au graîil 
régulier, d'un beau vert et dont l'arâme est d'une délicatesse exquise. 1 
café ne se vend pas au poids, mais à la mesure, au ouancha, gobelet e 
corne, d'une capacité d'environ trois quarts de litre; quant au prix, on pai4 



I M. Antoine d'Abbadie 
aùofXée pour la iranEcripcJon 1 
ou, et Va cïl un a liks bref, qi 



lis, d'après l'onliographe qu'il •■ 
:e éthiopiens, Vu doit se prononcM^ 



t-:XPL0H4T10NS Kl> 



an amoii/i- pvuT I? à 25 gobdeis, suivant la saLon; le prix du calii cil 
cerise est moitié moindre, La production du café, au Ka(fa, peut dire 
estimée de 5o ooo à 60 000 kilogrammes par an, ci elle pourrait être très 
certainement centuplée. 

Presque tout le café du Kaffa est actuellement monopolisé par les gon- 
darais musulmans, qui font le commerce des esclaves, el le vendent dans 
les harems de l'Orient dont ils sont les fournisseurs. 

Les autres produits indigènes du Kaffa sonf: le musc, qui provient du 
chat musqué, ou civette d'Afrique réduite à l'état domestique. Le musc 
vaut, k Bongâ, de 3 à 5 amoulés l'okiei, du poids d'un ihaiari ;= 333 gr. 

Le corrarima, fausse corriandre, très reclierchée comme condimeni par 
tous les Orientaux, et qui se vend ù raison de i 000 à i 200 létes pour un 
amoulè. L'ivoire, enfin, assez abondant sur le marché de Bongà, vaut de 
25 à 3o ihfllari Vokiet, du poids de i3 kllogr. 5oo gr. 

Le coton, le miel et la cire existent également au Kaffa, mais ils ne 
paraissent pas sur le marché de Bongà, où ne se vendent non plus ni éiotfeG 
ni articles manufacturés, si ce n'est des boucliers ronds en cuir de buffle, 
fabriqués dans le pays, qui jouissent d'une grande réputation dans toute 
PEthiopie. 

En plus des quatre quartiers que j'ai signalés, se trouvent des groupes 
de maisons isolées pour les gens de Gouma, Goma, Limoux, et même du 
Zanguebar, me dit-on, dont quelques marchands arabes viendraient jus- 
qu'ici acheter des esclaves. 

Hadj Mohamed me mène visiter Je quartier des gondarais, et Abba 
Koro celui de Djema, dont les habitants m'accueillent avec des démonstra- 
tions d'amitié, parce que je viens de leur pays. 

Les maisons des marchands qui occupent cette ville de Bongà sont mal 
aménagées. Ce sont des demeures provisoires. Partout errent des captifs de 
tout sexe, dge et provenance, les uns libres, les autres les fers aux pieds. 
Des courtiers vont et viennent et plusieurs me Ibni leurs offres de services. 
11 y a ici un tratic reladvcment important; cependant, si on voulait l'appré- 
cier, on trouverait probablement un chiffre très minime de i 000000 A 
1 Sooooo francs d'affaires par année, moins que celui d'un rayon d'une 
boutique de Paris ou de Londres, El dans ce chiffre, le commerce des 
esclaves doit être évalué à 5o ='0, celui de l'ivoire h 20 "/o, celui du musc à 
tS^/o, celui du coriandre à 10 "/o, celui des boucliers et objets divers à 5 "/o. 

Les importations consistent en verroterie, quelques métaux ; cuivre, 



EXPLORATIONS éTRrOnRNKEi 



in. ei surioui amoulés; cette pierre de sel, ;^ui constiti 
mnaie, est en mtme lemps un objet de grande consomm 



e véritable 
et de pre- 
mière nécessité. 

Les étoffes qui servent à vêiir la population du Kaffa, ainsi que leurs 
armes offensives, lances et coutelas, soni fabriquées par les Zingero. 

A deux heures après midi, nous quittons Bongâ et nous rentrons chex J 



Dimanche, ly décembre. — Je passe la journée chez moi à attendre U 
décision du Tatino. Hadj Mohamed vient me voir le matin, l'après-midi 

et dans la soirée. Tout en cherchant à me taire causer, il me donne des^ 
renseignements sur le Kaffa. 

Le climat y serait tempéré; il n'y aurait pas d'hiver au Kaffa, du moin»fl 
dans les vallées, et les chaleurs excessives y seraient également inconnues.^ 
Seulemeoi, il y pleuvrait légèrement, mais assez régulièrement chaque! 
jour. 

Un tel climat est, paraît-il, sain, car, toujours d'après l'Hadj Mohamed,] 
la longévité serait remarquable au Kaffa, où l'on trouve un assez grand'^ 
nombre de gens âgés de loo, i lo, 140 et même i5o ans. 



Lundi, iS décembre. — Vers une heure après midi, Katama-racho 

me fait appeler. II est dans la prairie où a eu lieu notre entrevue de samedi, 
avec les deux prêtres, Hadj Mohamed ei cinq autres personnes seulement.-] 
Après un échange de compliments mutuels, il m'offre le cadeau du TatinOji 
consistant en un jeune esclave de six à sept ans, une mule de selle, deux! 
cornes de musc, deux toges fines pour moi et dix ordinaires pour mes gens, i 
Le Tatino fait, en plus, cadeau à Aîellé d'une toge fine et d'une corne dej 
musc. 

Je remercie et j'envoie chercher le cadeau que je destine au Tatïii9.£ 
une chemise ei un parasol en soie, des perles dorées et quelques autr 
bibelots. 

J'offre aussi mon présent au Katama-racho qui dit de tout rapporter-J 
chez moi et qu'on prendra les cadeaux la nuit pour que personne ne puisseJ 
savoir ce que je donne au roi et à lui. Du reste, il me remercie très cour* J 
toisement, tant en son nom personnel qu'en celui du roi. , 

Le Katama-racho me dit ensuite que je suis autorisé à visiter raD'<<| 
cienne mission de Mgr Massaja. et à aller à une journée au sud de ma r 



EXPLORATIONS KTHIOPieHHES 



190 



dence. Mais, ajoute-t-il, le Tatino préféreraii me donner lout ce que Je 
voudrais et que je consentisse à sortir de suite du Kaffa. 

Je remercie des autorisations qui me sont accordées, et sans m'arréter 
aux dernières réflexions de Kaiama-raclio, je rentre chez moi suivi du 
négrillon que l'on vient de me donner. Cet enfant est très effrayé d'appar- 
tenir i un homme fait comme moi; îl a une peur terrible et se désole. 
Rentré à la maison, je fais interroger cet enfant. 11 ne connait pas son pays, 
j7 ne sait s^il a eu une mère (sic), et se nomme Gabîtto. Il a pour vêtement 
un morceau défilasse d'incete autour du corps, la léte rasée ù l'exception 
d'un long toupet au-dessus du front. Il est très maigre avec un ventre 
énorme. J'ordonne qu'on lut fasse immédiatemeni une chemise et des 
culottes, ce qui est fait séance tenante. On habille Gabitto, on lui coupe 
son toupet et je lui donne le nom de Noël, en souvenir de ce qu'il m'a été 
donné dans l'octave de cette fête. 



Mardi, ig décembre. — A 10 h. 58', nous nous mettons en route 
au nord-nord-est, accompagnés, ou, mieux, gardés à vue par Hadj Mo- 
hamed et un racho; une dizaine d'hommes armés nous escortent. Notre 
route est étroite, bordée de haies touffues dont les branches encombrent 
parfois la voie. Un homme de noire escorte, un vieillard, marche en tète de 
mon mulet, coupant avec son coutelas toute branche qui pourrait me gêner. 

A 1 1 h. 20', nous tournons au sud-sud-ouest. Dix minutes après, 
nous traversons la rivière Adoh qui coule de droite à gauche, dans un lit 
terreux d'une trentaine de mètres de largeur; la hauteur des eaux, au gué, 
est de o"" 80 centimètres ; les rives sont couvertes de beaux arbres. 

A midi 10', sur un plateau, nous passons par un petit marché où 
sont étalés en vente quelques femmes captives, des piments, des ognons et 
autres menues denrées. 

A midi 25', nous sommes à Sapa, mission fondée en t855 par 
Mgr Massaja, qui pendant une année a évangélisé le Kaffa. Cette mission 
est actuellement tenue par deux prêtres catholiques indigènes, l'un et 
l'autre disciples de Mgr Massaja. Celui qui est le supérieur est origi- 
ginaire de Gondar et appartient à une famille d'ecclésiastiques ; son nom 
est Abha Fessas; il est long et maigre avec une tète ascétique. L'autre est 
tout rond, très noir; il fut acheté comme esclave par Mgr Massaja qui le fit 
élever et entrer dans les ordres; il a nom AbbaLuquace. 

Les deux prêtres vinrent au-devant de moi, au seuil de leur domaine; 



201} EXPLORATIONS kTHIOP'ENN tS 

ils me conduisirent chez eux et me firent asseoir dans une grande chaire 
en bois sculpté que le père des Avanchers avait faite pour Mgr Massaja. Us 
m'offrirent du café dans un bol en faïence orné de fleurs jaunes et rouges; 
c'est le bol de Monseigneur, une vraie relique précieusement conservée par 
ces bons pères. Us me font visiter en détail leur maison et leur chapelle; 
leur domaine est important et leur produit abondamment le boire elle 
manger pour eus ei pour une colonie de captifs libérés et rachetés par 
Mgr Massaja. Le vêtement est leur grande préoccupation; on ne peut se 
procurer des étoffes qu'en les payant avec des amoulés ou des ihalari, et ils 
n'ont ni l'un ni l'autre: aussi presque lous leurs colons en sont réduits à 
se couvrir avec des peaux de béies. 

Ces pauvres prdtres veulent m'offrir un hocuf: je les remercie et les prie 
de me le laisser refuser. Je les quitte à 2 h. 5o', et à 3 h, 3o' après midi je 
suis rentré à la maison. 

Le soir, Abba Orké, natif d'AIiamba (Choa), que nousavons trouvé à 
Djema, et qui est venu jusqu'ici avec nous, me parle de ses voyages. Il a 
visité Alamba, Zeïlah, Aden, puis Massâouah, Kartoum, d'oti il est venu 
û Djema oti il a femmes et enfants. 

Dernièrement, Abba Orké est allé acheter des esclaves chez les Sourro. 
Ce pays, me dit-il, est traversé par un fleuve comme le Nil; il s'appelle 
Omâ et va à Zanzibar. Ce fleuve passe à trois journées d'ici; an peut j- 
mettre de grands bateaux à vapeur comme sur le Nil. 



Mercredi. 20 décembre. — Nous devions partir dés le malin, mais 
personne ne vient chez nous avant dix heures; il peut être lo h. i5' quand 
arrivent l'Hadj Mohamed et le racho qui doit m 'accompagner dans mon 
excursion. Ils s'excusent de venir en relard, disant que le froid les a em- 
pêchés de venir le matin, et qu'il est peut-être trop tard pour nous mettre 
en route. Ils sont tout penauds lorsque je leur dis que nous allons partir. 
Ils font contre mauvaise fortune bon cœur, disent qu'ils vont chercher 
leurs chevaux et revenir Immédiatement. 

J'ai grand' peur que ce soit une fugue, car par deux fois on est venu, 
pendant la nuit, prier Aiellé d'essayer de me persuader de renoncer à ma 
promenade, ei lui promettre, s'il réussissait, de lui donner tout ce qu'il 
voudrait. En même temps, on le chargeait de me dire que le Tatino était 
prêt à m'accorder tout ce que je désirerais, son propre fils même pour 
esclave, si je renoDçaîs à voir le pays. 




EXPUÎHATIONS vrrmOPlENSES 



Celle crainte que nous inspirons a trois causes : 
1° Nos armes à feu nous rendeni terribles, et Ton a peur que nous 
profilions Je notre force pour piller ei commeiire des méfaits; 

2° On crainique je ne renseigne S. M. Ménélik 11 ou Ras Gobana sur 
la situation du pays; 

3° Bien que le plus absurde et le plus ridicule, le motif que je vais 
donner est le principal pour les habitants : on craint les sortilèges que je 
puis faire, les sorts qu'il m'est loisible de jeter; je suis regardé comme un 
être très dangereux et très puissant. 

J'ai fait un jugement téméraire ; nos gens reviennent avec leurs che- 
vaux et nous nous mettons en route. 

A 1 1 h. 25', nous quittons la maison, nous dirigeant au nord-nord- 
esi, pour revenir au nord- nord -ou est. On me fait passer, à 1 1 h. 40', à 
travers champs, de peur que je ne connaisse le chemin. 

A 1 1 h, 45', tournant au sud-est, nous traversons la rivière de Také, 
qui coule ici de droite à gauche, sur des quartiers de roches, dans un lit 
d'une vingtaine de mètres de largeur. 

Nous tournons au sud-ouest, au sud -sud -ouest, au nord -nord -est, et à 
midi 35' au nord-est, sur un plateau gazonné à grandes ondulations qui 
s'étend sur la gauche; à droite, une vallée étroite avec bois et cultures. 

A I heure, marchant à ['est, nous arrivons à l'extrémité du plateau, 
qui esi couvert d'arbres, et forme une vallée que nous allons traverser. 

De l'auire côté de la vallée, nous avons, sur notre gauche, Sàda, où se 
trouvait l'église, aujourd'hui en ruines, de Saint-Michel, érigée par 
Mgr Massaja. 

A ! h. 20', nous inclinons au nord-est. Sur notre droite, nous avons 
une vallée et des coteaux, de nombreuses habitations et des cultures; le plus 
grand nombre des habitations est caché par des plantations d'inceie. En 
haut de la butte se trouve un vaste enclos qui contient de sept h dix 
maisons : c'est Tune des résidences du Tatino. On voulait mêla cacher, et 
lorsqu'il s'agit d'en savoir le nom, les uns me disent Borada, les autres 
Anderalcha ; quel est le vrai? 

A 1 h. 3o', nous tournons au nord, puis au sud, et on me fait voir 
une montagne que je relève par 220° et sur laquelle se trouverait le pays de 
Kabalia. Nous passons dans une autre vallée dans laquelle coule une rivière 
dont on ne veut pas me dire le nom. Elle roule dans un lit d'une vingtaine 
de métrés de largeur. Nous la traversons. 



EXPLOIlATIOiaS tTHIOPIENNES 



A 2 h. I y, nous dirigeant au sud-esi, nous avons des affleurements de 
roches grises qui s'effriient à Pair. Les pentes soni gazonnées. Sur notre 
droite s'ouvre une belle vallée cultivée et boisée. 

A 2 h. 5o', nous sommes sur un sommet, d'où nous dominons le pays, 
qui est entouré d'une ceinture de montagnes, dont la côte où nous sommes 
fait partie. Il forme une cuvette d'un ovale très allongé qui demanderait, 
d'après les indigènes, quinze jours pour être traversée dans le sens de la 
longueur, et trois à cinq dans celui de la largeur, ce qui me parait tris 
exagéré, car j'estime, à ToEil, de 5o à 60 kilomètres la longueur, et de 20 à 
3o la largeur. 

Au milieu de cette cuvette se trouve une région mamelonnée etformani 
des vallées qui rayonnent, se croisent et s'enchevêtrent comme les mailles 
d'un filet. Le thalweg de chacune de ces vallées sert délit à un ruisseau, ci 
de la réunion de ces innombrables ruisseaux résultent les deux ou trois 
grandes rivières affluenles de l'Omo qui arrosent le Kaffa. 

Les pentes des vallées, très douces, sont recouvertes d'un sol rougeâtre 
ou noirâtre qui paraît fort riche en humus. Le climat y est tempéré ; le 
rempart de roches qui l'entoure de toutes pans Pabriie contre tous les 
vents, et, d'autre part, les sommets des mamelons sont couverts d'épais 
bouquets d'arbres qui brisent la force des courants atmosphériques, tandis 
que leurs racines filtrent, pour ainsi dire, les eaux pluviales qui sont ainsi 
utilement distribuées. Tout semble réuni pour faire ici des cultures inier- 
tropicales, dans des conditions exceptionnellement favorables. 

Je relève à 140" un pic derrière lequel se trouverait le pays des Chan- 
galla. Les Ethiopiens donnent ce nom de Changalla aux populations de 
race nègre qu'ils distinguent soigneusement des populations de couleur 
noire auxquelles Ils appartiennent pour la plupart. 

Hadj Mohamed raconte que ces Changalla, quand ils veulent traiter 
avec les gens du Kaffa, viennent au pied de la montagne qu'il m'a fait 
remarquer, et, se tenant de l'autre côte d'une rivière qui baigne les pieds 
de la montagne, ils font par signes leurs échanges. Ces Changalla seraient 
très sauvages, iraient nus, le corps orné de lacs de verroterie et d'anneaux 
de cuivre. Ils seraient très riches en bestiaux et habiles à chasser l'éléphant, 
le rhinocéros, la panthère et autres fauves dont ils échangent l'ivoire, les 
cornes et les dépouilles aux marchands du Kaffa, contre du sel, de la verro- 
terie, du cuivre et quelques objets en fer, lances et coutelas. 

Nous nous remettons en route à l'ouest- nord -ouest. A 4 h. 20', après 




EXPLOn\TIONS ÉTHIOHEVNES 



203 



avoir traversé un jardin embaumé des parfums des hieiassars, jasmins, ei 
même violettes, nous arrivons dans une maison qui a éié préparée pour 
nous recevoir, et où l'on ne larde pas à nous amener des victuailles en 
abondance, entre autres un bœuf sur pied. 

Pendant toute la nuit des ombres mystérieuses ne cessent de circuler 
autour de la haie de notre demeure; nous sommes surveillés de près. 



Jeudi, -21 décembre. — Le temps est couvert, le thermomètre marque 
-f- 6"> nous sommes cependant sous la i^one torride !! 

Je demande le nom du pays. Hadj Mohamed me dit : Oppé. Nous 
apprenons il'autre part que le véritable nom du lieu où nous avons passé 
la nuit est Cheratia et celui de la province Kafano. 

Nous reprenons la route de Bongâ, au sud-est. A 9 h. 3o', nous tour- 
nons à l'ouest et franchissons une double enceinte, puis nous sortons de la 
province de Kafano pour entrer dans celle de Bongà. 

Nous venons d'arriver à notre maison, oti nous avons été précédés 
par des gens chargés de tout ce qui se boit ou se mange dans le pays. 

L'effort fait pour une aussi courte promenade paraîtra peut-être peu 
en rapport avec le but aiteint; j'ai cependant eu la preuve que j'avais 
obtenu un résultai réel et important, lorsque j'ai vu les Kaféchio nous dire 
naïvement, et avec les plus grandes marques d'étonnemcnt : 

n Quoi! vous êtes allé au milieu du pays> vous n'avez tué personne? 
rien volé? fait du mal à personne? n 

Aiellé se fâche avec Hadj Mohamed parce que ce dernier change le 
sens de tout ce qu'il nous traduit. 

Le soir, le sacristain des Pères vient m'apporter des lettres que je suis 
ë de faire parvenirà Mgr Massaja ', aujourd'hui cardinal à Rome. 



irgë d 



I Son Emincnee le cardinal Massaja m'a écr[t la lettre ci-dessous pour m'accu 
réiieplion desdttes lettres et de mes notes sur les Gallas de Calane. 

f t R-omc, ce ïQ mars i885. 

P*x Bien cher Monsieur, 

Les lettres dont vous aviez bien voulu vous charger me sont parvenues en I 
temps. Je vous en remercie, cher Monsieur, ei plus encore de celle qui vient île v 
directement. 

Si vous ri^lisez votre quasi-projet de pèlerinage à Rome en vous y faisant accc 
pagner par le brave Aiellé, j'en aurai une double joie. 

Et maintenant que vous dire, très cher Monsieur, de l'aimable attention que v 
aveï eue pour moi en m'envoyani vo» excellentes « Notes sur les Gallas de Galane. ■ 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIEHNKS 



Le Kaiama-racho m'envoie aussi son cadeau consistant en armes et 
vètemenis du Kaffa et en un magnifique bœuf blanc. 

Vendredi, 32 décembre. — Nous passons la journée à recevoir des 
visites de gens qui viennent nous dire adieu. La promenade d'hier et 
d'avant-hicr, pendant laquelle nous avons circulé à peu prés librement 
avec des armes à feu, sans voler ni tuer, a produit le meilleur effet. 

On voit que nous sommes des hommes iraiiables, et les mendiants 
notamment, qui n'avaient osé pénétrer jusqu'à nous, envahissent noire 
enclos. Ils se jettent à terre, la baisent, et demandent iaumône A genoux 
en se frappant la poitrine. On ieur jette des pièces de bœuf, qu'ils dévorent 
toutes crues et sur place. 

Tous les Ethiopiens, on le sait, mangent crus certains morceaux de 
viande ; c'est ce que Ton nomme le brondo. Mais ce qui est au Choa un 
simple raffinement, est, au Kaffa, une passion. Cet usage de la viande crue 
a pour conséquence de donner le tœnia. Les Ethiopiens ne le considèrent . 
pas comme une maladie, mais comme une simple incommodité qui leM 
oblige à prendre un vermifuge toutes les deux lunes : Kousso,Ankoko, ou:! 
Kachamô. Au Kaffa, non-seulement on ne regarde pas comme un incon- 
vénient d'avoir le tœnia, mais bien comme une honte de ne l'avoir pas, et 
une grave insulte, c'est de dire à quelqu'un ; toi, tu n'as pas besoin de 
remède pour ton tœnia, c'est-à-dire, tu es si pauvre, si dénué de tout, que I 
TU ne peux pas même manger la viande qu'il faut pour n 

Samedi, 23 décembre. — En nous levant, nous trouvons un 1 
grand nombrede personnes qui, connaissant notre départ, sont venue» pouH 
nous saluer, ce que l'on fait en inclinant le haut du corps et en tendant lea 
bras vers la personne que l'on veut honorer, la paume des mains tourni 
en l'air, la casquette en peau de goureza pllée en quatre et tenue daas 11 
main gauche. 

A 6 h. 25', nous nous mettons en route, à l'ouest, par un épais brouïï 
lard. Nous nous arrêtons un moment au marché de Bongâ ', nos homnUM 

doit â ceXlc JflicatcsEc il'avoir rei 
qui ont eu le meilleur >lc ma vîeel 
de Torce de ma vieillesse. 

Merci donc, cher Monsieur, i 



1 en quelque sorte au milieu de ces chin» ti 
li ont vncorc, parle iravnil dont je m'occupe, le d 



veulent acheter des boucliers en peau de buffle du Katfa qui soni ircs 
renommés dans tome l'Ethiopie. 

A 7 h. 3o', marchant au nord -nord -ouest, nous traversons la rivière de 
Bongâ et nous arrivons, à 10 h. Sg', dans la maison oti nous avons déjà 
reçu rhospitalité le 12. Nous sommes très bien accueillis, et l'on nous 
apporte des vivres avec la prodigalité accoutumée. 



Dimanche, 24. décembre. — A 6 h. g', nous prenons au nord par 
une route bordée de grands arbres formant berceau. Le brouillard est 
épais, tous les objets prennent des formes fantastiques, ei la triste scène à 
laquelle nous assistons en traversant un petit marché {le départ d'une cara- 
vane d'esclaves) prend tout à fait les aspects lugubres d'un chant de l'enfer 
du Dame. Partout, ce n'est que bruit de ferraille; on retire aux hommes 
les entraves des pieds et on leur rive, à coups de caillou, des menottes ; on 
les charge aussi de paquets divers, entre autres des enfants malades ou trop 
jeunes pour marcher. Les marchands poussent devant eux, comme un trou- 
peau, les femmes, les jeunes tilles et le reste des enfants. 

A 6 h. 20'. marchant au nord-nord-esi, nous avons à franchir quatre 
portes ouvertes dans quatre haies parallèles, distantes l'une de l'autre de 
quelques mètres, 

A 6 h, 45', inclinant à l'est- nord-est, nous traversons une petite rivière 
qui coule de droite à gauche sur de grosses pierres. 

Cinq minutes après^ nous avons encore à franchir une double 
enceinte. 

A 7 h. 5', nous passons une rivière dont le lit, d'une vingtaine de 
mètres de largeur, est formé de gros galets. La hauteur des eaux est de 
66 centimètres. En aval, on a barré la rivière, et au moyen de rigoles on 
en distribue les eaux dans des cultures. 

A 7 h. 10', sur un plateau couvert d'herbes, on remarque quelques 
habitations au milieu de plantations d'incete et de caféiers. 

A 7 h. 40', nous avons de nouveau à franchir une double enceinte ; le 
sol a une couleur rouge très prononcée; à gauche de notre route se trouve 
une haie formée d'arbres divers ; sur notre droite, une vallée couverte par 
le brouillard, que nous surplombons. 

A 7 h. 55', nous dirigeant à l'esi, nous avons à traverser successive- 
ment trois portes défendues par des fossés et des corps-de-garde, et nous 
sommes en dehors du Kaffa. Par une pente raide, pierreuse, bordée de rocs 



2o6 



EXPLORATIONS ih-HlOPIENNES . 



à pic, de buissons ei de lianes, nous atieignons une plaine nommée 
Ouago, mi-partie forêt, mi-partie marécage, qui est traversée par un grand 
cours d'eau sur lequel je ne puis obtenir que ce renseignement : il sert de 
limite aux royaumes de Kaffa et de Guerra. Ce fieuve a des rives hautes de 
3oo ù 400 mètres, garnies de beaux arbres; des ponts suspendus sontj 
formés par la réunion de quatre arbres attachés à leurs cimes et réunis j 
un filet de lianes fixé à leurs troncs. 



Pendant mon court séjour dans le Kaffa, j'ai recueilli quelques mots 
des idiomes Sidama et du Kodnta-Kouli.o; je les donne ci-dessous ; 



Un 


ck6. 


SiEur 


maniE. 


Deux 


fiOUItO. 


Pcru 


men. 


Trois 


leJifl. 


Mire 


enné. 


Q.uinre 


aouda. 


Esclave M. 


gouno. 


Cinq 


oulcha. 
therita. 
chebalo. 


Esclave F. 


matchs. 


Sept 






Huit 


chemilo. 


Taie 


kello. 


Neuf 


jeltio. 


(Eil 


affo. 


Dix 


achero. 


Oreille 


ouamo. 


OtliE 


achera ik5. 


Nez 


mouda. 


Vingt 


iyo. 


Lèvre 


nouno. 


Trente 


chscho. 


Dents 


gacho. 


Q.aaranle 


abà. 


Langue 


menacho. 


Ciniuantï 


atcho. 


Barbe 


ichano. 


Soiinni« 


ichicho. 


Cheveux 


ello. 


Soixanie-dii 


chabo. 


Col 


quetto. 


Q.oa ire- vingts 


chino. 


Sein 


lano. 


Quatre-vingt-dix 


djiteno. 


Haut de la poitrine 


guetto. 


Cent 


bello. 


Bas de la poitrine 


nebo. 


Mille 


oumu. 


Bras 


Jllo. 






Epaule 


gogo- 


Dieu 


hiéro. 


Main 


quitcho, 


Homme 


anàmo. 


Doigi 


ibero. 


Femme 


malt:b£. 


Ongle 


gommo. 


Enfant 


bouchd. 


Ventre 


match 0. 


Fils 


nio boucha. 


Nombril 


iundo. 


Fillii 


bouché. 


Jambe 


lioncho. 


Friire 


manô. 


l'ieJ 


bnno. 



EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 



207 



Parties sexuelles de 

rhomme cherô. 

Parties sexuelles de 

la femme chittô. 



Ane 


couro. 


Bœuf 


mimo. 


Taureau 


gatto. 


Chèvre 


emicho, matchè. 


Bouc 


bâdo. 


Chien 


kounnano. 


Cheval 


meutcho. 


Mulet 


bitchero. 


Poule 


bako. 


Soleil 


abôh. 


Lune 


agano. 


Etoile 


anatçhi. 


Jour 


detchâra. 


Nuit 


vouiraa . 


Pluie 


amio. 


Vent 


yongo. 


Chaud 


yoio. 


Froid 


cavo. 


Montagne 


goûdo. 


Pierre 


angacho. 


Terre 

9 


chobo. 


Fleuve 


atchô. 


Eau 


adchio. 


Feu 


robe. 


Arbre 


mitto. 


Maison 


ketto. 


Route 


botcho. 


Herbe 


moutcho. 


Lait 


edjo. 


Hydromel 


héyo. 


Bière 


dotchiô. 


Café 


bouno. 


Pain 


kocho. 


Viande 


mèno. 


Citron 


troungo. 


Coiffure 


houko. 


Idem Kaffa 


èllo. 



Toge 


corredo. 


Pantalon 


senafîlo. 


Chemise 


camùcho. 


Ceinture 


bourro. 


Cravache 


arrengo. 


Selle 


tanibé. 


Bride 


kapibé. 


Etriers 


maicho-kei 


Lance 


guino. 


Bouclier 


gaço. 


Couteau 


chiko. 


Oiseaux 


meurchoutchô 


Rasoir 


metcheramô. 


Fusil 


nafto. 


Luminaire 


guepo. 


Bon 


gava. 


Mauvais 


gondo. 


Blanc 


netcho. 


Noir 


haô. 


Grand 


hogô. 


Petit 


guicho. 


Ma maison 


ta-keto. 


Ta maison 


bi-keto. 


Sa maison 


bo-keto. 


Noire maison 


nou-keto. 


Votre maison 


boné-keto. 


Leur maison 


bonech-keto. 


J'ai 


tevouan. 


Tu as 


nevouan. 


lia 


bivouan. 


Nous avons 


tavouan. 


Vous avez 


nevouan. 


ils ont 


bivouan. 


Je suis 


beket. 


Tu es 


nebekité. 


Il est 


beketoné. 


Nous sommes 


tabekité. 


Vous êtes 


etochin-beket. 


Ils sont 


itochin bekité. 



Je sais 



ario. 



208 



EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 



Je ne sais 


pas 


aréatch. 


Viens 




obbé. 


Va-i-en 




ambé. 


Apporte 




debb 


Il boit 




biouia 



Bois 

Il mange 
Parle 

Es-tu bien ? 
Comment vas-tu? 



oui 

mahayé. 
iba tevoté. 
oua-chaka. 
oua-bftda. 



KOUNTA KOULLO 



Un 


esta. 


Herbe 


matta. 


Deux 


naha. 


Route 


oggué. 


Trois 


esza. 


Blanc 


bossa. 


Quatre 


Oida. 


Noir 


karetta. 


Cinq 


Eitchacha. 


Rouge 


zôho. 


Six 


ousopouné. 


Bon 


bô. 


Sept 


lapouné. 


Mauvais 


itta. 


Huit 


ospouné. 


Abeille 


sarro. 


Neuf 


depouné. 


Ane 


arésa. 


Dix 


tama. 


Cheval 


farra. 


Onze 


tama nessou. 


Mule 


bacoulo 






Chèvre 


décha. 


Dieu 


tossa. 


Chien 


kana. 


Homme 


assei. 


Mouton 


dorsa. 


Femme 


matcha. 


Poule 


kouto. 


Enfant 


nfi. 


Tête 


ouppé. 


Père 


aoufi. 


Pied 


toô. 


Mère 


ayé. 






Jour 


ouenta. 


Moi 


tana. 


Nuit 


omersa. 


Toi 


né. 


Soleil 


aoua. 


Lui 


mouni. 


Lune 


agéna. 


Nous 


nouna. 


Eau 


assa. 


Vous 


ingero. 


Arbre 


messa. 


Eux 


anti. 



ITINÉRAIRE DU KAFFA A ANKOBËR 



Le dimanche, 24 décembre 1882, nous entrons dans le royaume de 
Guerra, ei après un court repos sur les bords du fleuve qui sépare le KaCfa 
du Guerra, nous nous remettons en marche à g h. 42'. Bientôt nous sommes 
au milieu de hautes herbes, le sol est dur ei nous avons, sur notre droite, 
une butte gazonnée au sommet de laquelle poussent des arbres. 

A 10 heures, marchant au nord-nord-ouesi, toujours au milieu de 
hautes herbes, nous entrons dans une vallée que nous remontons; au mi- 
lieu de cetie vallée se trouve un certain nombre de buttes boisées, ei en face 
de nous des montagnes boisées vers lesquelles nous nous dirigeons. 

A 10 b, 10', inclinant au nordnDuest, nous trouvons, au milieu 
des herbes, ^n très grand nombre d'ossements humains, que les hyènes 
oni charriés dans toutes les directions. Noua sommes sur l'emplacement 
d'un champ de bataille, où les gens de Guerra et ceux de Hjema se sont 
livré, il y a une année, un sanglant combat. Les gens qui nous escortent 
sont partis en avant avec deux hommes de Guerra que nous venons de ren- 
contrer. Je suis seul à l'arrière avec mes gens, je mets pied ù terre et je ra- 
masse deux crânes ; aucun de mes gens ne voulant s'en charger, je les mets 
entre ma chemise et ma poitrine et suis obligé d'arrêter là ma récolte ; je 
remonte à mulet au milieu de mes gens qui, ne comprenant rien à mes 
recherches anthropologiques, ne se gênent pas pour me témoigner leur 
horreur de ce qui leur parait une profanation. 

Après avoir traversé un marais de quelques mètres seulement, nous 
trouvons une région pierreuse, puis des futaies au milieu desquelles nous 
sommes rejoints par des cavaliers de Guerra qui viennent ù notre ren- 
contre pour me saluer de la part du roi et de la reine-mère de Guerra, 

A 10 h. 5o', après avoir franchi un ruisseau au nord -nord-ouest, et 
une double palissade formée par des herses en épines qui servent de porte, 
nous sommes dans le Guerra, habité par des Oromons musulmans. 

J'attends dans un corps-de-garde mes bagages qui sont restés en arriére. 

A 1 1 h. 3o', nous nous remettons en route, et â raidi 7', nous arrivons 
à une habitation de mauvaise apparence où l'on nous fait arrêter. Nous 



KIPLORATIOS5 KTHroPIENHES 



sommes à l'origine de la vallée que nous remontons depuis dix heures du 
maiin. La région se nomme Kankaii et rbabitaiion, qui csi une des rési- 
dences du monide Guerra, Djîren. 

Je reste jusqu'au soir assis sur une pelouse â regarder mes gens ei ceux 
du pays qui joueni à ia paume. Nous sommes très mal loges et ce n'est que 
irès lard que l'on nous apporte un repas insuffisant. 

Pendant la nuit, les gens du pays profilent de la pleine lune pour se 
livrera toutes sortes de jeui guerriers, fantasias et joutes à cheval (les lances 
sont remplacées par des cannes en bambou), danses exécutées par des 
troupes d'hommes armés rangés en ligne de bataille. Ils s'avancent les uns 
contre les autres en poussant des cris sauvages et en choquant en cadence 
leurs lances contre leurs boucliers. Je vois tout cela de mon lit, notre ca- 
bane n'étant fermée que par une simple claie. 



Lundi, 25 décembre. — A 7 h. 20', dépari au nord-nord -ou est. A 
droite, nous avons une gorge profonde et à gauche des plantations d'încete. 
Nous entrons ensuite dans une vallée boisée et nous nous engageons dans 
une magnifique forêt pleined'enchantemenis pour l'œil ; arbres majestueux 
reliés entre eux pardes lianes de toutes formes et de tout feuillage, fleurs 
aux suaves parfums, oiseaux chanteurs. Tout est ici réuni pour représenter 
la vie dans ce qu'elle a de plus riant. 

A S h. y, marchant au nord, nous sommes sur un plateau sans arbres, 
ayant, des deuit côtés de notre rouie, des gorges profondes el remplies de 
verdure. 

Nous ne lardons pas à descendre et à 8 h. 20' nous traversons la rivière 
Datcbio, large de cinquante mètres et coulant de droite à gauche sur un lit 
de grosses pierres. La hauteur des eaux est, au gué, de soixante centi- 
mètres. 

De l'autre côté de la rivière qui sépare le pays de Kank.ati de celui de 
Datchio, où nous entrons, se trouve une double palissade, percée de deux 
entrées fermées pardes herses en épines. De nombreuses cultures se trou- 
vent mêlées aux futaiesdela foréi; le sol est formé d'une terre rouge qui parait 
contenir du fer. La route est marquée, à droite et à gauche, par une ligne 
d'euphorbes arborescents régulièrement plantés; le sous-bois de la forêt est 
presque exclusivement composé de caféiers sauvages, dont quelques pieds 
seulement sont cultivés auprès des habitations, assez nombreuses, mats 
disséminées dans des cultures isolées les unes des autres par des futaies. 



EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 



A 8 h. 4Ô', nous dirigeani au nord, nous quittons la l'orêi, ei par une 
peme rocheuse, nous arrivons dans une vallée rayonnante. Sur noire 
droite nous avons des foréis et sur notre gauche un plateau cultivé, au centre 
duquel s'élève une bulle couronnée par une vaste habitation. 

A 8 h. 55', nous sommes à Touesi-ouest-nord et nous entrons dans 
de nouvelles vallées parsemées de huttes. Celles situées sur notre gauche 
sont en partie boisées etcuhivées pour les deux tiers environ. Je remarque 
un oiseau-mouche dont le corps de couleur sombre a des reflets métal- 
liques. 

A 10 heures, nous reprenons route en pleine foréi, et à 10 h. 35', 
tournant au nord-nord-ouesi, nous traversons, sur un pont de bols, la 
rivière de Nasso doni les eaux courent impétueusement de gauche à droite, 
sur un lit de quartiers de rocs, large de soixante métrés environ. De l'autre 
côté de la rivière nous retrouvons la forêt, qui a toujours pour sous bois 
des caféiers sauvages. 

Nous continuons notre route à travers la forêt, De temps à autre nous 
reiicontroRs, au milieu des bois, des champs cultivés et des habitations. Les 
routes sont larges, bien tracées ei très fréquentées. 

A 1 1 h. 45', nous appuyons au nord et nous arrivons au torrent de 
Bitché. Ce torrent a un cours impétueux, de droîw à gauche, sur roc. Les 
eaux me paraissant très froides; j'en prends la température, qui est de 
-|- I i.'i, tandis que celle de Tair ambiant est de-]- 22. g. De l'autre côté du 
torrent se trouve une prairie au milieu d'une clairière entourée de beaux 
arbres. Nous nous y arrêtons pour déjeuner. Nous sommes alors au centre 
d'une vallée et en pleine forêt. Dans cette forêt, comme dans toutes celles de 
l'intérieur des royaumes de Djema, Kaffa, Guerra, etc., il ne se trouve ni 
éléphants ni rhinocéros : les grands fauves aussi en ont été chassés. Les 
zones déseniques qui entourent ces différents Etats forment leurs réserves 
de chasses. 

A midi 33', nous partons au nord-est au milieu de la forêt. Nous 
avons sur notre droite le Bitché. Notre route est presque parallèle à son 
cours, que nous remontons. Un homme qui souffle dans une corne pro- 
duit une musique sauvage en harmonie avec le site. 

La route incline à l'est -est- nord, suit le prolongement d'une crête en 
forme de cap qui est une ligne de faîte. A droite et à gauche se trouvent des 
vallées cultivées et boisées. Il est à remarquer cependant que les bois do- 
minent dans la vallée de droite et qu'au contraire celle de gauche est plus 



cnlnvée que boiaic. Cette denûtn a U pente qui se trouve de doitc côté 
«bmpte et praqae à pic, gazonnée et sans arbres. Cdle qui lui bit &ce, an 
contraire, forme qo riaoi coteau i pente tk>occ, coavm de culmres et 
tfbatntatkxu, dam de belles futaies. Une rivière omlc au milieu de la 
vall^ 

A I b. 3a'. nous appuroo» au sud-ouest et noos arrÎTODS au bord de 
la rÎTiirc Nasso, qui coule de droite à gaucbe. sur des gallen, dans un lit 
d'aile riogiaioe de métrés. Nous U traversons sur un pont k resi-est-nonl. 

A 2 h. Kf, route à l'est, nous sommes sur uo sommet. Noos aToos k 
droite et à gaucbe un plateau cultivé. 

.\ 2 h. 2j', nous dirigeant au nord-ouest, nous rctravcnons le Nasso, 
qui coule en formant des cascatelles entre les roches. Son cours est id de 
gaudie à droite et son lit a de quinze à vingt mètres de largeur. Nous dé- 
valions une pente terreuse, abrupte et de couleur franchement rouge. 

A 3 heures, nous avons à traverser, sur un pont, la rivière de Kouma. 
Bien que ce pool n'ait qu'une dizaine de mètres de long, oous éprouvons 
beaucoup de difficultés à le faire franchir par nos mulets, car les plancbes 
du tablier sont disjointes. 

Ce maudit pom francbî, nous continuons notre route au nord, par on 
plateau ondulé où se trouvent des cultures et des habiiaiioas, puis nous 
tournons au nord-nord-cst et à 4 h. 1 3', presque au nord pour traverser U 
rivière de Beida, qui coule de gauche à droite, sur un lit de roches ei peut 
avoir vingt mètres de largeur. En quittant la rivière, nous montons sur un 
plateau et nous avons, à l'esi-esi-sud, une des résidences du Mottî où 
nous nous arrêtons. 

On nous laisse près de trois quarts d'heure devant la porte. Les gens 
du Motti viennent nous reganler à travers les interstices de lapalissade qui 
clôt la résidence royale de Gallah. Les gens qui regardent à travers la pa- 
lissade disent en me désignant : « Celui-là est comme Abba Gouracke Ile 
père du noir) : c^est le nom qu'ils avaient donné au voyageiu* Secchi, parce 
qu'il avait un cheval noir. 



Mardi, 26 décembre. — Les gens du Motti viennent enfin nous cher- 
cher ei nousconduîsent dans un enclos délabré où se trouvent deui mau- 
vaises cabanes qui tombent en ruines. Nous refusons ce logement. Nos 
guides vont consulter le Motti qui fait répondre : • Vous êtes chrétiens et 
* je ne puis vous loger avec des musulmans. Je vous donnerais bien l'ba- 




EXPLORjtTIOHS ÉTHIOPIENNES 



2l3 



n bitaiion lie Secchi, mais il y est mort trop de gens. Je n'ai pas d'autre 
» endroii pour loger des ^miïr<K », 

Nous nous installons dans la moins mauvaise des deux maisons. 11 
esi nuit lorsque l'on nous amène, de la part du Motti, un bœuf étique. 
Cl que Ton nous apporte cinq pains et une jarre de bière aigre. La rdception 
est mauvaise, très mauvaise même. Nous nous servons, pour faire noire 
cuisine et nous éclairer, du bois de la cabane que nous n'habitons pas. 

Je ne veux point entamer le café que j'apporte de Kaffa, et j'envoie un 
de mes serviteurs chez les marchands pour en acheter; ils refusent de lui 
en vendre sous la fallacieuse raison que nous sommes chrétiens et que le 
café est réservé aux seuls musulmans '. 

A ro h. 3o', le Motti me fait appeler. Je me hâte de terminer mon dé- 
jeuner pendant que l'on selle ma mule. Arrivé chez le Molli, on me fait 
rester cinquante minutes exposé à la eu rioi s té grossière d'une valetaille qui 
me voit mal accueilli par ses maîtres. Aiellé veut partir ; moi-même je me 
lève ei demande ma mule. Enfin, on nous appelle et l'on nous introduit 
dans la troisième enceinte du palais oti le Motii trône au milieu de sa cour, 
sous la verenda d'un addarache (maison de réception). 

Abba Rago (le père de celui qui a une étoile au milieu du fronij, 
Moiti de Guerra, est couché sur un ht élevé, coiffé d'un bonnet conique en 
peau de chèvre, drapé dans une immense toge en linteau orné. 11 est tout 
jeune, a le teint brun sale, les cheveux laineux, la bouche lippue et les 
dents de la mâchoire supérieure proéminentes. 11 est d'une taille et d'un 
embonpoint monstrueux ; il a des anneaux d'or aux lobes des oreilles, au 
poignet et à l'auriculaire de la main droite; ce sont les insignes de son rang. 

Un vieux, au bonnet pointu, au menton de galoche ornéd'une royale, 
qui répond au nom d'Abba Koppé, parlant au nom du Moiii, me demande 
ce que je veux. 

— Partir, dis-je d'un air courroucé. 

— Mais pourquoi ? 

— Je suis reçu comme un chien. 

— Votre frère Abba Gourache (Secchi) a voulu rester un an et demi au 
milieu de nous. Ne l'avons-nous pas traité comme notre enfant ? 



II du caîé a 



Choa 



I U n'y a que quelques années que les chrétien 
n chrétien qui y auraii bu du café aurai! été considéré comme un renégat. Il para 
est Mgr Massaja qui a introduit au Choa l'usage chez les chrélicna de boire du a 



EXPLORATIONS KTHIOPIENM S 

En entendant une pareille énormilé [Secchi, on le saii, eut à subir une 
véritable capiivitéj, je pense qu'il est de ma dignité de protester, ei sans 
saluer personne je remets mon chapeau sur ma tête, me lève et m'en vais, 
bousculant ceux qui veulent me retenir. Je rentre chez moi suivi de mes 
gens; nous sommes tous très préoccupés. 

A deuï heures je reçois un parlementaire de la reine-mère : elle se 
plaint de ce que je ne suis pas allé droit chez elle. Secchi, me fait-elle dire, 
a été mon second fils; je vous recevrai comme lui, ne faites pas attention 
auK malentendus d'aujourd'hui ; c'est moi qui veillerai à tous vos besoins. 
En même temps elle m'envoie de la volaille, du beurre, du fromage, des 
pains, de la bière, de l'hydromel, du café; le soir elle m'envoie encore des 
provisions : un bœuf gras, du grain et du fourrage pour mesbétes.du bois, 
de l'eau, tout ce qu'il faut en un mot, et comme quantité quatre fois plus 
qu'il ne faudrait. 

Mercredi, ny décembre. — A dix heures, la reine-mère envoie un de 
ses hommes pour me saluer et me prévenir qu'elle va congédier le monde 
qui est chez elle et tout préparer pour me recevoir. Sur les onze heures, 
l'hommede la reine-mère revient. Nous montons au palais et nous sommes 
immédiaiement introduîls dans la quatrième enceinte qui sert de gynécée. 

La reine-mère, à qui l'on donne ici le nom Sidama de Guéné est à 
peu prés seule avec son fils sous la véranda d'un petit pavillon. Ils sont 
l'un et l'autre assis sur de grandes chaires en bois sculpté. La Guéné peut 
avoir cinquante ans, a le masque en forme d'oiseau de proie, est très maigre. 
mais élégante et non sans majesté. Drapée dans une loge blanche, elle a la 
tête recouverte d'un voile en satin écarlate. Elle [TOrteaux lobes des oreilles, 
au poignet et à l'auriculaire de la main droite, les anneaux d'or, insignes, 
chez les Oromons, de la souveraine puissance. 

La lance et le bouclier du Motii sont tenus par un homme dont les 
cheveux, artistement arrangés, formentcinq chignons. Une fille de douze à 
treize ans, vêtue d'une chemise en peau tannée et brodée, joue sur les nattes 
étendues sur le sol. 

Je présente à la Guéné et au Motii le cadeau d'usage. Il est accueilli 
avec beaucoup de remerciements par la Guéné, qui se met ensuite, pendant 
une demi-heure, à parler d'Abba-Gourache (S.'cchi). Elle l'a aimé comme 
son tUs; il a voulu rester dix-huit mois auprès d'elle ; elle en a été bien 
heureuse; mais le jour où il a voulu rentrer dans son pays, elle s'est em- 



EXPLOBATIONS ÉTHIOPIENKES 2l5 

pressée d'aci^uiescer à son désir. Elle parle aussi longtemps d"Abba Léon 
cl de Cherini, morts tous les deux à Guerra, qu'elle a soignés en mère et 
pleures comme elle le ferait du Moiti, son fils premier-né. Enfin elle ter- 
mine en me demandani de rester quelques mois auprès d'elle. 

Je la remercie de son offre. lui disque le roi Ménélik m'attend et que je 
désire quitter le Guerra lorsque j'aurai été prier sur les tombes d'Abba Léon 
ei de Chérini. Je lui demande en conséquence de me faire accompagner 
demain à la mission, ce qu'elle veut bien me promettre. 

Des femmes vêtues de peaux brodées, ornées de lacs de perles au col 
et à la ceinture, coiffées de hautes perruques en incete, entrent portant le 
café et l'hydromel. 

On se met à causer. Le Motti désire tirer un coup de fusil, c'est du 
moins ce qu'il doit chuchoter h l'oreille de sa maman, qui le demande pour 
lui. On apporte un de mes fusils. Le Molli le considère avec une curiosité 
enfantine, fait quelques pas avec peine et, s'asseyanr essoufflé, lire sur des 
gypcîtes barbues qui passent au-dessus de nous. Il les manque, naiurelle- 



Jeudi, 38 décembre. — A 6 h. 3o' arrive l'homme qui doit nous ac- 
compagner à la mission. Nous nous mettons en route au nord ; nous pas- 
sons devant Thabiiation de Secchi, sise au milieu de belles plantations, 
entouréede clairs ruisseaux; tout auprès, sur la gauche, l'eau qui bondit 
sur des roches forme une gracieuse cascade. Le plateau, dont le sol est com- 
posé de terre rouge, se prolonge sur la droite; il est couvert de belles cul- 
tures et de nombreuses habitations. 

Nous nous dirigeons au sud-ouest, nous rencontrons des troupeaux de 
bœufs remarquablemeni beaux, et à çi heures nous traversons la rivière de 
Manéà, qui coule de droite à gauche, sur pierres. Un petit marécage la 
sépare d'un ruisseau parallèle avec lequel elle doit confondre ses eaux pen- 
dant la saison des pluies. Les rivesdu ruisseau sont garnies d'un ride.-tu de 
beaux arbres ; un plateau couvert de pâturages, où paissent de nombreux 
troupeaux, s'étend à noire droite. Un quart d'heure après nous passons 
devant une des résidences du Motii : elle a nom Doura ; elle est sise sur un 
plateau ondulé couvert de cultures et de pâturages coupés par de belles 
futaies. 

A 9 h. 40' nous arrivons à la Mission d'.\ffalo. Tout, cultures et habita- 
tions est très bien tenu. Un prêtre indigène, élève de Mgr Massaja, Abbir 



2l6 EXPLORATIONS ÉTHIOPtBHNES 

Sfathéas (père Mathieu], vient nous recevoir. Malgré une couleur de peau 
franchement noire, il a une physionomie des plus intelligentes et des plus 
distinguées; de taille moyenne, svelie, élancé, il a le visage très régulier ; sa 
barbe rare forme au menton un bouquet de poils grisonnants. Il est très 
simplement véiu, mais très proprement; ses vêtements et son turban de 
mousseline sont d'une blancheur éblouissante. 

Abba Maihéas, après avoir prié les musulmans qui nous accompagnent 
d'attendre chez lui, nous mène tout d'abord à son église, dédiée à saint 
Michel. Nous allons ensuite voir la tombe du Père Léon et celle du voya- 
geur Cberini, situéesdans de petites cabanes rondessurmontées d'une crois; 
au milieu on a simulé, avec de petits cailloux blancs et noirs, une pierre 
tombale. Une croix noire repose sur un champ de pierres blanches. 

C'est avec aitendrissemeni que je suis le bon Père qui récite sur ces 
lombes, d'une voix grave et émue, le De pru/undis. 

Nous rentrons chez Abba Mathéas. 11 me fait asseoir dans sa chambre, 
ou mieux, sa cellule. Tout y est d'une propreté parfaite. Dans un coin, un 
petit rayon couvert de livres latins. Abba Mathéas ne connaît, en fait de 
langues, que le latin et l'oromon. On nous sert à déjeuner, et tout en man- 
geant je m'informe de la Mission. Il y a une cinquantaine de personnes. Ce 
sont des enfants rachetés jadis de l'esclavage par Mgr Massaja; ils ont 
grandi et plusieurs sont mariés et pères de famille; ils vivent tous en com- 
munauté, sous l'autorité paternelle d'Ahba Maihéas. 

Abba Mathéas me parle beaucoup de Mgr Massaja. Je lui demande 
s'il veut lui envoyer une lettre : " Non, répond-il. Monseigneur est notre 
Il père, il sait ce qu'il nous faut et connaît nos sentiments pour lui >>- 

Il est midi. Je dis au bon Père que je désire rentrer, A ces mots, il ne 
peut retenir ses larmes : il espérait que nous passerions quelques jours avec 
lui; il est si isolé au milieu des musulmans! 

Je fais part à Abba Mathéas des craintes que j'ai d'être indéfiniment 
retenu comme le fut Secchi, et il m'approuve lorsque je lui dis que pour 
ne laisser le temps de prendre aucune décision contre moi, j'ai résolu de 
quitter le pays dès demain. 

Abba Maihéas m'a été tellement sympathique que moi, qui suis peu 
prodigue de témoignages d'amitié, je lui donne de tout cœur la fraternelle 
accolade. 

A midi ïo' nous nous remettons en route, et comme nous n'avons 



EXI'LOHATIONS LTHIOl'iKNNfS 21 7 

qu'à descendre et que nous marchons aux grandes allures, à 2 h. 3o' nom 
sommes rentrés au logis. 

Je trouve chez moi un hadj musulman qui, sous prétexte qu'il a vu dei 
Européens en Egj'pie ei en Arabie, vieni me rendre visite et me irattc 
presque de compatriote. 

La reine-mère, en m'envoyant des provisions pour le soir^ me faii de- 
mander si je n'aurais pas un mouchoir de soie rouge ; j'ai le rcftrci de ne 
pouvoir la satisfaire. 

Vendredi, 2(f décembre. — A 7 h. So* nous quittons nos cabanes et h 
8 h. 10' nous arrivons au palais, où .nous sommes immédratemeni reçu» 
par le Moiiî et la Guéné, Cette derniirc seule prend la parole. 

Prolixemeni elle me parle de Secchi, de Cherini, du Pire Léon; elle 
lient à ce que l'on sache dans noire pays qu'elle les a chéris et aimé* comme 
ses propres enfants. Elle se plaint de ce que Guindeau, le porteur qu'elle a 
donné à Secchi, ne soit pas venu la voir; elle l'a cependant fait demander. 
Ensuite elle me présente son cadeau, un jeune esclave aé dan* ta maison 
Ife lui ai donné le nom de Jean-Léon) et 1 5 ihalari. 

Je la remercie de l'enfani et la prie de lire ce qui est écrit >ur Ici ihj- 
lari. 

— Je ne le saurais, dit-elle, l'écriture est de votre pays. 

— Vous comprendrez, puUqu'iU viennent de mon psyi, qti'il» ne 
doÎTeni pu y retourner ; veuillez me permettre de le* réfuter. 

— Je tiens à vous donner quelque cboK, cependant. Que voulez- 
vous? 

— Ce tjui vous pbîra, pourvu que ce loit un objet Mn* valeur. 

La Gtténé donae un ordre k son m«iordooie, qui apporte deux bajMp* 
en corne de baffle, deux manteaux de guerre en peau de léopard, et ctte me 
ks Edt oAir. 

Je TtaaaÔK et demaiule raoïoriutiofl de me retirer; die m'atÊUOtAtt 
arccdenombreates protestation* d'amitié. Je suis chargé d« ùinâweom' 



BXPUNtATHKIS ÉTBKWIENNES 



gciue, couverte de roseaux de looies les dimeiuîoiu, qui pousseoi dans la 
boae. 

A I b. 35', après être sorti, non sans peine, do marécage, nous nous 
dirigeons au sud-csi. Nous avons eu à remonter une vall^ dans Laquelle se 
trouvent des cultures, des habitations, des pâturages. 

A midi 5r, nous entrons dans une forêt, et â peine avons-nous fait 
quelques mètres que nous trouvons une palissade et une porte ouverte que 
nous franchissons. Je suis â pied et la cravache à la main. Je marche, avrc 
AicUd, à la lêie de mon convci. A peine ai-je franchi la première porte 
que je vois des hommes se précipiter sur les fourches qui maintiennent 
élevée la herse d'une seconde enceinte, dans l'intention de la fermer. Je 
bondis sur ces hommes la cravache haute. Ils ont peur ci s'enfuient. Bien 
m'en a pris. Un peu plus tard nous étions dans la souricière et nous avions 
une deuxième édition de la captivité de Secchi. Nous restons, avec Aiellé. 
à garder la porte, jusqu'à ce que toutes nos bétes et tous nos gens soient 
passés, ce qui n'est terminé qu'à i h. 36', nos gens voyageant débandés. 

En sonani de Guerra nous prenons au nord-est. Nous avons à traver- 
ser un petit marécage oCi nos montures s'enfoncent jusqu'au poitrail. Après 
ces marais viennent des prairies oU des bestiaux en grand nombre sont au 
pâturage. 

A 2 heures nous inclinons à l'est et nous traversonsun petit marais. Nous 
entrons ensuite dans une belle forêt, où de nombreux singes jouent â la cime 
des arbres. Ce sont des goureza et un petit singe gris, comme je n'en avais 
pas encore vu. J'en fais tuer un par Aiellé. D'après les hommes qui m'ac- 
compagnent, ce sérail une espèce de singe particulière à la région. Une 
large rouie, que nous suivons et qui parait très fréquentée, a été tracée au 
milieu de la forêt. Des lianes de toute taille, s'eniremêlani aux arbres, 
forment, des deux côtés, une muraille de verdure. 

Nous avons appuyé à l'esi, ei à 3 heures nous voyons, au milieu de la 
forêt, deux pavillons que l'on construit en face l'un de l'auire. Ils marquent 
la frontière entre le Guerra et le Goûmma. L'un de ces pavillons est au 
Motti de Guerra, l'autre à celui de Goûmma. Ils servent aux entrevues des 
deux souverains ou de leurs mandataires. Le nom du pays où se trouvent 
ces pavillons est Badei. 

A 3 h. 3o', tournant au nord-nord-esi, nous trouvons la forêt moins 
serrée. Nous apercevons une habitation et des vaches au pâturage. Des en- 
fants, pendus en grappes aux arbres qui bordent la route, nous saluent, en 



liXPLO HATIONS ^7^KlOPIEî 



joyeux gavroches, de leurs lazzi, et rient bruyammeni en nous montrant 
leurs belles dents. 

A 3 h. 38', nous franchissons une double enceinte et nous sommes à 
Goûmma. On nous fait asseoir dans un corps-de-garde et l'on s'empresse de , 
nousofTrirdu café, 

Pour l'enceinlc de Goûmma, on a utilisé les arbres de la forêt, et l'on a 
planté entre eux des épines et des lianes qui forment une muraille imp^ 
nétrable. 

Le pays s'ouvre ensuite devant nous, forme un plateau accidenté, avec 
des vallées cultivées et des gorges boisées ; nous suivons un val coupé par 
deux ou trois ruisseaux oii une eau fraîche et limpide court sur des cail- 
loux, ei à 5 h. 2o', nous sommes sur un petit plateau cultivé où se trouve 
la résidence des Ouanno, où nous nous rendons. 

A 5 h. 40', nous traversons un petit cours d'eau, large d'une dizaine de 
métrés, qui coule de droite à gauche. 

A 8 h. 55', marchant au sud-sud-est, nous arrivons chez le Motti, à 
Ouanno. Un logement confortable m'a été préparé dans l'enceinte même de 
la résidence joy aie. Je suis à peine déboîté que l'on vient m'appeler, et je 
dois, dans l'obscurité la plus complète (sous ces latitudes il est nuii à six 
heuresl , présenter mes hommages au Motti et à sa mère, qui me font offrir 
du café et de l'hydromel. 

En rentrant chez moi, je vois dans une cour un une. Je n'en avais pas 
vu depuis Djema. Il n'y enapasàKaffaniàCuerra. H parait même qu'on ne 
peut les élever dans ces Etats. 

Nous trouvons chez nous les gens du Motti qui nous ont précédé avec 
des provisions : un bfleuf, de la volaille, des pains, du beurre, du sel, du 
lait, du café, de l'hydromel, de la bière, de l'eau, du bois, des torches en 
cire, de la paille et du grain pour nos montures; rien n'a été oublié et tout 
esi en abondance. 



Samedi, 3o décembre. — Le matin, Abba Baucca, Motti de Goûmma, 
e fait appeler. C'est un tout jeune homme au teint ambré, aux yeux pleins 
I de feu; ses traits sont d'une pureté de lignes et d'une finesse remarquables. 
} Une belle chevelure noire, ariistement peignée, encadre gracieusement son 
[ visage de jolie fille. Il est coiffé d'un bonnet pointu en peau de chÈvre et 
[ vêtu d'une toge en coton blanc, il a des anneaux d'or aux oreilles, au poi- 



gnci CI à l'auriculaire de U main droite. 11 est assis sur un atga élevé et a 
auprès de lui deux vieillards aux longs cheveux blancs tressés. 

L'entrevue esi courte : le temps d'échanger des compliments, de boire 
deux lasses de café ei de vider un hanap d'hydromel en fumant une pipe. 

.\ (rois heures, on neni me chercher de la pan du Moni et de sa mère. 
Je fiits prendre à Aiellé les cadeaux que je dois prcseoier et nous suivons les 
officiers qui sont venus nous demander. 

Nous trouvons U reine-mère, lemme encore jeune et très gracieuse, 
assise A cût<* de son âls-l'unci l'autre surdegrandeschaircsco bois sculpté; 
un des vieillards de ce matin C5t auprès d'eux. J'offre mes cadeaux, Uen 
que modestes; ils sont examinés avec soin et Ton m'en remercie coanois^ 
ment. 

Le vicillani prend ensuite U parole au nom du Motti et de sa mcre, ce 
qu'il ne bit qu'après s'ftre Eaii apporter, suivant l'usage galla, une pipe 
dont il tire quelques boufliées avant de prendre la parole. Voici en peu de 
mots ce qu'il me dit en beauoMip : 

■ Nous sommes de nce iKibte, mais pauvre. Notre pays est petit, dous 

> n'avons p« de forets et nous ae pouvoos cbasser. Noos n'avons pas 

* d''ivoin; : U &ai bien le dire k R*s Gobaniu et à iratre roi Ménêlik IL 

* Nous sommes peu nomWeox. Notre Moni n>st enooce qu'un en&m. 

* Tout le noode cooroite ooire pays et le peu que nous doos procuroiu en 

> iravulUnt nos champs. • 

Je promets de Eitre la commisàoo- On «ppone du caié et de rbydni- 
md et U convcratioa tonk sur le Obo* et la Fracvx. A qtiatre beves, je 
me letite. charmé de la rèccptioB qui m'a éié faite. 

Abba Garo Haichin. l'botame do Uottî de Djcnu. qui m'a accompa- 
gnée jusqu'i Kafta, vkot pceoilre congé de moi : îl rentre à Dfcma. Je le 
vois s^iloigner * tcg;m. car fU p« n iprecier les qo^Ks de cet cxceUem 
linnimi li ti ihin|.i ili ini i hiiiii,tiii fi|iii li Mniii ili fimiii ciamèA 
de qiù l'ai re^ an si boo accadL 



v 3t ^u ml K . — A 7 
dànce de ctmipi ^ k Moni « sa mère. Ib m 
tswaBaBitmiiejiaefrecit («andeléafwd. ««e 
de mitse. JcicMBcàe «t me rewc apvès 



«wncfaista k cale et riçr- 



A S k. S*. 1 



J ETHIOPIENNES 



de trois hommes du Motti, dont un vieillard à cheval qui doit venir avec 
nous jusqu'à Limou. La rouie est bordée à droite et à gauche par des cul- 
tures BU milieu destjuelles se trouvent des habitations. 

A 8 h. 5i', nous passons sur un pont la rivière de Dokotcha. Elle 
peut avoir quinze mètres de largeur et coule de droite à gauche au milieu 
de quartiers de roche. Le pays est également cultivé; la route est bordée 
des deux côtés par des haies soigneusement entretenues. 

Les cultures consistent en plantations d'incete, de mil, de tèfe; le café 
n'est pas cultivé, mais il pousse à l'état sauvage, dans toutes les forets, en 
quantité considérable. 

Ag h. 06', nous passons, sur un ponceau eu pierre, un petit cours 
d'eau et nous entrons dans le pays de Dalléichio, où nous remarquons des 
sycomores de toute beauté. 

A 2 heures, marchant presqu'au nord, nous sommes sur un plateau 
cultivé. Nous avons en vue une grande habitation : c'est Tune des rési- 
dences du Motti; elle se nomme Agàro. Nous faisons halte tout auprès, 



il paissent des bœufs et des chevaui 
ra versons la rivière de Djaoué qui coule de droite à 
s de roche. Le cours en est impétueux, la largeur 
:s environ, et la hauteur des eaux, au gué, ne dé- 



dans une belle prairie o 

A 1 1 h. 35', nous u 
ganche, sur des quartier 
du lit est de vingt met 
passe pas vingt-cinq centimètres. 

A midi 12', nous sommes sur un plateau très cultivé et nous allons 
entrer dans une forêt. Goûmma est ceint intérieurement et extérieurement 
de futaies. 

A I h. 25', nous trouvons une double enceinte, deux portes que nous 
franchissons, et nous sommes en pleine forêt, encore sur le territoire de" 
Goûmma, mais extra muros. 

A 1 h. 40', nous traversons, sur un pont branlant, la rivière d'Aétou, 
qui sert de frontière entre le Goûmma et le Limoux-Ennerea. L'aspect du 
poni nous oblige à décharger nos animaux, ce qui nous fait perdre une 
vingtaine de minutes, 

La même fordtse continue de l'autre côté de la rivière. La route est 
bordée des deux côtés par des arbres, qui forment une épaisse muraille 
terminée en berceau. Quelques rochers émergent ça et li et sont, pour la 
plupart, couverts d'arbres, 

A 3 h. o5, route Est. Nous passons deux portes, une double enceinte 
et nous entrons dans Limoux-Ennerea. On me fait arrêter dans le pavillon 



ai2 EXPLORAI rONS fcTHrOPIENVES 

des gardes CI un vieillard vient me parler des explorateurs Secchî et Che- 
rini, qu'il a connus lorsqu'ils ont passé ici, allant du Gouragué à Guerra. 

A 3 h. 3o', rouleau nord-esi. La forêt ne tarde pas k faire place àdes 
terrains cultivés où se trouvent des habi talions disséminées dans les champs. 
Nous remarquons de beaux sycomores au milieu des plantations. On ren- 
contre un assez grand nombre de petits bois oti poussent des quantités 
importantes de caféiers sauvages. Le pays est arrosé par d'innombrables 
ruisseaux, dont les eaux sont en partie utilisées pour Pirrigaiion des champs 
de coton et de mil. Les plantations de canne à sucre sont ici très belles. 
On cultive aussi le gingembre. 

A 5 h, 23', nous sommes dans le pays d'ibdou et nous allons entrer 
dans une grande habitation, que l'on reconnaît pour appartenir au Motii, 
l'aldaracbe élani surmontée d'un globe en bois. Cette résidence se nomme 
Cocho. 

Les gens du Motii s'empressent de nous hospitaliser. Ils le font con- 
fortablement et de bonne grâce. 



Lundi. 1" janvier i883. — A 6 h. 5o', départ dans unedircclion nord. 
La route est tracée au milieu d'une riante et fertile région. 

A 7 h. 5o' nous rencontrons ta rivière de Mette, qui coule de droite à 
gauche sur un Ut de gravier. Elle peut avoir une vingtaine de mètres de 
largeur. Au gué, la hauteur des eaux ne dépasse pas trente centimètres. 

Nous montons sur un plateau. .\ notre droitese trouve une vasteforét,, 
à notre gauche s'étend une vallée au milieu de laquelle coule une grande J 
rivière, l'Idessa, qui draine une partie des eaux du Limoux-Ennerea, estj 
tribui.tirede l'Abaï et fait en conséquence partie du bassin méditerranéen.] 
D'autres rivières, au contraire de celles du Lîmoux-Ennerea, coulent if 
rOmo et font partie du bassin indien. 

A 8 h. 1 y, nous nous arrêtons dans une prairie entourée de bocages J 
où se trouvent des massifs de caféiers sauvages en partie non récoltés. Jor] 
suis surpris de me trouver en face de traces d'éléphant qui me paraisseat>I 
fraîches et non douteuses. Cependant il me semble si extraordinaire qu'un 
de ces pachydermes puisse franchir les lignes de défense de Limoux-Ea- ■ 
nerea que j'appelle mes hommes. Le fait n'est pas douteux. On cbargeraît/l 
un tombereau de pièces à conviction. On me raconte que quelquefois deux \ 
éléphants adultes se livrent des combats terribles, que le vaincu file droit J 
devant lui et se fait partout passage, que le vainqueurgénéreux ne poursuît>-l 




ÉTHIOPIENNES 



223 



pas son ennemi dans sa retraiie; qu'il en rentre quelquefois un dans le 
LimoUT-Ennerea, jamais deux à la fois ; le faii est cependant irès rare. 

A 9 h. 1 5', nous reparlons au nord-nord-est. En sonani de la prairie 
où nous avons fait notre halte, nous traversons une petite rivière d'une 
dizaine de mètres de largeur qui coule au milieu des rochers. 

Après avoir appuyé un peu au nord, ayant à noire droite des mon- 
tagnes boisées, nous inclinons à l'est ei nous trouvons, à g h. 40, une nou- 
velle ligne de défense, formée d'une double haie avec des herses, et, à côté 
des herses, des pavillons qui servent de corps-de-garde. 

Ac) h. 5o', au nord-esi, nous trouvonsdeux nouvelles enceintes, formées 
de haies de Q_âlciual ^fujj/iorftifl abyssinica Richard], défendues par des 
fossés et des corps-de-garde. Dans ces enceintes sont des ouvertures avec des 
herses en bois épineux. Nous franchissons cette enceinte et nous entrons 
dans la région nommée Obbô. 

La route est, à l'est, bordée d'arbres et d'arbustes, parmi lesquels je 
remarque de beaux malvacées arborescents. 11 y a des habitations. Le pays 
est très animé. Beaucoup de gens sur la route et dans les cultures et de 
troupeaux au pâturage. 

A 10 h. 45', nous traversons la rivière Outtal, qui a une quinzaine de 
mètres de largeur; elle coule de gauche à droite sur des blocs de pierre. 
Nous faisons halle sur les bords de l'Outial pour déjeuner. 

A 1 1 h. 36', départ au nord-nord-est. En quittant la rivière nous gra- 
vissons d'abord une petite côte abrupte et nous redescendons après dans une 
vallée boisée où nous trouvons une roche blanchâtre et friable auprès de 
laquelle se trouvent des mollusques dont je prends des échantillons. 

A midi, nous atteignons la rivière de Galle. Elle a une dizaine de 
mètres de largeur et coule de droite à gauche; on la franchit sur un pont. On 
continue d'avancer au milieu de pâturages eniremélésde bosquets. Nous 
trouvons sur la route un grand nombre d'allants et de venants. 

A midi 40', nous traversons une rivière d'une quinzaine de mètres de 
largeur qui coule sur des quartiers de roche. Un seul indigène se trouve 
sur les bords. Je lui fais demander le nom de cette eau ; en s'eniendani in- 
terpeller, ii s'enfuit et va se cacher dans les herbes. Tenant la rivière sur 
notre droite, nous la remontons, toujours au milieu de cultures et de pâru- 
rages entremêlés de bois. 

. 55', nous sommes sur un plateau recouvende gras pâturages et 
i nous faisons halte. 



224 EXPLORATIONS ETH. 

Ici se trouve une ligne de faite imporianie pour le partage des eaux, 
non-seulement du Limoux-Ennerea. mais pour ['hydrographie si impor- 
tante et si peu connue de l'Afriijue équaloriale. En etfet, les eaux du ver- 
sant d'où nous venons se rendent à l'Abaï; celles du versant où nous al- 
lons sont drainées par le Guebbé du Limoux-Ennerea qui forme avec les 
Guébé de Djema et de Leka le Tamsa, rivière que nous avons traversée le 
29 novembre dernier et qui est l'un des principaux affluents de l'Omo. 

A 2 h. o5', nous nous remettons en route .'i l'est-nord-esl. 

A 2 h. 20', nous nous dirigeons au sud et nous traversons une rivière 
dont les eaux coulent de gauche à droite sur des roches et dont les deux 
rives sont ornées de beaux arbres. Le pays s'ouvre sur notre droite et forme 
une vallée entourée de coteaux cultivés où paissent des troupeaux de bœufs 
et nous rencontrons aussi un marécage qu'un pli de terrain sépare de la 
rivière Gucbhé, que nous traversons à 3 h. 44'. La largeur de son lit est ici 
de trente mètres environ; ses eaux s'écoulent de droite à gauche sur un lit 



A 4 h., prenant à Test, nous trouvons ii droite un petit bras du fleuve. 
Le sol est d'une couleur rouge sang de bœuf, couvert d'arbustes'et de gra- 
minées sauvages. 

4 h. 1 5', nous arrivons devant la résidence de Tounto, oii se trouve le 
Motti et dans laquelle on nous loge. 

Avant même que nous soyons entrés dans nos cabanes, le Motti me 
fait demander et veut me voir. Je m'y rends botté, le fouet à la main et le 
revolver fi la ceinture. Abba Bauguibô, le Motti de Limoux-Ennerea, peut 
avoir de vingt-cinq à trente ans; il a la peau couleur café au lait, porte les 
cheveux courts et a des anneaux d'or aux oreilles, au poignet et à l'auricu- 
laire de dextre, qui sont les insignes de son rang; il nous retjoii dans une 
cour, assis sur une chaire élevée, sur le dossier de laquelle un soleil a été 
grossièrement sculpté. 

Le Motti est entouré d'une vingtaine de personnes, toutes assises sur 
des escabeaux, parmi lesquelles un énorme Abba Kora à tête rasée, qui 
prend la parole pour demander si le roi Ménélik a l'assentiment de l'empe- 
reur Jean, lorsqu'il envoie ici des étrangers dans leur pays. 

Mes gens, en entendant parler de l'empereur, se fâchent, car, au Choa, 
en dehors du roi, personne ne veut reconnaître la suzeraineté de l'empe- 
reur sur le Choa. 

Un moment, la discussion s'animant, je crains qu'elle ne tourne en 



lÊrmOPIENNES 



225 



dispute; heureusement, mes botles et mon revolver font diversion ei lout se 
termine convenablement. 

En rentrant nous trouvons un bœuf ei les autres provisions, tant pour 
les hommes que pour les animaux, et cela en abondance. 

Mardi, 2 janvier. — Le malin, un homme qui vient nous saluer de la 
part du Moiti dit en causant ; a Ras Ménélik a, au lieu de : ■ Negous 
Ménélik. « Aiellé se fâche et flanque à la porte ce salueur mal appris. 

A deux heures après midi je vais saluer le Motti et lui offrir le cadeau 
d'usage; il est entouré d'une nombreuse cour; plusieurs hommes auprésde 
lui ont le bouquet d'herbes au sommet de la téie, au front un demi-cercle 
fait de graisse et de sang de bœuf (voir sur la signification de ces usages : 
Notes sur les Gallas de Galane, dans le présent volume). 

Tantôt le Motti cause avec son entourage, parlant de moi avec dédain, 
tantôt il me pose une question avec arrogance. Voyant cela je me lève et 
nous nous retirons sans saluer personne. 

Le soir, le Motti envoie, et en abondance, les vivres accoutumés : 
bceuf, etc., etc. 

Mercredi, 3 janvier. — Je passe la journée à colliger mes notes et à 
prendre des renseignements, et cela sans quitter la cour où se trouve mon 
habitation. 

Jeudi, 4 janvier. — Je désire aller voir le marché qui se tient auprès de 
Saka, le jeudi de toutes les semaines, et qui est très renommé dans toute 
l'Ethiopie. Le Motti, informé de mon projet, tâche de m'en empêcher, et 
m'envoie Tun de ses officiers me dire en son nom : 

■ Qu'il ne convient pas qu'un homme considérable comme moi aille 
sur un marché se faire coudoyer par toutes sortes de gens; si j'ai besoin 
des choses qui se vendent sur le marché, je n'ai qu'à lui dire ce que je veux 
et il me l'enverra tout de suite n. 

Je fais remercier le Motti du souci qu'il prend de ma dignité et lui 
dis que, souhaitant voir le marché, je ne puis satisfaire mon désir qu'en y 
allant moi-même. 

Je pars à 10 h. 14', dans une direction nord-nord -ou est et bientôt 
nord, en compagnie de deux officiers du Motti, chargés officiellement de 
m'escorter, mais en réalité de m'espionner. Après avoir traversé les terrains 
vaguesqui enioureni la résidence du Molli, nous prenons notre route dans 



226 



KXPLORATIOKS ETHIOPIENNES 



un chemin irouveri, tracé au milieu d'un bois, où se trouve un grand 
nombre de caféiers sauvages. Dans les clairières du bois se irouveni des 
plantations de colon et d'incete. 

A lo h. 5o', nous arrivons sur les bords du Guébé. Il roule ici des 
eaux très rouges sur de grosses pierres. Son cours, par rapport â nous, est 
de droite à gauche. Nous traversons la rivière sur un pont de bois très bien 
fait, de 39 pas de longueur, ei muni de garde-fous en vannerie d'un peu 
plus que de hauteur d'homme. A l'entrée et à la sortie du pont, on a cons- 
truit des pavillons pour les percepteurs des droits qui se paient sur les mar- 
chandises qui viennent du marché de Saka. 

Ici, le Guébé est pwrtagé en deux bras séparés par un îlot pierreux, 
après lequel se trouve l'autre branche de la rivière, que l'on traverse égale- 
ment sur un pont en tout semblable au premier, et où il se trouve des per- 
cepteurs pour l'impôt de douane, dans des pavillons, devant lesquels sta- 
tionnent un certain nombre de marchands dont on vériiîe les marchan- 



Au milieu des roches, nous avons un petit cours d'eau, ei sur notre 
droite, à 5oo mètres, la résidence de Saka. 

A 1 1 h. 40', nous arrivons sur l'emplacement du marché, qui se tient 
au milieu d'une vaste plaine, toute ravinée par les eaux. Il peut y avoir 
sur le marché un millier de marchands. Tous les vendeurs paraissent du 
pays. Les principales transactions porteraient sur le musc et le café, que 
l'on peut acheter sur le marché; l'ivoire et l'or ne se porieni pas sur le 
marché et les transactions sur ces articles se traitent par courtiers. 

Je fais un lourde marché, je suis entouré de curieux; mais, quoiqu'in- 
commodc, cette curiosité étant bienveillante, il n'y a pas lieu de s'en 
plaindre. 

Après avoir parcouru en tous sens le marché, sans rien voir à cause 
des curieux qui m'entoureni, je reprends le chemin de mon habitation, où 
je suis rentré à une heure et demie après midi. 

On m'annonce que Joseph-Léon, l'enfant que le Tatino de Kaffa 
m'a donné vient de tomber sa première dent de lait : il a donc sept ans. 



Vendredi, S janvier. — Le matin, je vais voir le Motti. Je trouve chez 
lui un homme de grande taille, au teint pâle et à la barbe châtain; il esl 
coiffé d'un turban blanc; je le prends tout d'abord pour un Européen 
déguisé. Il affecte de me regarder comme une bête curieuse et parle en se 



ETHIOPIENNES 



dandinant sur sa chaise comme un ours dans sa cage. Les questions du 
Molli sont tellement indiscrètes, mes réponses amènent tant de chucholte- 
menïs et de ricanemcnis entre le Motti et son compagnon que, ne voulant 
point prolonger celle situation ridicule, je me lève et m'en vais. Le Motii 
me fait redemander sur les deux heures. Je crois de ma dignité de refuser 
d'y aller. 

A deux heures arrive Abba Malle, hercule au service du Fiiiorari 
Garado. Abba Malle a au poignet du bras droit vingt-un anneaux en fil de 
laiton indiquan! qu'il a tué vingt-un ennemis à la guerre, et porte, comme 
de droit, les cheveux longs et tressés. 

Abba Malle vient ici demander jusiice au Motti d'un de ses hommes 
qui lui a lancé un javelot et l'a, malgré son bouclier, blessé d'une éraflure 
à la lèvre inférieure. 

Aiellé veut profiter de son séjour à Limoux-Ennerea pour acheter du 
musc, qui est ici très abondant. Pour aS thalari il est acquéreur d'un poids 
de musc égal au poids de 35 thalari ; car, ici, comme dans toute l'Ethiopie, 
le ihalcr est non-seulement une monnaie de compte, mais aussi un étalon 
de poids, tous les poids pesant un nombre déterminé de thalari. A Aden, 
le poids de deux thalari de musc est vendu, en moyenne, trois thalari. 

Ce musc provient du chat musqué ou civeiie d'Afrique que l'on élève 
dans la plupart des maisons de Limoux-Ennerea, du Djema et du Kaffa. 
Les civettes sont tenues dans des cages allongées en bois dur, nourries avec 
de la viande, tenues au chaud et à l'obscurité ; elles sont, plusieurs fois par 
jour, excitées avec une baguette pointue, ce qui augmente leur sécrétion 
musquée. 



Samedi, 6 jam-icr. — Le Motti m'ayant envoyé, en reiour de mes 
cadeaux, un mulet ei des toges, je ne puis me dispenser d'aller le voir dans 
la matinée. Il se montre plus poli et s'excuse du mieux qu'il peui de sa 
soiie réception d'hier. 

En soriant de chez le Motti nous trouvons une tourbe de gens qui 
traineni, â travers les cours de la résidence, comme une charogne que l'on 
mènerait ù l'écorchoir, un homme lié par la jambe droite à une corde. 

J'apprends que c'est l'homme qui a jeté une lance à Alba Malle et que, 
d'après un jugement du Molli, on va le livrer à Abba Malle. Abba Malle 
et le Fittorari Garado sont ici très redoutés ; c'est probablement à l'arrivée 
du premier que je dois de voir enfin le Motii convenable à mon égard. 




238 

Dimanche, j janvier. — C'est aujourd'hui le génna (Noirl) des Éthio- 
piens. C'est même par respect pour cçjtc fête, qui est l'une des plus solen- 
nellement Î^Tiées de l'Église d'Ethiopie, que nous ne nous sommes pas 
remis en route dés avant-hier. 

Mes gens passent raprès-midi ù jouer au génna, comme îl est de tra- 
dition de le faire pour ceiie fête. Le génna, jeu très populaire parmi les 
chrétiens de l'Ethiopie et auquel toutes les classes de la société prennent 
part en se confondant compléiemeni, consiste à pousser avec un bâton 
recourbé un morceau de bois de forme ronde. On se divise en deux camps 
et la victoire est à celui des camps qui parvient à lancer le génna dans le 
camp adverse. 

Le soir, Aiellé ei Abba Orké, marchand de Djema, parlent de la peu- 
plade des Maraco qu'ils connaissent tous les deux. Les Maraco habitent 
des plaines couvertes de pâturages sises au sud du pays Gouragué ; ce sont 
des pasteurs qui se nourrissent exclusivement de laitage et de viande ; ils 
se vêlent ei se logent comme les Danakil d^Obock. Ils se font, au moyen 
d'un fer chaud, des marques ei des dessins sur tout le corps, prétendant se 
rendre ainsi plus beaux et plus Ions. Ils parlent un idiome particulier qui 
aurait des affinités avecl'afar (langue des Danakil] et l'oromon (langue des 
Gallas). Ils auraient l'usage très particulier de tuer tous leurs vieillards, 
hommes et femmes, pour épargner aux familles le souci de bouches inu- 
tiles. Chacun tue les pères et mères de ses amis, 



Lundi, 8 janvier. — Nous partons à 8 h, 20', au nord. Nous avons 
pour compagnon un homme du Motii qui est porteur d'une lance à double 
fer. Celte lance et cet homme sont les preuves que nous quittons le pays 
avec l'assentiment du souverain, assentiment sans lequel les gardiens de$ 
portes ne nous laisseraient point passer. 

A la hauteur du marché nous reprenons la roule suivie jeudi dernier 
pour aller au marché de Saka. 

A 10 h. o5', au nord- nord -est, nous traversons un ruisseau de cinq à 
six mètres de largeur, qui coûte au milieu de blocs de roches grises. De là 
nous passons sur un plateau ondulé, sans arbres, couvert de graminées 
sauvages, où l'on voit de nombreux affleurements de roches grises toute 1 
fendillées. 

A 10 h. 20', nous passons un nouveau ruisseau au gué duquel nous \ 
sommes rejoints par Abba Mallé. La végétation est plus active et la route ' 



FXPLORATIOVS laHIOPIEIWRS 



a 29 



est en partie bordée de kaulkal et de malviacés arborescents. Sur noire 
gauche se trouve un plateau cultivé et quelques liabîtatïons. 

A 10 h. 34' nous nous arrêtons sous des sycomores ; à la cime de l'un 
d'eux se trouve une gotlet [sorte de chat-huant) : Aiellê l'abat d'un coup 
de fusil ; cet oiseau a les ongles des serres d'une longueur extraordinaire ; 
je les fais couper. Les gens qui m'accompagnent s'imaginent que ce doit 
être un talisman puissant, et à un moment oii j'ai la tète tournée on m'en 
vole deux. C'est, du reste, le seul objet qui m'aura été volé dans le cours 
de ce voyage. 

A I T h. 40' nous nous remettons en route. Le pays est accidenté et 
couvert de cultures et d'habitations. 

A 1 1 h. 54', marchant au nord-est, nous traversons un torreniqni 
coule de gauche à droite, sur des roches, et forme des cascatelles ; sur notre 
droite et devant nous se trouve une forêt ; sur la gauche, des monts dénu- 
dés et grisâtres. 

A midi 5o' nous nous arrêtons. Pour venir ici nous avons marché au 
milieu des bois et nous avons dû, depuis i [ h. 34', traverser deux nou- 
veaux torrents. La région oti nous nous trouvons se nomme Odessa. 

A 1 h. 25' nous nous remettons en route, toujours à travers bois. 

A 2 heures, nous appuyons au nord-nord-est; après avoir traversé un 
torrent qui limite ici la forêt, nous passons sur un plateau ondulé, sans 
arbres, où se trouvent des cultures et des habitations. 

A î h. 55' nous traversons un nouveau torrent et nous entrons dans 
un bois. 

A 3 h. I S' nous prenons à l'est-est-sud. Le bois est traversé, nous nous 
trouvons au haut d'une côte et avons devant nous une plaine grise entou- 
rée de montagnes, 

A 3 h. 25' nous sommes au nord-ouest et nous arrivons à Merkouse, 
résidence du Moiti, où nous devons passer la nuit. Nous y sommes assez 
mal reçus. 



Mardi, ^janvier. — Nous partons à 6 h. 41', à l'est-est-sud, par une 
pente douce et gazonnée. 

A 7 h. Il' nous traversons un torrent qui coule de gauche à droite, 
sur rocher. Ses rives sont bordées d'arbres et aussi de cultures qui sont 
bientôt remplacées par des herbages au milieu desquels poussent quelques 
bouquets d'arbres. Devant nous, l'horizon est borné par des montagnes 



2 3o 



EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 



sa, qui seri de limite 
i la république Galla 



Celles de droite sont sensiblement plus hautes que «lies de gauche. 

A 7 h. 45', nous prenons au sud. Un talus, un fossé ei une herse qu'on 
lève pour nous, formeni ici renceinie du Limoux-Enni;rea. Nous les fran- 
chissons ei nous entrons dans le Kella-Sekî, région inhabitée et apparte- 
nant au Limoux-Ennerea. Tournant au nord-est, nous nous trouvons dans 
une plaine marécageuse oU des flaques d'eau et des bourbiers entravent 
notre marche à chaque insiani. 

A 9 heures, nous traversons la rivière de Mous 
entre le royaume musulman de Limoux-Ennerea e 
de Nonnd. qui est tributaire du royaume du Choa. 

Ces deux États sont de race oromon ; mais un seul a conservé l'anlique 
forme sociale et religieuse des Oromons et peut être aujourd'hui qualifié 
de Gallas (voir la note sur les Gallas de Galane). 

La rivière de Moussa roule de gauche à droite, dans un lit terreux ; 
elle est très encaissée et a une dizaine de mètres de largeurau point où nous 
la passons. Nous traversons ensuite une plaine en partie cultivée. La route, 
bordée d'arbustes, aboutit aux premiers contre-forts des montagnes vers 
lesquelles nous nous dirigeons. 

A 10 h. 4', nous trouvons un torrent desséché, large de plus de 
soixante mètres, au milieu duquel coule un mince filet d'eau. 

A 10 h. 1 5', nous nous arrêtons pour la nuit chez le grand Ayo (chef) 
de Nonnô; il est absent. Nous sommes reçus par sa femme et ses filles, 
qui nous logent dans des pavillons irès propres et s'empressent de nous 
donner lout ce qui peut nous être nécessaire : un bœuf, de l'hydromel, des 
pains, etc., etc. 

Pendant la nuit il y a des cris stridents mêlés ù des rugissements for- 
midables; c'est un lion qui est venu prendre un bœuf dans le parc de nos 
hôtes ei l'emporte. 



Mercredi, 10 janvier. — A 6 heures, la plaine qui est à nos pieds est 
couverte d'un épais brouillard. 

A 6 h. 45' nous traversons tout d'abord un ruisseau dont le cours esi 
de gauche à droite et nous sommes ensuite sur un plateau ondulé où je 
remarque des cultures très soignées de mil et de cannes à sucre ; quelques 
arbres, des sycomores, sont disséminés au milieu des cultures. 

A 7 heures, inclinant au nord-est, noua entrons dans un bois. Nous 
avons sur notre droite un plateau avec des pâturages coupés par des futaies 



EXPUIRATIOHS E 



en îlots; sur noire gauche, des montagnes. Des passages boueux rendent 
noire marche très pénible. 

A 7 h. 3o' nous traversons un premier bras de la rivière Fiddô. Son 
lit est d'une ireniaine de mètres et très encaissé. Elle coule de gauche à 
droite et a ses rives bordées d'arbres ei d'arbustes. Toute la région environ- 
nante est fortement ravinée parles eaux. 

A 7 h. 45'. nous nous arrêtons dans le deuxième bras de la rivière de 
Fiddô, celui nommé Fiddà goudà (grand Fiddôj. Le lit a de quarante à 
cinquante mètres de largeur; les eaux coulent de gauche à droite sur de 
grosses pierres. On a barré une portion du lit de la rivière et construit 
pour les troupeaux des abreuvoirs. 

Les eaux du Fiddô goudâ passent pour très salutaires aux animaux. 
Elles contiennent des sels, de soude probablement, qui ont la venu de les 
purger. Nous trouvons un grand nombre de bœufs et de chevaux à l'abreu- 
voir, et nous y faisons boire nos montures. J'ai goûte Peau ; elle m'a 
purgé; son goût peut être comparé à celui d^une eau légère de savon un 
peu salée. 

A ë h. o5', nous nous remettons en rouie, toujours au milieu du bois. 
Le sol est très raviné. Il y a dans la forèi des cultures et des habitations. 
Les gens qui nous croisent sur la route marchent tous en chantant gaie- 
ment, la lance à la main et le bouclier au bras. 

A 8 h. 25', nous dirigeant au nord, nous traversons la rivière de Ya- 
AUah, Elle coule de droite à gauche et a un lit de vingt-cinq mètres de 
largeur, bordé d'arbres. Sur noire gauche, et à un kilomètre environ, nous 
avons une ligne de collines rocheuses; à droite, à deux kilomètres à peu 
près, trois lignes de hauteurs se surplombent. La rivière de Ya- Allah limite 
le pays de Founadji où nous entrons. Nous devons ici changer de guide, et 
nous en prenons un dans une habiiaiion sise au milieu d'un défrichement 
en plein bois. 

A 9 h. 1 5', nous traversons une grande clairière. Sur une butte, à 
droite, se trouve le marché de Gourifati. Nous le traversons. Il y a peut- 
éiredeux cents personnes, mais on y arrive de tous côtés. Les marchan- 
dises exposées en vente consistent en peaux, miel en rayons, grains et den- 
rées, poteries, un peu de verroterie et quelques objets en fer, socs de 
charrue, hachettes, bêches, fers de lance et couteaux. 

Presque tout le monde est vêtu de peaux tannées, les hommes aussi 
bien que les femmes. Les élégantes, parmi ces dernières, ont les cheveux 



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23Î 



coule de droite il gauche, sur des rochers, et forme des cascatelles auprès 
desquelles nous nous arrêtons. 

A 2 h. 45', nous nous remettons en rouie et nous traversons tin pays 
montueux, boisé, mais o£i l'on rencontre des habitations et des cultures. 

A 3 h. 40, marchant au nord-est, nous venons de traverser un tor- 
rent ei nous entrons dans une région couverte d'habitations et de cultures. 
La route est régulièrement tracée et en partie bordée d'arbres à droite et à 
ftauche. 

A 4 h. 55', [a roule étant nord- nord-est, nous avons en face de nous, 
et au sommet d'une butte, un village amara en construction. Tout autour 
paissent de superbes chevaux et de belles mules. Nous sommes arrivés au 
village de Dourcmi, dont le chef vient nous recevoir et où nous sommes 
hospitalisés avec la plus grande cordialité. 

Le roi Menelik 1 1, suivant Texemple donné par son grand-père, le roi 
Sahala Selassié, accomplit d.ins l'Afrique centrale une œuvre de colonisa- 
tion des plus remarquables. 

Ce village est actuellement un nouveau centre que Ton crée, et l'on 
va ainsi en construire jusqu'au Guebbé, défrichant et peuplant toutes les 
régions désertes et inoccupées. Il y a ici des révoltes de Gallas, comme 
nous avons en Algérie des révoltes d'Arabes; on les réprime par les 
mêmes mesures : razzias, confiscations de territoire. Ici la guerre est aussi 
sauvage, mais pas plus sauvage qu'ailleurs. 



Jeudi, it janvier. — A 7 h. 1 5', nous partons dans la direction du 
nord- nord-est, accompagné de nos hôtes qui viennent nous escorter jus- 
qu'au bas de la butte. 

A7h, 35', nous tournons à Test et nous entrons dans une forêt dont tes 
arbres sont très élevés mais clairsemés. Nous voyons des traces nombreuses 
d'éléphants. Avec la forêt commence le pays de Damo. 

A 8 h. 1 3', nous traversons la rivière de Damé. Les eaux coulent de 
gauche à droite, sur des quartiers de rocs; le lit a de vingt à trente mètres 
de largeur. Après quelques minutes de rouie au milieu d'un bois, oti nous 
remarquons des traces nombreuses d'éléphants, nous rencontrons un nou- 
veau bras du Damé, mais de petite dimension, cinq à six mètres au plus 
de largeur. La forêt devient de plus en plus épaisse et les traces d'éléphants 
de plus en plus nombreuses. 

A 9 h. 20*, nous traversons une clairière, dans un vallon rempli de 



234 



KXPLORATIOKS ^HIOPIENRES 



flaques d'eau ci d'herbes marécageuses, au milieu desi]uclles paissait 
des boeufs sous la garde de plusieurs pâtres vêtus de peaux, arm^s de lances 
ei de boucliers. Nous traversons ensuite une petite prairie qui vient d'être 
incendiée ei nous arrivons à la petite rivière Arkisù, que nous traversons, 
et sur l'autre rive de laquelle nous retrouvons la foréi touffue. 

A h. 45', nous traversons un ruisseau nommé Kéiiiyo ; il coule de 
gauche à droite sur des quartiers de roches. 

A lo heures, nous inclinons au sud-est. La forêt est remplie de traces 
d'éléphants. Il parait que c'est un indice certain que nous sommes sur la 
lisière; ces animaux aimant ù aller en troupeau pâturer hors des bois, se 
tiendraient surtout sur les bords des forêts. 

A 10 h. 04', nous sommes sur le plateau de Martou, qui est cultivé ei 
habile, couvert de beaux pâturages, dans lesquels paissent des bœufs et des 
chevaux. 

A to h. 46', nous nous arrêtons devant une habitation. Une belle et 
puissante femme, de race oromon, H longs cheveux oints de pommade 
verte, vêtue d'un jupon de peau brodé, retenu par des îacs de perles, et 
d'une écharpe de coton à couleurs voyantes qu'elle porte drapée comme un 
plaid écossais, vient, accompagnée d'une négresse, sa suivante, m'apporter 
un siège et une calebasse pleine de tait. L'habitation est entourée de beaux 
arbres, ainsi que les tombeaux de famille qui sont h côté. 

A 1 1 heures nous nous remettons en route, Nous voyons un village 
amara en construction sur une butte, devant nous : c'est le village de Mar- 
rou où nous arrivons à 1 1 h. 20' et oii nous sommes cordialement reçus par 
le schoum et ses gens. 



Vendredi, 1 2 janvier, — A 2 h. 1 5', nous nous menons en route au 
nord-est; nous descendons la buite sur laquelle se consiruii le village de 
Marrou et nous avan'jons au milieu de défrichemenls et de pâturages. 

A 7 h. 45', nous tournons à l'est. Une haie en arbres épineux et un 
fossé que nous franchissons sur un pont nous avertissent que nousentrons 
dans le pays de Toutou. La région est formée par un plateau mamelonné, 
où croissent des graminées sauvages et quelques arbres en bouquet. Sur les 
croupes il y a quelques habitations. J'estime que la culture s'étend à peu 
près sur un septième du terrain. 

A 8 h, 04', nous faisons rouie ù l'est-est-sud. Nous traversons la rivière 
de Karsa, large de cinq mètres et coulant de gauche à droite, sur pierres. 



1 



EKPI.OBATIONS ÉTHIOPIENNES 



235 



Nous entrons dans le bois de Mougnio; notre route passe sur une ligne de 
faîte, entre deux vallées. Dans les fonds, la forêt a comme essence domi- 
nante des bambous gigantesques; à mi-côte, des acacias, et, sur les sommets. 
divers espèces d'arbres, notamment des koussos et des oliviers. 

A 9 h. 25', notre route étant sud-est, nous atteignons la rivière de 
Kakakté, qui coule de gauche à droite sur uo lit de gravier de vingt mètres 
de largeur ; nous la passons et nous allons boire du laii dans des habita- 
tions qui se trouvent au sommet de côtes qui la surplombent et auprès des- 
quelles se trouvent des cultures, de beaux arbres et de gras pâturages, dans 
lesquels pâturent de beaux troupeaux de bœuFs. 

A lo heures, nous tournons au nord-nord-est et nous traversons la 
rivière Ousarbi, qui coule de gauche à droite, dans un fond. Bien que soij 
lit n'ait en ce moment qu'une largeur de cinq mètres, il parait qu'il passe 
ici, pendant la saison des pluies, des quantités d'eau considérables. 

Après la rivière, nous entrons dans l'Abagy. région nue et désolée, 
couverte de chardons. 

A 10 h. 35', nous tournons à Test-est-nord et nous franchissons sur 
une passerelle formée de bambous, Pun servant de pont et l'autre de garde- 
fou, la rivière de Kotié, large de cinq mètres, coulant de droite à gauche, 
sur fond de vase. Nous entrons alors dans le pays de Toukour-meder 
(terre noire], nom bien mérité par la couleur du sol, qui serait excellent 
pour la culture des céréales, ce qui justifie. aii notre proverbe provençal : 
terre noire porte bon blé. Nous nous arrêtons pour déjeuner. 

Un schoum du Fittorari Garado passe avec une nombreuse escorte et 
vient me saluer pendant que je déjeune ; il est superbement vêtu d'une 
cote d'armes en lampas cl d'une toge blanche en tissus de coton extra-fin, 
avec un large linteau broché en soie de couleur, mais rîdiculemeni coiffé 
d'un casque anglo-indien en moelle de sureau. 

A 1 1 h. 07', nous nous remettons en route à Test, à travers un plateau 
ondulé, sur lequel nous trouvons un second bras de ta rivière Kotié. Le 
plateau est nu, sans arbres, couvert de stippées qui rappellent l'alfa des pla- 
teaux du Sahara algérien. Les hauteurs environnantes sont boisées. 

A midi 10', inclinant à l'est-est-sud, on trouve sur le plateau des bou- 
quets d'arbres, des cyprès et autres conifères; sur les croupes des ondula- 
tions; dans les fonds, des oliviers et des bambous. Nous nous croisons avec 
toute une troupe de gens qui marchent à la file indienne en chantant. Ils sont 
au moins cinq cents. Une jeune fille à cfaeval les précède et parait les guider. 



236 



EXPI.OHATIO:*S 



A 1 h. 25', nous iraversons un plateau couvert de mimosas. Un irés 
grand nombre de travailleurs sont occupés à les décortiquer, car l'écorce 
du mimosa sert à faire les liens qui attachent entre eux les piquets ei le 
clayonnage des murs en torchis des habitations éthiopiennes. 

D'autres travailleurs abattent des arbres ; J^auires l'ont des transports. 
Ces gens composent une corvée qui a remplacé celJe qui était formée des 
gens que nous avons croisés il y a une heure. 

A h, I 40', marchant au nord-nord-est, nous rencontrons la rivière 
d'Intchini qui coulede droite à gauche, dans un lit terreux de sept mètres de 
largeur. Nous la traversons sur une passerelle formée de deux perches de 
bambous. 

Nous avons devant nous un village amara en construction. On lui a 
donné le nom de la rivière Inichini. 

A 2 heures, nous arrivons au village. Le schoum Aiio Dargud vient 
au-devant de nous et nous reçoit avec une grande urbanité. 

Samedi, i3 janvier. — Atto Dargué me presse de passer la journée 
chez lui. J'accepte d'autant plus volontiers que nous trouvons ici Chilpéric, 
l'un des écuyers du Fittorari Garado, qui partira demain avec nous. 

Dans l'après-midi. Atto Dargué me parle des moyens employés par les 
Amaras pour coloniser les pays gallas. Ces moyens sont simples, pratiques, 
intelligents. Un schoum, comme Atto Dargué, reçoit la mission de fonder 
un village ; il part avec toute sa famille, ses clients et tâche d'attirer auprès 
de lui le plus grand nombre possible de colons. N'ayant pas d'autre traite- 
ment que la part d'impôt qu'il peut prélever sur les colons, sa prospérité 
est liée au développement même de la colonie. Les vexations sont rares; 
les colons venant librement et s'en allant de même, ils ont vite fait d'aban- ] 
donner un administrateur qui veut les pressurer. 

Dimanche^ 14 janvier. — Nous partons à 8 heures, dans la direction > 
du nord-est. Atto Dargué veut me faire la conduite et marche pendant plus 
de vingt minutes ù pied, à côté de ma mule. Il est suivi de ses gens portant, 
SCS armes et menant par le licol son destrier, magnifique animai au poil grii 
de fer, qui piaffe en faisant tinter les plaques d'argent dont son harnais est J 
garni. 

Après [es compliments d'usage, Alto Dargué monte sur son cheval ec^ 
le met au galop dans la direction de son manoir, séparé de nous par un 
pente douce et gazonnée. Les hommes d'armes qui forment l'escone dii>J 



* 



l'IXPUMATIOKB âTHIOPIENNKS iS^ 

schoum, au nombre d'une trentaine environ, se lancent derrière lui, et, 
luttant de vitesse entre eux, tout en s'interpellant, forment une troupe des 
plus pittoresques. 

A 8 h. 20', au moment où Atto Darguë nous quitte, nous prenons au 
nord. Nous nous trouvons alors devant un petit marécage boueux que nous 
traversons, 

A heures, nous inclinons au nord-est. Devant nous la rivière de 
Nanoftou coule sinueusement dans un iii terreux. Nous la suivons en la 
remontant. Elle coule au milieu d'une vallée, o(j se trouve un grand nombre 
de ballons gazonnés. Devant nous s'élèvent des montagnes boisées. 

A 10 heures, nous prenons ù l 'est-est- nord par un plateau mamelonné, 
couvert de siippées ei d'épines. Sur notre droite se trouve la montagne de 
Tchobô, 

A 10 h. 1 y, nous entrons dans le pays de Ouallà, par un plateau iden- 
tique au précédent, dont les hauteurs sont couvertes d'habitations, de cul- 
tures, de cyprès, d'oliviers et de myrthes. 

A 1 1 h. 10', tournant à l'est-^st-nord , nous traversons la p«tite rivière 
de Bitte, qui coule de droite â gauche, sur des rochers, et nous entrons dans 
le pays de Dogomma. 

A I [ h. 20', nous avons à gauche la rivière de Bîité, qui coule dans un 
lit très encaissé ; ses rives sont couvertes de fourrés de verdure. Sur la 
droite s'étend un plateau limité par des montagnes. 

A midi, nous nous arrêtons au milieu d'une plaine tout à fait ronde, 
entourée d'un cercle de montagnes. Je suis assis sous un arbre, fumani ma 
pipe après défeuncr. Un vieillard passe, conduisant, avec l'aide d'une jeune 
fille, trois ânes chargés. Il s'arrête auprès de moi, se met à plaisanter, à 
rire, à chanter, même à danser une gigue. Ce n'est point un mendiant, 
mais un paysan facétieux. 

A midi 35', nous nous remettons en route au nord. 
A I h. o5', nous prenons au nord-est et nous traversons la rivière 
d'Indris, Elle coule de gauche à droite, au milieu de quartiers de roche; la 
largeur de son lit est ici à peu près de seize mètres et la hauteur de ses eaux 
de cinquante centimètres. 

A I h. ao', marchant à l'est, nous atteignons la rivière de Tollé (c'est 
bien, en langue Oromonl ; nous la passons ; elle coule de gauche à droite, 
sur pierres; la hauteur de ses eaux est de quarante centimètres. La rivière 
traversée, nous gravissons une pente rocheuse donnant accès à un plateau. 



2 38 



:XI>LOIlATtONS ErHIOf'tESNÏS 



A T h. 35', nous sommes sur un plateau dont le sol dur résonne sous 
lesaboi de nos montures; il est entouré de hauteurs en partie cullivées; 
il y pousse des mimosas, qui se rapprochent de plus en plus et fonnent un 
véritable bois à rextrémiié du plateau. 

A I h. So', nous traversons un ruisseau dont les rives sont garnies de 
beaux arbres, desquels, à notre approche, des vols de pigeons s'enfuient 
dans la direction des montagnes. 

A 2 h., nous avons en face de nous des buttes sur lesquelles des Ama- 
ras construisent des babiiaiions. 

A 2 h. 25', notre route est à l'est. Nous passons au milieu de buttes 
sur lesquelles on construit et nous entrons dans le pays de Koullou- 
Dimptou. 

A 3 h. 36', marchant à l'esi-est-nord, nous traversons la rivière de 
Baudjé, dont le lit a dix mètres de largeur. La hauteur des eaux est de 
quelques centimètres seulement. Le courant est de droite à gauche. Le fond 
est de galets. Les rives sont garnies de quelques arbres et arbustes. Une fois 
dépassée, on se trouve sur un plateau aride de terre noire et dure et l'oB J 
n'aperçoit que des herbes sèches et des épines sans feuilles. 

A 3 h. 1 5', nous passons la rivière de Teniallé. Son cours estde droite 
à gauche. Le lit, sur roc, aquinze mètres de largeur. La hauteur des eaux 
est de quarante centimètres. La Teniallé forme, sur notre gauche, des cas- 
(•a telles. 

Après avoir traversé la rivièrCj nous montons une pi::nte rocheuse lal 
milieu de beaux oliviers et autres arbres. 

A 3 h. 2o', nous arrivons au plateau de Gaussô ei nous nous arrétotu 
devant une belle habitation galla. 

Bien que ces gens ne soient que de simples propriétaires, nous sommes 
généreusement et gracieusement hospitalisés. 



Lundi, iS Janvier. — Nous partons à 7 h. 7', à t'esi-esi-sud et à ; 
5o' nous traversons la rivière de Koullouk, qui coule de droite à gauche,,! 
au milieu de quartiers de roches, dans un Ht très encaissé, d'une dizaine dfti 
mèlresde largeur. Nous entrons dans le pays d'Asuarôh, bassin dont le^l 
sol est formé de lerre noire couverte de petits cailloux. Il y a du gazon parj 
places et des bouquets de mimosas. Ce bassin, de forme elliptique très ré- 1 
guliére, est entouré de hauteurs cultivées et habitées. Ce doit être un ancien, I 
lac, Dans la saison des pluies, il forme un marécage. Nous passons auprès.* 



ÏÏ^PLORATIONS ÉTHIOPIENNES 



t des maisons. On l'ait fouler le blé aux bœufs sur des aires ; les gens nui ne 
sont point occupés à ce travail se tiennent pelotonnés, exposés au soleil, 
devant leurs maisons, car il souffle un vent violent du nord-ouest et l'on 
éprouve une vive sensation de froid. 

A 9 heures, nous passons du bassin sur un plateau nommé Maiti où 
e trouvent des graminées sauvages, des cultures et des habiiaiions. Le sol 
Ft formé d'un humus noir mélangé de petits cailloux. 

II heures, route est; le pays prend un aspect d'herbage alpestre, 
plateau gazonné à grandes ondulations, ballons gazonnés disséminés à 
^uche et à droite, avec quelques habitaiions sur les sommets. Des cultiva- 
teurs sont occupés, dans les guéreis, !x brûler des herbes et de la terre; c'est 
h peu prés le seul engrais connu en Ethiopie, mais il est universellement 
Vcmployé. Les Gouragués sont, je crois, les seuls Ethiopiens qui emploient 
Pe fumier dans leurs cultures. 

A 1 1 h. 3f, nous arrivons <t la Kéranse, rivière qui coule de droite h 
{Buche sur un lit de pierres, et large d'une dizaine de mètres. Nous la tra- 
versons Cl nous nous arrêtons à côté, dans un petit vallon, pour déjeuner, 
A midi 35', départ. Nous reprenons notre route à Fesi-est-sud , par un 
ijâUteau gazonné, à grandes ondulations, où se rencontrent des affleurements 
ue roches noires; ce plateau se nomme Abéby. 

A I h, 35', nous traversons la rivière Abéby. Elle coule de droite à 
[auche sur pierres, dans un lit de vingt mètres de largeur. 

A 2 heures, nous tournons au sud et à 2 h. 1 5' nous arrivons à Oua- 
Slisso, la ville du Fittorarî Garado, que nous avions quiité le 26 novembre 
■. Nous sommes reçus à bras ouverts, et après quatre jours de repos 
■tchez ces hospitaliers et chers amis, je reprenais la route d'Ankobér, où j'ar- 
frivais le 3i janvier, à deux heures après midi. 



NOTES SUR LES OROMONS 



Origine. — Les Oromons sont indo-européens, famille semiiique, 
rameau Ethiopien, groupe dit hamiiique. D'après leurs iraditions, ils des- 
cendeni d'Orotno (voir ci-après Notes sur les Gallas de Galane). 

On rencontre aujourd'hui des populations de race oromon, plus ou 
moins métissées, sur les bords de la mer Rouge et de l'Océan Indien, et, 
dans l'intérieur, jusqu'aux grands lacs. 

Chiffire de la population. — Je ne hasarde aucun chiffre sur le nombre 
des Oromons; je me borne à constater que, chez ces populations, les la- 
milles sont nombreuses et les cas de longévité '90, 100, 1 10 ans) fréquents. 

Je ne vois pas sur quelle base on pourrait actuellement établir un 
chiffre, même approximatif, de cette population. En pays Oromon, on ne 
compte rien; les chefs ignorent le nombre de leurs soldats et les pasteurs 
celui des léics de bétail de leurs troupeaux. Cette population ne vît point 
concentrée dans des villes ou des villages, mais chacun construit sa maison 
au milieu du fond c|u'il cultive et cela souvent dans l'intérieur d'une foréi. 

Caractères ethniques. — Ce qui frappe tout d'abord le voyageur qui 
se trouve au milieu de peuples Oromons, même non mélisses, ce qui est 
rare, c'est la diversité des types, qui proviennent aussi bien de la dissem- 
blance des traits du visage que de la siature ou des nuances de la peau. Je 
vais néanmoins m"efforccr de faire ressortir un type Oromon en examinant 
tour à tour les divers caractères ethniques de ces populations. 

Caractère anatomique. — Je n'ai fait aucune mensuration d'Oromon, 
mais, le 24 décembre 1883, traversant un lieu entre Kaffa et Guerra, où, il 
y avait deux ans environ, les Oromons de Djema avaient livré bataille à ceux 
de Guerra, j'ai, malgré les protestations des gens qui m'accompagnaient 
ramassé deux crânes; ils sont déposés au Muséum et peuvent set 
partie à combler celte lacune. 

Caractère physique. — De siature élevée (1 m. 70 à 1 m. 80), élance 
bien proportionné, TOromon est musculeux et a cependant une certaim 
tendance à Tobésité ; le nombre des gras y est assez considérable, presque 
tous les chefs. 



EXPLORtTIOHS ETHIOPTEX>FS I4I 

La peau, comme couleur, varie chez l'Oromon da blancmatdu Maare 
iTH^rebin au noir tronzéde l'Indien; le tissu en csi tin, lisse et sec; elle 
est sans odeurcaractérisiique. Un cenain nombre d'Oromons, surtout des 
femmes, ont le visage et le corps parsemé de rousseurs 'grains de son). 

La couleur des yeux la plus répandue chez lesOromons est le brun de 
toutes nuances: un certain nombre, to pour loo, a les veux bleu fonce; 
jV ai même vu des yeux bleu clair. 

Les cheveux des Oromons sont noîrs et fins. L'usage de se raser la tète 
altère, chez un cenain nombre de musulmans, ce caractère. Les cheveux 
sont longs même chez ceux qui, à la suite d'un mélange de sang noir, les 
ontcrépus', généralemiini bouclés et frisés: certains les ont simplement 
ondes et même lisses, mais toujours fins, souples et soyeux. L'usage de se 
couvrir les cheveux d'un corps gras, graisse ou beurre, est général. Il* sont 
obliquement plantés, se détachent en cinq pointes gracieuses au sommet de 
la t£ie et aux tempes et forment une nappe régulière, laissant le col bien 

dégagé. 

La calvitie chez les hommes est fréquente, précoce et afiTecie générale- 
ment la forme de dénudation médiane. La couleur des cheveux ne s'altère 
que très tard ; on y voit des chevelures grises, argentées, mais pas de blan- 
ches, sauf chez les mulâtres. 

La barbe est noire, frisée, fine et soyeuse, rare, surtout aux favoris; elle 
ne pousse que tard et blanchit très vite. Cependant, un certain nombre 
d'hommes, un vingtième peui-éire, l'ont épaisse, bouclée et même lisse. 

Les villosiiés du corps sont à peu près cequ'elles sontchezla moyenne 
des Européens; du reste, les Oromons s'épileni celles des aisselles, de la 
poitrine ei du pubis. 

Le visage des Oromons est généralement ovale, souvent en forme d'oeuf, 
le gros bout tourné en haut : il est bombé, droit (type orthognate], les traits 
en sont réguliers et symétriques, les contours arrondis. 

Le front est large et ample, droit, précocement ridé. 

L'occiput développe. 

Les arcades sourcillières un peu proéminentes. 

L«s sourcils arqués, bien dessinés, peu séparés vers la racine du nez. 

Disposition des yeux : généralement la forme dite en amande. 

Les cils très longs et très fournis. 

Le regard expressif, vif, animé, passionné. 

Les pommettes des joues peu saillantes. 



KipUMunm» antoPiexTm 



Le nez. J'en ai coniaié de toaics tes fanncs. Les pfau réptodocs so 
r«qailm. le bosqué en bec d'aigle et affilé en lame de awteaa; an ccit 
oixnbrc l'a retroussé; cette dernién: (bmie se rencoaire sanoat chez les 
femmes. L'échaacmre do nez est bien iiian]u&. les nariocs sont ovales, 
parallékS; ouvencs. les ailes en sont ânes et nés mobiles. 

ta bouche un peu grande. 

Les lèvres bien colorées, assez épaisses pour être sensoeJles, mû ml- 
Icmcnt lippues. 

Les dents sont gthKialcciieat plantées vertîkalemcni : chez un cerain 
nombre cependant, de un dixième à an septième, celles de la mirhotfe so- 
pérïeurc sedirîgcat en aram. Elles sont régaltéres, larges, espacées, vtaom- 
vcnes d'an émail très blanc ei peu safenes i la carie. 

Le n^enion est arrondi et régulièrement développé. 

Les oreilles petites, gracieuses de forme, détachées de la lèiesansen 
être écarta: Fusage de se les percer esl général chez les deui sexes; mais 
comme ils c'y suspendent .^ue des objets légers, les lobes n'en sont ponit 
déformés. 

Le cou, de moyenne longueur, est pluiôi mince t]ue gros. 

Les épaules larges eibîen borizontales. 

La poitrine large, bombée. Les femmes ont la gor^ belle, oméede 
seins hémisphériques et fermes. 

Les bras ronds et musculeux, marifués chez les femmes d'une fosaene 
au coude. 

Les mains éiroiEcs, allongées, rattachées aux bras par des poignets fins 
et délicats ; les doigts minces, elGlés en fuseaux; les ongles o%-ales et bombés. 

La taille saufchez les obèses, bien entendu) élancée, âne. légèrement 
cambrée. 

L'abdomen, les organes génitaux externes, les régions fessières ne pré- 
sentent aucune dltTérence avec ceux de la moyenne des Européens. 

Les ïambes sont droites. la cuisse forte et ronde, le mollet biendesiaé. 
musculeui , mais un peu haut. 

Les pieds moyens, petits même, cambrés pour des gens marchant R 
rourt nu-pieds; les chevilles lînes; le talon ne fait pas saillie en arrièTe; les ^ 
d<Hgts en sont réguliers, roneil détaché et dépassant tes autres doigts. 



Caractères physiologiques. — Le tempérament dit ncn-oso-sanguïn est 
celai de la grande majorité des Oromons, hommes ei femmes. 



F,1PL0RATI0>S ÉTHIOFIESNES 24? 

Le sang Jes Oromons, autant que j'ai pu le constater, est de couleur 
rouge foncé, épais, se coagulant très vite et formant sur le linge des taches 
franchement rouges ei sans auréole séreuse. 

La respiraiion. J'ai fréquemment vu des Oromons courir pendant une 
heure et plus, même à la montée, et ne pas éire essoufflés. 

Li force musculaire des Oromons doit être faible : tous leurs ouiils ei 
armes sont très légers. 

La SL-nsibiliié générale est très développée^ la force de résistance chez 
rOromon est très considérable; très impressionnable au froid, au chaud, à 
la faim, il est cependant capable de les surmonter, 

La voii de l'Oromon est bien timbrée (barytonj ; les chefs, en se la 
fondant, émettent de sons de basses- chantantes. 

La vue est moyenne chez ce peuple. Le nombre des myopes est relati- 
vement élevé, 1 pour 190 au moins. Les Oromons, comme la plupart des 
Ethiopiens ■, bien qu'ayant des noms pour les principales couleurs, n'en 
distinguent bien nettement en réalité que trois : gourraca (le noir], avec 
lequel ils confondent le vert, le bleu, l'indigo: hadi (le blanc), avec lequel 
ils confondent le jaune ; dama (le rouge), avec lequel ils confondent le vio- 
let, l'orange. 

L'odorat doit être en partie oblitéré chez des populations se servant 
comme pommade et cosmétique de beurre et dégraisse; ils recherchent 
cependant certains parfums, icU que le myrihe, le musc, le girofle. 

Le goût est développé. Je les ai vus dégustant de l'hydromel, en discu- 
ter en gourmets le bouquet, reconnaître les plantes dont se nourrissent les 
abeilles qui en avaient fourni le miel. 

La gestation chez la femme Oromon présente la particularité d'un très 
faible développement de l'abdomen. Au premier abord, on est frappe, en 
pavs Oromon, du nombre des enfants d'une part ei de l'absence de femmes 
grosses d'autre pan, car ce n'est qu'en examinant attentivement qu'on re- 
connaît celles qui sont enceintes. 



' Celte difficulté de se rendre compte lie ia valeur J;s couleurs fut, il y a quelqu: 
temps, l'occasion d'un quiproquo comique entre le roï Vïclor-EromanuEl d'Italie et le roî 
Ménélik du Choa. Ce dernier avait envoyé en Ilalîe un agent du nom d'Abbi Mikael qui, 
confondant la couleur isabelle avec ta couleur verte, déclam au roi galant homme que, 
dans son pays, on avait des chevaux verts. Victor-Emmanuel demanda au roi du Choa de» 
chevaux ver», ce qui surprit le roiMéné1ik,qui eut l'explication du fait k U rentrée de son 
ageni. 



244 



[i'LOBiTIONS liTHlOPIENNES 



L'allaiiumeni est prolongé. Des bambins de deux à quatre ans coureot 
après leurs mères, criant et pleuram pour prendre le sein. 

Les menstruations paraîtraient, autant <^ae j'ai pu le savoir, chez les 
filles Oromons, de treize à quinze ans. 

La puberié, chez les garçons, de quatorze à seize ans. La barbe n'appa- 
raît que plus tard, et ce n'est que vers les vingt-cinq ans qu'on l'aperçoii. 

Le terme de la croissance. Je n'ai ni observations ni renseignements à 
ce suiet. 

La ménopause est tardive et je n'ai point constaté, chez les hommes, de 
cas de décrépitude. 

La longévité est remarquable. Aussi, chez les Oromons comme chez 
les Touareg et tous les peuples macrobiques, les droits politiques ne sont- 
ils accordés que dans un âge avancé. 

Caractères pathologiques. — Je n'ai vu, chez les Oromons, ni goitres 
ni écroueiles, ni aucun indice de ce que l'on appelle vulgairement les hu- 
meurs froides, 

L'albinisme total y est inconnu, mats une dépigmentation de la peau 
en forme de plaques blanches et se présentant sur toutes les parties du corps 
y est commune; n'est-ce point là un albinisme partiel ? 

L'éléphantîasi» existe chez les Oromons, mais les cas en sont peu nom - 
breus. 

La lèpre, si commune chez les Amaras, est inconnue chez les Oro- 
mons; ces derniers ont très peu d'affections syphilitiques; elles sont au 
contraire très répandues chez les Amaras. Y a-i-il entre ces faits une simple 
coïncidence ou une certaine corrélation? 

Les affections cutanées sont très rares chez les Oromons; l'usage de 
se oindre la peau avec un corps gras, graisse ou beurre, les prévient peut- 
être ? 

Les ophtalmies sont très rares; je n'y ai vu que peu d'aveugles et l'on 
ne connaîtrait chez les Oromons, m'a-t-on dit, ni aveugles-nés ni sourds- 
muets. 

Je n'ai vu, chez les Oromons, ni idiots ni aliénés, mais une dizaine de 
bossus. 

La phihisie est, je croîs, inconnue. 

La variole et le typhus se présentent sous forme épidémique; chez les 
Oromons, un quart au moins de la population adulte est marquée de la 
petite vérole. 



EXPLO BATIONS ^HIOPIENNES 



345 



LYpilepsie ei l'hysiérie seraieni communes chez les Ommons, s'il faui 
classer parmi ces maladies, comme je le crois, toutes les affections qui 
passent, en pays Oromon, pour des possessions d'esprit ou qui sont attri- 
buées à des sons jetés par les sorciers. 

Les Oromons, mangeani le broundo (viande crue), ont presque tous le 
ténia; ce ver les ui>tigeà se purger touies les deux lunes, mais ne paraît pas 
les incommoder autrement. 

Caractères physîonomiques. — La manière de se vêtir, de se loger, de 
se nourrir, les accessoires que l'on porte avec soi, la façon de se coiffer, de 
porter la barbe, aussi bien que les gestes et les expressions du visage, con- 
tribuent k donner à une nation ou à un individu sa physionomie propre, 
son cachet. (L'Espagnol et son manteau, l'Arabe et sa tente, le Chinois et 
l'évemall, l'Indien ei le riz.) C'est pour cela que je réunis ici des remar- 
ques qui, au premier abord, peuvent paraître disparates. 

Cheveux. — Les Oromons des deux sexes se coupent les cheveux 
carrément au-dessus du front et par derrière a la hauteur de la nuque, ca- 
chant presque complètement les oreilles ci laissant le col bien dégage. C'est 
la coiffure nationale. Quelques hommes portent les cheveux rejeiés en ar- 
rière et découvrant le front; d'autres se les tressent, comme les Amaras ; 
enfin, quelques musulmans se les rasent. Dans les royaumes musulmans, 
les femmes ont les coiffures excentriques décrites plus haut. On rase les 
cheveux aux enfants, sauf, au sommet de la léte, quelques mèches que l'on 
tresse et dans lesquelles on mêle des coquillages ou des grains de verroterie. 

Barbe. — Presque tous les vieillards au-dessus Je soixante ans se rasent 
la barbe ou la coupent ras avec des ciseaux ; quelques-uns seulement ont une 
royale plus ou moins longue ou large; les hommes moins âgés, de soixante 
à quaranie-cinq ans, se laissent généralement un collier de barbe; enfin, 
ceux qui sont plus jeunes portent toute leur barbe ; c'est la nouvelle mode. 

Ongles. — Les Oromons se les coupent courts, mais non ras, comme 
les Amaras; les Motti et quelques chefs petits- mai 1res se laissent pousser 
les ongles des petits doigts. 

Vêtements. — Les Oromons, les hommes seulement, portent des cha- 
peaux en paille tressée ou des bonnets coniques en poil de chèvre ', 

]'aj diça%é au Musée d'ethnographie du Trocad^ro une collection à peu prêt com- 
[dète de vèlemeniB, armes, harnais, outils, etc., eic, dei Oromons, ainsi i^ue des Sidatnn 
u KalTa, des Amaras du Choa, des Dunltiili d'Obock, 




24'' FXPLOKATIOVS r^.THIOPÉ^■N^ES 

Le vÈiemem national des deux sexes chez les Orumons est en peaux Je 
boeuf mégissées, préparées avec du beurre ei irès souples. Ce vêtement con- 

Pour les hommes, en un court jupon, retenu à la ceinture par le cein- 
turon du poignard, et en un manteau jeté sur l'épaule gauche. A la guerre, 
ils portent comme manteau une peau de léopard, de lion ou de panthère 

Les femmes se vèteni aussi avec des peaux de bœuf mégissées. Elles ont 
d'abord un long jupon plus ou moins orné de broderies, retenu à la taille 
par des lacs de perles, et dont un pan, rejeté en arrière, peut se relever sur 
les épaules. Elles ont aussi des camisoles à manches courtes et des pèlerines 
en peaux. 

Filles ou gansons, les jeunes enfants, lorsqu'ils ne vont pas nus, ce qui 
est le plus habituel, ont de longues soulanelles en peaux. 

Dans les royaumes musulmans, l'usage des vêtements en toile de co- 
ton est assez répandu chez les hommes riches. Les femmes, sauf les reines, 
sont partout vêtues de peaux. 

L'usage de se chausser est inconnu des Oromons. Tous, sans exception, 
vont nu-pieds. Quelques chefs musulmans f>orieni, dans leurs maisons, des 
sandales formées d'une épaisse semelle de bois. 

Armes. — Un bouclier rond, très bombé, ayant la forme d'un sein; 
une longue lance dont ils se servent d'esioc et de taille ; une javeline, un 
couteau recourbe porté sur la hanche gauche : telles sont les armes des 
Oromons. 

Un Oromon a toujours à la main sa lance ou un bâton de même lon- 
gueur ; en marche ou à cheval il le lient de la main droite ; mais lorsqu'il 
cause debout il sV appuie en l'enlaçant du bras gauche; alors il gesticule 
de la main droite, qui est armée d'un fouet dont les claquements servent à 
ponctuer son discours. 

Le cheval fait partie de l'armement des Oromons; ils en ont de très 
beaux et sont dans l'habitude de leur briller l'œil droit pour qu'ils ne s'ef- 
farouchent pas au maniement de la lance. Le harnais de leurs chevaux est 
élégant, bien compris et consiste : en une selle très légère, composée d'un 
arçon en bois, formé de deux semelles, un pommeau et un troussequin, le 
tout cousu avec des lanières de peau de bœuf ei recouvert de par- 
chemin; une peau de mouton garnie de sa laine sert de coussinet et em- 
pêche la selle de blesser le cheval. Cette selle est fixée sur le dos du cheval 



17L0RAT10NS ^hlllOPIENKE5 



au moytn d'une sangle, d'un poiiraîl et d'une croupière, le loui en cuir 
iressÉ ; les quartiers de la selle soni remplacés par une peau en basane 
rouge ou une peau de mouion avec sa laine. Les éiriers sont de simples 
anneaux dans lesquels on passe l'oneil. iC'esi rétrier byzantin, seul en 
usage en Ethiopie ; c'est aussi celui dont se ser\ent les Touaregs du Sahara.) 
Le cheval a un licol â muserole ei une bride sans sous-gorge qui soutient un 
mors semblable à celui des Arabes; les réncs sont en cuir tressé et raide, 
elles décrivent un demi-cercle autour du col du cheval et se terminent par 
une ganse formée d'une seule courroie dans laquelle le cavalier passe le 
doigt médium de la main gauche. 

L'Oromon a les éiriers très longs et monte à cheval droit sur sa selle, 
ainsi qu'on le faisait dans l'ancienne école française: il ignore l'usage de 
l'éperon et se sert, pour exciter sa monture, du talon et d'un fouet dont le 
manche en bois, ivoire, fer, peau d'hippopotame, est garni aux deui bouts 
de mèches en cuir de bœuf ; tous les chevaux ont au col, ce qui contribue à 
leseitcîter. une sonnette attachée à une chaînette en fer, cuivre, argent ou or, 
plus des testicules de bouc ou de bilîer destinés i les préserver du mauvais 
reil Ils ont aussi des colliers en peau d'hippopotame, garnis de crinières 
d'ânes sauvages et faisant une sorte d'auréole autour de la léie du cheval. 
L'allure habituelle ducavalieroromon est le petit galop. Les Oromons 
ne restent en selle que sur les terrains plans ei descendent dés qu'ils de- 
viennent accidentés. Pour monter ei descendre de cheval, ce qu'ils font en 
fauconniers, du pied droit, à cause du bouclier qu'ils portent passé au bras 
gauche, lie s'aident de la lance ou du bâton, ainsi que l'indique Xénophon. 
Les chefs réservent leurs chevaux pour la guerre et le tournoi et ont. comme 
lesauires Ethiopiens, des mules pour le voyage ei la promenade. 

Insignes. — Ils doivent être divisés en deu.K classes : ceux que l'on 
I porte soi-même et ceux que l'on fait porter par les mulets ou chevaux. 

Les premiers consistent en un ou trois anneaux que Ton porte à la 

' première phalange du petit doigt de la main droite, et qui indiquent, par 

leur métal, le rang des personnes. Les métaux employés sont le fer. le 

I cuivre, l'éiain, l'argent, l'or; ce dernier est réservé aux souverains ; et en 

I boucles d'oreilles qui sont, soit de simples anneaux, soit des pendeloques, 

[ dont le métal indique également le rang de la personne qui les porte. Les 

ont de plus, comme insignes, de un â trois anneaux d'or au 

poignet droit et un parasol garni d'éiolTe de coton ou de soie blanche ou 

' louge. 




EXPLORATIONS éTHIOPIKHKES 



349 



il y a un réduit Jans lequel se trouve le foyer, composé de trois pierres. 
Comme chez les anciens Romains, le foyer est l'objet d'un culte particulier. 
Les autres compartiments servent à abriter les bêies et les gens. 

De petites huttes de forme ronde, de 1 m. 5o à 2 m. de diamètre et de 
môme hauteur, moins le loît, en poterie grossière, élevées au-dessus du sol 
et recouvertes d'un loit mobile en chaume, servent de greniers pour les 
grains. Elles sont rangées en demi-cercle autour des maisons et le tout est 
entouré, suivant le pays, de haies ou de murs. 

Les Oromons n'ont point de lieux d'aisances, mais ils font ou ils font 
faire des trous dans lesquels ils enfouissent les excréments. 

Ameublement. — Outre les armes et les harnais des chevaux qui, Sus- 
pendus aux murs, servent à les décorer, les Oromons ont de véritables 
meubles : des lits dont les bois sont plus ou moins artistement travaillés, 
des escabeaux, des chaises, des fauteuils, des tables, le tout d'une seule pièce 
et sculpté dans du bois dur. 

Nourriture. — Elle consiste principalement en laitage, viande de bceuf 
crue ou grillée; grains grillés ou bouillis; galettes trempées dans des sauces 
à la moutarde ou fortement pimentées. 

Boissons. — Les Oromons connaissent trois sortesde boissons fermen- 
tées: la bière, l'hydromel et l'eau-de-vie de grain. 

Gestes. — Attitude. — Comme toutes les races où le sang et les nerfs 
dominent, l'Oromon accompagne ses discours de gestes destinés à mimer les 
sentiments exprimés par ses paroles, son visage a une telle expression et il 
sait si bien coordonner tous ses gestes, que l'on prend un véritable plaisir 
à l'écouter parler, même lorsque l'on ne comprend point sa langue. 

Les chefs, pour ne point trahir leurs impressions, parlent immobiles et 
la toge relevée jusqu'aux yeux. 

Ils se tiennent généralement assis sur des sièges élevés. La hauteur du 
siège et l'ampleur du vêtement indiquent chez eux sûrement le rang du 
personnage. 

Lorsqu'ils mangent, ils placent leurs mets sur des tables rondes. Ils 
aiment les longs repas où les coupes circulent et où les chants résonnent. 
Ils aiment à conter et à écouler des nouvelles. 



Caractères intellectuels. — La langue d'un peuple est le plus fidèle 
miroir de l'intelligence commune et le premier des caractères intellectuels 
d'une population. Il est à remarquer que lorsqu'une tangue étrangère est 



asrrrme ou ^ 

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EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 2S1 

Une particularité de la langue oromon est d*avoirdes verbes exprimant 
une phrase complète : 

Càa, il traverse un fleuve. 
Tiksa, il garde les troupeaux. 

Cette langue a des mots particuliers pour exprimer des idées abstraites 

de : 

Ouaka, Dieu ; Ouakouma, divinité. 

Nama, homme; Namouma, humanité. 

L'idée de possession est, en Oromon, tantôt exprimée par une péri- 
phrase : 

Kan koti, il est mien. 

Gara isati, avec lui, il lui appartient. 

tantôt par un affixe : 

Farda^ cheval. 

Farda kegna, notre che\'al. 

Les Oromons ont un pronom démonstratif pour le présent et un affixe 
démonstratif pour le passé : 

Kouni garida, cela est bon. 
Djarsisoumi tou godé, ce vieillard fit cela. 

Les genres s'expriment au moyen d'articles affixes : 

Garbi, domestique ; garbica, le domestique ; garbitti^ la domestique. 

Les nombres s'expriment sans aucun changement radical : 

Un cheval : toko farda. 
Cent chevaux : dibba farda. 

La phrase oromon a une construction simple et logique : le nom ou le 
suje^ Tadjectif ou le régime, le verbe est toujours rejeté à la fin. 

Nama gari doué, homme bon est mort. 

Les remarques ci-dessus sur les Oromons sont complétées par la Note 
sur les Gallas de Galane ci-après : 



NOTES SUR LES CALLAS DE GALANE 



Poaniaoî enfloTCr >d k moi Gallx »a lîeu de celtù (TOroaioa, qnî 
soanc iTtc une bonne grioe sôendâqae note fankalière? c'est que o 
■ppclUtkM oe sumit cooT m ir atu popolstioas de Galane, dont 3 Ti tee;! 
parle îd; ce sooi uos des GiUas. pmiû l eaind» m Doore 
nombre d'Onmoas. Le pKaio- de ces bobs est dooiié. en Ethiopie, àl 
toutes les poputaboos qui oai c o nie r^ â le aùm nanudine, et, le s 
csi réserr« â un peti|4e pankalicr. 

Je rais id doruacr qadqocs dtesb sbt la Gallas de G»l«ie. kIs que 
i ai [>u les comuiiTE, apiês svoir clé diai^ en qualité de Malkagoat. dU- 
ministfer ceux d'Arebsa, 

' Tkamtidns. — Le premier homme em trou fib; rVia, lUiif. ^ I 



e des Musotmans; l'a 



e des Chrétiais ; le ncêàiae est ■ 



En dereouit vieux, le premier booime perdit la vue ei il «oolot doM<tV 

Qcf sa bénédktioa à son fils aîné: ce dcraicr éaôt ea roya gc . a le p£n i 



chrêticas. préTtnu par sa mère, cherdia par r 
patexncUe : le père des musulmans était oonren de poib, le père des c 
tiens était ^brc; ansà, avant de se préseoicr à son pire, se counii-tl I 
mains, les t»as et la poitrine de peaux de chemanx. Lorsqa'ïl fat près d 



— Qui cs-tn? 

— Votre âls aîné. 

— Appn3cfae-toi ! 

Le pêrc des chrétiens s'approdu et fiai palpé par le père des h 
•{ai dit : • rcntcnds nma âls et te oe le reconnais potat, fc le m 
lcT«ooatkus. > 

Alors, le père des hommes donna au fia des chrétiens la t 
paiemelle, k laquelle était «nacbée la puissance et la proq<éritë. 

Le lendemain, le père 



des musulmans rentra; il ftii 



KM P4«. I 



KXPLORAtlONS ETHIOPIEN» ES 



253 



qui, ayant découvert la ruse tie son fils cadet, l'envoya chercher; mais ce 
dernier s'était enfui en apprenant l'arrivée de son frère, dont il redoutait le 
courroux; le premier homme dii alors au père des musulmans : « Va cher- 
cher ton frère, mais ne le poursuis que jusqu'à la rivière; si tu l'atteins 
avant qu'il ait passé la rivière, ramène-le, sinon, laisse-le. » Le père des 
musulmans arriva à la rivière au moment où le père des chrétiens venait 
de la traverser: >1 s'arrêta, fatigué et affamé, et demanda en criant à son 
frère s'il n'avait rien à lui donner à manger? Le père des chrétiens avait du 
pain et de la viande dans sa ceinture; il en jeta à son frère; le père des 
musulmans prit le pain et rejeta la viande, disant : « }e mange le pain et 
non la viande de mon frère »; c'est pour cela que les musulmans et les 
chrétiens ne mangent point les mêmes viandes: nous autres, nous pouvons 
manger la viande des chrétiens et des musulmans; notre père n'a rien dit. 

Avant de mourir, le premier homme appela ses trois fils et prophétisa 
sur eux. 

Au père des musulmans il dit : 

» Tu devais avoir le pouvoir, mais ton frère a été béni pour toi ; tu 
seras riche, bien vêtu, tu auras des navires et des chameaux, tu vendras et 
achèteras. " 

Au père des chrétiens il dit : 

" Tu régneras, lu auras des fusils, de beaux habits, tu feras la guerre. » 

A notre père il dit : 

« Garde tes troupeaux et sois libre, » 

2° Origine. — Notre père est Oromo et notre mère Ada, disent les 
f Oromons ; voici la généalogie d'Oromo la plus accréditée en Ethiopie : 

Abraham engendra Isaac; Isaac, Esaûj qui eut d'une de ses femmes, 
j nommé Ada, entre autres enfants, un fils appelé Alifouse, qui fui père 
Ld^Omar, et Omar d'Orma, dit Oromo, de qui descendent tous les Oro- 
I mons. 

3" Histoire, — L'année même de l'hégire, les Oromons quittèrent 
I Goalaade et vinrent se fixer au Zunguebar, d'où ils pénétrèrent dans l'inté- 
I rieur du continent et fondèrent, sous un chef nommé Lao, l'Etat de Oual- 
I labo. Lao eut trois fils : Miécha, Toloma, Harayou. 

Les Oromons apprirent par des esclaves de leur nation la défaite de 
Ij'empereur d'Ethiopie, Alexandre, par le Çomali Mohammed-Gragne, de 









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EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 



355 



6" Ouatta, mendiants et chasseurs d'hippopotames et autres amphi- 
bies, dont ils mangent la chair; en temps de guerre ils resieni neutres ei 
sont inviolables. 

De même qu'en Europe les Gittanos, Gittanes, Bohémiens, les Ouaita, 
en Amarigna Ouiito, sont répandus dans toute l'Elhiopie, formant partout 
une caste à pan, redoutée et méprisée ; 

7" Kallou, sorciers très redoutés; 

8" Toumtou, forgerons et autres ouvriers qui font du bruit en travail- 
lant; caste mépr sée; 

9" Faki, corroyeurs et potiers, easie encore plus méprisée que celle des 
Toumtou. 

Quel que soit la caste à laquelle ils appartiennent, les Gallas passent 
successivement pur six rangs ; à chacun de ces rangs sont attachés des privi- 
lèges, des droits, des devoirs particuliers; ces rangs, dans chacun desquels 
il faut passer huit années avant de pouvoir être admis dans les rang supé- 
rieurs, ont les noms de : 

i" Déballé, destiné à représenter la première période de vie; ce rang n'a 
ni droit ni devoir; 

2" Foullé, ce rang figuratif de l'adolescence n'impose aucun devoir et 
ne donne droit qu'à une indulgence souvent exagérée pour les fautes corn* 
mises par ses membres; 

3" Kondalla, premier rang auquel soit accordé quelques droits civils, 
car en certaines circonstances les Kondallas sont appelés à suppléer les 
membres du rang suiv 

4" Guedôma, les membres de ce rang ont le droit de gouverner leur 
, maison particulière ei sont chargés de faire exécuter les lois et jugements; 

5° Loubd, n'ont que les droits du quatrième rang; seulement, au bout 
de quatre ans, les Loubassont circoncis et initiés a'ux fonctions sacerdotales; 

6" Youba. Le Youba est le chef de toute sa famille; il en est également 
le pontife; après huit années, le Youba cesse toute fonction active, fait 
partie du conseil des vieillards, dans lequel se recrutent les juges, et qui di- 
rige la nation ; les fils des Youba qui ont été huit ans dans ce rang, entrent, 
quel que soit leur âge, dans celui de Déballé. 

Tous les huit ans, à époque fixe, ont lieu, chez les Gallas, des assem- 
blées générales de la nation ; ces assemblées et le lieu où elles se tiennent, 
vaste plaine avec quelques bouquets d'arbres, portent le nom dcTchaffé; 
|>i«Iles durent toute une semaine; toutes les castes, à l'exception de celle de 




i5C> 



EtHXlItAriOKS £THIOfCe*<NrS 



Kallou, qui a des sabbats secrets, etcelle des DjiUa, qui, aux mêmes ^poi|iies, 
mais en paniculier, lieni sa réunion, Bokattd {repos), assisieni au 
Tchaffc. 

Le jour de l'ouverture du Tchaffé, le grand Ayou se rend au lieu des 
séances, au milieu des membres de la nation ayant rang de Kondella, 
Guedomà, Loub, \ouba, des vieillards, >:hacun occupant la place qui lui 
appartient suivant son rang et sa caste, les membres de la caste Yabatha se 
distinguant des autres en ce qu'ils sont assis sur des pierres au lieu de l'être 
à plaie terre. 

Une fois la réunion formée et tout le monde assis, le grand Ayou prend 
trois pierres plates, les place Tune sur l'autre et dit en s'y asseyant : 

Voilà la loi; et après une pause : Gardez-vous; il se lève ensuite et 
renverse les pierres en disant : Il n'y a plus de loi, ei vase placer parmi les 
membres de sa caste, appartenant aui vieillards, dont il fait partie doréni- 



Le grand Ayou dit, avant de renverer les pierres : Gardez-vous, car, 
d'après la loi Oromon, un crime commis pendant que les pierres restent 
renversées n'est point punissable, et ce moment est souvent choisi pour 
accomplir impunément les vengeances personnelles. 

A ce moment, l'ainé de la familleainéedcs Ayous, qui ptend le rang de 
Youba, s'avance, et, remettant les pierres, dit en s'y asseyant : 

Je replace la loi. 

La première séance du Tchafie est ainsi terminée; chaque Galla non 
Youba montant d'un rang, on se livre aux réjouissances. 

Les Déballé, quel que soit leur âge, sautent, dansent et chantent comme 
des petits enfants. 

Les FouUé, ridiculement accoutrés de peaux de singes, la léie et la fi- 
gure barbouillées de terre, se livrent à toutes sortes de folies ; on ne peut, 
d'après la loi, pendant les huit jours que durent le Tchaffé, punir un Foullé 
ni porter plainte contre lui, qu'il s'agisse mâme de crimes comme le vol ou 
le viol. 

C'est le même jour que les Gucdôma prennent le fouet de justice, em- 
blème de leur fonction. 

La deuxième séance du Tchaffé est remplie par la déclaration suivante 
du grand Ayou : 

On doit adorer Ouaka, honorer le ciel et la terre, son père et sa 
mère, le Kalalcheu, le Bouckou, le Tchackon, les montagnes, le lit des 



EXPLORATIONS f",TH(OPlE\NES 25j' 

torrents, les bosquets, le Boreiiticha, l'Althetheu et les sources, les Ayand 
et les Djari. 

Après avoir enlendu cette déclaraiîon, chaque ramille se réunii en par- 
ticulier, et, entourant ses pontifes, se livre à des cérémonies religieuses, 
consistant en sacrifices et libations offerts à Ouaka (Dieu}, Borcniicha 
(démon), Aiihetheu (génie de la terre|, Ayanâ (bon génie], Djari (mauvais 
génie). 

Avec la graisse et le sang des victimes offertes à Ouaka, les Youbâs 
oflicianis font une sorte d'ongueni, et ceux qui ont assisié au sacrifice, c'esi- 
à-dire les Kondalla, Guedôma, Loma, Youba et vieillards, se tracent avec 
cet onguent un demi-cercle sur le front entre les deux sourcils; de plus, 
ceux qui ont au moins le titre de Guedôma se mènent dans les cheveux, au 
sommet de la tête, un bouquet d'herbe verte; cette cérémonie, nommée Gé- 
dama, est un signe de joie et de paix; on la renouvelle après chaque sacri- 
fice, lorsqu'on se réconcilie avec un ennemi pour un événement heureux, 

A la troisième séance du Tchaffé, le grand Ayou dit : 

Chacun est maître dans son enclos. 

Après cette déclaration, les vieillards font les réconciliations entre gens 
fâchés et règlent les affaires d'intérêts pendantes dans les familles. 

A la quatrième séance du Tchaffé le grand Ayou dit : 

On doit le prix du sang au serpent et au chat ' . 

Pour le meurtre d'un Ayou, il faut cent bœufs, un cheval, un esclave. 

Pour le meurtre d'un Ildimô, il faut cent bœufs. 

Pour le meurtre d'un Yabatah, il faut cent bœufs. 

Pour le meurtre d'un Mallimah, il faut quatre-vingt bœufs. 

Pour le meurtre d'un Djillab. il faut quatre-vingt bœufs. 

Pour le meurtre d'un Ouatta, il faut soixante-dix bœufs. 

Pour le meurtre d'un Kallou, il faut cent bœufs. 

Pout le meurtre d'un Toumtou, il faut soixante bœufs. 

Pour le meurtre d'un Faki, il faut soixante bœufs. 

Pour le meurtre d'une femme ou d'un esclave, il faut cinquante bœufs. 



' Aucun desOromons, par moi interrogés, n'a pu donner aucune ciplicationrclative 

tte lîtrange d&laration; est-te un emprunt fait aux croyances de l'ancienne Egypte ; 

I-ila pris comme emblèmes <Je la perfidie et de la trahison^ Figurent'ïls 

is génies qui, d'après let croyances des Oromons, font commeitr 

; Je n'ai pu le savoir jusqu'à présent. 

33 



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xrrtïir m X'lr:î2^ z^*■î3e^. -osi^tsi^ ^ jrrs.biias ji :>£:î ^ -asmsir^ isBos 

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^inwrsc- «ï. ,2^ T*.^ ^c^f&> «u xt\taB& ^ -^ixtUMiruEiiu;. >3l ^ 



EXl'LOnATIOSS ÉTHIOPIENNES 



Ayous seuls ayani le rang de Youba peuvent l'avoir; ils leporteniaucol.et, 
revéïus de cet insigne, ils soni inviolables, même en pays ennemis. 

Borenticha donne le Boukou à ceux qui sont revêtus du pouvoir; le 
Boukou est, suivant les tribus, en fer, cuivre, bois, ivoire, long de i5 à 
3o centimètres; il a la grosseur du bras et la forme d'un priape; tout 
Ayou ayant été grand Ayou ou ayant un ancêtre grand Ayou a un Boukou 
chez lui et rei;oii le nom de Abba Boukou. Le Boukou reste toujours en- 
fermé dans Piniérietir des maisons; on l'invoque, on lui fait des onctions 
de beurre et d'hydromel; on l'orne de grains de métal ei de verre. 

Le Tchaffou a la forme et les dimensions de l'éiole en usage dans les 
cérémonies du culte catholique; il est orné avec des coquillages et des grains 
de verre, gardé par VAbba Bourka Ipére des sources), grand prêtre de l'At- 
iheihcu : les femmes s'en revêtent lorsqu'elles remplissent quelques fonctions 
particulièrement protégées par la déesse, telle que d'aller traiter de la paix, 
chercher les enfants que Ton doit adopter ou la vierge qui doit être légiti- 
mement épousée. 

Voici les principales cérémonies du culte patriarcal des Oromons : 
A Ouaka, on immole, le jour, au sommet des montagnes et sur des 
autels formés de pierres non taillées, des victimes dont on mange ensuite 
la chair, et avec le sang et la graisse desquelles on se fait des marques, , 
principalement sur le front ; il faut être Youba pour pouvoir immoler les 
victimes offertes â Ouaka, à qui l'on adresse aussi des prières et que l'on 
invoque surtout en l'appelant le Père du Ciel bleu. 

A Borenticha, la nuit, auprès des habitations, en dehors de l'enceinte, 
il suffit d'être Gucdôma pour offrir des sacrifices â Borenticha Les vic- 
times sont surtout des boucs, dont on ne mange pas la chair. L'officiant a 
toujours, pendant la cérémonie, une épée nue à la main, parce que le 
diable, dont les attaques sont toujours à redouter, craint les armes blanches; 
telle était aussi l'opinion des adorateurs du diable en Europe au moyen-âge. 
Ce sont surtout des femmes qui rendent le culte de l'Aithetheu ; elles 
font principalement en son honneur le Marka, cérémonie qui consiste à 
faire bouillir, en récitant des prières, de la farine mélangée avec du 
beurre; elles y trempent les verroteries qu'elles portent au col en honneur 
de la déesse; elles mangent ensuite la Marka'. Elles font aussi, en 

> La Marka tu en usage, mfme chez les chrétiens et mutuImanG Ethiopiens. Derniè- 
remeni, on a ressenti les lecousie* d'un tremblement de icrrc à Lît-.MBratia et dans les 
nombre de niaisonB de paysans chrétiens ou mutulmani, on a 



afio 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIBNNES 



l'honneur de l'Aiiheiheu, des libations dans les sources ei au pied des arbres 
consacrés. 

L'abba Bourka. déjà mentionné, et qui est toujours l'un des plus 
grands propriétaires terriens ayant rang de Youba de la nation, sacrifie 
chaque année une génisse blanche à l'AHhetheu ; il mange ensuite, avec les 
prétresses de la déesse, la chair de la victime; c'est le seul sacrifice sanglant 
qui soit offert à TAithetheu. 

Les Oromons rendent honneur aux forces de la nature en conservant, 
au près de leurs habiiaiions, des bosquets sacrés nommés_/ij/inj,- lion laisse 
sans jamais y loucher, pousser en liberté tous les végéiaux, en faisant des 
libations de bière, de laii, d'hydromel, au pied de certains arbres et dans 
les sources, en plaçant sur leurs bords, avant de passer les rivières, de 
l'herbe, et en en baisant l'eaia, qu'ils prennent dans le creux de la main 
avant d'y mettre les pieds. 

En l'honneur des Ayanà [bons génies], les hommes portent autour des 
reins une chaîne en cuir nommée gourda (gardien du corps); ils portent 
également, ainsi que les femmes, des colliers en cuivre en l'honneur des 
Ayanà. 

Pour se préserver des Djari [mauvais génies), et des personnes qui, 
possédées par eux, ont le mauvais œil, on porte surtout aux parties malades 
des coquillages et des grains de verre. Du reste, tout ce que nous appelons 
ornements ou bijoux est, chez lesGallas, décorations, amulettesou remèdes; 
c'est ainsi qu'un anneau de cuivre suspendu au col guérit les affections cu- 
tanées; une bague en écaille de tortue, passée à la deuxième phalange de 
l'index de la main droite, sera un remède réputé infaillible pour les mala- 
ladies des voies urinaires, etc., etc. 

Toutes ces croyances et superstitions sont maintenues intactes chez les 
Gallas par les Djila L-t les Mdilima, dont un certain nombre se rendent 
chaque année en pèlerinage dans le Ouallabô, auprès de VAbba-Moudâ 
(père de l'onctionj, qui les initie à tout, même à la pédérastie. 

Avant son départ, le pèlerin réunit quelques objets en fer travaillé : 
aiguilles, faucilles, couteaux, qu'il doit offrir en cadeau à l'Alba-Mouda; 
il prend comme provision de la farine et du grain; tant que durera son 
voyage, il ne devra se nourrir que de galettes cuites sous la cendre; il quitte 

fait la Marka; plusieurs, dénoncés pour ce Tait, onl été punis par les auiorilés 
du Choa, qui, avec un zÈle louable, s'afforcent de mettre un terme à ces ridicules super- 



ses pantalons, qu'il ne peut plus revêtir et portera sa loge, comme tes 
femmes, nouée à mi-pan à la ceinture et l'autre rejetée sur le dos, les pans 
tombant sur la poitrine; le.voyage dure un an, car, chaque fois qu'ils ren- 
contrent une rivière, les pèlerins doivent coucher et passer la nuit sur la 
rive avant de la traverser; ils ont l'obligation de ne se couchur que sur le 
côté gauche, etc., etc. 

Les pèlerins de Galane, qui se rendent au Ouellabo, traversent d'abord 
le pays nommé Giiagoiirlhoii (riche en or); après une région peuplée par 
des Changalia (nègres), qui ont leurs habitations sur les arbres; ils ont 
ensuite à traverser un désert de trois à quatre jours de marche et arrivent 
au Ouallabô, dont les habitants, de pure race Oromon, sont tous 
pasteurs. 

Ils restent plusieurs mois auprès de TAbbâ-Moudâ, qui leur enseigne 
de vive voix, ainsi que faisaient les druides, tout ce qui a rapport aux ori- 
gines, traditions, législation, cuite des Oromons ; les Oromons appartenant 
aux castes qui ne font point le pèlerinage prétendent que, cette instruction 
terminée, le DjiUah ou Mallimah est saisi ei Jeté par dessus une haïe dans 
un enclos où se trouvent des esclaves changalia, pour ce nourris et entre- 
tenus; et tandis qu'il crie, d'un côté de la haie : OU suis-je? On entre 
dans mon corps ! on me /end, on me déchire ! de l'autre côté TAbba-Mouda 
le bénit, disant : Tu seras rassasié de jours, de prospérité, de grains, de 
troupeaux • 

Avant de quiiterl'Abba-Moudâ, les pèlerins en reçoivent de la myrrhe, 
des grains nommés abaô et un bâton dans lequel est emmanchée la corne 
d'une antilope, de la vache brune, je crois. 

Une fois rentrés chez eux, les pèlerins portent des vêtements de peaux, 
ne se coupent plus les cheveux, gardent les troupeaux, et rei,"oivent l'au- 
mône ; bien qu'en butte, à cause de la cérémonie terminale de leur iniiia- 
lion, à de mordants quolibets de la part de leurs compatriotes, ils n'en 
sont pas moins généralement respectés et surtout redoutés. 

Les pratiques des Kallou sont trop intimement liées aux croyances reli- 
gieuses des Gallas pour ne point trouver place ici. Les Kallou ont. comme 
fonctions publiques, celles de battre le tambour à la guerre elles jours d'as- 
semblée; ils prétendent, par des pratiques mystérieuses, se soumettre les 



I Par une honorable exception pour des peuple* guerriers et pnsieurs, les Oromons 
et autrei Ethiopiens non musulmans. ont en horreur cette cérémonie. 



TZ^rLOÊiâTlOSS^ ir:inD?TEV*T5 



;;>r:3 eu: iinzrcn: jSS msrzjenu. e: p:>uvD:r. i t-m^zi-jl, j. 



c j*s itirt tudutît. cmmaitrc iss choses sezTÉn» e: rridirt revenir. Poor la 
rnerisDr des naïades- ja'iis- imendtaD: -cénsrajaneii* pasadiSu lis^ an: ji 
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do:: se Trouver fient d£ns nr r:>TT*5 a^ss: rr.ahrciiu. £ i«rf r Ever ia TT.nlarii? 
lis prettndeii: aiiss: aroir Je secre: de ph: irres s: rorn^îtri des M'^TA^y^L ^c: 
fouT dccouTTir les vojecrs e! îes diDSis zarbees. 

Les Ororoons àt Gai£De ar-: Ti:zj: des iennnes tr. rr-iRr;!? Amaraj "snii- 
Tes dans ic r«vs. au zncïineii: de îa cnaencie- Iz tradhÎDr oe z^uelz^ues ânss 
cfaredenDCS. lelies que NdèL "Epipharîe. J'Ascensîiiz- fAssriinrÔDii TIih 
i^nnoa de ia Croix eic. eiz.. e: Jes norns de rusirues sLÎr^ : Mrrit. Aro. 
Michel, er. iî* îoe: oe thiis des Ayatiet 

: Chiû*.K:âAn:>v jéJcr.-'-j.. — Les GiJias nri slus la aenaser. 



àa r»r.asc ce . m'r.ar ii r»i. >£ iLzn--je esc ce.£ loz- Trj-is ^i: ii s^nifie r es: 
enci^re rjez • du prescae rier; îls smi: t^nrzrt nafnezrî t^ ce r'es: eue 
depuis ç Démenés f — ^icr^ sjeuJenDei:: cc'ils cr»mrierjce:r: l zzlzrrsr jt stl. 
c±grrrifT: ainsi i se ûi^r^n^r ne cra: je pr:«prKrie ce", jeir er. zjoissii 
îes îecisTîes ezîi»:»r*JeiLS -. 




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j u.— Tiiinir - oiiTï» "ttj nirrask. I us ttivz qui ztss^ r.«nrurr-r.3 .»l jts t^jtsmîf. 

aAii:nrr!it ir: snr Efiânim .zz3s st âmuTTi.' r.'nroositt i.iss& ruer. 3î «s ismn-s s af jsjts 

l'.TiruKr-ii, II-, r'î ri» asrul^rrnrrT Sssait ,3» suas.. 2 i m r jc> :c rrmzzrrTïE» unj fc-i*^ 

:. — I. 1 îalii. k \"«3< isgc'tt pMT. ^t i3 ?nnc2. ht FistciziL pîs jitï 

ù'jf fur fu prrsnomf- mr ïiar-v ^ae mr ^BmTk '. 






lîXPI.OllATIONS IvTHIOPIENKES 



263 



Le mariage, inconiesiablemeni base el pierre angulaire de la famille, 
est fortement organisé chez les Gallas; ils peuvent bien avoir un nombre 
plus ou moins grand de concubines, mais ils ne sauraient avoir qu'une 
seule épouse légitime, qu'ils ne remplacent pas si elle meurt, car les 
Gallas ne peuvent se marier légitimement qu'A une femme, et une seule 
fois. Ils doivent épouser une vierge; chez ces peuples primitifs oti le concu- 
binage est accepté, il est très rare qu'une fille non vierge se présente comme 
telle. Généralement le mariage se fait du consentement des deux familles et 
des deux époux, mais il n'est point requis, le rapt étant admis. 

Lorsque le mariage se fait avec le consentement des deux familles, des 
matrones, dont l'une est revêtue du Tchachou consacré à l'Atthetheu, vont 
chercher l'épouse, que ses compagnes conduisent à la maison conjugale en 
chantant des hymnes de circonstance, qu'elles accompagnent en frappant 
dans les mains; on fait des sacrifices ci autres cérémonies religieuses, des 
aumônes, de grand repas, et le mariage est consacré. 

Si la femme légitime meurt sans laisser de postérité mâle, le mari 
adoptera sur sa femme défunte un jeune garçon, le fils d'un parent généra- 
lement, qui devient son héritier et son fils aîné. Si la femme reste veuve 
sans avoir eu de fils de son mari, elle adoptera sur feu son époux un jeune 
garçon qui devient l'hériiier et le fils aîné du défunt; après cela la femme 
est de droit la concubine du frère ou du plus proche parent de son mari, 
ainsi que cela a lieu chez presque tous les Sémites non chrétiens, el que cela 
se prafiqua chez les Hébreux (Ruth et Booz}. 

La loi Oromonc n'admet pas la recherche de la paternité, lorsqu'il s'agit 
de l'épouse légitime, et tous les enfants qu'elle peut avoir, son mari vivant, 
bien qu'éloignée de lui, sont de droit les enfants légitimes et héritiers de 
répous. Il est bien des cas où le divorce est admis, mais outre qu'ils sont 
très rares, il faut, pour pouvoir seulement le demander devant les juges, le 
consentement unanime des deux familles, non seulement des ascendants et 
collatéraux, mais aussi des neveux. 



(loutei les langues de l'Ethiopie ont un moi, toujours le mèir 
labour TBil à la terre, ou \a prcmîËre blessure faite â un enn 
entraîne le droit de propriété ; ce mol est en amarïgna 
Ifumaté), la conquête, l'achat, l'héritage, ou le don. 

Les légistes éthiopiens disent : les Oromoni i 
n'en sont que les occupantsj ils ne l'ont point 
établis en l'absence des légitimes propriétaires. 



r désigner le premier 
I i un animal, ce qui 



t point propriétaii 



afl^ EÏPtXWATIO^s ÉTHIOPIENNES 

Nsiurdlemeot, le droit d'aînesse est en [Heîae vigueur chez lesCiallas; 
Us aiucheni une très grande imponance à lear tils premier-né; noa seule- 
ment ce 61s hériie de presque tous les biens paternels {il n'y a que les 
enfanis légiiimes qui aient droit à rhéritage, ceux des concubines n'ont que 
ce qu'ils reçoÎTcnt du vtv'^nt de leurs parents, , mais il sont aussi regardés. 
par leurs père ci mère, et aussi par leurs frères et sœurs et autres parents, 
comme paraculièremeni bénis de Dieu. 

7* Mœ(.-bs et CourrMKs. — Un des usages les plus caractâisôqties d 
Eihiopteus en général, et des Orouions en particulier, est de ne pas an 
de nom propre: à leur naissance, tes parents donnent aux enfants le nq 
de la chose qui les préoccupe au momeni de cet événement, ou ce qu'ils dé- 
sirent voir anîrer à leur enfant qu'ils appelterooE argent, lumiért, force, 
compensation, etc.. ex... Une fois dans l'âge viril, les hommes quittent ce 
nom pour prendre cciuî de leur cheval, précédé du mot Abba pèie: tantôt 
le cheval est simplement désigné par le nom de sa couleur, et le propriétaire 
se i>omiDcr3 père du noir, du blaiu, de l'alezan, du gris, etc. ; d'autres ic 
lescheiraux reçoivent un nom qui, surtout chez les chefs, est choisi avec» 
et devient un vériub^ prc^rammc. Ainsi le roi du Choa a donné àsoocbcvalil 
le nom de Justicier, et a pour nom de guerre Père du Justicier, etc.. etc. 

L'empereur Jean a nommé le sien Dévastateur, etc., etc. En pa)-s 
Oromoa, les Eun^éens eui-mémes rei^oivent le nom de leurs chevaux. Le^g 
capitaine Cecchi n'y est, par exemple, connu que sous le nom d'Abi 
Gomrache (Père du Noir). D'après un usage particulier aux Oromoas, i 
nom cberaleresquc se quine lorsqu'on a un fils Intime et on le remplve ' 
par celui du tils Intime premier-nc, précédé aussi du mot Père: les 
s picanem également le nom de leur fib pFemier-oé, précédé alocs 



du D 



« Mère. 



Chez les Oromons, ctnnme chez lous les Semîies, oa c 
femme comme un être inférieur  l'homiiK, et en toutes circoi 
femmes cèdent 1« p«s aux hommes: en iouk, par exemple, les i 
s'antent pour laisser passer les hommes; s'ils n^ageat ensemble, d 
Borcbciit iou|ouTS les dernières; chez les Amaras, au contraire, les f 
précèiient. Ce sont les femmes, en pars Oromoa. qui csecuteni U plapi 
des travaux, même ceux de ta terre, i l'excepdoD des labours; elles ■ 
oMiseni ni se filent; les hommes seuls, en Ethiopie, cousent et lavenll^l 
Unge, tn<imc celui des femmes. 



EXPLOtlATIOVS iTHIOnEVUES 



z65 



Comme vétemeni, les Oromons qui vîveni au milieu des Amaras ont 
adopté leur costume, dont la pièce caractéristique est une loge en coton en 
tout semblable aux toges des anciens Romains; les femmes portent un jupon 
en peau plus ou moins orné de coquillages et de perles ; elles ont en plus 
une sorte de camisole en étoffe de colon à manches courtes. 

Hommes et femmes portent les cheveux demi-longs, qu'ils oignent de 
beurre; les hommes se coiffent, en voyage, de chapeaux en paille tressée 
ayant la forme des ^e'/ases des anciens. Un Galla ne saurait marcher, ni 
même parler, sans avoir une lance q^i un long bâton & la main : s'il esi 
cavalier, il porte en plus un fouet, et soulignera par de petits claquements 
son discours. 

Presque tous les Gallas fument; la pipe oti ils brûlent leur tabac est 
un narguillédont le récipient est une courge-bouteille; le tabac dont ils se 
servent a la forme de tablettes et est fermenté; le liquide qu'ils mettent dans 
le narguillé est de la bière forte, d'autant plus estimée qu'elle est plus an- 
cienne; aussi, chez ceux qui fument beaucoup, se produit-il de véritables 
hallucinations. Quoique l'empereur Jean et le roi Ménélik aieni interdit le 
tabac ' dans leurs Etats, les Gallas n'en continuent pas moins de fumer et 
les Amaras de priser en cachette. 

Avec le tabac, les Oromons usent, comme excitants,d'infusious de café 
et ont, comme boissons fermentées, de l'hydromel et de la bière; ils usent du 
lait sous toutes les formes, mais principalement ù Péiat de caillé et de 
beurre; le dernier n'est pas seulement un aliment, mais aussi, pur et mé- 
langé à des plantes aromatiques, un cosmétique dont il est faTt un très 
grand usage. Les Oromons se couvrent les cheveux de beurre, se font des 
onctions sur tout le corps; ils portent généralement à la ceinture un petit pot 
en corne ou en bois rempli de beurre pour ces onctions. La nourriture des 
Oromons consiste principalement en laitage, grains bouillis et grillés et 
viande; comme tous les Africains, ils assaisonnent leurs mets avec du pi- 

c maudite semfe par le 



I Les théologiens éthiopiens disent que le labai: eti 
diable dans les excréments d'Arius . 

Un jour que j'avais eu l'honneur, it Ankobir, d'ftre admis à la table du 
lik II, Sa Majest<5 m'a raconli! qu'elle avait fait interdire le labac, parce qu'i 
considérable de meurtriers et autres criminels, ayant prouvé qu'ils avaient agi 
Huence du tabac, n'avaient pu fire punis, la loi éthiopienne 
par les hommes fous ou ivres; en pareil caa, maintenant, 



oi Méné- 

i nombre 






, il« le sont pour 
Il les biens du délinquant. 



r fait usage du laba 






EXPLORATtOHS HTHIOPIENHES 



meni et on: l'asage des Eihîopiens de mander le broundo. viande crue; 
Us ne mangent point la culotte des bceufs et s'abstiennent aussi de manger 
des volailles. 

Les habitations des Gallas de Galane consistent en huttes de forme 
ronde, plus ou moins grandes, avec des murs en pierres et des loiis en 
chaume ; ces huttes sont toujours partagées en plusieurs pièces, dans Tune 
desquelles se trouve le foyer, lieu sacré chez eux comme chez les anciens 
Romains. 

Les ustensiles de ménage des Gallas de Galane (il y a des régions où 
tout est en bois ou en paille) consistent en poterie identiciue à celle des 
Amaras, en paniers de paille tressée, munis d'un couvercle et qui servent à 
contenir le lait, en plats de bois, en gobelets et en tasses de bois et en corne. 

Les Gallas oni tous des meubles, consistant en tables basses et rondes 
en bois ou en vannerie, en escabeaux à trois pieds de forme ronde, en lits 
élevés; de plus, dans chaque maison, un siège à dossier et quelquefois à 
bras est réservé au chef de la famille; cesiigeest un objet sicré, nul n'ose- 
rait s'y asseoir, et les enfants et serviteurs ont l'usage patriarcal de jurer par 
la chaise de leur père ou maître ; les derniers jurent également par le lit de 
leur dame, épouse légitime du maître. 

La principale richesse des Gallas consiste en troupeaux de bœufs, 
de moutons, de chèvres et d'ânes; ils ont aussi des chevaux; ainsi que je l'ai 
déjà dit, il n'y a que quelques années qu'ils commencent à cultiver le sol. lU 
se servent pour labourer de la charrue bien connue des anciens Egyptiens, 
à laquelle ils attèlent des bœufs et quelquefois des ânes; en fait d'assolement, 
ils n'en connaissent point d'autre que de faire brûler des herbes mélangées 
avec des moites de terre; ils ne cultivent que les céréales et le mil. 

Le commerce, chez les Gallas, ne dépasse pas quelques transactions 
portant sur des objets de première nécessité : armes, vêtements, aliments; 
le commerce, ù proprement parler, n'existe que chez les populations musul- 
manes ou chrétiennes. 

Leur industrie se borne à la mise en œuvre des bois et des métaux; 
chez eux, comme partout en Afrique, les forgerons ont une habileté surpre- 
nante, si l'on veut bien tenir compte de l'insuffisance de leur outillage. 

Chez tous les peuples, civilisés ou non, malheureusement, la guerre et 
les armes ont encore aujourd'hui une importance capitale ; l'armement des 
Gallas se compose d'une ou deux lances, d'un bouclier rond en forme de 
mamelle, d'un coutelas à lame courbe, qu'ils portent, au moyen d'une cein- 



EXPLOftATIOVa éTKIOPIESNES 26/ 

tuie, au flanc gauche (les Amaras porieni le poignard oul'tîpéeù droite); ils 
oni aussi de longs bâtons, affilés des deux bouts, durcis au feu, qu'ils 
Jançent à de triis grandes distances; ils connaissent, s^nss'en servir, l'arc et 
la fronde. Le guerrier galla est, avant tout, cavalier; le cheval qu'il re- 
cherche pour la guerre se rapproche beaucoup du cheval barbe : le harnais 
est composé d'une selle très légère; rétrier, comme l'étrier bysaniin, en 
usage chez tous les Ethiopiens et aussi chez les touareg du Sahara, est un 
simple anneau dans lequel on ne passe que l'orteil. Ils ornent le col de leurs 
chevaux de chaînettes ei sonnailles et de testicules de béliers ou de boucs; 
ces derniers ornements sont destinés à préserver leurs montures du mauvais 
œil. La guerre, chez les Gailas, se borne à des entreprises de partisans, ayant 
pour but de surprendre l'ennemi et de le piller; ils ont. comme lous les 
Ethiopiens, la barbare coutume de l'évirilation'. La femme d'un homme 
évirilê est considérée comme veuve; si elle n'a pas de fils de son mari elle en 
adopte un sur lui, et même, s'il survit à sa blessure, ce qui arrive au moins 
cinquante fois sur cent, elle devient la concubine du frère o : du plus proche 
parent de l'évirilé; telle était aussi, je crois, la loi chez les Hébreux'. 

L'apîculiure, chez eux, est développée; ils placent des ruches dans des 
paniers cylindriques au sommet des arbres, dans le voisinage des habita- 
tions; chaque année, après avoir enfumé la ruche, ils en retirent un certain 
nombre de gâteaux de miel en rayons ; Ils ne connaissent point le sexe du 
chef de la ruche et donnent aux reines d'abeilles le nom d'étalons d'abeilles. 
Le miel leur seri à confectionner l'hydromel; avec la cire ils font des 
torches qui, avec des lampes où Ils brûlent de la graisse, sont les moyens 
qu'ils ont d'éclairer leurs maisons, généralement d'ailleurs éclairées par les 
seules tueurs du foyer. 

De même qu'en Europe nous avons nos uniformes et nos décorations. 
les Gallas ont leurs costumes de guerre et leurs décorations, seulement, ils 
ne sont point décorés par leurs chefs : Ils se décorent eux-mêmes; il n'y a 
ainsi ni passe-droit ni réclamation. 

Une peau de chèvre, de mouton ou de léopard, de panlhére noire ou de 
lion, jetée sur l'épaule gauche et attachée sur le sein droit, qu'elle laisse. 
aussi bien que l'épaule, à découvert, tel est le costume de guerre Galla. Les 
Amaras ont aussi, à la guerre, des manteaux en fourrure, mais découpés et 
ornés d'argent ou de vermeil. 

' s. M. Ménfiik II a sévèrement interdit cet unifie barbare ci punit 
veux lie ses soldats qui sont surpris s'y livrant. 



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EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 269 

façon générale, cependant, on peut dire des Galles de Galane qu'ils sont 
grands, élancés et de tempérament dit nervoso-sanguin ; enfin, chez eux, 
comme chez tous les Ethiopiens, le nombre des individus ayant des yeux 
châtains et bleus est considérable. 

Bien des usages ici notés n'existeront plus dans quelques années. 
Depuis quelques années, les Gallas de Galane s'amarignanisent de jour en 
jour; ils se font ou on les fait chrétiens ici, musulmans plus loin > ; ainsi, 
de toutes parts, aussi bien en Europe qu^en Afrique, les peuples se mêlent 
et changent. 

Malkagnat Arebsa Galane, mai 1884. 

I II y a quelques mois, S. M. Mdnélik a fait une expédition dans l'Arroussi ; mon ami, 
le Dr R. Alfieri, médecin ordinaire de Sa Majesté, qui a iàit campagne avec le roi, m'a 
raconté de nombreux faits qui prouvent que cette population est aujourd'hui contaminée 
d'islamisme; le docteur a rapporté de ce voyage divers manuscrits et imprimés en langue 
arabe, entre autres une de ces planchettes usitées dans les écoles arabes (il a bien voulu 
me la donner avec d'autres objets pour les collections que je recueille pour notre musée 
national d'ethnographie) et autres objets qui ne peuvent laisser aucun doute sur la pro- 
pagande active faite chez ces populations par des missionnaires musulmans, venant de 
Zanzibar très probablement, car, parmi les imprimés arabes, il y en a plusieurs qui ont 
été édités dans l'Inde. 



EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 

il prend le titre de Ras, fonde la ville de Debra-Beran, où il est assassiné 
par l'un de ses esclaves. 

Sahala Selassié, lîls du ras Ouesen Scged, avait dix-huit ans lorsqu'il 
monta sur le trône du Choa. Son règne fut long, trente-trois ans, de 1 8o5 
à i839(i8i2à i 846) : on peut, à juste titre, ajouter prospère. 

Sahala Selassié prit, à la demande du clergé et des notables de Gondar, 
le litre de Négous (roi) 1. 

Prince libéral, intelligent, éclairé, ami du progrès, Sahala Sclassîé 
décrète la liberté de conscience dans ses États, protège te commerce et les 
arts, fait construire, par un architecte arménien, Gorguos, la ville d'Ango- 
lala, un moulin à farine, et par le voyageur français, Rochet d'Hértcoun, 
un moulin à poudre. 

Le Nègous Sahala Selassié chercha à attirer les Européens dans ses 
Étais, fut en relations avec les frères Abbadie et reçut la visite de Dufey, de 
Rochei d'Héricourt, d'Haris, de Combes et de Tamisier. Ce roi signa, avec 
le gouvernement du roi Louis-Philippe, un traité de paix et d'amitié, 

A la mort de Sahala Selassié, son fils Aiellé Malakot lui succéda. Le 

I Les derniers empereurs d'Éthiopieont élé, comme le furent en France les rois fai- 
nûinls par leurs maires du pnlais, complètement sous la d(!pendance du Ras de l'empire, 
lorsque cette charge, analogue à celle de notre connétable de l'ancienne monarchie, ou du 
grand vizir des Turcs, fut rendue héréditaire dans une Tamitle du Be^e-mcder. 

Du temps de Sahala Selassié, le Ras de l'empire était Ras Alt, qui, bien que chré- 
tien, appartenant à une famille de musulmans, donnait à ces derniers toutes ses sympa- 
thies. On était à l'époque où l'Égypie, dans l'espoir de découvrir des placées, faisait explo- 
rer le haut Nil ; el les chrétiens Éthiopiens crnlgnaicnt de voir leur p.ij-s livré par Ras 
Ali ou ses proches aui musulmans du Caire. 

C'est à ce moment que les notables et le clergé de Gondar, pour empêcher le pou- 
voir de tomber complètement dans les mains des musulmans, voulurent qu'un prince de 
la race de David et héritier de Salomon eOt, avec le titre de Négous (roi), un pouvoir 
légitime et fort qui, à un moment donné, pourrait s'étendre à toute l'Ethiopie ; et ils 
prièrent le chef du Choa, Ras Sahala Selassié, de prendre le litre de Négous. SahaU 
Selassié. séparé par le Oualo, alors musulman et indépendant, des États de (jondar, avait 
refusé de reconnaître le pouvoir de Ras Ali. Ayant des routes directes sur la mer : celle» 
du Choa à Todjournh, Zeilah, Berberah, il était complttemenl libre dans ses Étals et 
accepta le titre qui lui était offert. 

A la même époque, le clergé et les notables de Gondar écrivaient des lettres, portées 
en Europe par M. Antoine d'Abbadie, je crois, demandant la protection de l'Europe chré~ 

A la suite de ces lettres, l'Angleterre envoya au Choa le capitaine Harrîs, et la France 
le voyageur Rochet d'Héricourt. 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIEKWES 

règne de ce prince fut court, de 1839 à 1847 [1846 à 18S4), et malheu- 
reux. Ce prince, beau cavalier et vaillant soldat, mourut de la suite de ses 
blessures, en fuyant devant Théodoros ', qui avait envahi ses Éiatset brûlé 
AnkobÉr, tandis <^ue les Gallas Abitchou révoltés détruisaient la ville d' A n- 



Théodoros nomma, à U mon du roi Aiellé Malakot, le troisiÈme fils 
de Sahala Selassié, Haili, pour gouverner le Choa avec le titre de Mrd- 
azmache. 

Seyfou, le deuxième fils de Sahata Selassié, ne voulant se soumettre 
ni à son frère, ni à Théodoros, prend le titre de Négous du Choa ei fait la 
conquête du Harar. Il rentrait en triomphateur au Choa lorsqu'il fut 
assassiné sur le mont Afakara, au milieu de son camp, en 1857 (i8ri3]. 

A la mort de Seyfou, Théodoros, craignant de voir Haili se déclarer 
indépendant et prendre le titre de Négous, le déposséda et confia l'adminis- 
traiion du Choa à un ancien esclave de Sahala Selassié, Alô Bezabh, auquel 
il donna le titre de mslegnc (agent). A16 Bezabhe se déclare indépendant, 
est vaincu et mis à mort par le fils d'Aiellé Malakot, qui, échappé aux pri- 
sons de Théodoros, rentre au Choa où il se proclame roi sous le nom de 
Menelik II, en 1 857 ( 1 864). Depuis lors a recommencé pour le Choa une 
ère heureuse'. 

' Théodoros, l'empereur Théodore*, le vaincu de Magdala, n'élail, en 1841, que le 
chef du petit territoire d'Andeba. Il s'était déclaré indépendant, et, en i85o. après avoir 
réuni suus son aulorité toute l'Ethiopie chrétienne, il se faisait sacrer Attîè (Empereur), 
Négous Negust (roi des rois) d'Élhiopie. L'infiucnce musulmane était écrasée. 

1 M. Antoine d'Abbadio ayant k parler du Choa en 1868 dit ; il « reconstitue avec 
paix et bonheur. On peut dire aujourd'hui : il est reconstitué. Les gens du pays com- 
parent le reloue actuel aux années les plus glorieuses d'Aseft Ouesen, aux années les plus 
prospères de Sahala Sclassîc. 



\T?rrE AU RAS DARGUÊ 



SaZZjlLZ. ^JOSC. l3Al 2£n.% 



ccr, Li cgri-j "re Pi-zc. c:il «li: x^ric rrct i 

A j X- 1.5 rccs m.-r!*rsccis le SerriSM. r^zjszz ss£ T Abt Nil Ba 






^cas ^cj'-ireEs nir >» irxrcs ôi li crcr Irrsc::^ ji m. ::^sice Ix!.— Trémie a 



A : î r?: r<re$ ^i-^^crsccs E.tV^c'jt x:cssc. N:cs rrrcs s^rr ^ccc 
îTrri^-^^xe icoi ^^ :^ rk'T^arrc: orr «c: >^r zszctî -lttlts ^:u» rt^ros ^ 

jr-rrccoiTT^cr: erctîssi 5: jcii: es r^cc's iii*2? ^"eci. r."LL.eT' 5vzr .m* çjîir- 
-vers J4 r.v 



EXPLOSATIOKS âTHIOPniKNES 37$ 

Ethiopie k- nom générique de Kollah. Nous prenons Lomme direction de 
notre route i'est-cst-sud. 

Sur noire droite se trouve l'dgiise vénérée, lieu de nombreux pèleri- 
nages, dédiée à saint Circosis. 

Nous entrons dans une plaine ù grandes ondulations. Elle est très cul- 
tivée, toutes les éminences en sont occupées par des habitations. 

A I T h. 45', nous nous arrêtons à une résidence de Ras Gobana, nom- 
mée Sokoro, mot oromon qui est le nom du chardon arborescent. Le roi 
s'y est arrêté. 

Ato Sinki. l'un des huissiers de S. M. Ménëlîk, me loge avec le doc- 
teur Alfierî. médecin ordinaire du roi, dans de grandes maisons situées au 
pied de la butte où est bâtie la résidence du Ras. 

A une heure de l'après-midi, nous sommes admis à la table du roi. 
Naturellement le déjeuner est maigre. Parmi plusieurs des bonnes choses 
que Ton nous sert à table, j'ai conservé le souvenir d'excellentes galettes 
faites avec de la farine de pois chiches. 

Mêlée aux pages, aux courtisans et aux gentilshommes de service, se 
trouve, tout a côté de l'alga royal, une vieille louie édentée qui cause fami- 
lièrement avec S. M. Ménélik II. L'entretien de cette vieille paraît avoir 
pour le roi un intérêt tout particulier. Cette femme a été l'une des cuisi- 
nières du roi et de son oncle Ras Dargué, pendant leur captiviié chez l'em- 
pereur Théodoros. 

En rentrant avec le docteur, nous remarquons des roches stratifiées en 
long et des chardons arborescents qui ont donné leur nom au pays. Plu- 
sieurs doivent avoir une hauteur de six à huit mètres, des troncs de quinze 
à vingt ceniimètres de diamètre, des fleurs et des fruits sont souvent plus 
gros que la tête d'un enfant nouveau-né. 



Samedi, ?r mars. — Nous partons à 6 h, 3o'. La route est ouest-ouest- 
nord, au milieu d'un plateau de terre notre, labouré et cultivé en céréales, 
blé principalement. Nous trouvons dans les sillons des gréions de la gros- 
seur du poing tombes pendant la nuil. 

A 7 heures, nous atteignons le plateau d'Aman. Une haie de men- 
diants accroupis des deux côiés de la route et invoquant Dieu et les Sainis, 
sont un indice certain que le roi ne doit plus éire bien éloigné. En effet, â 
8 heures, au moment oii nous passons du plateau d'Aman sur celui de 
Djirou, nous rejoignons le roi. Après avoir mis pied à terre avec le docteur 



L-irv:, sp- :.- î\acia.i rrcTffTT. gxrgroir 'g: 'tf*TTgr' 




■*■>-• '^^^"^^-'^ ** •*■' "■* •"T^jT^'*'^ 

tcîrn:« le^arâ q-e par u- précipice i"--* zraoie proc^siecr. 

A :c h. 4-r . :>x:s arrÎTocs au tîHasc i* Dabezb. rcsidence c*;ia 
pjjrent iu roî- ifaez qaî 5. M. htmh craziene rocs ieîeûacr. Deran: le ma- 
r/^?.z vb trvjTcn: J« n:«:Ici ic paille q j; disparûaez: en un clîa c"-»l. ao 
TTAlitz dts zrli et ita clarneurs de n:â i^ziesûques c: ie$ cens ia rcî. qaî 
rémîerer.* bor^ â botte pcir porter La pânire aux =::x!nira. 

No-^i lomn-.a aimisâ la ubie da roi. Pendant le de-eûner. oa raa>Qte 
dîven iétaiU sur les mreurs des habitants des KoLah de To:sina^. Bien 
•fU'aniaras chrétiens;, ils ont les m<Eurs les plus sauvages. Tous les same- 
dis ils se rendent par petites bandes sur les bords d'un torrent nomme 
Missensah. qu: coule au p:ed d'une de leurs montagnes appelée Tcha-icha. 
La ils cherchent mutuellement à se surprendre, se dressent des guet-apens 
et des embûches, et ceux qui sont assez favorisés du son pour en tuer d*au- 
très se mettent dans les cheveux une plume blanche qu'ils remplaceront plus 
urd par un anneau de cuivre ou d'argent porté au poignet droit. Ce qu'il y 
a de particulier, c'est que ces gens vivent en paix le reste de la semaine. 

A I heure, nous nous remettons en route à l'oucst-oucst-nord. Nous 
traversons le grand village de Sau-sost, où se trouvent mêlés à des plantes 
grasses arborescentes de nombreux acacias. 

A 3 h. 3o\ nous arrivons au village de Djirou. 011 Ton s'arrête pour la 
nui*. Pendant la nuit il tombe une forte pluie mêlée de grcle. 



RKPLORATIONS I^THtOPIENNeS 

Dimanche, i" avril. — Repos suivant l'usage éthiopien. 



Lundi, -j avril. — Nous nous menons en rouie à IVsi-cst-nord , à ira- 
vers un plaleau couvert de cultures. 

A 6 heures, notre rouie étant nord, nous avons sur noire droite le pla- 
teau sur lequel nous nous trouvons, le Djour, qui finit brusquement à 
pic et est bordé de précipices béants doni la profondeur peut être évaluée 
A 800 OU I 000 méires. 

A fï h. 1 5', je descends de ma mule ei, m'asscyant sur un quartier de 
roche, je laisse passer le premier flot de la foule des courtisans qui descen- 
dent le lacet qui sert de chemin, se pressent à la suite du roi qui, même, a 
mis pied à lerre. 

Le pays qui se déroule à mes pieds est chaotique. L'aspect de la pierre, 
avec ses formes colossales et fantastiques, fixe seul le regard. Tout ce qui se 
meui disparait et l'œil s'arrête sur les capricieux contours des pierres, qui 
rappellent les formes animales et végétales qu'il retrouve partout, même 
dans les nuages. 

A 6 h. 3o', prenant mon courage à deux mains, c'est bien le cas de le 
dire, je m'engage au milieu de l'étroil sentier oii se bousculent, dans un 
désordre, pittoresque peut-éire, mais dangereux certainement pour un 
Européen chaussé, car il y a de nombreux passages de pierres glissantes. 
On est à chaque instant violemment poussé par des soldais qui traînent 
leurs montures par le Ncol et bondissent comme des chamois, de roc en roc, 
sur les bas-côtés de la route. La frayeur naïve de mon peiit cuisinier Marna 
vient faire diversion à tous ces ennuis, 

A 6 h. 40', notre direction est sud. Je remonte à mulet. Nous avons à 
droite une muraille de roches striées en long ; à gauche, l'abîme tapissé de 
cultures au milieu desquelles serpente la rivière Djama, qui a, me dit-on, 
ses sources à Gouassa, près de Moufarouà (où nous étions le 10 octo- 
bre i883, à 3 h. So' après midi). Les principaux affluents du Djama sont 
la Béressa et le Tcha-tcha. La Djama fait sa jonction avec l'Abaï au 
bas du mont Darra. La forme générale du pays est celle d'une immense 
cuve. 

A 7 h. 3o', tournant à l'ouest, nous sommes dans le lit d'un torrent 
sans eau, encombré d'énormes quartiers de rocs. Nous le traversons el nous 
passons dans une région sablonneuse qui doit être souvent inondée. 

A 7 h. 45', nous arrivons au lit de la Djama, large ici d'environ 



1,-8 



EXPLORATIONS KTHIOPIENNFS 



soixante métrés ; les eaux, au gué oU nous traversons la rivière, ont une 
hauteur moyenne de cinquante centimètres ; leur cours est torrentueux cl 
leur couleur terreuse. 

Nous remontons le lit d'un torrent qui s'est creusé dans le roc une 
rigole longue de deux cents mètres et large de quinze. A la tête du torrent 
nous trouvons un peu d'eau et nous nous y arrêtons un quart d'heure. 

A 11 h. i5', nous arrivons au village d'Aradi (en amarigna : le col, le 
défilé), où nous trouvons Ras Dargué, venu pour recevoir son neveu le roî 
Ménélik. Aradi est un petit village situé entre les monts-fons de Daubâ et 
Kollache, situes dans la province de Marabieii, qui dépend du gouverne- 
ment du Ras. 

Vers une heure après midi, le roi nous fait appeler, le docteur et moi. 
Nous trouvons S. M. avec le Ras, son oncle, en petit comité seulement. 
Le roi me dit en riant, en me faisant présenterun paquet lié dans un mou- 
choir : " Voyons si vous connaissez ce qu'il y a là-dedans ? y en a-t-il dans 
votre pays ? > 

Je défais le mouchoir et suis heureusement surpris en voyant rouler 
sur le tapis, qui me sert de siège, de belles pêches aux couleurs veloutées. 
J'en saisis une et j'y mors avec une avidité qui nous fait tous rire. Elle 
était excellente. Un m'apprend que ces fruits, ainsi que les raisins, ne sont 
plus aujourd'hui cultivés que p>ar les moines, dans les jardins de leurs 
monastères. 

Nous parlons ensuite des fruits de l'Europe et de l'agriculture en gé- 
néral, à laquelle Ménélik II attache la plus grande importance et qu'il déve- 
loppe chaque jour de plus en plus dans ses Étais, cet intelligent souverain 
étant de ceux qui savent bien qu'agriculture et pâturage sont les deux 
mamelles qui nourrissent les nations. 

Sur les deux heures, nous sommes appelés, le docteur ei moi, à l'hon- 
neur d'assister au repas que le Ras offre au roi. A l'issue de ce repas, S. M. 
veut bien me recommandera son oncle et lui dire qu'Elle désire que je 
visite en détail tous les monts-forts (ce qui est une très grande faveur), 
l'Abai, Djarso et Debra Libanos. 

En sortant de table, nous allons avec le docteur visiter les environs. 
Je ramasse des cailloux ct^qudques instants avant le coucher du soleil il se 
met à tomber une forte pluie qui dure une partie de la nuit. 



Mardi 3 avril. — Désireux de prendre congé du roi avant son départ 



fXHOBATlOW BTHIOPIBJINES 



pour Aureillo, je suis débouta iroîs heures du matin, et à trois heures trois 
quarts je suis admis à présenicr mes hommages au roi, qui part à quatre 
heures, accompagné du docteur à qui je fais aussi mes adieux. 

Hier, le Ras m'a donne un balderaba (ce mot, qui a la signification 
de patron, s'applique à un homme attaché au service personnel d'un grand, 
et que ce grand donne à un éiranger pour l'accompagner et le faire recon- 
naître comme son protégé). 

A 6 h. 3o', nous nous mettons en route. Nous débutons par gravir 
une pente ardue, et à - h. [5', nous arrivons à un col par lequel nous 
pénétrons dans un autre cirque aux pentes abruptes et presque en mu- 
railles, où le sentier en lacet disparait au milieu des herbes et des arbustes 
qui tapissent les pentes. Une sorte de cap ou d'éperon rocheux, dont les 
deux côtés sont taillés à pic. nous fait arriver, par une fwnte raide, à la 
porte du mont-fon de Kollache. Pendant que l'on parlemente pour nous 
la faire ouvrir, j'examine le sol et je trouve plusieurs mollusques, tous 
malheureusement en très mauvais état. La porte du fort est établie dans un 
couloir creusé dans le roc, auquel on accède par une étroite languette de 
roche; à gauche, le mont-fort est formé par des assises de pierres en forme 
de gradins taillées à pic. Une muraille en pierre sèche est construite devant 
la porte, 

La cassure des roches affecte la forme de la pointe de diamant. Nous 
traversons un couloir de roches et nous trouvons, sur une éminence, la 
maison du gouverneur de Kollache, où nous arrivons 8 h. 3o', et où nous 
mettons pied à terre. 

Son Altesse Ras Dargué nous a devancé chez le gouverneur, et après 
lui avoir présenté mes hommages, je vais, accompagné d'un guide donné 
par le gouverneur, me promener pendant deux beures pourvisiter le mont- 
fort, sur lequel se trouvent des habitations et des cultures. Kollache est de 
tous côté Inaccessible, car dans les rares endroits où il ne Tétait pas natu- 
rellement, il l'a été rendu artificiellement. Sur ce mont, se trouve une 
quantité considérable de singes cynocéphales, à crinière de lion et de très 
grande taille. L'un se lève debout, à côté de moi, il peut avoir i ""So à r ""fio 
de hauteur, A l'ouest de Kollache se trouve le pays de Médah. 




Mercredi 4 avril. — A 6 h. i5', nous nous mettons en rouie au sud-est. 

A 7 h. 1 V, tournant au sud-sud-esi, nous partons de Kollache. 

A S heures, nous dirigeant au sud, nous sommes dans un col, entre 



28o 



EXPLORATIONS KTHIOIMENNI 



deux monis-foris : là se lient un marché hebdomadaire. Nous traversoai le 
col dans le sens de la longueur et nous nous mettons à gravir les pentes de 
l'autre mont-fon, celui de Kora laitière/. Arrivé ù mi-côte, nous trouvons 
une première porte. On nous la refuse. Mon Balderaba discute avec les 
gardiens du fort et ceux-ci demandent des ordres à Tam6, où le gouverneur 
de Kora s'est rendu pour saluer le Ras. Je relève, au nord-ouest, le mont 
Oromo. au sud-ouesi, le mont-fort de Tamô, séparé à l'ouest par un col 
sur lequel est bâtie une maison de Kora. Les gardiens nous crient que nous 
pouvons arriver et nous grimpons. Quel autre mot employer, en effet, 
A partir du col, Kora est composé de deux cônes superposés l'un à l'autre, 
doni les parois sont en murailles que l'on ne peut guère escalader qu'en 
s'aidant des pieds et des mains. 

La porte franchie, nous avons à traverser une petite esplanade circu- 
laire, couverte de gazon et d'oliviers, oQ se trouvent quelques maisons. 
Nous grimpons ensuite sur le deuxième cône, dont le sommet est occupé 
par un cimetière et une église dédiée à Marie. 

Un vieux prêtre, à mine rébarbative, vient nous recevoir. Il me regarde 
avec curiosité et dédain. C'est en grognant qu'il m'introduit dans son jar- 
din ou mieux, son cimetière, qui est planté de magnifiques oliviers, sous 
lesquels reposent de nombreuses générations. Ce dmetière se trouvant sur 
un sommet lave par les eaux pluviales voit, chaque année, une portion de 
sa terre emportée. Un grand nombre de squelettes ont été ainsi mis à nu 
et leurs os gisent épars sur le sol. 

Belle occasion pour me venger du vieux prèire ! Je fais demander en 
sa présence, au balderaba du Ras qui m'accompagne, si nous sommes en 
pays chrétien. Demande qui amène naturellement un " pourquoi ? » dont 
le parce que » est : qu'en pays chrétien j'avais toujours vu les morts 
honorés. Le prêtre rougit sous sa peau noire ei nous mène à l'église dédiée 
à Marie. Le mur extérieur en est couvert de rayons comme un magasin de 
nouveautés; dans chaque rayon se trouve empaqueté, dans une toile de 
colon, un squelette soigneusement étiqueté : ce sont les corps des morts dont 
les parents n'ont point perdu le souvenir. 

On nous fait voir ensuite les tombeaux d'Ato Oldou ei d'Ato Djen, , 
ancien chefs du Mariaveli. Le premier lit sa soumission à Asefâ Ouesen et 
le second donna sa fille Bezàbeche, qui était son unique héritière, en ma- 
riage à Sahala Selassîé, grand père du roi actuel du Choa. 



EXPLORATIONS t 



Du pas de la porte de l'église Mariem, on a vue sur tout le KolUh de 
Mariavctii, qui est couvert de cultures el d'habitations. 

A [ I beures, nous quittons Kora, et à t heure, nous dirigeant au 
sud-est, nous nous trouvons au milieu de la fourche dont les sommets sont 
représentés par Kora et Tâmo. Nous commençons à gravir la pente qui 
mène à Tâmo. 

A 1 h, 3o', nous pénétrons dans le fort par une échelle de pierre. 
A droite se trouve l'église de Saint-Georges, 11 y a ensuite une étroite lan- 
guette de rocher taillée à droite et à gauche, qu'il faut traverser, puis on 
pénétre, par une porte, dans un couloir de cinq mètres de largeur sur deuK 
cents mètres de longueur. 

A ï heures, nous arrivons à la résidence du Ras, que nous trouvons 
occupé à faire piler des herbes pour empoisonner une rivière où il veut 
aller pécher. 

Le moni-fori de Tâmo est très étendu. 11 y a des villages, des cultures, 
des eaux vives. C'est un lieu de refuge incomparable oti une population 
peut trouver un abri des plus sûrs. Il y a aussi sur ce mont-fort un certain 
nombre d'églises, dont une dédiée à Abo, est très vénérée. Ce nom d'Abc 
est revenu trop souvent sous ma plume, ce saint occupe une place trop 
importante dans la vie religieuse des Éthiopiens actuels pour que je ne 
donne pas sur lui quelques détails empruntés à sa légende, telle qu'elle 
est connue au Choa. 

Abo est né dans une ville du Nord, nommée Nehisa, le jour de Noël, 
à minuit, le même jour que le Sauveur du monde Notre Seigneur Jésus- 
Christ. Son père ei sa mère appanenaient aux plus grandes familles du 
pays des Francs. Le nom de son père était Semeon, celui de sa mère 
Ecclesia, En sortant de l'uiérus maternel il se jeta par terre, la baisa et dit : 
« Gloire à Dieu! je suis sorti des ténèbres! bII reste un moment agenouillé, 
en prière, est baptisé, se lève et part sans avoir même pris une fois le sein 
de sa mère. 

Abo, en quittant la maison paternelle, se rendit à Jérusalem el de là 
en Ethiopie, où il se fit ermite, d'abord sur le mont Zequalâ et ensuite â 
Meder-Kbd, dans le pays des Gouragués. 

L'empereur Lâlibelà, fils de l'empereur Zôn, chassé, par son frère 
Harebeie, du trâne d'Ethiopie, s'était réfugié à Jérusalem. 

En Tan i 200 du Christ, Abo va à Jérusalem, en ramène Lâlibelà et 
le réintègre sur le trône d'Ethiopie. C'est à celte époque que les Amaras, 

30 



qui habitaieni la Judée, vinrent en Ethiopie ave.: Abo ei Tempereur. Ils 
s'éiablirent k Sâïni, dans le Oualô. Abo retourna dans son ermitage de 
Zci^ualâ, qu'il ne quittait que pour aller à Meder-Kbd. 

Toute la création était soumise à Abo, comme à Adam ai,-ani le pécbé. 
En voyage, ses montures étaîeni un lion ou un léopard. [I conversait avec 
les oiseaux du ciel, les plantes des forêts, les poissons, les animaux, les 
éléments, les anges et Dieu lui-même. Jamais il ne mangea et jamais i) ae 
but. Il avait pour tout vêtement une ceinture faite en poil de crinière de 
lion. Sa barbe ci ses cheveux lui couvraient tout le corps. 11 faisait de nom- 
breux miracles, guérissait les malades et ressuscitait les morts. De son 
vivant, il était le patron d'un nombre considérable d'Ethiopiens, pour les- 
quels il ne cessait de prier et de faire pénitence. 

Une des plus célèbres pénitences dWbo est celle qu'il s'imposa pour 
délivrer le Godjam des boudd (gens possédés des esprits immondes) qui 
rinfesiaient. Abo se mit en prière la tète en bas et les pieds en haut: il resta 
dans cette position pendant sept années, implorant vainement le Seigneur. 
Il change alors de posture, se lient deboui, les bras en croix, en prière, 
sans mouvement, pendant sept autres années. Dieu veut alors éprouver la 
coiuteace de son serviteur ei envoie un vautour qui lui arrache un œil, 
Abo ne se plaint ni ne bouge. Dieu, vaincu par la résignation du peut- 
lent, pardonne au Gôdjam qu'il délivre des bouda. 

Cinq cents ans se sont écoulés depuis la naissance d'Abc, Dieu a dé- 
cidé sa mort, et comme il ne cache rien à son serviteur, il lui dit : 

— Abo, il faut mourir. 
Abo répond : 

— Seigneur, je n^ai rien fait de mal ; je ne suis pas resté un seul jour 
chez ma mère ; je n^ai ni mangé ni bu ; je ne suis pas demeuré un seul 
instant sans vous servir : je n'ai porté ton à aucune de vos créatures ; je 
n'ai commis aucun péché depuis mon baptême; je ne dois pas mourir. 

— Jérémie est mort, Pierre est mort, Georges est mort : Toi, Abo, tu 
ne mourrais pas > 

— Seigneur, Jérémie a dit : € Il ne faut point que l'homme meure de 
faim, il faut qu'il meure par la guerre, » Jean a mangé des sauterelles et 
du miel sauvage. Pierre vous a renié. Georges, ayant faim, prit un pain à 
une religieuse et le mangea. Moi je n'ai rien fait de tout cela. Eux sont 
morts, c'est justice, ils avaient péché; mais moi, qu'ai-je fait > Je ne dois 
jMs mourir ; que la création me juge. 




ETriOFATIOUS ihHTOPtENNSS 



28^ 



Dieu qui ne refusa jamais rien à Abo, conseniii, ei louie la crëaiion 
douée de vie, les plantes, les animaux, les anges, sont mandés à Zequalâ 
pour juger Abo. 

Les plantes disent : Abo est le seul homme qui ne nous ari jamais tou- 
ché, ni mangé nos fruits ; il ne doit pas mourir. 

Les animaux : Abo esi le seul homme qui ne nous Hi jamais aucun 
mal ; il ne doit pas mourir. 

. Les anges : Abo n'esi-il point comme nous ■ nous ne mourrons pas, il 
ne doit pas mourir. 

Dieu courroucé reprit : Je suis bien mon, moi! il faut qu'Abo 
meure. 

Vous, Seigneur, dit Abo, vous aviez assumé les péchés de tsus les 
hommes, vous êtes mon pour le salut du monde ; mais moi. pour qui doîs-je 
mourir? 

Dieu radouci par la réponse du saint, dit alors : 

Abo lu mourras, mais à tous ceux pour qui tu as prié ; à tous ceux 
qui à cause de loi ont prié, jeûné, fait pénitence, donné l'aumône aux 
pauvres et aux églises, toutes leurs fauies sont pardonnées, et non seule- 
ment à eux, mais aussi à leurs serviteurs, même à ceux qui coupaient leur 
bois et portaient leur eau, ainsi qu'à tous les hommes qui se sont assis dans 
leurs maisons, ei à tous ceux qui, passant devant ces maisons, en ont 
aperçu la fumée, à tous je pardonne, promets le paradis, ainsi qu'à leurs 
descendants jusqu'à la quinzième génération. 

Abo, ravi des promesses de Dieu, dii : Oui, oui, Seigneur, je meurs! 
Il ouvre la main gauche, présente le bout du pouce et rend l'âme. 

Les anges qui ont assiste à la mort d'Abo prennent son corps, le trans- 
portent à Jérusalem, où ils Tenterrent dans le propre tombeau de Noire 
Seigneur Jésus-Christ, du Sauveur du monde. 

Abo est actuellement le patron vénéré de toute l'Ethiopie, où l'on 
chôme, en son honneur, le cinquième jour de chaque mois. De plus, il y a 
chaque année, au mois mégabit (mars), une octave en son honneur. 
Elle commence le 5 du mois. Les deux montagnes où résida Abo, 
Zequala et Medcr-Kbd, où se trouvent actuellement deux monastères célè- 
bres et de nombreux ermites vivant dans des grottes, sont le but de pèleri- 



nages oti Ton vie 



1 foule de tous les points de PHibia 



appartiennent à toutes les classes de la société : les rois e 
font au moins une fois dans leur vie le pèlerinage d" Aho. 



. Les pêlei 
les empere 



'84 



HKI-LORATIONS StHIOPIEUXES 



Jeudi, 5 arril. — A 7 h, 3o', nous nous menons en route au sud-est j 
par une brume lellemeni épaisse que Ton ne distingue pas les objets à 
vingt pas. 

A 8 h. o5' nous franchissons une première enceinte ; quatre cents 
mètres plus loin nous trouvons encore une muraille fermée par une porlc; 
nous nous trouvons ensuite sur une place nommée Lédata, oti se trouve 
un arbre solitaire, de toute beauté, et l'église de Mariem. 

A 8 h. 3o, nous passons devant la porte de Zôma. 

A 8 h. 45', nous dirigeant au nord, nous sortons de Tâmo et nous 
nous engageons sur une étroite corniche taillée. La région est des plus 1 
délicieuses comme beauté et gracieuseté de paysage. La muraille de rochesa 
que nous avons à droite est ornée de plantes grimpantes et nous surplom— I 
bons la belle vallée de tCotfana, où des eaux vives coulent au milieu def 
belles cultures 

Ou me parle d'un monastère très ancien qui serait sur les Banc5 de la*^ 
montagne, et je retourne sur mes pas. 

Avec une peine excessive nous escaladons un roc abrupte doi)tles 
pentes, ou mieux, les pans sont littéralement tapissés de plantes et d'ar- 
bustes, au milieu desquels se trouvent aussi de grands arbres. Nous a: 
vons, non sans peine, à une petite esplanade complantée de beaux arbres,! 
animée par des eaux vives et au bord desquelles se trouvent disséminée 
des cellules de moines et une chapelle dédiée à Marie. 

Les moines ont abandonné leurs cellules pour s'installerdans la plainej 
autour de la belle église d'Emmanuel, et nous ne trouvons ici qu'unêfl 
vieille diaconesse occupée à moudre la farine destinée aux pains de la con>>] 
munion. 

Nous remarquons, dans les Hancs d'une roche surplombantréglise, Aé{ 
nombreuses cavernes r ce sont probablement d'anciennes habitations del 
Troglodytes dans lesquelles, en cas de guerre, se retirent les habitants de»! 
vallées. 

Nous redescendons de l'église de Mariem, et à midi nous sommes dailfei 
la vallée de Koffana, au centre de laquelle est construite, sur un tertre, làil 
belle église d'Emmanuel; après un instant de repos sous les beaux arbrd 
de l'église, nous nous remettons en route. 

A midi to', nous traversons la rivière de Koffana, qui a donné son nom J 
au pays, et à 2 heures, nous arrivons au village do Zomai oîi nous trou- 
vons le Ras. 



JI.OBATIONS KTHIOMENJIES 



îS5 



Vendredi, 6 avril. — Il a plu louie la nuit ei il pleuuuuit lu journcc. 
Je passe cette journée chez le Ras, au milieu de sa famille et de ses Familiers. 

Ras Dargué, qui porte le titre de Ras Mokonen (tête, chef des grands 
seigneurs), est le quatrième (ils de Sahala-Selassic-, 11 est né l'an 1823 de 
notre ère. U est donc actuellemeni âgé de cinquante-huit ans. Il est de 
haute taille. Sa peau a la couleur de l'ambre, sa barbe et ses cheveux sont 
blancs. Sa léte est belle. Toute sa personne a grand air, malgré beaucoup 
de simplicité dans le geste et le vilement, j'ai vu fréquemment le Ras pen- 
dant mon séjour au Choa et j'ai appris à l'aimer ei à le respecter. 

Ras Darguc a avec lui sa femme ;\ laquelle il est uni, depuis trente-cinq 
ans, par les liens indissolubles du mariage religieux. Elle lui a donné 
quatre enfants, deux fils et deux iilles ; Tune d'elles est ici. 

Le Ras est un fin causeur; il a beaucoup vu et aime bien àse rappeler. 
U me parle de Rochct d'Hericoun, sur les genoux de qui il a joué pendant 
son enfance, ainsi que des autres Européens qui ont visité les Etais de son 
père. II me raconte diverses anecdotes de sa captivité chez Théodoros, etc. 

A côté du Ras se trouve son aumônier, ecclésiastique à minerefrognée, 
qui profile d'un moment oii la conversation est générale pour me demander 



pourquoi les Européens mangent d 
A quoi je réfwnds 1 

— Parce qu'ils sont chrétiens. 
Mon interrogateur sourit en re 

— Mon père, lui dis-je, n'est- 
saint Pierre eut une vision d 
tous les animaux de la terre 



cochon '. 



uant la téie. 

pas dit dans les Saintes Écritures que 
is laquelle il lui fut ordonné de manger de 
des eaux. 



L'abbé changea la conversation en me demandant le nombre des livres 
de notre bible. 

Ainsi se passe, en causant et devisant, cette journée du vendredi. 



Samedi, 7 avril. — A une heure, nous nous mettons en route au sud- 
sud-ouest. Sur notre gauche nous avons la montagne ei â droite des pla- 
teaux cultivés qui s'étagent les uns au-dessus des autres; !a culture et la 
végétation spontanée nous indiquent que nous sommes ici dans la région 
de la Ouina daga. 

I Avet: l'usage de li drconcUion, les Ethiopiens ont conservé, de leurs anciennes 
habitudes juives, celle de s'abstenir des viandes que les Hébreux considéraient comme 
impures. 



2Sâ 



A ïh. I 5' nous trav. 
les Kollah d'Enauhari. 

A 2 h. 45' nous nous ai 
ei sa suile. 



EXI>L0IUT10NS élHlOPIKNNES 

ns le torrent de Damou ci nous entre 



j village de Gùran où sont logés le Ras 



Ditîtanche, 8 avril. — A 6 h. 3o% nous partonsau sud-sud-ouesipour 
la pèche avec le Ras, sa suite et presque tout le village. 

Nous atteignons un rocher en forme de promontoire, nous le descen- 
dons et nous arrivons dans de petites vallées inhabitées, au sol blanchâtre, 
avec quelques pierres au milieu des terres. La végétation spontanée est 
composée d'acaciasci de buissons épineux. Les plantes cultivées sont le 
coton, la canne à sucre, les mils et piments. 

A 8 h. 1 3', nous nous arrêtons au bord de la rivière Djama ou Adda- 
baï. Le lit occupé par cette rivière, h l'époque des hautes eaux, doit avoir 
une largeur de 600 à 800 mètres et atteindre une très grande profondeur; 
actuellement, les eaux sont basses et te lit de la rivière occupé par les eaux 
varie de 60 à 1 00 mètres. Les eaux coulent sur un fond de cailloux qui ont 
en moyenne la grosscurdu poing. 

Sur les rives de la rivière se trouvent des sycomores et des plantes à 
soie. 

Nous trouvons le Ras assis sous un sycomore. II est occupé à dicter des 
lettres à ses secrétaires, tout en écoutant les réclamations que font à ses juges 
un homme et une femme contre un prêtre, au sujet de quelque lopin de 
terre, L'hommeesiun lourdaud, le priître un beau parleur, qui cherche 
l'effet, ce que voyant la femme, qui paraît une fine luronne, écarte d'un 
geste son mari et prend la parole en s'adressant directement au Ras. Elle se 
démêle si adroitement, répond avec tant d'à propos aux questionsdu tribu- 
nal, riposte si habilement aux filandreuses défenses de son adversaire, 
qu'elle obtient, séance tenante, un jugement favorable. Le courrier expédié 
CE les plaideurs ouïs, le Ras se rend avec les juges à la pèche. Le spectacle 
est unique. 

Un millier de personnes, hommes, femmes et enfants, sont à l'eau, les 
uns armés de sabres pour frapper les poissons, déjà engourdis par le suc des 
plantes que l'on a répandu dans les eaux, les autres avec des linges en guise 
de filets les ramassent', une fois pris, les poissons sont ouverts et vidtiset 
ensuite exposés sur la grève pour être séchés au soleil. 

Tout en suivant les opérations de cette pèche, nous iravcrsotis la ri- 



kxplouations éthiopiekmes 287 



YÎére et nous allons nous asseoir sous un large sycomore. Pendani le déjeu- 
ner on me raconte que les bergers du pays utilisent la sève du sycomore 
pour en enduire les petites guérites portatives en vannerie dont ilsseservent 
pendant la saison des pluies ei qui, une fois recouvertes de cet enduit, sont 
imperméables à l'eau. 

De ce côté-ci de la rivière on a fait une prise d'eau et, au moyen de 
nombreux canaux, on irrigue une surface assez considérable de champs. 

A 4 heures nous nous remettons en route au sud. A gauche nous 
avons un rocher remarquable avec deux pitons on forme de tours : c'est 
Morrai, lieu où le torrent de Bar-Senà, dont nous traversons le lit à sec, 
prend sa source. 

Nous sommes dans une région ravinée par de nombreux lits de tor- 
rents k sec, couverts de rochers décharnés et d'épines. 

A 6 h. 3o', nous arrivons au grand village de Derako, province dWn- 
sarro, qui s'étage au sommet d'une colline et oti nous nous arrêtons. Le 
costume des femmes est le même que celui des femmes d'Obock ; elles sont 
cependant vêtues en blanc au lieu de l'être en bleu, comme à Obock. Les 
femmes de Derako ont de gros bijoux en cuivre, notamment des anneaux 
aux poignets et aux chevilles. 

Lundi, 9 avril. — Le Ras a des atfaires qui le retiennent ici et je puis 
à loisir étudier les nombreux lépreux qui le suivent, vivant desesaumônes, 
car Ras Dargué est un prince très généreux. 

Ces lépreux sont au nombre de deux ou trois cents, hommes, femmes, 
enfants. Ces derniers sont très beaux, paraissent sains et très gentils. La 
lèpre est héréditaire et ne parait pas contagieuse, car les lépreux errent 
partout librement et tout le monde devrait être infecté. 

Les lépreux du Choa vivent par bandes, suivent les grands seigneurs 
ou parcourent le pays. Ce sont des noctambules, passant la journée retirés 
dans quelques lieux écartés. Ils viennent sur le minuit dans les villages, 
chantant en chœur, avec goût : ils ont de belles voix. Dans la matinée, ils 
vont d'habitation en habitation mendier ; on n'ose guère leur refuser, car 
ils blasonneni la nuit suivante les maisons où ils ont été éconduiis la 
veille. 

Une des injures que les lépreux ont le plus souvent à la bouche est 
celle de : ■ J'irai me coucher sur ton lit. Cela paraîtrait indiquer qu'ils 
^ considèrent la lèpre comme contagieuse. 



28S EXPLORATIONS ih^HIOPtb-NNt^ 

Mardi, t o avril. — J'apprens qu'il y a près d'ici deux villages : l'un. 
Morrai, au nord-est, et l'aulre, Zalla, à l'ouesi, exclusivement habités par 
des ouvriers forgerons, formant une population à pan. J'exprime mes re- 
grets de ne pas l'avoir su hier, je serais allé les visiter. On me dit que j'aurai 
aussi aujourd'hui à voir des villages d'ouvriers. 

Nous panons à 8 heures à Test- nord-ouest. A 8 h. 1 5', nous sommes 
sur un plateau pierreux, cultivé en céréales, où paissent, dans des herbes, 
des troupeaux de t>œufs. Sur ce plateau se trouve aussi quelques arbustes 
verts, des acacias et des oliviers sauvages. 

\ gauche nous avons le mont Anssaro. M forme des murailles de 
roches qui s'étagent en gradins. 

A 8 h. 45', Oulà, village perché sur une crête, est à notre gauche ; à 
droite se trouvent des habitations sur plateau cultivé. 

A 9 heures, marchant au sud-ouest, nous atteignons un plateau où se 
trouvent des cultures et le grand village d'Adî-Samba, qui est habité par 
des ouvriers. Je prends prétexte d'achats à faire ei je m'arrête. 

Ce qui me frappe tout d'abord, c'est la pureté du tjpe [uif des habi- 
tants; ils en ont la physionomie, les allures et Tacceni particulier. 

Dans la première maison où nous entrons, on fabrique des arçons de 
selle. Nous allons aussi successivement chez des forgerons, des orfèvres, 
chez un spéculateur qui achète du coton filé aux femmes et le faiitissercbez 
lui, pour revendre ensuite les étoffes. Je désire acheter un collier de mulet J 
en cuivre. On m'en apporte plusieurs chez lui ; il m'en fait acheter un p 
trop cher et d'un curieux travail. 11 est composé d'une large chaine plate,^ 
à chaque anneau de laquelle est attaché un losange de cuivre de deux cen- 
timètres de côté et orné d'un dessin repoussé au centre, 

A lo heures, nous quittons Adi-Samba et nous nous dirigeons à 
l'ouest-ouesi-sud. A droite de notre route se trouve un précipice surplom- 
bant une vallée au fond de laquelle coule, en sens opposé à notre roule, la 
Karsa, rivière qui a, de l'autre côté de la vallée, de nombreux affluents. 

A lo h. i5', lorsque nous faisons boire nos mules dans le creux d'ua^ 
rocher, nous avons, sur la rive opposée, le grand village d'iddino. 

Un quart d'heure après, nous arrivons au village de Beddé-Vctchié, 
où nous devons loger. Le Ras n'est pas encore arrivé. En l'attendant, je vais 
déjeiiner sous les beaux oliviers de Bedda-Baji. Un vieux moine, vêtu de 
peaux, vient nous saluer; tin autre, tout près de nous, ourdit une pièce, 
les pieds d'un lit lui servant d'ourdissoir. 



KXPI OUATIONS KTHIOcrENNI 



Mercredi, 



ril. — Nous p 



289 

s parlons à 6 h. 1 5', au nord, et à 6 b. 
43' nous arrivons à l'dglise d'Emmanuel et à de nombreuses babîlaiions, 
sur petit plateau bien cultivé. 

A 7 heures, marchant au sud-sud-ouesi, nous traversons un deuxième 
plateau cultivé, comme le premier, en céréales, 

A 7 h. 1 5', nous prenons au sud-ouest et nous arrivons sur un troi- 
sième plateau, culiivé en coton, canne à sucre, mil. piments. 

A 8 heures, nous arrivons sur les bords de la rivière Zegahaoudem. 
Le lit en est de sable mélangé de cailloux ci de gravier; il peut avoir une 
largeur moyenne de 5oo mètres; d'après les traces laissées sur les berges à 
pic et d'où doivent tomber de nombreux torrents actuellement à sec, les 
eaux doivent atteindre une hauteur de 20 mètres. Pour le moment, il y a 
seulement, dans la Zegahaoudem, quelques ftleis qui coulent tantôt à dé- 
couvert, tantôt sous le sable. Sur la rîve opposée, il y a de l'eau courante 
sur une largeur de 20 mètres environ. Les eaux ont, à l'endroit ob nous les 
passons, un mètre de hauteur, mais il y a des endroits très profonds et très 
poissonneux. 

Le Ras et ses gens restent pour pécher. Nous faisons boire nos mules 
et nous nous engageons dans le litd'unlorrcni ù sec, qui est bordé, adroite 
et à gauche, par des roches taillées en muraille. 

A 9 heures, nous traversons un défilé. Nous avons à gauche le village 
d'Adisghié; tout en haut de la montagne se irouveni de grands arbres et 
une église dédiée à Anna-Mariem. Un moine que nous trouvons en che- 
min nous dit qu'Anna-Mariem fut saccagée par Mohamed Gragne et n'a 
jamais été relevée. 

Après le défilé, une vallée s'ouvre à noire droite ; nous faisons route 
à l'ouest et nous continuons à gravir la montagne de gauche, sur laquelle 
est l'église d'Anna-Mariem. 

A 5 h. 3o', nous prenons au sud. Nous avons sur notre droite une 
grande église dédiée à saint Georges, et entourée de beaucoup d'habitations 
et de cultures. 

A 10 h. 45' nous arrivons à Fitché, Sur un vaste plateau tout vert, 
gracieusement mamelonné, s'étend la ville du Ras. Le centre en est occupé 
par une buue couronnéede beaux arbres, au centre desquelsa été construit 
une église dédiée à saint Georges. 

A 1 1 heures, à côté de l'église, le thermomètre marque -\- ig"!. Il est 
à remarquer que, dans les Kollahs, nous avions ce matin, à 6 heures, -f- 



agO KJtPLOBATIONS ÉTHIOPIENNES 

iS»! ei à 8 heures, | 33°o. Le manoir du Ras esi au nord-fiord-eji. La 
direciion générale du plateau de Fiiché est ou est- nord -ou est. Outre l'habita- 
lion du Ras, qui occupe le sommeid'une vaste buite, se trouvent dissémi- 
nées, par ilôts, tes maisons des fusiliers du Ras, les membres de sa famille 
et de ses clients. 

Le soir, sur les cinq heures, le ras rentre. Il est fort triste et ramène 
avec lui le cadavre d'un de ses fusiliers i^ui s'est noyé en péchant. 

Je me présente chez le Ras, qui me reçoit avec son aménité accoutumée. 
La mort de son serviteur Ta affligé très sérieusement. Tous ces hommes, 
me dit-il. sont mes enfants. 

Le Ras me demande ensuîie des explications sur le baromètre et le 
thermomètreet il comprend très bien Pusage de ces deux instruments. La 
boussole lui est aussi connue. Il me parte i ce sujet de la manîËre éthio- 
pienne de diviser l'horizon. Ils supposent l'univers comme une maison 
carrée et donnent aux quatre poinis cardinaux les noms des quatre angles 
du monde. I Is supposent cetie maison percée de quatre fenêtres et donnent 
le nom de fenêtre aux points intermédiaires. Enhn, entre chaque fenêtre et 
les angles, ils placent un point qu'ils appellent le voleur. Ils ont ainsi di- 
visé en seize parties le cercle de Phorizon. 

Jeudi, 12 avril. — Le matin je vais prendre congé du Ras et à 7 h. 
je me mets en route au sud-ouest pour PAbai. Au plateau gazonné de Fii- 
ché succède un plateau pierreux, sans arbres, où l'on ne voit que peu de 
cultures. 

A 7 h. 3o', marchant à l'ouest-ouest-nord, nous arrivons k la rivière 
de Laga-Kouicha,qui coule au milieu du plateau entre des rives gazonnées 
et des buttes en forme de ballon gazonnées, disséminées à droite et à 
gauche. Devant nous s'étendent des pâturages et le village de Temano. 

A 7 h. 45', nous dirigeant au sud-sud-ouest, nous touchons au village 
de Bofficha, entouré de cultures et de pâturages. 

A S heures, nous traversons la rivière de BofTichà, ainsi nommée du 
village, et nous entrons dans le pays de GouUalé. La région tout entière 
serait souvent désignée sous le nom de la Montagne de Gara-Mascara, que 
nous venons de laisser à gauche. Le plat.^u de GouUalé est gazonné. Au 
sommet de buttes sont construites des habitations et tout autour se trou- 
vent des cultures. 

A 8 h. 1 5', nous arrivons à Ambisso. C'est ici que le Ras lient ses 



EXPTORATrONS i 



chevaux. Nous sommes actuellemeni dans le pays de Gara. Noire balde- 
raba nous laisse sur la route et va aux écuries du Ras changer sa mule 
contre un cheval. Il revient accompagné de trois Godjamais, prisonniers de 
guerre, qui rentrent chez eux. Ces gens, avec l'urbanité qui esi un des 
traits caraciérisiiques du Godjam, vîtnneni me saluer et me disent que, 
puisque je visite l'Ethiopie, je ne saurais rentrer chez moi sansavoîr vu leur 
pays, pays où les étrangers sont toujours les bien venus. 

La région devient accidentée. Des eaux vives sourdent de toutes pans 
dans le gazon, au milieu de beaux arbres : oliviers, acacias, sycomores, ar- 
bustes. 

A 9 h. 45', notre route étant au sud-ouesi, nous [Kissons auprès du 
village de Kellilcha, oti se trouve le manoir de lu fille aJtiée du Ras. Ce 
village est heureusement situé et a de belles cultures, bien irriguées. 

A ro heures, le pays devient de plus en plus boisé. Sur notre droite 
s'ouvre une vallée et à gauche nous avons desmontagnes. Le pays que nous 
traversons parait très habité. Outre de belles cultures, il y a une très grande 
quantiiéd'animaux au pâturage. D'ici l'on voit le Chebet-Gondja et autres 
monts du Godjam. 

A midi, nous arrivons au village de Nagàou, résidence du gouverneur 
de ridabou, où nous venons d'entrer. Ce chef veut me retenir pour la nuit. 
Je le remercie et me remets en route. 

A midi et demie, nous sommes dans une vaste plaine très cultivée; 
partout il y a de beaux arbres par bouquets, surtout une espèce particulière 
d'acacia nommé garbi. Nous sommes dans le pays de Gollé, soumis de- 
puis six ou sept ans seulement. La conquête de ce pays est principalement 
due au Fittorari Layé. La population du Gollé est en grande partie de race 
Oromone. 

Devant nous, sur la droite, nous avons un rocher remarquable; on 
dirait une tour et un pandc muraille d'un château moyen-âge. Lavillede 
Tchalanko, oU nous nous rendons, est sur la gauche de ce rocher, dont 
elle est séparée par un torrent. 

Sur la droite du rocher, et séparé par deux torrents, se trouve Dara, 
plateau rocheux inaccessible, au sommet duquel se trouvent des bois, des 
eaux, des cultures et de nombreux villages. C'est à la pointe du Dara que 
la Djama ou Addabai fait sa jonction avec l'Abaï (Nil bleu) et que les. 
eaux du Choa se mêlent à celles du Godjam. 

Jusqu'à ces derniers temps, le Dara formait un Etat indépendant. Il 



292 



EXPtOBXTIONS ITHIO^tEKHES 



appanenait j Djaz Assanno, qui avait su résister aux empeFcurs Thêodoros 
Cl Jeaa, aux rois du Choa ei da GodjaDn, et qui fut réduit, U y a quelques 
années, par Ras Dargué, après un siège de huti mois. Depuis, le Dara 
forme une province du Choa et est administré par Djas Desta, fils aine de 
Ras Dargué. 

A I heure, nous sommes dans la plaine d'Abôlic, oQ l'on voit de nom- 
breuses habitations disséminées dans des cultures. 

A 2 heures, nous traversons la rivière d'Alàiou. La largeur du Ut est 
de quarante à cinquante mètres; le cours est très rapide, la hauteur des 
eaux, au gué, est de cinquante centimètres. 

Après TAlàiou, on trouve le grand village d'Al-en-Daro, où nous re- 
marquons de splendides arbres, desgarbi. 

A 2 h. 3&, des enfants juchés dans les branches d'un bouquet de sy- 
comores, pour en cueillir les fruits, une sorte de 6gue, nous saluent et rient 
joyeusement en nous montrant leurs dents blanches. Nous nous croisons 
avec des femmes et des jeunes filles chargées de bois et nous nous enga- 
geons dans la montagne, laissant sur notre droite une vallée pierreuse, dont 
le milieu est occupé par le torrent de Gaddc. Cest de l'autre côté de cette 
vallée, ei devant nous, que se trouve le rocher remarquable signalé plus 
haut. 

Après avoir traversé un plateau pierreux et sauvage, nous arrivons, à 
4 h. 3o', à la ville Tchalanko, située dans une plaine bien cultivée. 

Le Fittorari, qui préside avec sa femme un repas qu'il donne à ses 
clients, me fait appeler ei, sans me donner le lemps de me débotier, me met 
àla place d'honneur du festin. Fittorari Layé nous rei;oit avec cette grâce 
et cette aménité qui caraaérise le grand seigneur éthiopien. 

Vendredi, 1 3 avril. — Journée passée chez le Fittorari Layé. 11 a chez lui 
deui moines éthiopiens, du couvent de Jérusalem, venus au Choa pour 
quÉter. llsmeparlent de la Terre-Sainte et surtout d'une OMi^ero [grande 
dame noble] française qui, fixée en Palestine, y ferait de grandes choses. 

Samedi, 14 avril. — Nous nous mettons en route à 8 h. 3o', à l'ouest; 
bientôt nous tournons au sud-sud-ouest et nous montons, par un sentier 
abrupte, au milieu de roches, jusqu'à 9 h. 1 5', A ce moment nous attei- 
gnons le sommetd'un plateau terreux, à grandes ondulations, sur lequel 
on m'oblige à attendre l'escone que le Fittorari Layé a voulu me donner, 




EXPLURATIONS tTHfOPTKNNES 



293 



malgré ti 



. Ceiie e: 



it forte de plus de q 



s protesmiions. 

fusiliers montés sur des mutes, accompagnés de leurs servants d'armes à 
pied. Le chef a en plus un écuyer qui lui conduit en main un beau destrier 
qui piaffe sous son harnais d'argent. 

Nous nous remettons en rouie. Je dois remercier Layé de sa bonne 
intention, mais il peut se vanter de m'avoïr ainsi sérieusement contrarié. 

A 9 h. 25', nous traversons le torrent d'Elasso et nous passons du 
pays de ce nom dansceJui de DJarso. Admirable plaine, bien arrosée, belles 
cultures et beaux pâturages, villages et habitations disséminés dans les 
aibres, grande quantité de bestiaux. A rextrêmité ouest de la plaine se 
trouve l'église de Gouattioné, sur une butte couverte d'arbres, où nous arri- 
vons à 1 1 h. T 3'. Je descends de mulet pour visiter Péglise, ce que je ne 
puis faire qu'extérieurement, car un vieux prdire à turban fantastique vient 
nous en défendre l'entrée et nousdii insolemment : « La prison et la com- 
munion, ne les voit pas qui veut. " 

Nous laissons ce fanatique et nousallons nous promener sous les beaux 
arbres de l'église, puis, h dix minutes de là, nous reposer dans une maison 
située auprèsdu marché. 

Vers une heure je veux sortir et aller me promener au marché, C'est 
l'un des plus importants de la région, car ici les marchands de Djema et 
autres pays du Sud se rencontrent avec ceux du Godjam et du Choa, L'es- 
corte s'est considérablement accrue. C'est entouré, non plus de quarante 
soldats, mais 'bien de deux cents fusils, que je me rends, en maugréant 
contre Layé, au îieu oti se tiennent les marchands. 

Ceux-ci, effrayés à ia vue d'une telle troupe armée, craignent un pil- 
lage et commencent â déguerpir. J'avais dit que je desirais acheter un bou- 
clier du Godjam. Les gens de l'escorte courent après les marchands de 
boucliers ei me les ramènent au nombre de cinq. J'achète deux boucliers. 
Après avoir fait interroger ces gens, j'apprends que les opinions sont divi- 
sés sur mon compte : les uns disent que je suis VAbbuun, et les autres, 
dame, j'ai tant de fusils autour de moi, un très grand personnage assuré- 
ment, mais pouvant peut-être confondre la propriété des autres avec la 
mienne et dans le doute on s'est enfui '. 



I Voici les renscigneroenls 
thand[«es d'Europe, des Indes et d'Egyptey 



IX que j'ai pu recueillir à Di'arso. Les m: 
«ont apportées par les marchands du Codjar 
Les gens du Choa y amcnent des unimau 



EXPLOBITIONS KTHIOPIENM 



Voyani cela, je donne Tordre de partir sans plus larder pour l'Abal. 
Nous nous menons en route à a h. 3o'. au nord. Nous repassons devant 
l'église de Gouatiiond et à 3 heures, surplombant le K.ollah dans lequel 
nous allons descendre, j'aperçois l'Abai qui coule resserré entre deux mu- 
railles de rocs. 

La couleur des terres est rouge sang-de-bœuf, les roches soni grises. 

A 3 h, 3o', nous avons sur la gauche le village de Négadé. Il notisrj 
faut franchir un pli de rocher ei nous nous trouvons devant l'ermiiage defl 
Ouatchà-Mikaël. Un vieux prêtre, qui es! sur le seuil, nous salue. Not»-^ 
nous trouvons engagé dans des descentes impossibles. Enfin, à 4 heures, 
nous nous arrêtons dans une prairie qu'une butie sépare des maisons ott 
nous devons aller coucher ce soir, où nous [arrivons i 4 h, 55'. après noos 
être reposé une grande demi-heure dans la prairie. 

Nous sommes requs dans le manoir d'un Ahbagase', beau vieillard quij 
vient nous recevoir. Cette résidence dépend du village de Gouradjik. qui i] 
est à l'orieni du manoir. 

La maison où l'on nous loge est très propre et bien tenue. Je suis in- 
trigué par un certain nombre d'objets enfumés qui ont la forme de saucis- 
sons mal ficelés. J'examine : ce sontdcs membres virils, des trophées ! C'eii 
la première et la seule fois que j'en ai vu au Choa. Ménélik faisant tout 
pour abolir la barbare coutume de l'éviraiion, il est peu de maisons dans 1 
ses États qui n'ait caché ou détruit ces trophées. 

Tandis que les habitants des plateaux sont surtout de race Oromone, ]mM 
population du Kollah est exclusivement Amara. Ces gens des KoUahs,,! 
aussi bien ceux du Godjam que ceux du Choa, auraient des habitudes invé>i 
térées de brigandage et de pillage, et feraient, les uns chez les autres, de frf'j 
quenies excursions. 

Brigands ou non, ceux d'aujourd'hui nous fontle meilleur accueil. 



Dimanche, i5 avril. — A 6 heures, nous nous mettons en route i 
l'esl-sud-est; nous avons des tombes sur notre gauche, au milieu de pîern 
amoncelées. 

A 7 heures 1 5', nous arrivons au torrent de Tirro. Le lii, qui fiwm 

dec b«ub principalement. Les boEufs grai valent de 1 thalari i,i i 3 thalarî. Actuell 
ment, le change du Ihsicr est de i Ihaler pour 10 amouléi. 

' L'Abbsgaie, comme le marquis en Europe, est le gouverneur d'une frontière qirf 



KXPLORATIOKS eTHIOPlBNNES 



39F- 



une rigole au milieu des roches, serail le seul passage donnani accès de 
TAbai au Gouradjit. On a creusé dans le roc qui borde la rivedroiiedu lor- 
rent, et à une dizaine de mètres de hauieur, un sentier qui esi barré par 
une herse mobile se rejoignant à une muraille et formant une ligne de dé- 
fense. 

A 8 h. 1 y, nous arrivons au bord de l'Abai (Nil bleu) . Nous sommes 
venusen descendant des chemins impossibles, dans lesquels j'aidii me lais- 
ser le plus souvent glisser sur les mains et le fond de ma culotte, de moles- 
kine heureusement. 

Le Heuve est certainement imposant. Il coule sur une largeur de deux 
cents mètres entre deux hautes murailles de roches rouges, de cinquante à 
soixante mètres de hauteur, et dans les interstices desquelles, aussi bien sur 
la rive du Godjam que sur celle du Choa, poussent des acacias au tronc 
tordu et au feuillage grillé. Oti un peu de terre végétale Va permis, se voient 
de rares et malingres sycomores, 

L'AbHï mérite peu aujourd'hui le nom de Nil bleu, car la couleur de 
ses eaux est jaune. Leur cours est ici est-ouest. 

Nous trouvons, sur les bords du fleuve, une centaine de gens du God- 
jam venus hier au marché de Djarso et se disposant à rentrer chez eux avec 
leurs acquisitions, qui consistent principalement en bouvillons et jeunes 
mulets. La hauteur des eaux au gué ne dépasse pas les aisselles d'un homme 
détaille moyenne; les femmes et les enfants perdent pied et traversent le 
fleuve en appuyant leurs mains sur les épaules d'un homme. 

Un voyageur économiste, comme ("ai toujours tâché de l'être en .\frique, 
oïl depuis longtemps déjà je chcrcheâ ouvrir des routes, créer des relations 
entre nos possessions et l'intérieur du continent, ne saurait se trouver sur 
les bords de l'Abai sans songer au projet des Portugais de détourner ce 
fleuve dans l'Aouache, projet qui aurait pour conséquence directe de réunir 
à rintérieur de TAfrique, pur un grand fleuve, notre possession d'Obock. 

Il est certain que si l'on parvenait à détourner dans l'Aouache un vo- 
lume d'eau aussi considérable quedoit être celui de l'Abai aux hautes eaux ; 
ces eaux, jointes à celles de l'Aouache, se créerait par leur propre force. 
quels que soient les obstacles qui s'y opposent, une route vers la mer. 

L'histoire a conservé le souvenir de plusieurs projets de détournement 
de l'Abai dans la mer Rouge. Le plus connu des Européens est celui des 
Portugais', mais avant eux un empereur Ethiopien, Attié Laliballa, avait eu 
la même pensée; il en aurait même commencé l'exécution. En faisant en- 



2i)(» KXPLOBATIONS ÉTHI0PIENS15 

treprendre des travaux, son but était de détourner dans le bassin de 
r Aouache les affluents de l'Abaï. — Bruce parle de ce projet. 

A 9 heures nous quittons les bords de l'Abai cl nous nous remettons en 
route pour Djarso; nous passons la nuit dans le village de Nentchîo, qui se 
trouve dans la plaine de Djarso et est habité par des marchands musul- 



Lundi, i6 avril. — A 7 heures, nous nous tneiions en route à rouest- 
nord-ouest, mais pour peu de temps, car à 7 h. 10' nous nous arrêtons au 
village de Couiou oii l'on m'avait dit que je trouverais à acheter des cornes 
de rhinocéros. On cherche vainement le détenteur desdites cornes et tious 
repartons, à 7 h. 3o', au sud-sud-est. 

Nous sommes sur un plateau de terre noire, très bien cultivé en cé- 
réales. Ce plateau est à grandes ondulations et n'a pas d'arbres. Les habi- 
tants se servent pour leur chauffage et la cuisson des aliments, de bouse de 
bœuf desséchée. 

Nous passons à S h. 3o' devant le village d'Etcho, au sud-sud -ouest, et 
à h. 1 5', devant le village de Nîlki au sud-sud-est. Ce village est sur une 
butte et paraît occuper le milieu du plateau. 

A 1 1 heures, pour faire reposer nos montures et déjeuner, nous nous 
arrêtons dans une belle prairie où pâturent une quantité considérable de 
bueufs, de chevaux et de mules. 

A une heure, nous nous remettons en route au sud-esi. Le plateau est 
gazonné. uni, sans une pierre ni un arbre. Devant nous se trouve une vallée 
plate qui sépare le village de Kési de celui de Kouillou. Les deux sontsur 
des tertres, La vallée entre les villages a nom Oulà-Oumo. 

A 3 h. 1 5', nous arrivons au village de Kési. Nous allons visiter une 
église dans les environs et en rentrant nous trouvons Ras Dargué qui viem 
d'arriver avec le Fittorari Layé, 

Mardi, 1 7 avril, — Le matin nous prenons congé du Ras, qui doit 
passer quelques jours ici. 11 me fait donner un cheval, un mulet nain et un 
grand sabre recourbé. 

A 10 heures, nous nous mettons en route au sud-sud-esi. Nous avons 
sur notre droite la plaine et le village de Tekabora, 

Une fois que l'on a descendu la butte sur laquelle est construite Kést, 
ce qui demande dix minutes, on entre dans une région accidentée, cou~ 




KXPIOBATIOWS ÉTHIOPIEVMES 



297 



verte de gazon, d'oliviers et d'acacias. On a, sur la gauche, la poinie ro- 
cheuse d'Ada-Gui. 

A 1 1 heures, marchani à l'est, par le plateau taniôi pierreux, untôl 
gazonné d' Alidîro, nous arrivons dans la plaine de D^guemd, dans laquelle 
se trouve un très grand nombre d'habitations ei de beaux labours séparée 
en deux parties par une petite rivière. 

A midi, après un arrdt d'un quart d'heure, nous nous remettons en 
route à l'est. Nous gravissons une côte ci nous arrivons au plateau d'Am- 
bisso. 

A une heure, nous sommes au point culminant du plateau, d'oti nous 
dominons Fiiché, que nous atteignons à 2 h, 45'. 

En l'absenee du Ras, Je suis hospitalisé au nom de la Ouizero Dargué. 
Elle me fait appeler sur les cinq heures. Elle me reijoit avant à ses côtés la 
sœur du Ras ei de nombreuses suivantes. Quelques ccuyers sont assis le 
long des murs de la pièce. Au milieu de la salle est accroupi sur une natte 
un personnage grotesque revêtu d'un costume ecclésiastique, dont les épaules 
sont couvertes d'une longue pèlerine découpée dans de la peau tannée. 
Toute sa personne, grasse à lard, parait un vrai modèle de Sancho ; visage 
bouffi de graisse, petit nez en vrille, large bouche sensuelle et petits yeux 
que la graisse parait lui empêcher d'ouvrir. 

On me prévient que c'est le fou ou le bouffon de ces dames et de ne pas 
me fâcher s'il m'adresse la parole. 

En effet, quand on eût échange des compliments et que l'on m'eut fait 
apporter de l'hydromel et des gâteaux, le bouffon me regarda et me dit : 

a L'habit ne fait pas le moine, et si je suis habillé comme les ana- 
» chorèies mangeurs de racines et buveurs d'eau, voyez ma face : ce n'est 
» pas une figure de jeûneur, 

" On me fait jeûner, cependant, car si j'avais continué â manger mon 
» soûl, je ne pourrais plusouvrir les yeux. " 

Tout le monde se met à rire et le bouffon riant plus que tout le monde 



» Je suis fol, je bois bien, je mange bien et je me moque du reste. » 
Puis il imite des pétarades et le bruit de la fusillade, en frappant avec 
son bras sa main qu'il tient sous son aisselle. 
Il reprend ensuite : 
« J'aimerais beaucoup les femmes, si leur cul était moins vaste; oui. 



>tjt K5>l..lliik.nDlfiL 



> '«viire .tui "éat rfmat 1 âtuirsi lid se œiiârirer le 3es..BX 



T'Sut le :iuyuiie: ^^ratîdtt saunes s: faî^vaimaL riesr i & sKczieL 
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Mereredi :i éurril. — Li arnrrwr, «car iix R»^ jpirriâc s brTc 
-^i^^le iefw-xaare » icîxatite^itx ans. xiii i»r xoc 'e icîs pK-ir 3 Traria . 
«:ar ;'^ pris umqj^ l'eile arer 2a sccr rfey la Oicaer:. ^rîeist iies âufr 'lem c s 
<f9 matin autcçr^rcr t iéc^iruez. Elle esc accitrrcaffrDss ie àaa, gn^rTes 

iâxneJi tek v^at jprr%, : 

r n r/r a -îTie iesi hoai^nas fc : :pïe tgos ;2evcz écrs tts', OBoa Dîea ? 
» fjfAti, y^jm% fierez an dé^eaner coa^isoabie er tocs asrez es rotre ies pn>> 
* rmoM^ de chrétiei». 

• Je poorrais être Totre mère, toos sarez, btea qœ iroas ayi^z la barbe 
i» k>nifpie. Meftea^HTOQS là, mangpez, htiSÊez^rooi serrir ex ¥oos direz iiserci 
« apféa. • 

Se me Umsii faire, non sans plabtr, et tooc en mangeant et boraitt, 
\éamxàt% la prioc^ne me parler de son père Sabala-SeLassié, de rédocatîoQ 
f^nll ùinait d/Ainerà lesenfams etdeRochetd'Hériaxirt, qui fat très aimé 
de la Umile royale. 

Apfè» mon repas^ la princesse me donna an élégant agalgel (panier 
f/^md <^|ui Jiert de cantine , dans lequel elle m'araitiait mettre undonrodabo. 
Èfffttde pâtée M^tc des ^jcrufs et des morceaox de volaille. 

Nou4 nous mettons en route à 9 h. 1 5', dans la direction du sud. Ici le 
plateau est terreux et accidenté, 11 j a là quelques acacias, des labours dans 
une terre noire où Ton ne voit presque pas de pierres. 

A 9 h, 3o\ marchant à Test^ud-est, nous traversons le village de Dig- 
diff},et un quart d'heure après nous arrivons à Arrata-Mariem (repos de 
Marie), où le Ras vient de Caire terminer, dans un site gracieux, une belle 
église dont la construction, surveillée par le Ras lui-même, est très soignée. 

Ain»i que me le rappelait ce matin la princesse, Sahala-Selassié, qui 
eut de très gramies qualités comme roi, s'était beaucoup occupé de Téduca- 



EXPLORATrOKS ëT1fro>>tEHI«KS 



'99 



tion de ses enfants. Non-seulement il leur fit enseigner les sciences el les 
lettres éthiopiennes, la musique, l'équitaiion et l'escrime, mais il leur fit 
donner des notions de tous les métiers exercés dans ses Etals, et les princes 
SCS fils apprirent à travailler le bois ei le fer, tanner des peaux, etc. 

Ras Dargué a un véritable goût pour la construction ; capable d'appré- 
cier les travaux des bons ouvriers, ceux-ci aiment beaucoup à travailler 
pour lui, d'autant plus qu'il est très généreux. Celte église, en même temps 
qu'elle est un bon modèle de l'architecture religieuse de l'Ethiopie actuelle, 
permet de connaître les règles liturgiques qui doivent être observées dans 
la construction d'une église éthiopienne. 

Une église, d'après la liturgie éthiopienne, ne peut être construite que 
dans un lieu complanié d'arbres et arrosé d'eau vive; ici il y avait de beaux 
arbres, mais pas d'eau ; le Ras a été chercher une source dans la montagne 
d'Aairo, située à trois ou quatre kilomètres dans le nord-ouest, et Pa amenée 



Arrata-Mariem se compose, comme toute église éthiopienne réguliè- 
rement construite, d'un vaste enclos nommé Assed, dont les côtés sont 
orientés. On a adossé au mur de Pouest un grand porche carré, que l'on 
peut fermer avec des portes et qui a deux ou trois pièces à hauteur d'un pre- 
mier étage ; c'est le Deje-Salam (porte du salut), dans laquelle se place la 
cloche. La cloche d'Arraïa-Mariem est de dimension respectable pour avoir 
été fondue dans le pays. 

C'est dans le Deje-Salam que l'on baptise les enfants nouveau-nés; les 
adultes sont baptisés en dehors; les uns et les autres le sont par immersion. 

On entre dans l'enclos qui sert de cimetière et l'on trouve l'église, de 
forme ronde, construite en face de la porte du Salut, mais à l'autre extrémité 
de l'Assed. L'église est couvene d'un toit de chaume surmonté d'un appen- 
dice en forme de parapluie, en lame de méial, en dessous duquel se trouve 
également un espace recouvert de lames de métal; le loui généralement orné 
de peintures et de verroteries. Au-dessus du Kountcho se trouve la mascale 
[croix] . Elle est en fer forgé, au milieu d'un limbe autour duquel alternent 
des colombes également en fer et des œufs d'autruche. 

L'église est formée de trois enceintes concentriques. La première a nom 
Kenié Mallet (endroit du chant] ; on y parvient par trois portes : une i 
l'orient, qui est réservée aux prêtres et aux clercs ; une au midi pour les 
hommes et une au septentrion pour les femmes. Sauf la messe, toutes les 
cérémonies religieuses se passent dans le Kcnic-Mallet, en chant de psaumes 



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TnîrifCT ; elles r::>erl3en: i" Arrsîer Tirrectir:: , 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIEMKBS 



3oi 



Il y a aciuellemeni en Ethiopie un art que l'on ptut traiter de barbare 
ou grossier, qu'il vaudrait mieux, je crois, qualifier de naïf, mais qui est 
irés remarquable, en ce sens qu'il est l'alliance de deux arts bien différents: 
l'anhysantin et l'art indien. 

Sur un fond monocrome jaune ou bleu, des personnages dont la 
silhouette est détachée du fond, comme dans les peintures et mosaïques 
bysantines, par un trait noir, sont groupés et forment des scènes plus ou 
moins variées. Bien que hiératiques, ces peintures n'ont pas la rigidité des 
figures byzantines. Elles sont animées et le mouvementesi souvent heureu- 
sement rendu, mais par des procédés analogues â ceux des dessinateurs in- 
diens. Certaines parties des dessins éthiopiens, telles que les draperies ei 
les yeux des personnages sont purement indiennes. 

Les artistes qui font ces fresques ont, ainsi que ceux du mont Aihos, 
des cahiers de modèles dans lesquels sont dessinés au trait < des anges, des 
saints, des animaux, des batailles, des scènes historiques et de la vie pré- 
sente. 

Lorsqu'un peintre» une église â décorer, il s'entend, avec les personnes 
qui font faire le travail, sur les principales scènes à représenter, ci après 
avoir recouvert préalablement toutes les boiseries de toiles de coton forte- 
ment collées, il passe sur tout le mur un enduit de gypse. Lorsqu'il a une 
surface bien blanche et bien unie, il esquisse au charbon noir les person- 
nages et les scènes qu'il veut figurer, et il se sert pour cela de son cahier de 
modèles, oîi il prend tantôt le père éternel ou un soldat, tantôt saint Georges 
ou une prostituée, etc. 

Voici maintenant la description des peintures représentées sur les murs 
du Kedeust d'Arrada-Mariem. Nous allons les examinercn quatre parties, 
suivant l'orientation des murs qu'elles recouvrent : 

Côté Est : le roi Técla-Haimanot de Godjam prisonnier. La bataille 
entre les troupes du Choa et celles du Godjam ; tous les Choanais sont re- 
présentés de face et tous les Godjamais de profil ; une régie immuable de 
l'art éthiopien veut que l'on représente de face les gens de son parti ou de 
sa religion, et de profil les ennL:mis et les infidèles ou leurs cadavres. Le 
Negous Menelik, en costume dégénérai éthiopien, coiffé delà crinière de 
lion, avec la pèlerine de guerre en velours noir brodé d"or sur une riche 



I J'ai pu me procurer quelques feuilles d'un de c 
du Trocadéro parmi mes collections ethnographiques 



s : elles ti^ur 



302 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 

coite d'armes en lampas brodé ; il tient une carabine Winchester à la maîn 
eiest moniésur un cheval jaune enlevé sur fond bleu, Le confesseur du rot 
suivi de femmes qui vont à Téglise. Au-dessus de ces peintures se trouvent 
représentés la cène, le lavement des pieds, la prière au Jardin des Oliviers, 
les quatre évangélisies avec leurs animaux traditionnels; la prise du fort de 
Darra par Ras Dargué ; à droite, l'apocalypse de saint Jean ei à gauche la 
transfiguration du Christ au Tabor. 

Côté sud : le roi Sahala-Selassié et toute sa famille, aussi bien ceui qui 
soni en vie aujourd'hui que ceux qui soni morts depuis longtemps. Ils sont 
représentés devant la Vierge qu'ils implorent ei qui les bénît en leur pro- 
meitani sa protection, ainsi qu'il appert d'écrits Tracés sur des espaces blan- 
chis, ayant la forme de langues et sortant de la bouche des personnages. 
Une série de tableaux reproduit l'histoire de la Vierge, sa naissance, sa pré- 
sentation au Temple, l'assomption, la crèche de Bethléem, la fuite en 
Egypte, le saint Sépulcre, l'annonciation, Lazare et le mauvais riche, ce 
dernier mangeant le broudo ; des bœufs à la charrue, les travaux des champs, 
l'échelle de Jacob. 

Côté ouest ; La résurrection. Des chérubins tiennent un parassol vert 
ouvert ' au-dessus de la téie du Christ. La Trinité est représentée par trois 
vieillards identiques. Au-dessus de la t^lc de chacun d'eux un ange age- 
nouillé lient ouvert un parasol vert. La tentation du Christ; saint Georges 
sur son cheval blanc terrassant le dragon ; Aboune Tecla Haimannot fai- 
sant pénitence sur une seule jambe. L'artiste, pour bien indiquer cela, a 
placé sa jambe à côté de lui. contre un mur. 

Côté du nord ; Aèo entouré d'animaux féroces, ses serviteurs. Il est 
vêiu de peaux, le poil en dehors, a une longue barbe rousse qui lui tombe 
plus bas que les genoux cl de grands cheveux roux sur les épaules et dans le 
dos ; Abba Samuel, un saint ermiie monté sur un lion ; la Vierge combat- 
tant un jeune diable ; Jérémie ; le martyre de saint Etienne ei autres scènes 
de martyres. 

L'église se nomme Arrada-Mariem (repos de Marie). Je l'ai déjà noté, 
et le pays Debra-Fessas (montagne de la joie]. 



1 Le parasol est en Ethiopie, camme dant les Indei, comme il rftait et l'ett encore 
en partie chez nous (le dais pour l'entrée dea rois et dei évéquei), un insigne d'honneur. 
Les peintres représentent Dieu elles tris grands saints, soit avec un ponsol, soiCchau 
de souliers fermés et i pointe, chaussures réservées en Ethiopie aux rois et aux évéqueav,^ 



EXPLORATIONS éTMIOPIKFNRS 



3o3 



Nous parions à m heures. Nous passons un plateau pierreux. A gauche 
nous avons des Kollahs. 

A 1 1 h. lo', nous arrivons h un manoir de Ras Dargué, nommé 
choncourte (oignon). Nous trouvons devant la porte l'aumfinierdu Ras, 
occupé à faire distribuer des secours en vivres ei vêlements à un millier de 
personnes, vieillards, femmes, enfants et infirmes. Le régisseur du Ras me 
fait reposer et m'offre une collation. 

A M h, 45", nous nous remettons en route. Dans le fond du Kollah 
oiH nous entrons coule la rivière de Segaudem, tributaire de l'Abai: nous 
traversons un petit ruisseau et nous entrons dans le territoire sacré dcDebra- 
Libanos (montagne du Liban), rochers nus et brûlés sur lesquels jouentdes 
singes énormes. I^ territoire de Debra-Libanos est un lieu d'asile aussi 
bien pour les hommes que pour les animaux, et ces singes, qui le savent 
bien, n'ont aucune crainte de l'homme et viennent jouer à côté de nous. 

A midi, marchant à Pesi-sud-esi, nous traversons le ruisseau de Didji- 
gà. Le site devient de plus en plus sauvage ; pierres brûlées et tourmentées 
de toutes formes, quelques acacias â tête régulièrement arrondie et à ver- 
dure glauque. Sur la gauche, une caverne oli le Ras renferme toutes ses 
provisions et munitions de réserve, en cas de guerre. Sur la hauteur, à notre 
droite, se trouvent les constructions du monastère de Debra-Libanos. 

A midi 3o', route sud, nous entrons dans un joli bois, tapissé d'un ga- 
zon vert, rafraîchi par des eaux courantes ; dans le fond tombe des rochers 
une cascade : ce sont les eaux miraculeuses. 

A midi4S', nous arrivons devant une grande église en construction. 

Avant d'aller plus loin dans ce récit d'excursion, il est indispensable de 
rappeler les origines de l'Ethiopie chrétienne, ce qu'on ne saurait faire sans 
remonter au moins au déluge, car, d'après une tradition respectable, égale- 
ment admise des juifs, des musulmans, des chrétiens, c'est un petit-fils de 
Noé, du nom de Kusth qui colonisa le premier l'Ethiopie et ce sont les en- 
i fants de Kusich qui fondèrent Axoum quelques années avant la naissance 

d'Abraham. 

UnereineduSaba, nommée Macada par les Ethiopiens, et Békis par 

les Arabes, eùtde ses relations avec Salomon, roi des Juifs, un fils, Méné- 

lik, qui fut élevé ù Jérusalem et sacré, dans le temple même, roi d'Axoum 

et d'Ethiopie. 

\ Ménélik quitta Jérusalem et se rendit en Ethiopie, accompagné d'israé- 

I lites appartenant h toutes les tribus et à toutes les classes de la société. Aza- 



nij^^i'i ^ny^i iTEz-yi 



Et. Errrr^i:': *c: Eriizc^jt i» terres tt Lss hibcnr:* i<s Eaz3 ic Mâ^ 

île fz'irr: prrsffs n tr:c5 pars : 



2' L'EzcrEén. Aizri25 tr. ses iacss^i*y^3. j^ : ic: 







5::r jssr-dls "» iSrcn» r:':^t -Amis trz q-zr: p;cT-r£r J'rcdnc «c coq de 

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e: ecrKir* i'ocTrSers. FAUci, ^ai nercêsecK kf IlidiSisé. Je s'^naa pour 
le saluer. II ftîi ncdrer r>;ii soa rr>o>rïie ec ae «arie rrsc doqs que Fintcr- 
«cê^e. Li coaversatioa s'engijîe airis: eixire dxis : 




cTçns îsacEsîs: rs 






c:;ii=:E: 



rirchcxè 



« rr^-rrart.: saches x^ccr-Tba 



*t pocr* 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 3o5 

— Que venez-vous faire ici ? 

— Un pèlerinage au tombeau d'Aboune Tecla-Haimanot, qui est 
connu dans mon pays comme un grand saint. 

— De quel pays êtes-vous ? 

— Je suis Français. 

— Etes-vous un enfant de l'Aboune Massaja ? 

— Je ne comprends pas bien ce que vous voulez me dire ; certaine- 
ment j'appartiens à la même communion chrétienne que Mgr Massaja, 
mais je ne suis pas un de ses prêtres. 

— Si vous êtes un enfant de Taboune Massaja je ne puis vous parler, 
car vous êtes excommunié. 

— Vous ne pouvez donc plus parler ni au roi ni à votre évêque : ils 
sont également excommuniés puisqu'ils me reçoivent chez eux et me par- 
lent. 

— De quel pays m'avez-vous donc dit que vous étiez? 

— De France. 

— Bien, si la France est votre pays, nous sommes de la même reli- 
gion. 

Après cela nous causons de choses' et d'autres. Il m'apprend que le 
monastère possède beaucoup de livres et il met à ma disposition ceux dont 
je voudrais faire prendre des copies ou des extraits. 

Je prends congé de TAlaca, qui me fait escorter un bout de chemin 
par ses gens, qui nous laissent seuls après de nombreux compliments. 

Le pays est ravissant. Nous sommes dans un vert vallon, le sol est re- 
couvert d'un tapis de gazon que tondent des beaux bœufs; il y a des arbres 
magnifiques sous lesquels se promènent de beaux moines à la tête ascétique. 
Est-ce Paul ? Est-ce Antoine ? 

Nous arrivons à la cascade. L'eau tombe d'une vingtaine de mètres de 
hauteur et forme une magnifique douche que des gens nus reçoivent avec 
componction ; on obtient ainsi un grand nombre de guérisons. 

Nous escaladons la montagne par un sentier à côté de la cascade et nous 
arrivons sur un plateau pierreux et sans arbres ; nous traversons le ruisseau 
de Bourkà et nous entrons dans le territoire de Ras Gobanna. 

Le jeudi 19 avril, nous couchons à Hamman, chez Ras Gobanna, et le 
samedi 21 avril nous rentrons à Ankobèr. 



39 



mXÉRAIRE DWXKOBÈR A OBOCK 



.4 Monsieur Gabriel Gravier, PrésiJefit honoraire Je la Société 

mormoJtJe de Gé^ygraphie, à 



Mo>J CKEx Ami, 

Je neoopie, en tou:e hiu;, les noies de moa camei de vojjge et vous 
en\x^ie ainsi mon idaerair^ d\\akol>èr i Obock. 

LmmJi. ^imillet : SS4. — A dix heures du niitîn. dans tt.a saiiOQ de 
Tcha^, ùuK>un: dWakoStr. le Siromètnc marque 559^ 4 e: le thermo- 
inèire-A- icy 9 . LeiKnps es: coainene: la brise, à peîae sensiMc soaffle do 
5a:id. Il a plu pendin: :ou:e la auii. D'après une lectre de M. Zimrsennann 
à M. LiSitnc les rouies auraient co:n::ïenoé sur les plateaux, à Aniofo, 
depuis la £a du mots dernier- Ici, la pluie dliier au soir esc la preziicre de 
la saùon. LTiiTier esî de plus en pîus urdif en Ethiopie à z^esure que Foo 
descend tcts la roer. Axtsc u- pKi de chance, nous pcurrccis fuir dcinnt !a 
pHuSe: rrois^ alors. <are à la sotf! 

Je dccr>e à mes *:eas Tcrdric du dqjuirt et >e vais reriinc visix à mon 
ami ec vocsin M. Pierre Libatu:. De là k r:>e revis cbei rccwrc frirvais» 
M, je capcîaiïîe Lc^lcS;^:s. Tenu ici pxir porter à S^ M. MèrKÎik une kare 
«cdes pc«e:::2s de M. je Prîsàder:: de la RèpcKisîue fnnçaise, ec nesrpîir ia 
missàoc ^,1: hii a eoe ôccree pur k Xlin^scre ie Tlracroctkc pGKîqne de 
reccerkiitne 3e cccrs du 5eux« AxsaciiK. Je qui:» M> Loctrf«$ à huit 

En p«t$s&r: der-an: 




:i«s c,: r^mrr.es i: d'ic::;an^ c;ii s'ehtyTJgKci. Nc»cs arriTocs s;;ir ;ir pctn 



RXn.O HATIONS ÉTHIOPIEHNES 



3o? 



Le site, où je m'arrête à 8 h. 3o', est des plus pilloresc|ues ; des moii- 
lagnes, des eaux vives, des forêts, des cultures variées s'y épanouissent. Je 
suis assis sous un cypriïs. et je vois au-dessus de moi des champs d'orge et à 
mes pieds des plantations de bananiers, de cannes à sucre. C'est pour mon 
œil toujours un nouveau plaisir de voir ainsi, dans l'espace qu'il peut 
saisir, s'étagcr les cultures du Nord et celles des tropiques. 

Je relève avec ma boussole : la dent de rEmmameret.au N.-N.-O; An- 
kobèr, dont nous sommes à un kilomètre à vol d'oiseau, au N.-O; les monts 
Azalo, au N.-O; à l'Est, Erre, qu'il ne faut pas confondre avec le mont du 
tnéme noin au pied duquel se trouve Arebsa-Galane ei oU s'élevait la capi- 
tale de l'Ethiopie au moment de l'invasion musulmane du xv* siècle. A 
l'Est et à trois kilomètres à vol d'oiseau, les marchés d'AH-Amba; à 
l'E.-E.-S-, etA quatre kilomètres environ, celui d'Abd-Ould-Rassoul. 

Ainsi que leur nom l'indique, Ali-Amba (manoir d'Ali), Abd-Ould- 
Rassoul (esclave des fils du prophète), ces villes appartiennent aux Musul- 
mans. La dernière surtout est le centre d'un grand commerce clandestin 
d'esclaves. Là, de nombreux enfants Gallas et Changallas sont mutilés 
pour le ser\ice des harems du Caire et de Constaniinople. 

Nous quittons à neuf heures ces lieux sinistres, continuant à faire 
rouie à l'est. A 1 1 h. 3o', nous rencontrons les premiers qâmmo, 
arbustes aux feuilles d'un vert glauque, aux fleurs violettes en grappes dont ■ 
le fruit, en forme de boule verte, est rempli d'un duvet soyeux qui leur fait 
donner au Sénégal le nom vulgaire d'arbre ù soie. Une sève laiteuse découle 
de leurs branches. Ces arbustes qui sont l'un des types caractéristiques de 
la flore africaine ont été trouvés par moi dans la Senégambie, le Soudan, 
le Sahara, à Metilli des Chaamba, oti ils sont nommés, si mes souvenirs 
sont exacts, krounkas. 

A 1 1 h. 5o', je m'arrête pour déjeuner sur les bords de la rivière qui 
traverse la vallée de Moullou- Amba (plaine ou manoir d'Amba] . Le temps 
est couvert et une faible brise souffle de l'est. 

A midi un quart, je me remets en route. Ayant appris que S. E, l'a- 
zage Ould-Tadek a quitté sa résidence de Dingui Megzia (porte de pierre) 
pour se rendre auprès de son frère dangereusement malade, je me dirige 
directement sur Farré, où j'arrive à quatre heures. 

Une brise à peine sensible souffle alors de l'ouest. Je suis reçu par le 
capitaine Pino et M.Jules Hénon. Ces messieurs vont partir par la voie de 
Zeïlah. Ce dernier doit toujours partir dans huit jours, d'après ce que lui 



3o8 EX1>L0RATI0NS ÉTHIOPIENNES 

promet son guide, Mohammed Aboubaker. Depuis le mois d'avril, il y a 
aussi un certain médecin de Paris qui doit aussi partir. II est à souhaiter 
pour lui que tous les témoins de sa conduite au Choa soient aussi indul- 
gents que moi et veuillent bien oublier son nom. 

Je trouve aussi à Farré l'ingénieur Aubry, venu pour serrer la main 
aux partants. Il se prépare pour un voyage au Oualaba. 

Pendant la nuit, lèvent souffle en tourbillon. L'époque de l'hivernage 
s'annonce. 

Mardij S juillet, — A 8 heures du matin une faible brise souffle de 
Test. Le temps est couvert et la forme générale des nuages est celle dite 
nimbus. La température est de-{- 2 1® 9', tandis qu'hier, à Ankobèr, elle était 
à la même heure, de -j- 10° 9', ce qui fait, entre Ankobèr et Farré, une 
différence de 10 degrés. Cette différence de température a pour cause la 
différence d'altitude entre les deux points. Je Tai trouvée à peu près la même 
dans mes dififérenis voyages. 

Je vois ici un grand nombre de marchands d'esclaves venus pour 
régler leurs comptes avec Mohammed Aboubaker. Ce dernier joue la co- 
médie de partir avec des Européens et une caravane oli il n'y a que des 
marchandises avouables, mais, sous la conduite de son frère Maki, part en 
même temps, par une autre route parallèle, la caravane des esclaves du 
pacha de Zeïlah. 

Je quitte Farré à 8 h. 3o'. Une brise souffle de Test et le temps est 
serein. Notre marche doit être évaluée à 4,600 mètres à Theure. 

A 9 h, 45' nous arrivons à Azakel, où M. Léon Chefneux, avec qui je 
dois voyager, a établi son camp depuis quelques jours, ayant ainsi l'obli- 
geance de m'épargner tous les ennuis des préparatifs du départ. 

A mon arrivée, M. Chefneux me remet deux lances et un bouclier 
d'honneur garni en argent, que le roi m'a fait envoyer ici ainsi qu'une 
décoration ayant la forme d'une étoile en or, et qui se porte au col avec un 
cordon de soie aux couleurs de l'Ethiopie (rouge, blanc, jaune et vert). A 
cette décoration est joint un brevet que M. Joseph, interprète de la station 
italienne de Let-Marafia, venu pour nous dire adieu, a traduit comme suit : 

Moi 

Ménélik II, par la grâce de Dieu, roi du Choa, du Kajffa et de tous les 
pays Gallas ; 



Suivant l'usage des rois qui donnent leur décoration à leurs amis et 
à leurs guerriers, pour leur dévouement, leur science, leur force, leurs 
vertus, et leur intelligence; 

Je donne ma décoration 

A Monsieur Pacl Soleillet, mon ahi. 

Qui est resté deux ans auprès de moi et a travaillé à renouveler les 
bonnes relations amicales et commerciales, établies autrefois par un 
traité entre mon grand-père Sela Selassié et Louis-Philippe. 

En récompense de ses services, je t'autorise à porter sur sa poitrine 
cette distinction d'amitié. 

Cette étoile est la troisième décoration de mon royaume ' . 

Ecrit en ma ville d'Ankobèr, le 24 santé 1876 {i'^' juillet 1884), 
.'an dix-neuvième de mon règne. 



Le camp est éiabli sous de beaux arbres, au milieu d'une vallée tra- 
versée par la rivière Azakcl, aiïluentde l'Aouache. L'herbey est abondante, 
ce qui est un point essentiel pour les voyageurs. 

A midi 45', pi;ndant notre déjeuner, une trombe sÉche vient du sud. 
Le baromètre marque 667™ 5 et le thermoraèire -^ib" 2'. Le temps resie 
serein. Ces mouvements tournants du veni sont fréquents au Sénégal. Us 
soniavecou sans pluie et, comme dans le Soudan, ils causent une baisse 
subite du baromètre. Celui que nous éprouvons, bien que très fort, 
laisse le baromètre insensible. 

Nous levons le camp à 3 h. 10'. Notre caravane est forte de neuf cha- 
meaux portant nos vivres, vingt domestiques amaras ou gallas forment 
notre escorte, quatre doiikali servant comme guides et gardiens de cha- 
meaux, vingt mules ou mulets, quatre chevaux dont deux destinés par moi 
au gouvernement français, en lui proposant de faire â Obock, en chevaux 
éthiopiens, la remonte de la Cochinchine, ce qui procurerait une économie 
considérable et dVïceilents chevaux de guerre. 

Les chevaux éthiopiens que l'on peut amener à Obock appartiennent 
à trois types : 



' Un cheval de 1 



' 5oà 1 



I 55 



eilles 



, encolure 



Ordres européens. 



cinq grades iiorrespoiidanl 



EXl'LOilATIONS ETHtOPrErJNES 



coiirlc. crins abondants, poïlrail exceptionnel km en t dcveloppd. Il est très 
ramassé CI se rapprocherait beaucoup du cheval barbaresque s'il n'avait, 
au lieu de la croupe de mulci qui dépare ce dernier, la croupe ronde du 
poney, Ce cheval est tris rustique; il a le pied très sûr, beaucoup de fond 
et diipasse A la course les plus grands chevaux. 

a" Un cheval Icvrcté, à encolure fine, croupi mince, hanches saillantes, 
crins peu abondants, fins et luisants; sa hauteur maxima est de i" 60; 

3» Un cheval, obtenu probablement par le croisement des deux pre- 
miers types, haut de 1 "" 60 i"! 1 "" 70. 

Quelques familiers de notre maison : MM. Joseph. Atlo-Aliime Gor- 
^uis, son frârc Ould Gor^uis, qui était mon professeur de langue amarigna, 
venus ici pour nous accompagner, nous font leurs adieux. 

Nous sommes dans une plaine grise et accidentde. Le sol est sablon- 
neux, la viifititation consiste en acaeias, buissons épineux et herbes sèchci 
auxquelles les porteurs ont mis le feu. 

A 3 h. 3o', nous faisons rouie â l'est. La plaine est régulière menti 
mamelonnée et couverte d'herbe ; il n'y a presque plus d'arbres. A 4 h. 3(/J 
nous inclinons vers le N.-E,, par un plateau uni, terreux, couvert d'herbt 
mois sans arbres. A 5 h. 10', faisant route à l'est, nous avons 1 
5oo moires sur noire gauche le village donkali de Gibdossa. Nous desceo^ 
dons alors dans une vallée boisée qui s'étend du sud au nord. Largi 
d'abord de 3oo à 400 métrés, elle va s'êlargissani jusqu'à l'endroit oîi eVi 
csl coupée par l'Aouadi et se termine par la berge à pic de la rive droite d 
cette rivière. Le lit de la rivière est large de 5oo mètres, mais il n'y a d'eaiL 
que sur une largeur de 10 mètres. La berge de droite est à pic. Nous l 
gravissons et nous nous trouvons sur l'emplacement où la caravane c 
M. Léon Chcfneus a campe le 22 mai dernier. Aujourd'hui s'y trouva 
campée la caravane envoyée du Choa à Obock et â Assab. Elle est diri^ 
par M. Georges Gabrj Selassîé Ncgoucié, qui, à la côie, représente le nd^ 
Elle doit être forte de 3,000 chameaux chargés d'ivoire, de peaux, de c 
et de musc. A cette caravane sont joints plusieurs marchands indigèni 
notamment mon voisin à Galane, Marcha, qui vient de se brûler le visa 
avec un fusil qui lui a éclaté dans les mains. Ses blessures, que j'e 
sont sans gravité. J'ordonne de les laver fréquemment avec de l'eau saU 

Deux Européens se sont aussi joints à cette caravane : 
MM. Brcmond et Fninzoy. Ce dernier rapporte le corps du voyageur ita 
licnCherini. 



Err^ORATIONS éTHIOPIEN^ES 



Après avoir recommandé une dernière fois mes collections ethnogra- 
phiques que le roi a la gracieuseté de me faire transporter par ses chameaux, 
je rentre à notre bivouac, établi, par les soins de M. Chefneux, de l'autre 
côté de i'Aouadi, à 700 ou 800 mètres du point oîi se trouve la caravane 
du roi. Pendant la nuit nous n'avons pas d'étoiles, mais la lune brille d'un 
éclat inaccouiumc. Sur le minuit, des éclairs etfraîent nos chevaux et nous 
forcent à nous mettre tous sur pied. 

La distance d'Azakel à notre camp est d'envirn 14 kilomètres. 



Mercredi, fj Juillet. — .\ 4 h. 3o', nous commençons nos préparatifs 
de départ. A 5 h., le thermomètre marque + 22" 8', le vent souffle en 
taible brise de nord-est et le temps est couvert. 

A 5 h. 43', nous traversons TAouadi et nous arrivons à 6 heures au 
camp de la caravane du Choa. Nous descendons de mulet et nous 
restons à causer pendant un quart d'heure. 

J'ai déjà demandé plusieurs fois oti sont les sources de la rivière 
Aouadi, mais sans avoir reçu de réponse satisfaisante. Des renseignements 
que je recueille aujourd'hui, je conclus que cette rivière, formée des mille 
etmille filets d'eau qui descendent des montagnes situées entre Har-.\mba 
et Qasaba (koot), n"a point de sources à proprement parler. 

A 6 h. i5', nous faisons route au N.-E., nous engageant dans une plaine 
couverte de buissons épineux, d'acacias, d'aloès, de toutes plantes qui 
piquent et déchirent et rendent la marche pénible. Le sol est sablonneux, 
semé de diverses espèces de mollusques et de cailloux formés de laves. A 
6 h. 55', nous rejoignons nos chameaux et nos gens qui, ne s'étani pas 
comme nous arrêtés au camp de la caravane du Choa, nous ont devancés. 

Une très grande caravane de Donkali est en route avec ses esclaves 
pour rejoindre celle du Aoussa qui est campée à la prochaine étape. Je 
presse le pas de ma monture pour prendre la tête de cette caravane, ce que 
je n'arrive à faire qu'à 8 h. 55'. Ma marche est d'au moins 6 kilomètres, 
à l'heure ; elle a duré deux heures ; par conséquent, celte caravane occupe 
un espace de douze kilomètres. En supposant 10 mètres par chameau, le 
nombre des chameaux serait de i .200, et il y a, par chameau, au moins un 
esclave. Un nombre assez considérable de ces Donkali m'ont connu à 
Obock et m'ioierpelleni en me criant : ■ Soleillet ! Soleillei! tu vas bien > 
■ Bonjour! >> Les autres qui ne me connaissent pas disent : >< Voilà 
Soleillet, celui que le pacha Aboubaker voulait faire assassiner, •> car chez 



ii2 EXPLORATIONS KTHIOPIENNl^ 

les Donkali. les tentatives du pacha de Zcllah contre moi. en 1882, lors de 
mon voyage d'Obock au Choa, sont connues de tous. 

Les esclaves sont des jeunes garçons ei de belles jeunes tîlles blanches, 
aux grands yeun de gazelle, qui sourient tristement lorsque nous leur 
envovons un salut en oromon. Tous, gari^ons et filles, sont destinés aux 
harems de Constantinople. Parmi ces jeunes filles, il y a peoi-étre de futures 
favorites, et parmi les jeunes garçons de futurs favoris. 

Une vingtaine de jeunes filles Gallas, velues de longues tuniques 
blanches et un rameau vert à la main, chan'ent un hymne cadencé en 
marchant sur les côtés de la caravane. On dirait un bas-relief grec animé. 

Je m'arréie sous un arbre pour atiendrc M. Chefneux cl nos gens; ils 
me rejoignent à 9 h, 5o' et nous continuons notre route. 

A 10 heures, nous faisons routeau N.-N,-E. par -|- 31° 9' centi- 
grades, avec une brise du sud, sous un ciel clair et sans nuages. 

A îo h. 3o', nous trouvons, sur notre droite, un tombeau. Il est 
en paralellogramme, formé par un mur en pierres sèches de o™ 60 à o"" 80 
de hauteur. Il est orienté nord-sud. Au milieu de la face nord se trouve 
une longue pierre sculptée représentant un homme. Le type de celle 
sculpmre est celui de ]'Eg)-pie. noiammeni la tête dont les oreilles sont 
tournées en dedans. Est-ce une œuvre des Donkali ? des Oromons ? L'orien- 
tation prouve que cette sépulture n'est ni chrétienne ni musulmane. 

A 10 h. 35', nous trouvons des affleurements de roches, puis nous 
traversons le village donkali de Nabdas. 

A 1 1 h. 3o', nous sommes sur un plateau où croissent quelques buis- 
sons épineux. Le sol est dur et couvert de pierres noires qui donnent une 
augmentation de chaleur, car le thermomètre, consulté en fronde (comme 
je le fais iou|ours pour mes observations), accuse -|- 35". 

Sur noire gauche se trouve une tombe donkali formée, suivant l'usage, 
d'une pyramide de pierres simplement amoncelées. 

A 1 1 h. 40', nous nous arrêtons pour faire boire nos montures dans 
des flaques d'eau qui se trouvent dans le lit, maintenant à sec, delà Bouilli, 
afïluentde IWouadi. Le lit, composé de sable et de gravier, est encombré 
de blocs de rocher. Sur les rives se trouvent de beaux arbres, espèce 
d'acacia. 

A midi, nous repartons et 45 minutes après nous arrivons au camp 
de la caravane de Mohammed Amfallé, le sultan du Haoussa. Cette cara- 
vane, j?rie de a.ooochameaux, est venue porter du sel au Choa. Elle rap- 



eXPLO RATION s ÉTHIOPIENNES 



3l5 



parte comme marchandises des produits manufacturés du Choa : étoffes, 
poteries, fers de lance. Elle a aussi i,5oo esclaves. Ce nombre est exacie- 
meni connu, puisque le sultan prélève une dîme sur les esclaves qui sont 
dirigés du Haoussa sur Baioul, et de là sur Djeddah, Moka, et sunout 
Hodeidah, d'ob les marchands musulmans les conduisent sur les marchés 
de Constantinople. 

Je viens donc de constater la mise en mouvement d'au moins 4,300 
esclaves, savoir : 

Caravane d'Aboubaker, pacha de ZeiUh,qui va partir sous la conduite 

de son 61s Maki, de i.Sooâi.ooo 

Caravane des Donkali t. 200 

Caravane du Haoussa t.5oo 

Total 4.200 

De telles caravanes doivent être mises en mouvemeni au moins tous 
les trois mois, et les esclaves amenés à la mer par le Haoussa ei Baioul, 
Errer et Ambo (à côté de Sagallo) est de 18,000 à 20,000, ei cela malgré 
le roi du Choa. De même ces esclaves traverseront la mer Rouge malgré 
la police des croiseurs européens. Et il en sera ainsi aussi longtemps que 
les Egyptiens auront une partie de la côte, et surtout que la surveillance 
restera entre les mains du négrier Aboubaker, pacha de Zeïlah, et de ses 
fils, Ibrahim, Bourania, AU, Omar, qui sont investis du pouvoir de 
réprimer la traite qu'ils font faire par leurs fils, frères, oncles, cousins, 
Hadj Daoud, Mohammed, Maki, etc., etc., etc. 

Après avoir causé un instant avec les gens de la caravane, nous tra- 
versons le lit à sec de l'Aouadi, au bord duquel est le camp du Haoussa, 
et nous allons camper sur l'autre rive où nous arrivons à une heure de 
l'aprés-midi. 

Ici, l'Aouadi a un lit de sable et de gravier large de i i â 35 mètres; les 
berges ont une hauteur de 1 o mètres et la direction est nord. 

A 2 heures, le thermomètre accuse -f- 39", une forte brise souffle du 
sud et le temps est serein. La brise en mettant l'air en mouvement, rend la 
chaleur supportable. 

Nous faisons, dans le Ut de la rivière, un trou de quelques centimètres 
de profondeur qui suffît pour nous donner en abondance une eau claire et 
limpide avec laquelle nous prenons des douches. Un garçon, monte sur 

40 



3i4 



EXPLORATIONS I 



un bloc de pitrrc, dirige sur nous le jet donné par une auire pleine d'eau 
i]u'il presse sous son bras. 

Sur les 3 heures, une trombe de poussière se forme dans le sud ei se 
dirige au nord, poussée par un vent très violent. 

Tandis que nous regardons boire nos montures, des Donakil de la 
caravane du Haoussa viennent demander à voyager avec nous, ce que nous 
devons refuser; car, fuyani Thivernage, qui est proche, nous voulons aller 
vile ei être maîtres de nos mouvements, 

A 6 heures, le thermomètre marque encore -)- 34° 5'; une faible brise 
souffle du sud et le temps est serein. 

Nous avons parcouru aujourd'hui environ 21 kilomètres; nous 
sommes donc à 41 kilomètres de Farré. 

Aujourd'hui, nous organisons la garde de notre camp. Nous parta- 
geons nos hommes en huit escouades de trois hommes chacune. Nous 
faisons partie de l'une d'elles, A 8 heures, je prends la première garde avec 
Marna ei Oldi. 

Pendant la nuit, nous recevons quelques larges gouttes de pluie ei des 
trombes sèches poussées par un vent si violent que nous devons nous 
accrocher à nos tentes pour les maintenir. 

Jeudi, I o juillet. — A3 heures du matin, nous sommes sur pied. 
Des Donkali viennent nous demander à voyager avec nous, et nous avons 
de la peine à nous débarrasser d'eux, 

.\ 5 h. 20', nous nous mettons en route à l'Est. La brise souffle du 
sud-est et le temps est légèrement couvert. 

Nous traversons la rivière Outi dont les sources sont entre Figregem 
et Ouln-Amba. Nous gravissions un plateau sablonneux couvert de buîs- , 
sons épineux. Nous faisons route d'abord au N.-E,; puis, à 6 h. 10, noui 
appuyons encore un peu au nord. 

Sur la route, nous rencontrons de nombreux Adals conduisant des ' 
génisses qu'ils viennent d'acheter au Choa. Avec les tissus, les grains, les 
chevaux, les mulets et les fers de lance, les génisses constituent les achats 
que les Adals viennent faire au Choa, où ils importent des chameaux, du 
beurre fondu et du sel. 

Je viens d'écrire Adal; tout à l'heure j'écrivais Donkali; peut-être que 
dans un moment j'écrirai Afar : c'est que ces trois noms sont donnés à t^t 
même population, non seulement par les étrangers, mais par elle-t 




iocn.o»«TtoNs irmoriCKNKs 



5. S 



Cependant il esi k remarquer que le moi Domkali, au pluriel A«mA'i7, 
est le seul employû sur la <ane de l'Afrique et de l'Arabie. Celui d'^if^/, 
au pluriel Adaloche, est usité dans l'intérieur de l'F.ihiopic, et «lui d'.^/'<r 
(qui dans presque toutes les langues éthiopiennes « la sijtnitîcdiion J« 
terre], est surioui employé pour désigner U langue parlée de cette popula- 
tion. Le nom .\dal, qui rappelle celui d'Ad.i, l'emmcd'EsaH. dont ilt pré- 
tendent descendre {prcieniion qu'ils partAffent avec le» Oromons ci le* 
Gallasj. sonne d'une manière très noble aux oreille* de ce* peuploaqui 
appellent leurs chefs AdaH ou AÂal. 

Le mont .\zalo, dans la direction duquel nous marchons, mi au nord- 
esi. Nous changeons de route et prenons TK.-K.-S. Je rclûvc la dont do 
l'Emmameret à TO.-O.-S, Il est 6 h. 40'. Nous somme* sur le terrilnlrc dti 
ta tribu des Guendonsa. Nous traversons un plateau uni. couvert de nablo 
et d'un cailloutis volcanique oti poussent des cactus et autres plnnies i;ruHc«, 
des graminées, quelques arbres verts et des buisson» épineux. 

A 7 h t5', le sol est pierreux avec iilHcurcmcnts de rochoi, C'«t 
Gormonda, lieu d'étape ordinaire des caravanes, p'uyani, comme nou» la 
faisons, devant rhivcrnagc, nous brûlons cette éiiipc. Nous iivon* »ur noirs 
droite le mont Gormonda. qui donne son nom au payn, et au pied duquel 
sont les cataractes de i'Aou.ichc. Bien que situées A six ou «cpi kilomiiroi 
de nous, nous en entendons distinctement le bruit. Je regrette de no pou- 
voir visiter celle chute, qui doit dtre considérable, mais rhivcrnagc eit Itt 
qui nous talonne et nous force de marcher. De ce point au Ilaou***, 
l'Aouache est libre. 

A 8 heures, nous tournons au nord. Le thermomètre umontét-f 39* J'. 
la brise souffle du sud-est ci le temps est clair. Sur notre gauche, le wrrafn 
est accidenté. A 9 h. 5', nous traversons le Léél>éli-I)arru, torrent sur 
lequel se trouve une halte de caravane. Nous bral';nt encore cette iupe 
pour marcher au nord-esi, à travers un plateau wblonncui qui doil iiTt 
inondé pendant la saison des pluies. 

A 10 h. 3o', notre route est sud, par une plaine caillouieuie UH 
ravinée. Sur notre droite se trouve le village donkali de Ditni*Fan4i». A 

10 b. 4-', nous traversons un viUagcei nous dcacendfins. par une CMMire, 
dans le fond d'un ravin qui a 3o métrés de profondeur. Nous si'Mnnus é*a» 
un grand trou qui n'a qu'une ouvenurc. au nord-cai. De* B^ouin* ê'y 
soai établis avec leurt loupeaus. Le thermomèvc aurque I- }y* 4- A 

11 fa. 3', nous sortons du ravio qui eM lon^ d'cnvirim deux \iA\tmiMm. 




Daiu cette vallfe, il y a des aépolturcs nombreuses, scmbUblcs à cdie 
que i'aj vues le nuùn. EUes sont de forme reciaoguUire ei formées à 
iToaa d'arbres ïjtii se rejoignent imparfaîiement au sommei. L'oricntatkMl 
en est ouesi-est. Devant chaque &çade, des petits caillons sont symctriqoe— a 
ment rangés en carrés. Ce carré esi inscrit dans un autre formé de caïllous'l 
^ui gros. Cest su milieu de ces carrés que se font les sacrîtices auK c 
de> moru, et dans presque tous on voit des débris carbonisés de viandes e 
d'entrailles d*animaux. 

M. Chefnciix a &tt une bonne pèche. Il rappone d'assez beaux pow^l 
son* qui se rapprochent de [a carpe ei du barboi. 



A 6 heures, ; 
un temps serein. 



EXPLOBATIONS l.inlOPIFNNES -' I 7 

avons une lempéraiure de |- 35° 8', une brise du sud 



Le sabie grisâtre est tacheté de bouquets de mimosas et de touffes d'ar- 
bustes verts. 

Pendant la nuit, nous avons quelques gouttes de pluie, des édairs et 
la visite, peu agréable, de troupes d'hyènes. 

Vendredi, 1 1 juillet. — A 5 heures du matin, le thermomètre accuse 
-j- 2^" i', la température du sol est de -\- 26°; une faible brise souffle du 
sud-est; le temps est clair. 

A 5 h. 45', nous faisons route à Test ' jusqu'à 6 h. 3tf oti nous incli- 
nons au N.-E. Nous rencontrons un nombre considérable de iroupeaun de 
beaux chameaux, beaucoup de camps bédouins et de tombes, peu de mi- 
mosas, mais de nombreuses touffes de Tarbuste qui sert à faire des brosses 
à dents et dont les chameaux mangent avec avidité les feuilles et les jeunes 
branches. 

L'usage de se nettoyer les dents avec un morceau de bois est général en 
Afrique. Les bois dont on se sert ici ont une saveur légèrement amère et 
donnent à la salive des propriétés astringentes qui combattent les maladies 
des gencives, et à la bouche une fraîcheur qui permet de supporter la soîf. 
Comme les indigènes, nous en mâchons ci nous nous en frottons les dents. 

A 7 h. i5', nous trouvons un plateau nu, uni, sablonneux, et derrière 
un grand village, sur notre droite, nous voyons un troupeau d'ànes sau- 
vages qui mangent avec les unes et les chevaux des Bédouins. Ceux-ci ont 
aussi de nombreux troupeaux de chèvres, de chameaux, de vaches et de 
moutons. La construction des habitations est relativement soignée; ce pays 
a donc tous les signes de la richesse. 

Un peu plus loin nous trouvons, en assez grande quantité, un arbuste 
qui ressemble au pin maritime. 

Les vaches mangent avidement des touffes d'herbe verte. Elles sont 
suivies de leurs veaux. Ceux-ci ont sur le nez une bande de cuir percée 
d'épines. Quand ils s'approchent de leurs mères pour téter, Ils les piquent 
et elles les repoussent. C'est ainsi qu'ils sont sevrés. 

Désirant avoir du lait, je fais offrir aux femmes qui gardent les trou- 



I A 6 h. 3o, le mont AwUo CM par E.-E.-N. ; la ville de Daoué par O.-O.N.; 
int Gormondn, chute de l'Aoutichc, pur 5.-Si-0. 



3[X 



LTPLORATTONS ETHIOPIENNES 



peaux queUiues perles dorées des fabriques de Paris. Elles ne les connaissent 
pas, les trouvent jolies, les regardent avec curiosité et demandent à quoi 
elles servent. Sachant qu'une superstition répandue dans toute l'Ethiopie 
attribue aux perles et aux pierres des vertus merveilleuses, je crois pru- 
dent de ne pas répondre à leur demande et elles refusent un objet qui ne 
serail qu'une parure. 

Nous sommes dans le pays de Mero. tribu des Bado. Beaucoup de 
gens qui vont abreuver leurs troupeaux à l'Aouache s'arrêtent pour me 
considérer plus ou moins curieusement; quelques-uns seulement nous 
causent. 

A 10 heures, nous inclinons au sud. Nous sommi's à la limite que les 
eaux de l'Aouache atteignent au moment des inondations annuelles II y a 
de nombreux tombeaux et plusieurs villages, La région inondée est des- 
sinée, très -nettement, par un rideau d'arbres. Le sol est composé d'alluvions 
grasses, noires, fécondes. A lo h. 3o', après avoir traversé un ruisseau, 
nous faisons romc au nord-est. 

Les Donkali, comme tous les pasteurs, ont l'habitude de livrer aux 
rtammes les pâturages qu'ils doivent abandonner. Ils viennent d'incendier 
les plaines basses, indice de l'arrivée prochaine de l'hiver. 

A T I h. i5', nous nous arrêtons au village de Kodéi, Comme sur les 
bords du Sénégal et du Niger, les pasteurs ont deux villages sous un seul 
nom : l'un situé dans les régions basses et inondables, qui sert pendant la 
saison sèche; Pauire dans les régions hautes, qui sert pendant l'hiver. 

Nous plantons nos lentes à côté du village. Les habitants offrent de 
nous vendre des peaux sèches de léopard cl de zèbre. Je les achète te double 
du prix des peaux de bœuf, c'est-à-dire quatre coudées de cotonnade du 
Choa : la cotonnade du Choa, les perles et le tabac en feuille sont ta mon- 
naie courante du pays. 

Kodéi est la résidence des grands chefs du Bado à qui les voyageurs 
et les caravanes doivent un cadeau. M, Chefneux, qui s'est chargé de tous 
les détails de la route, traite cette question. Ce chef se nomme Ha-Hatndé; 
il est âgé et paraît assez bon homme. 

La population est affectée de diverses maladies endémiques; ophtal- 
mies, fièvres. Beaucoup sont estropiés des suites de certaine maladie. 

Le thermomètre accusait, à 2 heures, -f- 38" 9'; à 4 heures, -|-38* i'; 
à 6 heures, -\- 31". Il y a, heureusement, une bonne brise du sud-est. 



EXPLORATION g é^THIOPÎENNES 



3i9 



Samedi. 1 2 juillet. — La nuit, tandis que je dormais. M. Chcfncux 
étaii en kalam, avec lechei", pour la route. C'est aussi pendani la nuii iju'il 
faut faire les cadeaux a6n que le chef, qui doit les partager avec d'autres 
chefs, puisse en dissimuler une partie. 

Nous nous mettons en route à 4 h. 25'. Le thermomètre marque 
-\- 22" t', une brise à peine sensible souffle du sud-est, le ciel est légère- 
ment couvert, et nous le regardons avec anxiété, car un orage suffi rail pour 
rendre impossible le passage de l'Aouache et nous forcera hiverner dans ce 
pays, qui doit être irés malsain. Notre route est nord -est. Nous sommes sur 
un plateau uni, terreux, gazonné, qui rappelle ceux d'Errer. Nous longeons 
le mont Azalo, qui est sur notre droite. A 5 h. 1 2', nous passons un bras de 
l'Aouache. Il est à sec. Il y a un mois, quand M. Chefneux l'a passé, il y 
avait o"' 5o d'eau. Le lit est large de 10 à i5 mètres, et les berges sont 
creusées à pic dans une terre d'alluvion noire, grasse et compacte. 

A 6 heures, nous rencontrons un village donkali situé sur un bras de 
l'Aouache. Le pays est très marécageux. Une odeur fétide, particulière aux 
régions marécageuses de l'Afrique tropicale, indique à la fois une puis- 
sance gcrminairice hors ligne et un climat meurtrier pour l'homme. La 
population qui nous entoure est malingre, minée par les lièvres, les 
ophtalmies purulentes et certaine autre maladie qui fait de grands ra- 
vages. 

Aiellé vient de tirer des outardes et recharge son fusil. Un Donkali 
ramasse les cartouches vides, et après en avoir considéré un moment le 
culot en cuivre et la douille en carton, il se les passe dans les oreilles avec 
une satisfaction très réelle. Cet ornement lui paraît du meilleur goût, et 
l'on ne peut pas tirer un coup de fusil sans qu'un Donkali ne s'empare des 
cartouches vides pour s'en parer. 

L'usage de se percer les oreilles est général en Ethiopie. L'ornement 
des oreilles est toujours un insigne, parfois une décoration : lel est le cas 
du bouton en ivoire que portent quelques Danakil, et qui ne peut être 
porté que par ceux qui ont tué un éléphant. 

A 6 h. 45', faisant route au N.-E., nous traversons un bras de l'Aouache 
ot il y a un peu d'eau, puis un marécage coupé de nombreuses rigoles. 
La terre est noirâtre, crevassée, gluante, puante, semée d'îlots de joncs. 
hantée par des essaims de mouches noires qui dévorent nos bétes. 

A 7 h. 35', nous sommes au village de Aitou. nom donakil de 
l'Aouache. Le mont Azalo est en face de nous. Tout autour de nous 



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3ji 



à lui. J'aime beaucoup les animaux, mais le singe se rapproche trop de 
l'homme pour m'iniéresser, 

A cent mètres en amont de notre lieu de passage, se trouve un Ilot 
sablonneux sur lequel des caïmans font la sieste. Au moment où nous 
allons les tirer, plusieurs se jettent à l'eau, mais trois de taille respectable 
continuent paisiblement à dormir le ventre en l'air. Nous faisons sur eux 
un feu de peloton et tous se lancent dans la rivière. 

Le village où nous avons traverse TAouache est Bahaitou. Les habi- 
tants ont tnis beaucoup d'empressement et d'habileic à nous faire passer. 
M. Chefneux les indemnise en donnant, suivant l'usage, un tolbé au chef 
et un manteau en cotonnade aux autres. 

A 4 heures, le temps se couvre, le thermomètre marque -f- ^7° 6' et la 
brise souffle du sud-est. A 6 heures, la température est tombée à -f- 32" 1', 

Tandisque nous nous reposions, nos animaux se restauraient dans les 
belles prairies des bords de l'Aouache. 

Nous nous remettons en route à 6 h., au sud-est. Nous traversons 
d'abord de vériiablesprairiesdont l'herbe se fait de plus en plus rare et sèche 
à mesure que nous nous éloignons du rteuve. A 6 h. a5', nous trouvons 
un terrain sec, pierreux, couvert de buissons épineux. 

Au moment oti je prenais une note, auprès d'une marc puante, le 
singe s'échappa, effraya chevaux et mulets. Le mien fît une série de sauts 
de mouron et faillit me désarçonner. Les chevaux et les chameaux sont 
mêlés. Tout ce vacarme a été causé par un cheval des guides danakil qu'ils 
laissent trotter en liberté avec onze mulets que nos gens vont vendre à la 
côte. Aiellé prend le cheval et le fait marcher derrière les chameaux. 

Le soleil est à peine couché que nous sommes enveloppés de profondes 
ténèbres. Notre marche devient pénible, douloureuse même; le terrain est 
couvert de pierres anguleuses mobiles et de buissons épineux auxquels 
nous déchirons nos vêtements et notre peau. A 7 b. 45', nous arri- 
vons enfin au village de Bado, qui est le centre de la tribu de ce nom. Nous 
installons notre camp à tâtons, c'est-â-dire très mal. 

Hier, au village de Kodeï, M. Chefocux a pris un jeune homme du 
nom de Mohammed qui appartiendrait à la famille des chefs du Bado. Il 
doit nous conduire jusqu'à Haoussa. C'est lui qui doit exercer ici, envers 
nous, les devoirs de l'hospitalité. 

A 8 h. i5', il nous apporte une grande jatte en jonc pleine de lait 
aigre, Il dit n'avoir pu trouver autre chose parce que tout le monde est 



322 Et>L£'9ATTK:T-5 ÉTST-r^îi:^'*» 

couché. Au moment oà il se r»re. M. Œefseox la: âexcxoàt s J l esain 

nous verrons le chef du t:I jtac. Il répood : c Je tocs ai aises» icL Les 
Danakil soni tous é^ox. Le chef ;i'2 rien a t^c: à -n» afùfcs et ae pc3t 
que vous laisser continuer Tocre rocîc ^- 

Pour combattre Tinâuerice ies rra-gres qse =.ocis arocts ea à ttsçôtt^ 
nous iaisons une iî$tnbQrl^x: ^ceniie «T^^-iie-TSe Q.3eur3es bi-gaiTig oQt 
la fièvre : nous leur JoaaDOS ie Li q:i£3i3e. 

Pendant la nuit. 2e xrzps esc cDorer: et la snpérzntre éaPG'fiTiir H 
tombe quelques «routées de pCcîe Lir^s et esçocâes: ce loa: jcs sEgiûcs pré- 
curseurs de rhîvcr devant îeqael zoos rijoa*. 

LWooâche. au rcia: ce socs -sieajcs de le pssser. ia£: m »rt ôd^ 
qui n'est indiqué sur aucune 



Dimamcke, i3 juillet, — A 5 heures d^ trarîr:. la brEse SDoSe da 
nord-est, ie îenirs est ccuTert e: le raer - -i- oaêtre =ar^3e — 12^ t'. Une 
heure appès« oa a — 23^ : . 

Le village de Bado. seour da cbef ie li soas-crîba des Biio. est simé 
au pied du zsoa: Aiilo. sur oa pia%a j de oerre séc^. dïirei. ro^yuTcnt de 



cailloux d"orLdne T^Lcm: jue, oc CTCcssec: c^aeîc -es •^■flgyes bcisscos épi- 



seuil 

Le vilLxpî se cocirose ie :5o i lœ -^j-jccs. Chaque iTiaisoo 
esiouiee de haies d'eptnes et de z^or^ à pcerres féeries. EZje esi 
coz::r:e îc<:3es celles des DinakîL d";ia ciirocza^ en lan» roooartices et 
cocTreraes de :ui3es. Elles soct lar^ses de 2 à 5 r=etres. j^erzccs de 5 à 8, 
hautes de 5 a x- Elles scn: disséminées sur en kîZr^zètre carré- Les parcs à 
bestiaux sca: coos^mits cocnme les enckv des iskîscqs. 

Les Baio soc: incêre-darss et ne reîè"ïen: riî du roi da Cb3a. ni da 
f^ilian d'z Haocssi. Ils sec: de race d:>nkal:, a^ c^n adal, et paraissent 
mieux pcczm's que les bab'lun:s du bord du 5ec;v*. Lecr pivs esî salubrc 
a ciuse de soa alnnaie, nuis ils n^oct i Sxre que Teau de la mare que 



rx-us avens vue hier. 



Ils se nxnea: avec une è^é^ace leiaîiTse- Lears K>:bs$ et mancaax 
i'yr.z en côï>nnade a rayures hartciees^ Ils oat une grande qtjarstiîé d'orne- 



rzens en cuivre et en lerrocseiie : hftgDes^ cvjîlkîs. S>uicas d^orôlîes, bra- 
celets. Presque ::<:< ces c^b>e3 soc: des decc^ra6>ns destinées i rsppeîer des 
tiplao guerriers, et îniîquen: qu'oo es: au ntilieu d'une population 
b^uilleuse. En efei. les Rado on: se, par leur bn-rccri. ccnstrvcr leur 



EXPLORATIONS ÉTHIO 



1^23 



tndiîpendani:<;; ils enirtiiennem même de bons rapports avec leurs puis- 
sanis voisins : le roi du Choa et le sultan du Haoussa. 

Letjr chef actuel est un vieillard du nom de Mômen. Il se peut que 
ce nom de Mômen ne soit pas un nom d'homme, mais celui d'une dignité; 
cependant, on me dit que Mômen esi le Dardar ou sultan des Bado. Ce 
titre de sultan me paraît peu applicable au chef d'une aussi peiiie fraction 
de tribu. Au risque de prendre le Pirée pour un homme, je dirai que le 
Mômen, aciuellemcni absent, est fils cadet de Mômen 1", ou du premier 
Mômen des Bado. A la mon de son père, il fut investi du pouvoir comme 
tuteur du fils de son frère qui est lui-même le frère de Mohammed, notre 
compagnon de route. Mômen a la réputation d'être un très habile sorcier, 
et c'est par des sortilèges qu'il se serait mainienu au pouvoir jusqu'à pré- 
sent. Son neveu réclamant aujourd'hui ses droits, un fort parii s'est déclaré 
en sa faveur, et le vieux Mômen s'est retiré sans faire connaître s'il con- 
servait ou s'il abandonnait le pouvoir. Cette nuit, les Bado doivent se 
réunir en kalam pour décider à qui, de Mômen ou de son neveu, nous 
devons payer le droit de passage. 

D'après les renseignements qui me soni donnés, les Bado ne feraient 
pas directement le commerce. Ils vendraient aux caravanes qui traversent 
la région leurs produits : beurre fondu, peaux de bœufs, de chèvres, de 
léopards, cornes de buffles, etc. Les caravanes qui viennent du Choa leur 
donneraient en échange des chevaux, des grains, des tissus de coton, des 
poteries, des fers de lance ; les caravanes qui viennent de la côte leur don- 
neraient des tissus de coton de fabrication indienne ou anglaise. 

J'ai donné en présent des lolbés de couleur fabriqués à Rouen. Les 
Danakil ont unanimement reconnu qu'ils n'avaient jamais rien vu d'aussi 
beau. J'ai donné aussi du cuivre, de la verroterie ei des poignards qui se 
fabriquent à Tadjourah et à Ueita. 

A lo heures, nous avons une température de -|- 'ij°, et à 2 heures, de 
+ 41° 8'. Par une telle température chacun cherche à se rafraîchir. Les 
Danakil dénouent la pagne de leur ceinture, la secouent, la changent de 
côté, en menant le bas en haut. Ce moyen de se rafraîchir n'est ni coûteux 
ni difficile. 

Nous sommes près du mont Azalo. L'ascension en est bien tentante 
et, si j'étais seul, j'essaierais. Mais, qui a compagnon a maître. Sachant 
combien M. Chefneuxest pressé par ses affaires, je ne lui manifeste même 
pas mon intention. 



3=4 



EXPLORATIONS ÉTH10 



D'après les indigènes, les monts Zequala. Errer et Azalo auraieni la 
même altitude. Ce serait à vérifier. 

Le mont Azalo est probablement un ancien volcan. Il est de forme 
conique, et les pierres que l'on trouve sur ses flancs ont l'apparence de 
laves. A sa cime, se trouveraient deux ou trois lacs. Les Danakil n'en font 
pas l'ascension. Us prétendent que sous les anciens empereurs d'Ethiopie 
de nombreux anachorètes y habitaient et qu'il y avait des monastères 
célèbres, au nombre de quarante, oii aurait séjourné Tecla-Haimanote. 
Les âmes des anciens moines s'opposent à ce que Ton pénètre dans les 
ruines de leurs couvents. Comme preuve convaincante, on nous dit qu'il 
y a trois ans deux moines furent envoyés par le roi Ménélik pour visiter 
ces ruines; que ces moines arrivèrent avec des guides qu'on leur avait 
donnés à Bado, en vue de ruines que l'on dit importantes, qu'ils partirent 
le lendemain malin pour remplir leur mission, et qu'on ne les a pas revus. 

Le thermomètre marque, à 4 heures, -t* 38° 9'; à 6 heures -[- 35" l't 
Une fraîche brise soufHe du sud, le temps est couvert et la pluie parait 
imminente. 

Dans la soirée, M. Chefneux me raconte qu'à son passage, il y a 
quelque temps, les habitants de Bado revenaient victorieux d'une expédi- 
tion contre les Issas. Tous étaient couverts d'ornements et avaient des 
plumes dans les cheveux. Us paradaient en proclamant leurs prouesses. 
Seul, le vieux Mômen, qui n'a jamais été guerrier, resiait pileux et muet. 

A partir de 8 heures, je passe le temps à dormir tandis que M. Chef- 
neux prend part à un kalam dans lequel il est décidé que le neveu de 
Mômen est reconnu chef légitime du pays et. comme tel, percevra les droits 
de route. Il charge son frère Mohammed de nous accompagner tant que 
nous serons sur le territoire du Bado. 



Lundi, I4juillel. — Avec la crainte que nous avons d'être surpris 
par l'hiver, qui s'avance menaçant, nous nous hâtons le plus possible. Il 
est encore nuit noire quand nous faisons le branle-bas; c'est à làions que 
nous réunissons nos bagages, que nous faisons ployer nos tentes et charger 
nos chameaux. Nous nous sommes tellement pressés que notre camp est 
levé et que nous nous mettons en marche à 3 h. 40' au nord-est. A4h.45', 
nous passons devant des tombeaux de forme ellipsoïde avec une pierre 
levée orientée est-ouest. A 5 heures, le thermomètre accuse -|- 29° 2', la 
brise, qui est faible, vient du sud et le temps est couvert. 



:Xi>L0ltATIOKS KTHIOPIP 



3^5 



A 5 h. 45', noire route est est. Nous sommes sur U crèie ilc l'un Jes 
contreforts de l'Azalo. M y a un camp d'Adals et de nombreux troupeauit. 
A 6 heures, le temps s'éclaircîi, la brise passe au sud-ouest et le ihermo- 
méire monte à -|- So". Le sol est volcanique, la végéiation rabougrie. 

A 6 heures Bo', nous arrivons à Akouméta. Nous avons l'Azalo au 
sud, le mont Abida au S.-E., le mont Argato it l'E.-E.-S. Nous sommes 
dans une grande cuveiie de boue desséchée où l'on ne rencontre ni une 
pierre ni une plante. En hiver, elle doit former une mare. 

A 7 h. 3o', nous faisons rouie au N.-E. Nous voyons, à droite et à 
gauche, deux monuments qui méritent d'attirer l'aiiention. Ce sont des 
tombeaux construits en lave rougeàtreci en pouzzolane. Cette pouzzolane, 
qui se trouve sur place, a l'éclat et l'aspect du plaire giché qui sèche à l'air 
libre. 

Avec ces matériaux, symétriquement mélangés, sont construites les 
Jeux sépultures. Elles sont identiques de forme, mais celle de droite est 
beaucoup plus grande que celle de gauche. Elles se composent de deux 
enceintes concentriques, de forme elliptique. Dans leurs plus grandes 
dimensions, elles peuvent avoir lo mètres. La hauteur du mur intérieur 
est celle d'un homme de taille ordinaire; le mur extérieur est presqu'â 
hauteur d'appui. L'enceinte du monument est vide et soigneusement 
balayée. Le lieu porte en langue afar le nom de Mômen Dassâ (le tom- 
beau de Mômen). La tombe de droite est celle du grand-père et la tombe 
de gauche celle du père de notre guide Mohammed. Elles sont au milieu 
d'une grande plaine grisâtre, pierreuse, dont l'agave est la plante caracté- 
ristique. 

A 8 heures, le thermomètre marque -f- 34" 2', la brise souffle du sud- 
ouest et le temps est clair. Nous nous dirigeons au N.-E., puis à l'O.-O.-N., 
et nous remontons le lit de la rivière Alédo. Elle est à sec et large d'en- 
viron 40 mètres. Les barges sooi à pîc et hautes de 5 à 6 mètres. 

A 8 h. 40', nous trouvons, vers la berge de gauche, une mare dans 
laquelle les Danakil se plongent, comme ils le font à toutes les mares que 
nous rencontrons. Pendant ce temps, nous faisons monter nos cliameaux 
sur la berge et nous les déchargeons. 

Nous redescendons dans le lit de la rivière et nous faisons dans le sable 
des trous qui nous donnent une eau très claire, u-ès poiable, qui dissout 
très bien le savon. 

Nous reparions à 4 h. 10', dans une direction à sud, et nous redcs- 




]*2() EXPLORATIONS iÇtHIOPTENNKS 

ccndons dans le lii de la rivière, que nous quittons cinq miiiuiL-s apr^. 
pour nous diriger à l'est à Travers une plaine grise, accidentée, mouchetée 
de quelques arbres verts, de buissons et de graminées desséchées. A 4 h. a 3'. 
nous tournons au nord, et nous atteignons le point culminant de la plaine. 
On rencontre dans celte plaine des affleurements de roches noires dont 
l'origine volcanique ne saurait être douteuse, A 5 heures, je rencontre, 
pour la première fois, la pierre blanche des tombeaux des Mômen. et j'en 
prends un échantillon. Le mont Agolôesi au nord-est. 

A 6 heures, nous inclinons au N.-N.-E. Notre horizon est fermé à 
■droite et à gauche par les lignes de faîte de la plaine. A 7 h. 4S'. nous 
nous arrêtons sur un plateau rocailleux et couvert d'épines. Un de mes 
mulets est resté en arriére sans vouloir avancer. Je Tenvoie chercher, mais 
on ne peut le trouver : il a dii être mangé par les fauves. 

De 9 à 10 heures, il tombe, par intervalle, de grosses gouttes de pluîe 
largement espacées. Le temps est lourd. Nous avons une preuve que 
l'atmosphère est chargée d'éieciricité dans mon cheval Desta qui, en se 
battant les cuisses avec sa queue, fait jaillir des étincelles en forme de boules 
de ia grosseur apparenie du poing. Nous reproduisons le phénomène en 
fouettant l'animal avec sa queue. Les crins de la crinière ont beau être 
agités, ils ne donnent naissance à aucune manifestation électrique, pas 
plus que les crins de la crinière et de la queue des autres chevaux et mulets. 

Mardi. i5 juillet. — C'est ici que nous quittons Mohammed deBado. 
Il devait aller plus loin, mais il n'a que deux hommes d'escorte et craint 
de manquer d'eau. Celte crainte n'est pas chimérique, car à cette époque 
de l'année les mares et les puits d'étape sont à sec. Ils parlent donc de très 
grand matin par crainte de la soif et de la chaleur. Nous-mêmes, nous 
nous mettons en route à 3 h. 55'. Le thermomètre accuse déjà -j- 24» 5', 
malgré une brise fraîche du sud-ouest. Nous nous dirigeons au N,-E., par 
une plaine ondulée, sèche, couverte de pierres d'origine volcanique. Il y a 
de nombreuses traces d'ânes sauvages. 

Nous croyons ce pays inhabité, aussi les Danakit de notre escorte 
paraissent effarés en apercevant dans le lointain un homme qui pousse 
devant lui un bœuf blanc. A droite, et sur une crête de ligne de faîte, nous 
voyons des pans de murailles en pierres sèches. Nous apercevons, dans le 
lointain, une Iroupe d'auiruches et, d'après les renseignements qu'on nous 
donne, ces animaux seraient ici très nombreux. 



EXPLORATIONS ^nnOPIENKEl 



3a 7 



Nous nous dirigeons au N.-E-, ayant le moni Azalo au S.-S.-O. ei le 
mont Ayoloâ l'E.-E.-N, 

Des Troupeaux d'ânes sauvages paissent à notre droite. [1 y a des 
outardes au milieu des troupeaux. Nos gens vont à leur poursuite. Ils ne 
peuvent atteindre les ânes et tueni deux outardes ù coups de fusil. 

Sur noire gauche, paissent sept à huit sala antilopes dont le corps a 
les dimensions, un peu la forme et la couleur de t'âne sauvage, à qui les 
indigènes les comparent. La léteest armée de très grosses cornes, le pied est 
fourchu. 

\ 7 h. 3o', nous voyons les ruines d'un village galla, et nous inclinons 
un peu au N.-E. Le sol devient pierreux. Les graminées se font rares 
les arbres et les buissons disparaissent. Le sol est argileux, craquelé, cou- 
vert de pierrailles volcaniques au milieu desquels les termites, qui sont ici 
en grand nombre, éièvcn: leurs habitations en forme de cône. 

A 8 heures, nous prenons au N.-E. Le thermomètre marque-|-3a'' 5', 
une forte brise souffle du nord-Duesi, îe temps est couvert et la pluie parait 
prochaine. Le plateau prend de plus en plus la forme d'une hammada 
saharienne formée, par pla:|ues, de pierres noirâtres et d'un sol gris, cra- 
quelé, sans un caillou, mais également stériles. A 9 h. 43', nous sommes 
en contre-bas de quelques mètres, ei, toujours comme dans le Sahara, la 
végétation reparaît sous l'orme de graminées et d'acacias. Nous apercevons 
des sala et autres antilopes, des outardes et des ânes sauvages. A 10 heures, 
nous appuyons vers le nord. Le thermomètre est monté -|- 36° 8', une 
faible brise souffle du nord-ouest ei le temps est clair. 

A 10 h. 45' nous nous arrêtons sur l'emplacement du grand village 
de Houssou.so abandonné à cause de la sécheresse. 

Parmi les Ethiopiens qui nous accompagnent, plusieurs font la roule 
pour la première fois. Ils soni désolés quand ils voient mesurer parcimo- 
nieusement l'eau, et souffrent réellement de la soif : ils ne sont habitués ni 
à la chaleur ni à la privation d'eau. 

Nous repartonsà 4 h. 40', nousdirigeantau nord. Cinq minuiesaprés, 
nous avons le moni .\golo à l'E.-N.-E. La roule tourne à droite et nous 
nous dirigeons sur ce mont. Nous voyons autour de nous dans une vaste 
cuveue, des troupeaux d'ânes sauvages, de sala, d'antilopes et beaucoup 
d'outardes. Il doit y avoir aussi. des autruches, mais nous n'en voyons pas. 

Les Danakil qui nous servent de guides ont un cheval qu'ils 
emmènenT à Tadjourah. Maigri mes nombreuses observations, ils conii- 



328 EV.TOBATIONS F.FHIOrlKNSKS 

nucni à le laisser errer, et il est suivi des muleis. Je donne encore une fois 
l'ordre de le conduire par la longe et je menace de l'abattre d'un coup de 
revolver si je ne suis pas obéi. Je suis obligé, àconire-cœur, de tirer sur l'in- 
nocente bêle, ijuî roule â terre sous l'une de mes lialles. Je regreiie ceriai~ 
nemcnt cet acte de brutalité, mais il était indispensable : quand on a été 
aase^ téméraire pour faire une menace, il ne /nul jamais être asse\ 
sot pour ne pas rexécuter: je sais cela depuis longtemps. 

A 6 heures, nous rencontrons de nombreux emplacements de camps 
bddouins. Celte région est très peupléependant l'hiver, parait-il. iS minutes 
après, nous arrivons au campement habiiuel des caravanes, mais pressés 
par la soif, nous continuons notre roule, et ce n'est qu'à 7 h. 45', à la nuii 
noire, que nous nous arrêtons pour camper près du mont Yangoudi. 
Chaque homme reçoit comme ration un verre d'eau. Un quart d'heure 
après, éclate un orage de peu de durée. 

Mercredi, j6 juillet. — Rien ne donne la soif comme la crainte de 
manquer d'eau. Tout le monde est debout avant trois heures du matin, et 
nous distribuons encore ii chaque homme un verre d'eau. Nous consta- 
tons que toute notre réserve consiste en une aflila (outre) de 8 à 10 litres. 
C'est peu. L'eau serait encore loin, mais il paraît que les puits où nous 
devons en trouver ne sont jamais à sec, même par les plus grandes séche- 
resses. Dès 3 h. 20', nous sommes en route. Nous traversons un col après 
lequel nous nous engageons dans une descente en spirale encombrée de 
laves de toutes dimensions au milieu desquelles poussent des touffes 
d'épines et de graminées. 

A 6 heures, nous nous portons au N.-E. Le thermomètre marque 
-|- 2 1" [', la brise souffle du nord-ouest et le temps est serein ; à 6 h. 40' 
nous arrivons à l'emplacement du grand village de Màdérou, dans le 
Meder-Raffa. Nous nousdirigeons alors àl'E. -N.-E. Nos guides rappellent 
avec terreur que dernièrement les Issas ont massacré une partie des femmes 
et des enfants et razzié tous les troupeaux de ce village. 

M. Chefneux va chercher de l'eau avec nos gens; je reste avec Aiellë 
et deux autres à la garde des bagages. 

A t h. i5', seulement, les chameaux reviennent charges d'eau, Dieu 
sait avec quel plaisir nous nous jetons sur les outres ! Nous ne sommes que 
quatre, mais nous buvons comme douze. M. Chefneux revient ù 1 h. 40'. 
Les puits sont situés au sud-est du Heu oti nous sommes. Ils sont au 



EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 329 

nombre de cinq ou six, larges de 8 à lo mètres et profonds dt 6 k y mètres. 

A 2 heures, le thermomètre est monté à -(- 41 ^ 5'. Nous souffrons beau- 
coup de la chaleur et comme, à la suite de privations, nous avons beaucoup 
bu, une abondante transpiration est la juste punition de notre intempé- 
rance. 

A 4 heures, le thermomètre marque encore -[- 41° 3', et la température 
n^est rafraîchie que par une faible brise du nord-ouest. Nos guides ont une 
peur effroyable des Issas et ne veulent à aucun prix camper ici. Nous par- 
tons donc à 4 h. 5o', nous dirigeant au N.-E. ; à 6 heures, nous inclinons 
au nord. Un quart d'heure après, nous sommes sur un plateau pierreux 
dont les campements sont abandonnés à cause de la sécheresse et de la 
guerre avec les Issas. A 8 h. 5', quand nous nous arrêtons, il est nuit, et 
c'est à tâtons que nous plantons notre tente. Nous soupons, comme hier, 
d'une croûte de pain, et pendant ce frugal repas, nous nous surprenons 
à dire, non sans rire, que lorsqu'on a l'habitude de la grande vie des 
voyages on ne saurait s'accoutumer à une autre. 

A 10 heures forte pluie d'orage qui dure une demi-heure, avec un vent 
impétueux du nord-ouest qui arrache notre tente. 

Jeudi, ij juillet. — Départ à 4 h. 40'; à 5 h. le thermomètre est à 
4- 28° o'. Le grand vent de la nuit s'est changé en brise. A 5 h. 40' nous 
traversons le lit à sec d'une grande rivière dont je ne puis savoir le nom. 
Nous marchons au N.-E., sur le mont Guéréné. Le mont Aïssaa est à l'E.- 
N.-E. et le pic Bollalé au N.-E. A notre gauche se trouvent des montagnes 
volcaniques que nous longeons; à notre droite, s'épanouit un bois de Mi- 
mosas. Le sol contient beaucoup de mollusques. Nous voyons de nom- 
breuses traces de sangliers à masque et d'antilopes. A 7 h. 40' nous gra- 
vissons de petites collines couvertes de laves, à 7 h. 48' nous sommes au 
point culminant, sur l'emplacement d'un village. Le pays se nomme 
Lefauflé. A 8 h. route N.-E., par une cuvette immergée pendant l'hiver. 
A 8 h. 5o' nous arrivons à l'emplacement d'un village abandonné à cause 
delà guerre des Issas. A 9 h. 3o' nous marchons à PO.-N.-O. et nous 
entrons dans des gorges chaotiques, encombrées de rochers volcaniques; 
c'est le lit d'un torrent dans lequel se trouvent les puits où nous devons 
renouveler notre provision d'eau. 

Aujourd'hui c'est mon tour de corvée. Laissant donc M. Chefneux aux 
bagages, j'entre avec les hommes dans ces gorges et à 9 h. 5o' j'arrive 

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Nos muks et nos chevaux ne pouvani, sans danger de mort, avec une 
icmpéraiure de -|- 40", rester plus de 24 heures sans boire, nous sommes 
obligés de combiner nos marches de manière û trouver tous les jours de 
l'eau. 

Le sol sablonneux de noire camp renferme de nombreuses coquilles. 
Comme végétation, il a quelque touffes d'herbes desséchées, des mimosa 
également secs et un arbre vert, commun dans les Kola du Choa, qui porte, 
au lieu de feuilles, de fleurs ou de fruits, des bourgeons charnus de couleur 
verte. M, Chefneux revient à 3 h. un quart et nous partons à 4 h. 20' dans 
la direction de TE.-N.-E. 

Nous reconnaissons de grands villages Danakil dévastés par les Issas. 
Avani cette époque, la population devait éire très dense. Quelques acacias et 
des touffes de graminées poussent entre les pierres. 

A 4 h. 40' nous inclinons un peu au nord et nous entrons dans une 
vaste cuvelie de boue desséchée, jaune et craquelée. Un mirage nous montre 
en avant des flaques d'eau ei des plaques de verdure. Pendant l'hiver ce 
passage doit éire impraiic;ible. Sur les bords de la cuvette on remarque des 
pierres noires que les pluies ont entraînées des moniagnes. 

A 5 h. 40', nous prenons à l'est, toujours ù travers la cuvette. Nous en 
sortons à 7 h. 3o'. Elle nous parait ellipsoïde. Nous l'avons traversée dans 
Je sens de sa longueur, qui peut i!tre de 1 o à 1 1 kilomètres. 

A 8 heures 40' nous nous arrêtons, pour la nuit, à Bourkalé, point qui a 
toutes les apparences d'un ancien cratère comblé. Pour y atteindre, il faut 
gravir une ceinture de laves qui forme une muraille circulaire au milieu 
de laquelle se trouve un espace également circulaire laissé vide. 



Samedi, i g juillet. — A 5 h. 5o', nous nous mettons en rouie. Nous 
traversons de nombreux camps, momentanément abandonnés à cause de 
la saison. De tous côiés sont des pierres noires amoncelées en forme de 
jetée. Le sol est dur. couvert de pierres, parmi lesquelles poussent quelques 
graminées et des mimosas rabougris. A l'est, nous avons le chainon de 
Abida et je relève, au nord, le pic de Gari, et au nord-est, celui de BouHé, 
qui a la forme d'un pain de sucre. La rouie que nous suivons est orientée 
nord. 

A 7 h. 40', notre route étant nord-est. je relève au nord-ouest un pic 
isolé, en forme de cône tronqué. 

Le pays présente l'aspect du double travail du feu et de l'eau. Grâce 



??2 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 

aux appons d'alluvîons faits pendant Thivernage, il peut pousser quelques 
plantes, peu variées, deux ou trois espèces d'herbes et de ronces, car il faut 
que les plantes puissent supporter en même temps des excès de chaleur, 
d'humidité et de sécheresse. D'après la direaion des rigoles, nous recon- 
naissons que l'écoulement des eaux se fait au sud. 

Notre route est nord-est. Nous entrons dans la montagne ; nous voyons 
quelques arbustes verts et à bourgeons charnus ; nous appercevons aussi un 
petit troupeau d'antilopes. Un chameau refuse de marcher, on reconnaît 
qu'il ne peut continuer la route et par humanité on Tégorge pour le sous- 
traire aux fauves. 

La route étant Est, nous traversons un petit plateau pierreux où pous- 
sent des graminées, des acacias, des arbustes verts. Nous nous engageons 
ensuite dans un chemin à pente raide. oQ la marche est rendue très pénible 
par des blocs de roches et des pierres roulantes. 

A lo h. 45\ nous arrivons auprès de camps abandonnés à cause de la 
saison et qui forment un village nommé Boalié (déchiré., appellation bien 
appliquée s'il en fut. Nous faisons route nord-est, nous dirigeant en face 
d^un col de la montagne Oulkoumâ, qui est nord-nord-est. Nous l'attei- 
gnons à 1 1 h. lo' et nous nous engageons dans un défilé dont la direction 
est nord. 

Avec toutes les scories noires éparses de tous côtés sur le sol on se 
croirait aux abords d*une usine. Malgré Taridité du sol, il pousse ici des 
buissons, des graminées, que mangent avidement les mules, et quelques 
arbustes verts. Nous franchissons le col et nous descendons sur un petit 
plateau oQ paissent trois ânes sauvages. Nous faisons halte à ii h. 3o^. 

A peine nos mulles sont-elles dessellées et nos chameaux déchargés 
que tous nos gens partent à la poursuite des ânes, dans le double but de se 
procurer un gibier justement estimé' et de rencontrer de l'eau, car 
les trois ânes, un m&le et une femelle, suivis d'un petit, ne sauraient s'éloi- 
gner de Tcau. Nos gens reviennent bredouille de gibier et d'eau. Ils ont 
cependant rencontré une mare dont la boue, ils en rapportent, était encore 
humide. Il est probable qu'en creusant on aurait de l'eau. 

A 2 heures, la brise est du nord-ouest, le thermomètre marque 38o i' 
et le temps est serein. 

( Dans le Sahara on mange également les ânes siuvages, dont la chair est prisée des 
Chaamba et des Touareg. 



EXPLX)RATIONS ÉTHIOPIENNES 333 

Nous repartons à 3 h. 20', au nord-nord-est. Dix minutes après nous 
modifions un peu notre route et prenons au nord. Nous sommes dans une 
cuvette argileuse, sans végétation, qui doit être la plus grande partie de 
Tannée couverte par les eaux, car dans les points en contre-bas , la boue est 
encore humide. 

Nous montons dans un vallon rétréci où nous remarquons, au point 
culminant, quelques tombeaux et des pierres volcaniques de toutes sortes, 
parmi lesquelles dominent les pumites et les scories. 

A 4 h. 40', notre route est nord-nord-est. Il y a ici des coulées de lave 
noire, toute boursouflée, toute éclatée, avec des cavités circulaires et pré- 
sentant Taspect d'un métal en fusion sur lequel Teau serait projetée. Il y a 
aussi des murailles de lave noire. Tout est noir, sauf quelques arbres 
rabougris d'un vert sombre et des gommiers desséchés presque aussi noirs 
que les laves. 

A 5 heures, nous appuyons un peu au nord. Nous apercevons dans le 
lointain et dans Taxe même de notre route, Guifou, montagne de TAoussa. 
Nous nous arrêtons pour attendre un chameau resté en arrière. M. Chef- 
neux m'apporte un coquillage marin en me disant : « Voici la reine des 
coquilles. j> 

J'en avais déjà vu plusieurs depuis un moment, mais les prenant pour 
des cauris détachés d'une parure je n'y avais pas pris garde. Ce coquillage me 
parait avoir une très grande importance, car il prouve qu'ici le volcan a dû 
être éteint par la mer, et comme Témail en est peu altéré il permet de con- 
clure à la faible période de temps qui nous sépare de Tépoque où la mer 
venait ici. 

A 6 heures, nous sommes dans une sorte de lac solide de laves noires, 
qui affectent la forme de vagues. L'aspect de la région est horrible. Les 
monts et monticules qui nous entourent sont tous noirs et de forme 
conique, 

A 7 h. IO^ nous trouvons une ligne d'arbres et nous entrons dans le 
pays fertile d'Adanbeda. 

A 8 h. 3o', nous nous arrêtons pour bivouaquer par une nuit des plus 
noires, dans un endroit sans herbe, au milieu des laves de toutes formes, 
de toutes grosseurs. Tout est toujours noir. 

Dimanche^ 20 juillet. — Dépanà 3 h. 25'. Le baromètre marque 723'"8, 
la route est nord-est. Il fait nuit, le temps est couvert. Autant que l'on peut 



334 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNKS 

en juger, le terrain est formé d'un plateau légèrement ondulé oii des 
hamada, recouvertes de pierres noires, alternent avec des espaces dont le sol 
est formé d'une boue desséchée et qui doivent être envahis par les eaux 
pendant Thivernage. Nous rencontrons beaucoup de camps et de tombeaux 
de vastes dimensions. 

A 5 h. 5o', noire route est nord-est. Nous traversons l'emplacement 
d'un très grand camp. Au milieu de pierres noires et de très nombreux 
débris de coquillages, qui blanchissent le sol par plaque, s'élancent des 
touffes d'herbes. 

La brise souffle du nord-est, le temps est serein et nous marchons à 
l'Est. 

A 6 h. lo', nous avançons au milieu de joncs et de plantes maréca- 
geuses, nous traversons une ligne d'eau actuellement à sec. 

A 7 h. 3o', route Est. Nous sommes sur un fond de boue desséchée, 
au milieu duquel se trouvent des crevasses larges et profondes qui rendent 
notre marche très pénible. Un de nos mulets tombe et meurt de soif. Nous 
entrons dans le pays de Ddeli. 

Nous avons un camp sur notre gauche et nous sommes devant un 
marécage desséché, couvert de roseaux. 

A 8 h. 45, nous arrivons à l'eau. Nous sommes au bord des lacs Aoussa, 
où se perd TAouache. 

Ici le bord des lacs est couvert de grands roseaux à feuilles lancéolées, 
qui poussent dans une boue noire et fétide. Malgré la boue et la puanteur 
des eaux, bêtes et gens se mettent à boire sans retenue. 

Quelques nègres, esclaves du sultan Hamfalé, qui s'occupent de cul- 
tures dans les environs, viennent nous voir. Après avoir bu et fait notre 
provision d'eau, nous allons asseoir notre camp dans des parages plus 
sains et à 9 h. 45' nous prenons une route ouest-nord-ouest. Nous établis- 
sons notre camp au milieu d'un campement de Danakil. 

Nous sommes dans une vaste plaine d'alluvions formée par l'Aouache. 
Quelques rochers émergent au milieu de TAouache. Le nom du lieu de 
notre campement est Koutoubla-Kaiio. 

Lundi 21 juillet, — Les monts Guifou paraissent d'origine volca- 
niques et ont interrompu la communication de l'Aouache avec la mer. 

Nous partons à 6 h. 2 5'. Nous sommes dans une plaine marécageuse, 
formant bassin et entourée de monts volcaniques formant chaîne et surmon- 



EXPLORATIONS i-.THlOPlENNES 



335 



ias. Le sol, irès crevassé, est cou- 
neni des moules. On voit aussi 



lés de quelques pilons isolés. La vi^'étation se compose de roseaux, de 
joncs, de grandes herbes lancéolées, d'acaci 
veri de mollusques, parmi lesquels di 
quelques oiseaux aquatiqnes. 

A 9 heures, nous passons devant le grand village d'Ediiia, derrière 
lequel se trouve, au milieu des lacs, un grand rocher carré. 

Nous entrons dans un bois d'acacias, Les troncs des arbres sont noirs. 
Il n'y a pas encore de feuille, mais les bourgeons commencent à percer. 
Des joncs et autres herbes marécageuses poussent au milieu de ces arbres. 

A lo heures, route esi-est-sud. Nous avons fini de traverser le bois, 
qui forme une bande boisée, puis vient un marécage ei ensuite le lac. Nous 
nous arrêtons sur ses bords, en face d'un rocher, situé au milieu des 
eaux, et auprès d'un campemeni d'Adal. Ces gens, comme tous ceux que 
nous avons vus ici, ont une physionomie maladive et paraissent tous plus 
ou moins atteints de fièvres paludéennes, qui doivent être très fortes ici. 

Le iac nord, dans lequel l'Aouache se jette par deux branches, a une 
forme très irrégulière, bizarrement contournée, non seulement dans les 
endroits oti des rochers lui ont imposé sa forme, mais aussi dans des plaines 
où les causes de ses contours restent invisibles. Il communique par plu- 
sieurs canaux et marais avec le lac Abbebade, qui est au sud. C'est entre 
tes deux lacs, qui communiquent entre eux par des canaux ei des marais, 
que passe notre route. 

A 4 heures, le lemps se couvre, le vent a des mouvements giratoires, 
qui donnent naissance il des trombes de poussière. 

Nous nous remettons en route au sud-esi. Nous atteignons les bords 
du lac, que nous côtoyons. Notre rouie est sud. Les eaux du lac sont tran- 
quilles. Un bois d'acacias serpente des deux côtés. Il y a sur le sol des rives 
une grande quantité de mollusques; nous voyons également une bande 
d'outardes. 

A S h. i5', nous sommes au pied du grand rocher carré signalé ce 
malin à 9 heures. Nous apercevons des pélicans et des marabouts qui pren- 
nent leurs ébats sur les bords du lac. 

Nous arrivons au village d'Aitenkoomà, où nous nous arrêtons. Les 
habitants nous reçoivent avec bienveillance. Ils appanieunent, ainsi que 
le village, au sultan Houmed Loïta, notre ami. C'est ici que le sultan réside 
lorsqu'il est au Aoussa. 

Les huttes ei les bercailles du village sont bâties au pied du rocher; ce 



336 EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 

roc est un immense bloc de lave carré; les vautours y ont placés leurs aires 
et toute une colonie de singes cynocéphales y est installée. 

Pendant la nuit le temps est très couvert et il pleut, avec un vent nord- 
ouest, de 10 heures à 1 1 heures du soir. 

Mardi 22 juillet. — C'est ce matin que nous allons traverser le lac. 
Nous nous mettons en route à 7 h. 10' et cinq minutes après nous sommes 
au bord de Teau. Le baromètre marque J2j^f0 '. 

Nous sommes sur les rives de Tun des canaux qui mettent les lacs en 
communication. Ces canaux n'en forment, du reste, qu'un seul pendant la 
saison des hautes eaux. 

Nous trouvons les gens du village en train de nous confectionner, avec 
des joncs du lac, un radeau. Ces gens, qui sont des Debenets, m'ont connu 
à Obock et me saluent en m'appelant par mon nom. 

A 7 h. 5o', les joncs sont liés et forment un fagot de 2 mètres de long 
sur i^^So de large. C'est sur cette primitive installation que je me huche 
tant bien que mal avec mes armes et deux des enfants qui nous accompa- 
gnent. Des nageurs poussent le radeau, et sur mon paquet d'herbes marines 
il ne me manque qu'un trident pour figurer Neptune. 

A peu près à mi-chemin, nous nous croisons avec un autre radeau 
chargé de sel, qu'une vieille femme et deux nageurs poussent devant 
eux. 

A 8 h. 10', j'arrive sur l'autre rive, et en voulant prendre pied je 
m'enfonce jusqu'à mi-jambe dans une boue gluante, noire et fétide. Cette 
rive est également couverte de joncs et de roseaux. 

Je m'installe tant bien que mal sous une toile fichée sur quatre bâtons 
et j'assiste à l'arrivée des bagages que M. Chefneux, resté sur l'autre rive, 
fait partir. 

Les eaux du lac sont d'un beau vert azuré. Elles sont entourées de 
trois bandes de végétations : des joncs en premier lieu, puis des roseaux et 
enfin des acacias. Une seule rive des lacs est en partie cultivée par des 
Argoba musulmans qui émigrent du Choa. 

Les Italiens ont formé le projet de placer le Haoussa sous leur protec- 
torat, ainsi qu'ils l'ont fait pour l'Etat de Reita, au nord de notre posses- 

I Le baromètre ayant marqué, ainsi qu'on le verra plus loin, le i" août, 755,9, au 
bord de la mer, l'altitude des lacs Aoussa est de 25o à 3oo mètres au-dessus du niveau 
de la mer. 



RXPI-ORA.TrONS ÉTHIOPIENNES 33/ 

sion d'Obock. L'idée est heureuse pour eux et elle serait désastreuse pour 
nous si nous ne placions pas Houmed Loi ta sous le protectorat français. 

Un assez grand nombre d^oiseaux prennent leurs ébats sur le lac : des 
hérons au bec rouge, des pélicans, des oiseaux à spatule, qui pèchent en 
fauchant Teau avec leurs becs, des marabouts dans les roseaux au bord de 
Teau. 

Du point oîi je suis campé, je relève Boullé à Touest- ouest -sud 
(le 19 nous rayions au nord-est) et le Guifou, montagnes de TAoussa, au 
nord. Nous avons au sud-est des pitons volcaniques, au milieu desquels 
nous irons camper ce soir, dans un ancien cratère nommé Dehmdlé, 

Sur les quatre heures on vient nous prévenir de l'arrivée d'une troupe 
d'hippopotames. Nous retournons sur les bords de Teau et nous avons le 
spectacle étonnant de 1 5o à 200 de ces monstres qui se jouent au milieu des 
eaux. M. Chefneux et quelques-uns des hommes montent sur le radeau 
qui a servi au transport des bagages et se laissent dériver au milieu des 
hippopotames, qui viennent curieusement les regarder et reçoivent leurs 
balles avec une indifférence très marquée. Seuls ceux qui sont atteints près 
des oreilles disparaissent sous Teau. 

Du rivage je tire aussi quelques coups de fusils. Les Danakil qui me 
suivent ramassent soigneusement les douilles de mes cartouches et se les 
introduisent sans difficulté dans le trou qu'ils ont aux lobes des oreilles; 
ils paraissent charmés de cet ornement. 

Mon compagnon s'est laissé entraîner par le plaisir de la chasse et ne 
revient à terre qu'à la nuit. 

A 6 h. 5o, nous nous mettons en route par un chemin qui ne tarde 
pas à devenir pierreux et couvert d'épines, et à 8 h. 20 nous arrivons à 
Dehmdlé, cratère dans lequel Hamedou a établi son camp et où nous 
sommes accueillis en amis. 

De 1 1 heures à minuit il pleut avec un fort vent du nord-ouest. 

Mercredi, 23 juillet, — Je relève au nord-ouest Aitenkoumd^ où nous 
avons couché hier. 

Il y a dans le camp beaucoup de chèvres de petite taille et à peau mou- 
chetée. 

A 6 h. 20', nous nous mettons en route à Test. Au milieu des laves et 
des scories se trouvent des graminées desséchées et des buissons épineux 
qui commencent à bourgeonner. 

43 



338 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 

■ 

Le lac est sur notre gauche, parallèle à notre route. 

A 7 h. 25, route Est. A 7 h, 35 nous rencontrons le fils aîné de Houmed 
Loîta, Amphalé, qui vient au-devant de nous pour nous saluer. Nous met- 
tons pied à terre pour causer avec notre jeune ami. A 7 h. 55, nous nous 
remettons en selle. 

A 9 h. 40', route nord, nous laissons sur notre droite le plateau de 
laves sur lequel nous marchons depuis ce matin ; nous entrons sur un pla- 
teau sablonneux, avec des affleurements de laves, au milieu de sable, de 
cailloux et de graviers volcaniques. Il y a, outre des graminées sauvages, 
des arbustes épineux à feuille naissante et des genêts à fleur jaune et à 
odeur pénétrante. Ce plateau est vite parcouru, car à 9 h. 5o', notre route 
étant est-est-sud, nous nous trouvons au milieu de rochers plats et 
noirs. 

A 10 heures, la route est sud-sud-est, au milieu de blocs et de frag- 
ments de laves détachés, qui rendent la marche très pénible. Ce serait 
cependant d\'xcellents matériaux pour établir une route. Quelques acacias, 
très peu d'herbe et toute desséchée. 

.\ 10 h. 20', la route est sud-est, au milieu de scories et de roches bour- 
soufflées. A droite, nous avons une montagne noire, aux formes chaoti- 
ques, dans laquelle on n aperçoit ni végétaux ni animaux. Sur la gauche, 
nous dominons les lacs, dont les arbres et les roseaux forment un gracieux 
contraste, 

A 10 h. 5o, la route est sud-est. Par une coulée de laves, nous descen- 
dons dans la vallée d'.4i7j, qui est orientée nord-sud. Il s'y trouve des 
arbres et de Therbe. qui poussent dans un sol en grande partie formé par 
des débris de lave noire, qui coniient un grand nombre de mollusques, 
appartenant toutes à la même espèce. 

A î 1 h. 06. arrêt à .4i7j. 

Départ à 4 h. 3o', au nord-est. Le pays est très habitée bien que l'on 
ne trouve que des pierres dès qu'on quine le fond de la vallée. 

A 5 h. 25', U route est À Test. Les rocs et les laves sont roui^es. Il n V 
a pas de végétation. Nous avons, sur la droite, le lac Sud. Les deux lacs 
sont bien nord et sud. Ce dernier fait une pointe dans Test. La commuai- 
cation entre les lacs se fait au moyen du canal que nous avons traversé 
hier. .\u milieu du lac sud est un rocher isole que -e relève au sud. Ce lac 
a son inind dun^cire nori-sud. Tautre Ta es:-ouesu 

.\ c^ heures» nous soir.rr.es louiours au milieu des mêmes terrains et 



EXPLORATrONS l^ITHIOPIENNES 33g 

nous nous y maintenons jusqu^à 7 heures, moment où nous tournons à 
droite pour aller dans une cuvette, où poussent en quantité des graminées 
sauvages, des acacias et quelques autres végétaux, et où, à 7 h. o5', nous 
établissons notre bivouac. Le baromètre marque 716 ^o. 
La nuit est belle et étoilée. 

Jeudi, 24 juillet, — Le ciel est légèrement couvert. 

A 6 h. lo', nous partons à Test-nord-est et à 6 h. 3o' nous nous trou- 
vons sur un plateau pierreux, sans végétation, comme les hammada du 
Sahara, dont les dépressions sont de véritables daya sahariennes. 

Il est bon de remarquer ici qu'autant les populations qui vivent sur les 
bords des lacs paraissent chétives et malingres, autant celles qui ont leurs 
habitations sur les plateaux paraissent saines et robustes. 

A 8 heures, la route étant est, nous entrons dans une dépression en 
forme de vallon, orientée est-ouest. Le sol en est dur, recouvert de sable, 
mêlé de petits graviers gris et noirs. Il y a beaucoup de graminées et quel- 
ques arbustes épineux. 

A 8 h. 45', nous nous arrêtons à côté d'un ravin que nous avons au 
sud et dans lequel se trouve de l'eau. Le nom du pays est Daka. 

A 4 h. 10', nous nous remettons en route au nord-nord-est. Nous 
sommes sur des terrains identiques à ceux traversés dans la matinée. 

A 6 heures, nous appuyons au nord-est, 

A 7 h. 40, nous établissons notre bivouac dans la daya d'Éddlè, où 
nous trouvons des arbres et de Therbe. 

Le baromètre donne 710 •" o. 

Vendredi, 25 juillet. — Nous nous mettons en route à 5 heures, au 
nord-est. Il nous faut vingt minutes pour sortir de la daya cTÉddlè. Nous 
prenons ensuite par un plateau pierreux décoré d'arbustes épineux et de 
graminées sauvages et de nombreux camps pour le moment inhabités. 

A 8 h. 40', nous arrivons sur les bords de la rivière Derbdla, actuel- 
lement sans eau. Son lit est rempli d'une riche végétation. Nous faisons un 
arrêt à Tombre de beaux arbres et à 9 h. o5' nous nous remettons en route 
à l'est. 

A 10 heures, nous sommes dans une dépression couverte d'une riche 
végétation. Il y a une certaine racine dont plusieurs de nos gens mangent 
avidement, ce qui les rend malades. Cette dépression, qui forme une véri- 



342 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 

Lundi, 28 juillet. — A 3 h. 3o^ après midi le baromètre marque 744™ o. 
Nous nous mettons en route au nord-est. Nous traversons la vallée dont 
la direction est nord-ouest-sud-est. 

A 6 heures, inclinant un peu au nord, nous nous engageons dans un 
défilé que nous remontons, et, après avoir traversé un chaînon de mon- 
tagnes, nous entrons, à 6 h. 45*, la route étant nord-est, dans la vallée 
(TEsddba, dont la direction est nord-est-sud -ouest. Nous traversons un 
nouveau chaînon de montagnes et nous entrons dans une nouvelle vallée ; 
là nous établissons notre bivouac à 7 h. 45', près des puits à*Allouli> 

Mardi, 2g juillet, — Nous sommes à la tête de la vallée ou vallon, 
dont la direction est nord-ouest-sud-est ; à droite et à gauche se trouvent 
des lignes de rochers mamelonnés ; le sol de la vallée est composé de gra- 
viers et de sable dans lesquels poussent des mimosas et des palmiers 
doums. C'est dans ces vallées à'^Esdabaow d* A llouli que doit se trouver 
Tancien lit de TAouache. 

A 5 h. 3o\ nous nous mettons en route, au nord. Nous suivons le lit 
de la rivière, bordé de rocs. Dans le lit se trouvent de nombreux puits; les 
terres de certains d^entre eux sont retenues par des coffrages en branches 
de palmier. 

A 6 h. 3o', notre route est nord-nord-est. Le lit de la vallée, rétréci par 
des rochers à droite et à gauche, forme des gorges resserrées, au milieu des- 
quelles poussent quelques palmiers. 

A 7 h. 1 5\ tournant à gauche, nous quittons le lit de la rivière ou 
vallée pour monter sur des rochers et suivre un sentier à mi-côte, afin 
d'éviter des blocs de pierre qui encombrent le centre de la vallée. Quelques 
minutes après nous sommes obligés de redescendre dans la rivière, dont le 
lit devient méandreux, encombré de roches et de végétaux. Le tout rend 
la marche très pénible. 

A 8 h. io\ nous nous arrêtons au milieu de gorges formées pas des 
rochers d'aspect chaotique. Dans les rochers de droite se trouvent les citernes 
de Goun-Gonta, dans lesquelles nous allons prendre des bains et des 
douches. 

A 3 h. 20' après midi, nous nous remettons en route au nord-nord-est. 
Le lit de la rivière s'agrandit successivement. Il y a des affleurements de sel 
et des flaques d'eau entourées de gazon par plaques. 

A 4 h. 10, nous arrivons sur les bords du lac Assal, où je me trou- 



EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 343 

vais le 3 septembre 1882. Le lac a tout à fait l'aspect d'un étang gelé, ce 
qui produit une singulière sensation avec la température de + 45«>. 
A4 h. 3o\ je mets pied à terre pour aller placer mon baromètre au niveau 
de Peau. Il marque 763'" 3. Le même baromètre ayant marqué le 1*^^ août, 
au bord de la mer, 754" 3, Paltitude du lac est donc d'une centaine de 
mètres au-dessous du niveau de la mer '. 

A 6 heures, notre route est sud-sud-est. Nous avons quitté les bords 
du lac et nous sommes sur une montagne noire, sans végétaux, et sur 
laquelle on n'aperçoit pas d'animaux. C'est avec la plus grande peine que 
nous poursuivons notre route au milieu de toutes ces pierres mouvantes 
séparées par des espaces sablonneux où poussent quelques palmiers doums 
et autres végétaux. 

A 8 h. 40', nous établissons notre bivouac à Enki-Garètou. 

Mercredi, 3o juillet, — Pendant la nuit, qui a été très chaude, les 
hommes volent trois outres, de celles mises en réserve pour la journée d'au- 
jourd'hui. Nous ne devons trouver de l'eau que très tard. Craignant d'en 
manquer, ce qui serait terrible pour des hommes fatigués comme les nôtres, 
nous nous mettons en route dès 4 h. 5o\ 

A 5 h. io\ marchant au sud-est, nous sommes sur un plateau noir et 
blanc, formé de laves volcaniques au milieu desquelles poussent quelques 
touffes d'herbes et quelques buissons. 

A 6 heures, nous inclinons un peu au sud. Nous voyons le lac à un 
kilomètre environ, sur notre gauche. 

A 6 h. 3o', route nord-nord-ouest, nous contournons le lac que nous 
avons à gauche. 

A 6 h. 5o, le lac nous est caché par une jetée de pierres : nous sommes 
dans un bas-fond, probablement à 60 mètres, en contre-bas du niveau des 
eaux du lac. Le sol contient une grande quantité de mollusques. J'en prends 
des échantillons. 

Les laves ont des couleurs différentes, qu'elles doivent en partie à la 
durée de leur exposition à l'air. Nous en voyons sur le sol de blanches, de 
jaunâtres, de rouge brique et de noires, qui paraissent toutes d'une nature 
identique. 

I Cest à la suite d'une faute d'impression que, page 5o, on a mis Yaltitude du lac pour 
Valtitude négative. 



344 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 

A 7 h. lo*, marchant à Test, nous traversons un petit plateau oîi crois- 
sent quelques mimosas. Nous avons à gauche une vraie muraille de roches 
noires, formant falaise. A 7 h. 45', arrêt pour laisser passer les chameaux, 
qui ont à escalader un lacet presque à pic. A peine y sont-ils engagés, que 
celui de tête se laisse choir et les autres se couchent. 

Il faut les décharger et monter les charges à dos d'homme. Ce n'est qu'à 
9 heures que nos animaux, rechargés au sommet de la côte, nous nous 
remettons en route au sud-sud-est. 

A 10 heures, tournant au sud-sud-ouest, nous continuons notre route 
sur des plateaux couverts de lave. 

A 1 1 h. 3o\ arrêt dans le lit de la Dafâré, où nous ne trouvons pas 
d'eau. 

A midi 40', quelques-uns de nos hommes partent en avant avec des 
outres et vont à la recherche de Teau. Il reste si peu d'eau que nous n'en 
avons qu'un gobelet par homme après le repas. Naturellement, M. Chef- 
neux et moi nous ne buvons qu'après que tous nos hommes ont reçu leur 
ration. 

Nous nous remettons en route à 4 h. o5'. Tout le monde souffre de la 
soif. Notre route est sud-est. Nous remontons le lit du Dafârè. Le Dafàrè 
coule au lac Assal. Jusqu'à 5 heures, nous marchons au nord-nord-est. La 
route emprunte le lit d'un affluent du Dafâré, le Koudoudei. 

A 6 heures, nous tournons au sud. A 6 h. i5\ nous rencontrons nos 
hommes avec les outres pleines et nous bivouaquons dans le lit du Kou- 
doudei. 

Nous nous mettons immédiatement, M. Chefneux et moi, à faire une 
distribution d'eau à nos hommes, et quand ils ont tous satisfait leur soif, 
nous buvons, à petits coups et avec délices, d'une eau sale et puante qui 
nous paraît un délicieux nectar. 

Jeudty 3 1 juillet, — Départ à 5 heures, au nord. Nous quittons le lit 
de la rivière et nous prenons par un plateau pierreux oîi se trouvent des 
herbes et des épines sèches. 

A 7 h. i5', nous tournons au nord-nord-est. Nous avons, à l'est, le 
fond du golfe de Tadjourah, que nous apercevons et non sans une vire 
joie : là sera le terme de nos fatigues. 

A 8 heures, nous arrivons dans un site délicieux, très ombragé, où se 
trouve la source, qui est intarissable, de Mara, Nous nous arrêtons pour 



EXPLORATIONS ETHIOPIENNES 345 

faire de Peau. Un bédouin, qui garde ses moutons, nous en vend un très 
cher. 

A midi 5o\ nous quittons la source. Nous nous dirigeons au sud. 
Nous descendons dans un lit de rivière qui se dirige du côté de la mer et 
dans lequel nous établissons notre bivouac, à i h, 40^ auprès de grottes 
dans lesquelles les Bédouins mettent leurs troupeaux à l'abri. Le nom de 
cet endroit est Edeita. II y a ici d^excellents pâturages. 

Vendredi, /«•■ août. — A 5 h. 20', nous nous mettons en route, con- 
tinuant à suivre le lit de la rivière, dans lequel poussent des herbes et des 
arbres. Notre direction est sud-sud-ouest. 

A 6 heures, notre route est sud-sud-est. Nous suivons toujours le lit 
de la rivière. A 7 h. 45', nous tournons à gauche, puis à Test, laissant le 
lit de la rivière pour prendre à travers un petit plateau pierreux, couvert 
d'épines, duquel nous voyons le fond du golfe de Tadjourah et Tîlot qui 
est au milieu. 

A 9 heures, continuant de marcher droit à Test, nous entrons dans le 
lit de la rivière Galla^Lilaen. Cette rivière a des berges taillées en mu- 
raille de 10 mètres de hauteur. Son lit, qui a de i5 à 20 mètres de largeur, 
a un fond de gravier et une direction ouest-est. 

A 10 heures, notre route est nord-est. Nous suivons le bord delà mer. 
Parmi les hommes du Choa qui nous accompagnent, le plus grand nombre 
n'est jamais venu à la côte. Ils veulent tous goûter Teau de la mer, ce qui 
leur fait faire des grimaces qui nous divertissent un moment. 

A II h. 2 5', arrivée à Sagallo. Ce n'est point sans une vive émotion 
que nous voyons, sur les ruines de notre paillote, flotter le drapeau 
français. 

A l'instigation des Anglais et d'Aboubaker, pacha de Zeïlah, les Égyp- 
tiens ont construit ici un fortin où ils entretiennent un officier et une 

* 

quinzaine de soldats >. L'officier qui commande le détachement vient nous 
saluer, et, l'après-midi, nous offre une collation dans le fortin qu'il a 
entouré d'un magnifique jardin. 

Le lendemain, M. Chefneux allait s*embarquer à Ras Ali, sur un 
boutre, pour Obock, et je continuais moi-même la route par terre. J 'arrivais 

I Ce fortin a été abandonné et actuellement tout le golfe de Tadjourah est terre 
française. 

44 



346 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 

à Obock le mercredi 4 août, à 4 heures de raprès-midî. Les enfants 
Danakil, qui viennent me saluer, me disent en français : c Bonjour, 
Monsieur; Monsieur, bonjour. » 

Cest que, depuis mon départ, Obock a été occupé par les Français, et 
que les enfants, mêlés à nos marins, ont vite retenu quelques mots de notre 
langue* 

Il est important de noter ici que la rivière de l'Aouache, qui a été 
désignée par tous les voyageurs qui l'ont vue, depuis Rochet d'Héricoun, 
comme navigable du Choa aux lacs Aoussa, Test très probablement, car, 
de Farré aux lacs Aoussa, nous n'avons constaté qu'une seule chute, celle 
de Gormonda. 

La route d'Obock au Choa peut donc facilement être transformée par 
la construction d'une route de terre ou d'une voie ferrée : de Sagallo aux 
lacs Aoussa, la distance n'est que de 60 à 70 kilomètres. 



EXPLORATIONS fTHIOPIENKES 



-"47 



RÉSUMÉ DE LITIXÉRAIRE DANKOBÈR A SAGALLO 



JOUKS 



Lundi 

Mardi 

Mercredi 

Jeudi 

Vendredi 

Samedi 

Dimanche 

Lundi 

Mardi 

Mercredi 

Jeudi 

Vendredi 

Samedi 

Dimanche 

Lundi 

Mardi 

Mercredi 

Jeudi 

Vendredi 

Samedi 

Dimanche 

Lundi 

Mardi 

Mercredi 

Jeudi 

Vendredi 



DATES 



7 Juillet 

8 — 

9 — 

10 — 

11 — 
Il — 

i3 — 

«4 — 

i5 — 

i6 — 

17 — 

i8 - 

19 — 

10 — 

21 — 

22 — 

23 — 

24 — 

25 — 

26 — 

*7 — 

28 — 

29 — 

30 — 
3i — 
itt Août 



NOMS DES UEL-X 



Ankobèr à Fané • 

Farré à Aouadî 

Aouadi à Boulli 

Boulli à Rôbbi 

RôbbîàKodéi 

Kodâ à Bahaîtou (Aouache)... 

Bahaitou à Bado 

Séjour à Bado (i) 

Bado à. 

Yangoudi 

Yangoudi à 

Lefauflé 

Lefeuâé d Bourkalé 

Bourkalé à Adanbeda (s) 

Adanbeda à Koutoubla-Kallc 
Koutoubla-Kallo à Aîten Kouma 
Aiten Kouma à Dehmalé ())••• 

Dehmalé à Aita 

Aita à Édalè 

ÉdalèàThèuo 

Thèuo à Mokoitâ (4) 

Séjour à Mokoitâ (() 

Mokoitâ à Allouli 

Allouli à Enki-Garetou 

Enki-Garetou à Kodoudei .. 

Koudoudei à Edeita « . 

Edeita à Sagallo 



TEKPÉRATI.TIE 



M 
X 



lO.Q 
21.9 
22. S 
20.0 
24.1 
22.1 






22.0 

29.2 

24.3 

21. I 

28.0 

27.1 

27.8 

3o.i 
28.9 
29.1 
23.5 
27.9 
26.7 
3o.i 
3i.o 

32.1 

33.1 
33.4 
28.0 
26.6 



M 






29.1 

35.1 
39.0 
39.3 
38.9 
58.9 

• • • • • 

41.8 

41.5 

40.1 

41.5 

42.2 

42.1 

38.1 

41.4 

40.6 

37,5 

38.1 

40.5 

41. 1 

34.0 

36.7 

42.5 

45.1 

44.5 

34.9 

44.8 



20.0 
2S.5 
30.9 
20.5 



3o.5 

• « • • • 

32.2 
35.31 2 

32.3 

3i.3 

35.1 

34.6 

33.7 

35.7 

34.7 
33.3 

3i.8 

34.2 

33.9 

32.2 
34.2 

37.3 
39.1 

38.9 
3i.5 
35.9 






20 
20 

21 

3o 
6 



k:I 



35 

40 
29 
ic 
16 

40 
22 
22 

é 
28 
16 

40 

32 






16 

32 

3o 
16 






{'■) Repos. — (2) Sans eau. — (?) Traversée lacs Haoussa. — (4) Puits. — («) Repos. 



TABLE DES MATIERES 



DOCUMENTS DIVERS 

Page» 

Lettres d'Obock à M. Gabriel Gravier i 

— de Sagallo au même 4 

— d'Aureillo au même 6 

— d'Ankobèr au même 8 

— d'Ankobèr au même 11 

— d'Ankobèr au même 14 

— d'Ankobèr au même 17 

— de Gallane au même 18 

— d'Ankobèr à M. le Ministre de l'Instruction publique 19 

Rapport à M. le Ministre des Affaires étrangères sur la possession fran- 
çaise d'Obock et le royaume de Choa 23 

EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES 

Itinéraire d'Obock à Ankobèr, lettre à M. Gabriel Gravier 37 

— d'Ankobèr à Aureillo 83 

— d'Ankobèr au Kaffa 112 

Royaume de Kaffa 184 

Itinéraire du Kaffa à Ankobèr 209 

Note sur les Oromons * 240 

Note sur les Gallas de Galane 253 

Royaume du Choa 270 

Visite au Ras Dargué 274 

Itinéraire d'Ankobèr à Obock, lettre à M. Gabriel Gravier 3o6 

Résumé de l'itinéraire d'Ankobèr à Sagallo 347 



i^ ^ '». N^^S^ v'i!' IIIHlISnSMlSSilMnnaB \ ^S^>